Rambo et tais-toi !


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Dans Dark mission, les Fleurs du Mal (Operaciõn Cocaïna de Jess Franco, 1988), Brigitte Lahaie joue le rôle de Mauria, la correspondante pour la CIA de l’agent Derek Timothy Carpenter (Christopher Mitchum, fils de Robert) à Lima.

Mais comment Jesús Franco Manera  alias -notamment- Jess Franco, va-t-il filmer Brigitte Lahaie ? Lui qui enchaîne les tournages et demeure le spécialiste mondial du zoom sur le sexe de sa compagne et muse, Lina Romey ? Et elle qui a arrêté les films pornographiques depuis Les petites écolières (de Claude Mulot alias Frédéric Lansac, 1980) ? En fait, Jess Franco va créer un (mini) suspense. Car, comme Mauria croit, à tort, que Carpenter est responsable de la mort de son mari, chaque brief se fait dans la pénombre de la chambre d’hôtel voisine dudit Carpenter et est l’occasion de le brutaliser et de le traiter de « Connard ».

Le premier brief se fait dans le noir quasi complet. Mauria braque une lampe et une arme vers Carpenter. Lors du deuxième brief, seuls les yeux de Mauria apparaissent, un des rares plans un peu soigné et composé du film. Pour le troisième brief, Carpenter est trompé, il croyait qu’elle était là, en fait, ce n’était qu’un magnétophone.

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Alors, c’est pas tout ça, mais elle est où la belle Brigitte Lahaie ? Heureusement, Carpenter a reconnu la voix de la femme de son ancien ami et parvient à se rendre chez elle. Mauria ouvre la porte de sa maison… où elle vit en bikini, histoire de rentabiliser la présence d’une star du X au casting et de satisfaire le spectateur au bord de l’agacement face à ce suspense qui n’a que trop duré.

La suite joue résolument sur le contraste après ce passage bikinesque, car les deux dernières scènes de Mauria mettent en valeur son autorité et sa force : elle prépare le plan d’attaque du repère du méchant trafiquant de drogue (Christopher Lee quand même) et elle dirige l’assaut. Elle manie le fusil-mitrailleur, c’est la seule femme de son équipe et elle porte et utilise l’arme la plus lourde.

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France-Soir n’hésite donc pas à titrer : « La scandaleuse serait-elle devenue la Rambo française ? » (8 mai 1987). Il faut raison garder. En 1988, la production de Dark mission, les Fleurs du Mal est assurée par Eurociné, la société dirigée par Marius Lesoeur. La collaboration entre Eurociné et Jess Franco est sur le point d’être rompue et il ne réalise que deux films en 1988 alors que sa carrière en affiche près de 200 au compteur ! Car Jess Franco a tourné frénétiquement jusqu’à sa mort en 2013, sans beaucoup de moyens. Et Dark mission, les Fleurs du Mal n’échappe pas à la règle du film qui se voulait ambitieux et qui manque cruellement de moyens. René Chateau, alors compagnon de Brigitte Lahaie, raconte qu’il était venu voir le tournage en Espagne : « En débarquant, j’ai trouvé Jess en train de filmer une attaque de guérilleros dans un jardin. L’action était censée se dérouler en Amérique Latine. Pendant dix-huit ans, j’ai suivi tous les tournages de Belmondo. Je n’avais jamais vu ça. Franco ne pouvait déplacer son cadre à droite – il y avait une maison de campagne – ni à gauche – il y avait des cantonniers au boulot – ni vers le haut – il y avait des fils électriques. Il a trouvé presque instantanément la solution pour tourner dans ce carré de verdure… Et sans autorisation. D’ailleurs, en plein tournage, la propriétaire a fait son apparition en hurlant. Jess a joué celui qui ne comprenait pas un mot et il a bouclé le plan. Je l’ai engagé le soir même » (Starfix, hors-série N°2, Juin 1988).

Quant à Brigitte Lahaie, elle garde un bon souvenir du réalisateur : « Jess Franco savait exactement ce qu’il voulait et je pense que, contrairement à Jean Rollin, c’était un très bon directeur d’acteurs » (Brigitte Lahaie, les films de culte (de Cédric GrandGuillot et Guillaume Le Dissez, Glénat, 2016). Auparavant, elle avait nuancé ses propos au sujet de Jess Franco : « Pour moi, il n’a pas le talent d’auteur de Jean Rollin car quoiqu’on en dise, Jean est un véritable auteur. Jess serait plutôt un bon ouvrier. Néanmoins, Jess a une grande qualité, il sait bien diriger les acteurs et c’est avec lui, à l’occasion du tournage de ‘Dark Mission, les Fleurs du Mal’, que j’ai sans doute eu la première fois l’impression que j’étais capable d’être une bonne comédienne » (Entretien avec Shimano, nanarland.com). Et elle avait encore nuancé son opinion sur le réalisateur espagnol, en 1987, dans son livre Moi, la scandaleuse (éditions Filipacchi) : « Un bon professionnel, sans génie particulier, qui croit pourtant avoir reçu des dons divins. Il supporte mal la critique, et même la moindre initiative ».

Marc Gauchée

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