Et s’il fallait sauver la trilogie tropézienne de Max Pécas ? (9/9)


Dans la trilogie tropézienne, Les Branchés à Saint-Tropez [1], Deux enfoirés à Saint-Tropez [2] et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez [3], les pères sont particulièrement friands de transgressions, surtout conjugales. Mais d’une façon générale, les héros masculins et pécasiens ne manquent pas une occasion de brocarder l’autorité et de jouer de « bons tours » à ses représentants à la manière des Pieds nickelés (de Louis Forton, à partir de 1908).

Les métiers de l’administration sont gentiment moqués : Antoine peste contre le facteur qui a sonné à sa porte mais qui n’a pas attendu pour lui remettre la lettre ; il se retrouve nu avec sa serviette sur le palier et doit passer chez une voisine pour regagner son appartement par le balcon, le mari de la voisine est gardien de la paix en tenue et son regard devant le spectacle de cet homme nu marque une certaine incompréhension ; les fesses du facteur cycliste de Saint-Tropez sont la cible de tous les individus qui le dépassent. Les clichés sont évidemment mobilisés. On a déjà vu que le douanier italien mange des spaghettis pendant son service et que les douaniers français jouent à la pétanque. Les représentantes de l’autorité spirituelle ne sont pas épargnées : les faux-monnayeurs braquent des bonnes sœurs en voiture et prennent leurs vêtements, elles se retrouvent donc en sous-vêtements (ah, ah, ah) pour faire du stop [1].

Autorites

Les autres « notables » sont également visés : les commerçants sont arnaqués par Antoine se faisant passer pour un policier et Jerry répond à l’un de ses complices qui lui demande si, d’habitude, il dit des conneries : « Pas plus qu’un ministre en période électorale » [1].

Des parvenus ridicules

Mais les représentants des autorités font presque bonne figure par rapport aux personnages de parvenus. Claude Bruna qui en interprète deux spécimens, Saedi [2] et Sacha [3] en fait toujours les frais. Saedi parle avec un fort accent pied-noir, méprise Milka, sa maîtresse et ex de Paul, et se fait donc régulièrement humilier en ski nautique ou en parachute ascensionnel puis par les filles de la bande dont Évelyne. Saedi ratera enfin l’acquisition de deux statuettes [2]. Quant à Sacha, il joue au play-boy en maillot léopard, mais est juste minable devant des filles de carton. Toutes ses démonstrations d’absurde virilité tomberont d’ailleurs lorsqu’il vivra son homosexualité avec Chouchou [3].

Parvenus

Les autres parvenus sont des fils à papa dont le représentant principal est Arnaud, le fils de Jerry, riche et faux-monnayeur. Et Arnaud fait preuve d’une « finesse » proche de l’épaisseur du compte en banque de son père quand les filles quittent son yacht sans avoir accepté de coucher : « Je vais demander à Jerry qu’il nous achète un voilier, je suis sûr que ça marche beaucoup mieux avec un voilier, moi » [1].

Des héros pas complètement antipathiques

Face aux autorités et aux parvenus, les deux premiers films de la trilogie alignent une série de loosers et de glandeurs, pas des Apollons, juste des gars qui essaient de tirer profit du système (et leur coup). Comme le dit Antoine en voyant Arnaud et Gérard emmener sa petite amie : « C’est dingue ! Qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous ces deux mecs ? » et Christian de répondre, fataliste : « Une villa à Saint-Tropez, une super bagnole, du pognon et un yacht ! » [1].

Antoine est l’archétype de ces Pieds nickelés, version looser. Il est maladroit, d’un physique quelconque, lourd, souvent pathétique dans ses explications. Les autres ne s’y trompent pas. Quand il se retrouve nu avec sa serviette sur le palier, une voisine âgée arrive portant un sac de provisions et hausse les épaules devant le spectacle. Pire, une autre voisine, jeune et jolie, commente d’un : « Bôf, pas terrible ! ». Les coups que prend Antoine peuvent être également physiques : un coup de mât sur la tête par les filles « vachement gondolées » qui rangent leur planche et un coup de ballon dans les parties quand il joue au volley sur la plage. À la fin, ces loosers accéderont au stade de glandeurs puisque la Banque de France leur a accordé 30 000 francs en récompense de leur aide pour retrouver les faux-monnayeurs. Tous les jeunes se jettent à l’eau, promettent « une bouffe pas possible », une soirée discothèque et une nuit d’amour, ils crient : « Vive l’amour ! », « Vivent les hommes ! », « S’il en reste ! » et même « Vive la France ! », « Et les pays des environs ! » [1].

Paul qui sort de prison et Julius, son pote, sont eux les archétypes de ces Pieds nickelés, version glandeurs. Dans la voiture, quand Évelyne leur demande ce qu’ils font, Julius répond : « Rien » et Paul ajoute : « Et moi, je l’accompagne ». Plus tard quand Gustine (Stéphanie Billat), la jeune élève, demande aussi ce qu’ils font, Julius répond « On fait gaffe ». Paul refuse la proposition de Julius qui veut « poser ses valises » parce qu’ils n’en ont « pas les moyens » et Julius affirme que Paul est incapable de travailler : « Toi, tu vas travailler ? Mais tu ne sais même pas comment ça s’écrit ! ». Paul et Julius sont plus glandeurs que loosers parce qu’à la fin, même s’ils ont échoué dans leur trafic de statuettes, ils partent, heureux, en voiture avec leurs bien-aimées [2].

Or ces profils de glandeurs-loosers disparaissent dans le troisième opus au profit de deux petits branleurs pas très intéressants : dans On se calme et on boit frais à Saint-Tropez, les héros sont étudiant en médecine (Renaud) et animateur de radio (Patrice). La lutte des crasses a disparu. Le public ne s’y est pas trompé : lors de sa semaine de sortie en janvier 1987, l’ultime film de Max Pécas ne fit que 10 847 entrées sur Paris et se classa ainsi à une bien mauvaise 13e place. Cet échec vient rappeler que la vitalité et l’énergie développées dans les films de Max Pécas ne suffisent pas à expliquer leur succès. Ni les belles filles dénudées, ni le soleil, ni la mer, ni tous ces jeunes gars passant leur temps à draguer, même si cela participe à l’évasion vers cette vie d’éternelles vacances où tout semble facile. Quand les personnages principaux sont identiques à celles et à ceux dont ils se moquent, il ne reste qu’un humour lamentable, des scénarios inconsistants et des clichés genrés.

Marc Gauchée

Fin

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