[Comme un écho] Max Pécas, François Truffaut et mai 68 au milieu


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« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Telle est la conclusion rassurante des histoires du temps où, dans la journée, papa était au bureau et maman dans la cuisine et où, le soir, ils se retrouvaient pour accomplir leur devoir, sans recours aux « funestes secrets » et, ainsi, peupler la France. Auparavant, le prince et la princesse s’étaient reconnus au premier regard. C’était elle. C’était lui. Et leur union se scellait avec la certitude de ne jamais se quitter.

Mais ça, c’était avant.

Déjà en 1961, dans Douce violence, Max Pécas mettait en scène des jeunes gens à la posture cynique et révoltée, qui ne se reconnaissaient pas forcément au premier regard. Olivier (Christian Pezey) rencontre ainsi Barbara (Vittoria Prada), ils sympathisent, tout semble bien commencer. Il doute du sens de son existence, elle débute au théâtre. Mais Olivier va d’abord être tenté par Elke (Elke Sommer), une étudiante allemande délurée… Avant de revenir vers Barbara. « Essayons ! » se disent les deux désormais amoureux avant un final à l’église pour leur mariage auquel assistent tous les couples réconciliés et rentrés dans le rang du conformiste de conte de fées. Finalement, ils voulaient seulement être heureux et, en 1961, le bonheur c’est en blanc devant Monsieur le curé !

Puis vint mai 68 et la libération des mœurs. C’est en 1972 que le pic des mariages est atteint en France avec 416 521 unions et il baisse depuis. Ainsi, il n’y a eu que 235 000 mariages en 2016. Quant aux divorces, ils passent de 55 612 en 1975, année où le « divorce par consentement mutuel » est voté, à 71 319 en 1977 (l’année record étant 2005 avec 155 253 divorces). C’est pour tout cela que Sabine (Dorothée) dit à son amoureux Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) dans L’Amour en fuite (de François Truffaut, 1979): « On ne peut pas être sûr qu’on s’embarque pour longtemps… », avant d’ajouter : « Mais on peut faire comme si ! », et de conclure : « Et puis on verra ! ». Antoine acquiesce : « Faisons comme si ! »

Le film se termine quasiment sur cette réplique, là où le « Essayons ! » de 1961 restait à mi-chemin. Il signifiait « Essayons d’être comme nos pères et nos mères en nous mariant à l’église », ni complètement convaincus, ni complètement émancipés du modèle parental. Au contraire le « Faisons comme si ! » de 1979 est la marque d’une narration consciente et assumée. La mise en scène de François Truffaut avec Sabine et Antoine se parlant face à un miroir confirme l’interprétation sur la part de fiction ou d’image qui nourrit la vie d’un couple : ce n’est pas parce que notre histoire d’amour peut finir à l’avenir, qu’il ne faut pas la vivre au présent comme si elle ne s’arrêterait jamais.

Marc Gauchée

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