[Comme un écho] La langue, du colonialisme à l’impérialisme


LangueAnglaise

Ernst Lubitsch et Billy Wilder se sont moqués respectivement des Anglais et des Américains dans leur rapport à leur langue.

Ernst Lubitsch dans La folle ingénue (Cluny Brown, 1946) met en scène une famille de nobles anglais qui reçoivent, en 1938, un réfugié politique tchèque, Adam Belinski (Charles Boyer). Lors du dîner, Adam explique à son hôte, Lord Carmel (Reginald Owen), qu’il parle anglais, car c’est une « langue universelle ». Et lord Carmel de répondre avec enthousiasme : « Voilà ce que j’appelle une pensée lucide. Dans ma jeunesse on m’a fait faire le tour du monde. Au départ, je parlais anglais, au retour, aussi. Entre temps, je n’ai rien parlé d’autre ». Lady Carmel (Margaret Bannerman) ajoute alors, un peu gênée mais l’œil malin : « L’anglais est le ‘hobby’ de mon mari ».

Billy Wilder dans Avanti ! (1972) met en scène J.J. Blodgett des Affaires étrangères (Edward Andrews) qui désespère de se faire comprendre de Pamela Piggott (Juliet Mills) se faisant passer pour une manucure italienne : « Ça c’est un truc qui m’arrive partout, mon dieu, j’admets que les étrangers parlent une langue étrangère, encore faudrait-il qu’il parlent tous la même langue étrangère ! ».

Certes, Billy Wilder qui a été l’assistant d’Ernst Lubitsch, a pu vouloir évoquer le souvenir de son maître. Après tout, Avanti ! fait déjà un clin d’œil à une autre film d’Ernst Lubitsch, La huitième femme de Barbe-Bleue (Bluebeard’s Eight Wife, 1938) avec l’épisode du pyjama partagé. En fait, les deux réalisateurs d’origine européenne et continentale se plaisent à dire la même chose mais à près de 30 ans d’intervalle.

La bêtise ou, au moins, l’étroitesse d’esprit de lord Carmel et de J.J.Blodgett les catalogue parmi les dignes héritiers de l’impérialisme anglais puis américain incarné dans la langue. Ainsi, le triomphe de l’anglais comme langue internationale s’est fondé sur la colonisation et l’expansion territoriale de la Grande-Bretagne répandant son usage en Amérique du Nord, en Afrique, en Inde, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Les États-Unis ont ensuite pris le relais à partir de la Deuxième guerre mondiale, s’appuyant sur leur formidable développement économique et concourant au redressement de l’Europe par leurs capitaux et leurs exportations de produits manufacturiers et culturels.

L’Allemand Lubitsch et l’Autrichien Wilder qui ont tous les deux fait carrière aux États-Unis, font ici preuve de cette ironie subtile qui est la marque de leurs œuvres. Ils rappellent aussi, par ces discrètes mais efficaces répliques linguistiques et pour notre plus grand plaisir, que les maîtres du monde n’échappent pas toujours au ridicule.

Marc Gauchée

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