[La Scène qui déchire] Carole trahie moins par son indifférence et par sa poitrine


Dans La Comtesse perverse de Clifford Brown (alias Jess Franco, 1974), Carole (Caroline Rivière) rejoint l’île du comte Rabor (Howard Vernon) et de la Comtesse Ivana (Alice Arno)  Zaroff à la quête de sa sœur mystérieusement disparue. Elle est bien reçue par cet étrange couple d’aristocrates et découvre, dans le salon, les trophées de chasse de la comtesse. Cette dernière énumère : « un sanglier de Hongrie, un ours de Crimée, un chevreuil d’Autriche, un puma du Llanos ». L’énumération se finit par : « Un Indien d’Amazonie » !

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N’importe qui de normalement constitué ne pourrait s’empêcher de faire le lien entre la disparition de la sœur et le fait qu’une tête humaine soit punaisée au mur. Mais Carole n’est pas n’importe qui. Indifférente, elle ne relève pas, pensant sans doute que l’Indien d’Amazonie est au moins aussi nuisible que le sanglier de Hongrie. Cette absence de réaction désamorce complètement l’horreur du trophée humain, le banalise même puisque personne ne semble s’en émouvoir. L’image qui suit montre d’ailleurs Carole endormie, nue sur un lit, la pointe du téton dressée.

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Mais après une telle indifférence, le spectateur – qui lui anticipe la future monstruosité des Zaroff – ne peut qu’attendre la scène obligatoire : la tête de Carole est condamnée à se retrouver sur le mur desdits Zaroff. La scène est aussi obligatoire qu’attendue en ce qu’elle fait la bande annonce de la chasse à venir et de la collection de trophées à enrichir. Pourtant, Jess Franco se contente de montrer l’étape intermédiaire : Rabor entame à la scie le cou de l’infortunée Carole étendue nue, puis Ivana en profite pour caresser la poitrine de la morte.

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Second et ultime signe de la réduction de Carole à un corps pour « nudie ». Il faut cependant distinguer la partie exhibée : le sein ou la poitrine sont banals et relèvent de la simple loi du genre « nudie » mêlant, ici,  érotisme et violence. En revanche, chez Jess Franco, c’est l’exhibition du pubis qui désigne la femme aimée ou digne d’amour. Carole a décidément tout faux.

Marc Gauchée

 

 

 

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