[Comme un écho] Les Hommes de mains de Sergio Corbucci


SergioCorbucci

Sergio Corbucci le disait lui-même : « Je suis passionné de jazz et le nom d’un célèbre jazzman m’a toujours fasciné : Django Reinhardt. Ainsi, dès que j’en ai eu la possibilité, j’ai utilisé ce nom pour le personnage de mon film » (Philippe Lombard, Histoires de tournages : Django, 19 février 2009). Django sort en 1966 et met en scène ce héros taciturne (Franco Nero) dans un monde ultraviolent, avec tous les archétypes du « western spaghetti » : un héros prisonnier du souvenir d’une femme aimée mais tuée par les méchants ; une prostituée courageuse et au grand cœur, c’est Maria (Loredana Nusciak) ; des méchants aux sales gueules comme ce balafré de Ringo (José Terrón) et ses acolytes tellement laids qu’ils portent des masques de toile rouge…

Le nom de Django viendrait donc de Django Reinhardt. Or le cow boy Django est loin d’être un mélomane. Le seul rythme qu’il connaisse est celui de son six-coups et de sa mitrailleuse. Plus percussion donc, que guitare. Mais le Django de cinéma a tout de même un point commun avec Reinhardt : comme lui, il parvient à jouer de son instrument malgré un handicap important. Reinhardt jouait de la guitare alors qu’il avait perdu ses auriculaire et annulaire gauches à 18 ans, Django a les deux mains cassées à coups de fusils par les hommes du Général mexicain Hugo Rodriguez (José Bódalo). C’est le prix à payer pour avoir dérobé l’or de leur braquage !

DjangoMains

Cela ne l’empêche pas, quelques temps plus tard, de parvenir à abattre le Major confédéré Jackson (Eduardo Fajardo) et 5 de ses hommes lors d’un règlement de compte final dans un cimetière. Django s’est aidé en plaçant son revolver sur une croix pour pouvoir ainsi titrer les 6 coups mortels. Exploit remarquable au moins du point de vue de l’angle des tirs : une croix d’une des tombes se trouve sur la trajectoire et change donc de position entre le début et la fin du duel !

DjangoDuel

Deux ans plus tard, en 1968, dans Le grand silence, autre « western spaghetti » de Sergio Corbucci, le pistolero Silence (Jean-Louis Trintignant) ne bénéficie pas de la même fortune que Django : Martin (Mario Brega), acolyte du méchant banquier Pollicut (Luigi Pistilli) plaque une main de Silence sur le poêle allumé. Plus tard, un tireur complice du cruel chasseur de primes, Tigrero (Klaus Kinski), blesse Silence à l’autre main…

SilenceMains

Autant dire que Silence aborde son duel final face à Tigrero avec un sérieux handicap qui se révèle d’ailleurs, à la différence de celui de Django, insurmontable et fatal. Remarquons que ces histoires de mains avaient un autre passé : Pollicut a eu son pouce arraché par Silence pour se venger du meurtre de ses parents et de la perte de sa voix (Pollicut a coupé les cordes vocales de Silence quand il était petit garçon pour qu’il ne parle pas du meurtre de ses parents dont il a été le témoin !).

SilenceMainsPollicut

Dans ce monde où les armes font la loi, malheur à celui rendu incapable de s’en servir ! Django l’a compris : il choisit le lieu de son duel, il s’aide d’une croix comme point d’appui et adapte son arme à son handicap (il retire la sous-garde pour pouvoir manœuvrer la détente avec ses mains sans l’usage de ses doigts). En revanche, Silence ne l’a pas compris : il accepte de se rendre devant le saloon où réside Tigrero, il obéit aux règles d’un duel classique… et meurt.

Marc Gauchée

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