[Comme un écho] « L’Homme qui tua Liberty Valence » et « Mister Holmes » : la fiction au secours de la vie


MrHolmes

Dans L’Homme qui tua Liberty Valence (The Man who shot Liberty Valence de John Ford, 1962), le sénateur Ransom Stoddard (James Stewart) explique en vain aux journalistes que tout le monde croit à tort qu’il a tué le bandit Liberty Valence (Lee Marvin) alors que tout le « mérite » en revient à son ami d’alors Tom Doniphon (John Wayne). Le patron du Shinbone Star (Carleton Young) ne veut pas en entendre parler et explique : « Quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’on publie »… Parce que les États-Unis préfèrent croire qu’ils se sont plus volontiers construit avec un code qu’avec un colt. Et parce qu’un sénateur en route vers la Maison blanche est toujours un héros forcément solitaire.

C’est le chemin qu’emprunte Sherlock Holmes (Ian McKellen) dans Mister Holmes (de Bill Condon, 2015). Retiré à 93 ans dans le Sussex, il est hanté par une vieille affaire : aveuglé par sa rationalité, il n’avait pas perçu la détresse de la femme d’un client, tout fier de lui assener la vérité qu’il était certain d’avoir dévoilée : « Je lui ai exposé les détails de sa situation comme je les voyais. À sa satisfaction, pensais-je. Je l’ai regardé partir. Et quelques heures plus tard, elle avait mis fin à ses jours. En identifiant la cause de son désespoir avec une telle clarté, je lui ai donné carte blanche pour faire exactement ce qu’elle avait projeté. J’aurais dû faire n’importe quoi pour la sauver. Lui mentir, inventer une histoire. La prendre par la main, la tenir pendant qu’elle pleurait et dire : Venez vivre avec moi. Allons vivre seuls ensemble. Mais j’ai été effrayant. Égoïste ».

Au terme de son parcours et ne voulant pas commettre la même erreur, il écrit à Tamiki Umezaki (Hiroyuki Sanada) pour lui raconter une « belle » histoire : « Cher Monsieur Umezaki, Je vous écris pour vous dire que je me suis rappelé finalement de ma rencontre avec votre père »… Masuo Umezaki (Zak Shukor), diplomate en Angleterre et père de Tamiki, a abandonné sa famille. Mais Mister Holmes écrit à Tamiki qu’en fait, son père s’est proposé de travailler pour la Couronne et qu’il lui a conseillé d’écrire à sa femme et son fils restés au Japon : « une lettre expliquant votre projet de rester en Angleterre, qu’il pourrait se passer un certain temps avant votre retour ». Holmes précise que Masuo a servi l’Empire britannique, dans le secret, en Malaisie, dans les détroits et en Arabie. « C’était un homme de courage, de cœur et de dignité à propos duquel sa femme bien-aimée et son fils chéri peuvent être résolument fiers ». Ce récit met fin au désespoir de Tamiki concernant son père.

Holmes, pourtant fidèle -parmi les fidèles- des faits, reconnait ainsi in fine que la fiction peut donner du sens à la vie. Il aurait pu reprendre à son compte la phrase de L’Homme qui tua Liberty Valence, il constate simplement qu’il a fait là, sa « première incursion dans le monde de la fiction ». Auparavant, c’était le docteur Watson qui romançait ses aventures. Mais dans le film de Bill Condon, Watson est mort depuis plusieurs années. Holmes, à 93 ans, admet l’utilité de Watson avec cette part de mensonges qui rend la vie supportable.

Marc Gauchée

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