[Sur les traces] L’Hôtel Printania de Michel Audiard


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L’hôtel ou le motel Printania apparait à plusieurs reprises dans l’œuvre de Michel Audiard. Parfois, il est seulement cité, parfois c’est le lieu d’une des scènes du romancier-dialoguiste. Ce sont Philippe Lombard, Sylvain Perret et Éléonore Cambret qui ont soulevé l’affaire dans « Le Dico Schnock de Michel Audiard » (Schnock, n°21, 2016).

Le point commun de toutes les références est le côté mal famé du Printania.

Ainsi, dans Tendre poulet (de Philippe de Broca, 1979), la commissaire Lise Tanquerelle (Annie Girardot) qui s’occupe de l’affaire des meurtres de parlementaires,  doit entendre une indic, Berthe (Sarah Sterling). Cette dernière lui apprend que Gros Louis a ficelé les trois frères Marouani dans la Renault 16 et que c’est Fernand qui a mis le feu. Berthe ajoute : « Oh vous savez, je dis pas ça parce qu’il s’est barré avec ma femme ». Du coup la commissaire donne ses ordres à l’inspecteur Marcel Guérin (Roger Dumas) : il faut envoyer Marcellin, un collègue rentré du Tréport,  à l’hôtel Printania, au Paradiso et au Bar Bleu : « Je veux Gros Louis et Fernand au trou dans une heure ».

Le plus souvent, le Printania est carrément un hôtel de passe. En 1954, dans Le Sang à la tête (de Gilles Grangier), François Cardinaud (Jean Gabin) est à la recherche de sa femme Marthe (Monique Mélinand) qui a fugué avec Mimile (José Quaglio), un amour de jeunesse de retour d’Afrique. Il va chez les parents de cette dernière, chez ses parents à lui, puis à l’hôtel Printania pour interroger Raymonde (Claude Sylvain) qui « est en main » chambre 7 avec Hubert Mandine (Henri Crémieux), l’un des associés de Cardinaud.

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Et en 1979, dans Flic ou voyou (de Georges Lautner), le fameux motel est tenu par les époux Langlois, Marcel (Michel Beaune) et  Simone (Catherine Lachens). Le commissaire Bertrand, policier ripou, est assassiné dans une chambre du motel alors qu’il s’y trouvait en compagnie d’une prostituée, également tuée. Quand Clara (Mireille Orsini), la mère de Rita (Valérie Kirkorian), la prostituée tuée dans le motel, explique que Mario l’avait emmenée là-bas en lui disant qu’il y avait un émir, le commissaire Stanislas Borrowitz (Jean-Paul Belmondo) doute : « Un roi du pétrole à l’hôtel Printania ? ».

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Entre 1954 et 1979, Michel Audiard publie Le p’tit cheval de retour (Julliard, 1975). Dans ce roman, il raconte ses années d’avant-guerre comme une « longue et folle kermesse » : « Elle était marrante la France d’alors ! … Inconséquente… feignasse… alcoolique… putassière… moscoutaire… cagoularde… mais merveilleusement légère et gaie ». L’hôtel Printania est lié à Raymonde, rencontrée en 1938 au (encore) Tréport : « Avec des yeux et un cul pareil, elle n’aurait pas dû avoir de soucis à se faire. Eh bien, c’est avec sa tête qu’elle voulait arriver. Elle misait sur son point faible. J’avais beau la raisonner ». Car Raymonde est belle et ambitieuse.

À Nogent, un samedi, Michel et Raymonde vont sur les bords de Marne, dans la guinguette « chez Tatave ». Puis Michel propose une promenade jusqu’au Printania « l’hôtel de passe juste après le pont ». Il connait le Printania, car il y avait emmené Georgina-la-crépue en sortant du « Moulin bleu » sur Joinville-le-Pont : « Moi, pas veinard, je me suis retrouvé à l’hôtel ‘Printania’, dans des draps douteux, à bouffer de la tarte aux poils ! », car Georgina est très poilue. Visiblement Georgina, pourtant fiancée à Paulo, un pilote de chasse, est une habituée des lieux puisque l’hôtelière l’a embrassée. Finalement, Michel renonce à aller au Printania, car Raymonde lui dit « J’ai promis à mes parents de rentrer de bonne heure. On a du monde à dîner. Tu sais, mon oncle dont je t’ai parlé qu’est industriel dans le Nord ». En fait d’industriel du Nord, Michel apprendra par la suite que Raymonde fait des « à côtés » avec tonton Marcel, lui  montre ses fesses et lui pratique des fellations !

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C’est peut-être pour effacer tous ces souvenirs d’occasions manquées que le commissaire Borrowitz, dans Flic ou voyou, finit par mettre le feu au Printania.

Marc Gauchée

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