[La Scène qui déchire] Simone Leguillon exerçait-elle un emploi fictif sur le tournage de « La Comtesse perverse » ?


La Comtesse perverse de Clifford Brown (alias Jess Franco, 1974) est une relecture version « nudie » des Chasses du comte Zaroff (The Most Dangerous Game) d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932).

Le comte Rabor (Howard Vernon) et la Comtesse Ivana (Alice Arno)  Zaroff vivent sur une île. Les jeunes filles qui y sont « invitées » se font violer par Madame et Monsieur et, le lendemain, Madame les chasse (nue) à l’arc puis Monsieur, intronisé « maître rôtisseur », les fait succinctement cuire avant que le noble couple les dévorent lors d’un repas résolument anti-vegan. Pour se ravitailler en chair fraîche, le comte et la comtesse payent Tom (Robert Woods) et Moira (Tania Busselier) comme rabatteurs restés sur la terre ferme.

Le film commence ainsi : Tom et Moira sont sur la terrasse de leur magnifique villa en bord de mer et c’est lui qui repère à la jumelle Carole (Caroline Rivière), ayant échappée à l’île maudite et échouée (nue) sur la plage. Ils descendent donc pour aller la chercher. Le jeune couple est vêtu d’ensembles en jean. Pourtant, quand Tom ramène Carole encore inconsciente à l’intérieur de la villa, Moira n’est plus en jean mais en bikini sombre !

LaComtesse1

Ô infortune des tournages fauchés ? Pourtant, le générique dévoile que Simone Leguillon a fait fonction de « script girl ». Ce rôle de script consiste précisément à assister le réalisateur dans la tenue des documents et de la continuité de la réalisation du film. Si Simone Leguillon a laissé passer une telle incohérence de costumes, c’est qu’elle occupait un emploi fictif sur le tournage ? Pourtant ladite Leguillon n’était pas une débutante puisqu’elle a commencé sa carrière de script en 1956 dans Goubbiah mon amour de Robert Darène avec Jean Marais sur des dialogues de René Barjavel tout de même.

Au lieu d’accabler de soupçons Simone Leguillon qui a poursuivi son parcours jusqu’en 1980 avec Les Chattes ravageuses de Gilbert Roussel (film dans lequel officiait Dominique Aveline), il vaudrait mieux chercher l’explication du changement express de tenue de Moira dans la  magie du genre « nudie » à la Jess Franco. Car son style ne se reconnait pas seulement aux plans descendant ou aux zooms sur les toisons pubiennes de ses actrices, ni par ces vues en contre-plongée dès qu’une femme porte une robe échancrée (la comtesse) ou qu’elle s’allonge (encore la comtesse, mais aussi Carole puis une autre victime, Silvia, interprétée par Lina Romay), son style de « nudie » se résume, comme son nom l’indique, à montrer des corps. Et Moira ne reste donc pas longtemps habillée, 2 minutes et 23 secondes pour être précis… d’autant plus que Moira recouvre d’un manteau Carole allongée nue sur le canapé. Son apparition en bikini vient ainsi compenser la « dissimulation » du corps de Carole à nos regards et permet, à Jess Franco, de garantir qu’il y a toujours – ou presque – dans ses « nudies », une femme quasi-nue sous les yeux des spectateurs.

Marc Gauchée

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