« Place publique », film progressiste


Décidément la gauche n’en finit pas de s’interroger sur son vieillissement, son avenir et les voies à trouver pour espérer rebondir. Il y a quelques mois, Robert Guédiguian, plutôt héritier de la première gauche, proposait dans La Villa de tout reprendre à zéro, de repartir grâce aux solidarités familiales pour s’ouvrir à nouveau au monde. C’est au tour d’Agnès Jaoui, plutôt héritière de la deuxième gauche, de faire sa proposition dans Place publique, un film aussi réjouissant que malin.

Le duo Castro (Jean-Pierre Bacri) et Hélène (Agnès Jaoui) représente pourtant l’« ancien monde », celui qui a été balayé par Emmanuel Macron en 2017. D’un côté Castro est un animateur de télévision cachant ses convictions de jeunesse sous un cynisme exacerbé comme il cache sa calvitie sous un postiche grotesque. Il pourrait représenter la gauche qui gouverne et qui a trahi, celle qui abandonne volontiers ses belles idées pour toujours rester au pouvoir.  De l’autre côté, Hélène son ex-femme, fait encore signer des pétitions en faveur des réfugiés. Elle pourrait représenter la gauche idéaliste et toujours accusée de naïveté. Il méprise tout le monde, elle veut accueillir tout le monde.

Face à cet « ancien monde » figé, le « nouveau monde » s’impose par la forme chorégraphiée du film et les choix de fluidité de la réalisatrice : s’il y a bien une unité de lieu et une quasi unité de temps (la fête de crémaillère dans une belle propriété à la campagne), beaucoup de personnages sont montrés en mouvement pour ne pas dire « en marche », la caméra passant d’une histoire à une autre, d’un groupe d’invités à un autre. Tout le monde cherche un moyen de bouger : sur la musique le temps d’une danse ; en appelant un taxi pour partir ailleurs ou en reprenant sa voiture pour rentrer. Et si l’« ancien monde » se retrouve d’abord dépassé par la jeunesse, les réseaux sociaux, les portables et leurs applications, tous les repères ne sont pas complètement brouillés. Les classes sociales ont simplement trouvé un autre terrain de jeu que celui de l’entreprise : le voisin paysan est exaspéré par le bruit de la fête alors qu’il doit se lever aux aurores et la maire montre plus d’empathie vis-à-vis des Parisiens fêtards que vis-à-vis de son autochtone éleveur.

La gauche de La Villa propose de recommencer par un retour aux racines familiales, à un point fixe, la maison et la calanque vers lesquelles converge le monde. En revanche, la gauche de Place publique propose de recommencer par l’amour entre le chauffeur (Kevin Azaïs) et la fille de Castro et d’Hélène (Nina Meurisse), formant un couple de classes sociales différentes qui décide d’aller aux devants du monde. Dans le dossier de presse, Agnès Jaoui confirme cet optimisme partagé avec son co-scénariste, Jean-Pierre Bacri : « Sans doute que nous sommes un peu neuneus d’être non seulement politiquement corrects mais en plus romantiques ! On croit en l’amour, en la jeunesse et la possibilité de fins heureuses. On a, malgré tout, espoir dans l’humanité. Nous ne pouvons nous empêcher d’espérer ». En d’autres temps et avec d’autres mots, on les aurait qualifiés de « progressistes ».

Marc Gauchée

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