[Chrono] 2017/ L’opposition se donne de l’air… en abandonnant la cravate


EtLaTendresseBordel

Comment faire croire que l’on reprend la main quand un garnement de moins de 40 ans a remporté l’élection présidentielle alors que soi-même, on est proche des 70 ans ? Comment faire croire que l’on reprend la main quand on a érigé le « dégagisme » en programme électoral et que c’est ce même garnement qui le met en œuvre en obtenant la majorité absolue à l’Assemblée nationale ? Comment ? C’est simple : on enlève ce qui serre le cou ! Lacan aurait aimé ce geste qui matérialise une situation politique d’impuissance où on aimerait quand même se donner un peu plus d’air. Alors, donc, on enlève ce qui serre le cou et on refuse la cravate !

Le port de la cravate dans l’hémicycle a vraiment commencé à être remis en cause à partir de 1981. Car c’est cette année-là que le Parti socialiste (PS) obtenait la majorité absolue des sièges dans la foulée de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République. Les nouveaux députés se voulaient « cool » si bien que, dès le 14 octobre, le Bureau de l’Assemblée nationale rappelait l’exigence d’une « tenue correcte »  consistant, pour les hommes, en une veste et une cravate.

Bien sûr, certains ont essayé de ruser avec la règle. Le 17 avril 1985, Jack Lang, ministre de la Culture, se présente en costume à col droit créé par Thierry Mugler : « Mugler, comme Alaïa, avait réussi à donner une finesse et un envol inédit au corps des femmes. Mais, plus révolutionnaire encore, il était parvenu à réinventer la silhouette masculine. Je revenais d’Inde et j’avais une fois de plus été saisi par la beauté, l’élégance et la rigueur de ses vêtements pour homme. Je me souviens avoir dit à Thierry à quel point je trouvais le costume occidental moche et sans charme, et lui avoir demandé s’il ne pouvait pas imaginer un modèle qui s’inspire du style indien. J’ai été comblé par cette veste, si belle et austère à la fois » (cité par Éric Dahan, « Thierry Mugler, un talent monstre », vanityfair.fr, 7 janvier 2016). Mais plusieurs députés de droite s’inquiètent de cette tenue. Gabriel Kaspereit, gaulliste, demande aussitôt : « Monsieur Lang a-t-il une cravate ? » (Journal officiel, « débats parlementaires, Assemblée nationale », 18 avril 1985). Bientôt, les députés crient : « La cravate ! La cravate ! » et Gabriel Kaspereit continue : « On dirait Kadhafi ! Le carnaval est fini ! ». Le chahut s’arrête quand Jack Lang laisse entrevoir une cravate sous le col droit.

De même, en 1997, quand Patrice Carvalho, communiste, décide de siéger en bleu de travail, il n’oublie pas de porter une cravate dessous. Image reprise dans la série Baron noir de Ziad Doueiri (2016) quand Philippe Rickwaert (Kad Merad), député-maire de Dunkerque, se présente également dans l’hémicycle en bleu de travail.

CarvalhoMerad

La tentative de François de Rugy, écologiste, en 2008, pour faire adopter une tenue estivale plus libre et confortable se heurte à une nouvelle décision du Bureau de l’Assemblée nationale, le 9 juillet, qui stipule que « Le Bureau a souhaité rappeler à tous les membres de l’Assemblée la nécessité jusque là observée d’avoir en toutes circonstances une tenue respectueuse des lieux » (cité par Christophe Parent, « Le code vestimentaire des hémicycles sous la Ve République : mythes et réalités », Revue de droit public, n°6, 1er novembre 2013).

Mais en 2017, François de Rugy est désormais président de l’Assemblée sous l’étiquette « En marche » lorsque les députés de « La France insoumise » revendiquent le droit de ne pas porter de cravate. Les circonstances sont donc réunies pour changer la définition de la « tenue correcte » dans l’hémicycle. Le 19 juillet 2017, le Bureau constate qu’« aucune disposition réglementaire ne fixant la tenue vestimentaire des députés, il n’y a pas lieu d’obliger les hommes au port d’une veste et d’une cravate dans l’hémicycle ».

Auparavant, la seule catégorie d’élus dispensés de cravate était celle des hommes d’Église : Félix Kir, député de 1945 à 1967 ; Félix Viallet député de 1956 à 1962 et Hervé Laudrin, député de 1958 à 1977 et qui fut le dernier prêtre dans l’hémicycle. La « France insoumise » précédée par la France en soutane, quelle époque !

Marc Gauchée

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Un commentaire pour [Chrono] 2017/ L’opposition se donne de l’air… en abandonnant la cravate

  1. Minute d'élégance dit :

    Essayons le noeud papillon, avec deux options, noué ou à crochet.

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