[Comme un écho] Armand Jammot et Marthe Richard, même combat ?


Maquerelle

Dans Les Tontons flingueurs (de Georges Lautner, 1963), Fernand Naudin, dit « Monsieur Fernand » (Lino Ventura), fait irruption au milieu d’une réunion de ses « employés » pour réclamer ce qu’ils lui doivent. Il y a là des fabricants d’alcool frelaté, des patrons de tripots mais « honneur aux dames », Monsieur Fernand commence par interroger Madame Mado (Dominique Davray), tenancière de maison close dont les recettes semblent dangereusement décliner. Elle lui expose, très en verve : « Les explications Monsieur Fernand, y’en a deux : récession et manque de main-d’œuvre. Ce n’est pas que la clientèle boude, c’est qu’elle a l’esprit ailleurs. Le furtif, par exemple, a complètement disparu ». Et elle précise le profil de ce « furtif » : « Le client qui vient en voisin : bonjour mesdemoiselles, au revoir madame. Au lieu de descendre maintenant après le dîner, il reste devant sa télé, pour voir si par hasard il serait pas un peu ‘L’Homme du XXème siècle’ ». Elle accable aussi « l’auto » qui a fait disparaître « l’affectueux du dimanche » et termine en se lamentant sur la « pénurie de main-d’œuvre ».

Dix-sept ans plus tard, en 1980, dans Les petites écolières (de Claude Mulot alias Frédéric Lansac), Madame (Brigitte Lahaie dont c’est d’ailleurs le dernier film X), également tenancière d’un bordel, cause avec ses filles désœuvrées au bar. Le seul client est, en effet, Monsieur Landrieux (Toni Morena) des industries du même nom, qui se déguise en femme pour se faire prodiguer une fellation par la « nouvelle » (Marilyn Jess). En attendant, en bas, au bar, une fille constate languissante : « C’est drôlement calme ce soir… ». Madame répond : « Normal, c’est mardi, ‘Les Dossiers de l’écran’ ». Et la fille de conclure : « Saloperie de télé ! ».

La télévision, dans les deux cas, est la bête noire. La petite lucarne anesthésierait le mâle français sur son canapé, le faisant négliger d’aller honorer de sa virilité triomphante les pensionnaires des lieux de tolérance. La redevance audiovisuelle aurait ainsi tué l’amour tarifé en chambre d’hôtesses.

En 1963, le client était détourné par un jeu. Madame Mado cite « L’Homme du XXe siècle » qui était un jeu d’Armand Jammot et de Pierre Sabbagh diffusé de 1961 à 1967. En 1980, le client est détourné par « Les Dossiers de l’écran », émission où un débat était précédé par un film traitant du thème dudit débat. Les questions de société dans un film X ont ainsi replacé le divertissement dans une comédie policière ! Notons quand même que « Les Dossiers de l’écran » ont été aussi créés par Armand Jammot qui fait ainsi figure de continuateur de l’œuvre de Marthe Richard, celle qui « a laissé son nom à la loi de 1946 fermant les maisons closes » (Natacha Henry, Marthe Richard. L’Aventurière des maisons closes, La Librairie Vuibert, 2016). Armand Jammot ? Depuis 1963, les mères maquerelles ne lui disent pas merci.

Joe Gillis

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