La Trilogie sadique et dénudée d’Audrey Campbell (1/2)


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En 1964, Joseph P. Mawra réalise trois films racontant trois épisodes de la vie délinquante d’Olga interprétée par Audrey Campbell : La Maison de la honte (Olga’s House of Shame) en février [1] ; Les Esclaves blanches de Chinatown (White Slaves of Chinatown) en mai [2] et Les Filles d’Olga (Olga’s Girls) en septembre [3].

Les 3 films racontent quasiment la même histoire : il s’agit toujours de mettre en scène de façon complaisante et voyeuriste la menace qui plane sur les honnêtes filles qui vont là où elles ne devraient pas aller ou qui goûtent des plaisirs – la drogue et le sexe – interdits. La menace qui les guette, c’est Olga Saglo interprétée par Audrey Campbell, « le croque-mitaine en cuir et talons aiguilles, l’incarnation démoniaque du mal absolu, avec une rare conviction » (Christophe Bier, Obsessions, Le Dilettante, 2017). C’est elle qui torture ou fait torturer les jeunes filles égarées pour les soumettre totalement à sa volonté et les livrer ensuite à la prostitution. C’est elle aussi qui n’est pas insensible aux charmes de certaines de ses belles esclaves.

Dans La Maison de la honte, Olga, à la fois trafiquante de drogue et maquerelle, a installé son « école du vice et du crime » dans une mine désaffectée et veille à soumettre ses nouvelles victimes. Elaine (Judy Young ) est ainsi « convertie » par Olga qui l’« éduque » pour en faire « une seconde Olga ». Dans Les Esclaves blanches de Chinatown, Olga, toujours dans les affaires de drogue et de prostitution, travaille pour un mystérieux « syndicat » et son quartier général est à Chinatown. Là aussi, elle torture les filles pour en faire des esclaves obéissant à sa seule volonté. À la fin du film, les filles droguées sont devenues des prostituées soumises. Dans Les Filles d’Olga, Olga domine ses victimes en les rendant accro à la drogue qui détruit leur personnalité. Elle achète les nouvelles filles à Johnny Gordon (Gil Adams) et les teste pour être sûre qu’elles valent quelque chose. Elles sont aussi mises à contribution pour conditionner la drogue. La révolte menée par l’une d’entre elles, Colette (Rickey Bells), est bientôt matée par une Olga décidément toujours triomphante.

Cette trilogie de femmes entre elles et où les hommes sont donc quasiment absents, intervient à un moment particulier de l’histoire du cinéma : entre la fin du code Hays et avant le déferlement du cinéma pornographique.

Une trilogie « entre-deux »

Le code Hays est un code d’autocensure institué depuis les années 1930 par les producteurs hollywoodiens pour éviter toute législation fédérale. Or, il est en voie d’être complètement enterré et dépassé par les audaces des réalisateurs. 1964 est d’ailleurs une date-clé quand l’actrice noire Thelma Oliver montre ses seins dans Le Préteur sur gages (The Pawnbroker) de Sidney Lumet, sans être censurée !

Mais la trilogie d’Audrey Campbell précède aussi l’arrivée aux États-Unis des premiers films suédois qui parlent de sexe et le montrent : c’est en effet en 1967 que Je suis curieuse (Jag är nyfiken) de Vilgot Sjöman, film qui mélange fiction et réalité, connaît un énorme succès en Amérique.

Dans cet entre-deux, la trilogie a recours aux artifices pour éviter la censure et aborder des sujets chauds sous des prétextes divers. En 1964, le cinéma a ainsi déjà fait preuve d’une imagination débordante pour avoir de « bonnes raisons » de montrer des corps nus : au nom de l’ethnographie dans Moana de Robert Flaherty ou au nom de la culture du corps dans Force et beauté (Wege zu Kraft und Schönheit) de Nicholas Kaufmann et Wilhelm Prager en 1925 ; au nom du documentaire naturiste dans Elysia (Valley of the Nude ) de Carl Harbaugh en 1933 ; au nom de l’éducation sexuelle dans L’Amour qui tue de Paul Pfeiffer et Fred Barius en 1953 et, enfin, au nom des reportages « insolites » dans Un Monde de chien (Modo Cane) de Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi en 1962.

La trilogie d’Audrey Campbell n’échappe pas au recours à ce genre d’artifices. Certes, tournée en quelques jours et avec des moyens réduits, elle n’a ni eu le temps, ni la volonté de se lancer dans des scénarios et des dialogues très élaborés. C’est pourquoi des voix off, celles de Joel Holt alias Perry Peters et d’Audrey Campbell, racontent les 3 histoires et commentent les péripéties des victimes d’Olga. La voix masculine rappelle celle qui accompagne les actualités cinématographiques et Les Esclaves blanches de Chinatown commence même par montrer des unes de journaux comme pour renforcer le côté reportage sur la drogue qui envahit New York et fait des ravages dans la jeunesse. Seules quelques scènes dans La Maison de la honte sont donc directement jouées et dialoguées, notamment le premier interrogatoire d’une femme enlevée par Olga.

Située dans un « entre-deux », plus trop sage mais pas encore pornographique, la trilogie s’apparente d’abord au genre du « nudie », genre qui regroupe ces films à partir des années 1960 où les actrices sont déshabillées à tout moment sans aller jusqu’au nu intégral, frontal et gynécologique des films X de la décade suivante. Le premier « nudie » est attribué à Russ Meyer, en 1959 : L’Immoral M. Teas (The Immoral Mr Teas). Le genre n’autorise qu’une nudité ciblée et très partielle, c’est pourquoi le « nudie » comporte à la fois des limites et des passages obligés.

Limites et passages obligés d’un « nudie »

Côté limites, le « nudie » autorise à montrer les seins et les fesses, mais jamais la toison pubienne. Le frontal direct est interdit ! C’est ainsi que lorsque Vicki (Veronica Bellach), enceinte, se drogue, elle se tortille sur un canapé et laisse d’échapper un puis ses deux seins de son corsage défait. En revanche la scène de l’avortement est beaucoup plus pudique et elliptique : le médecin d’occasion remontant le drap jusqu’aux genoux de Vicki [2].

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Quand Olga, séduite par l’une de ses esclaves ayant pourtant perdue connaissance, décide de la caresser et, sans doute, de la violer, elle se déshabille ne laissant voir que sa poitrine et ses fesses [2].

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Plus tard, lorsqu’Olga se déshabille dans sa chambre pour la nuit, le recours à un paravent et aux ombres chinoises permet de cacher ce qui doit l’être et de laisser entrevoir les contours du reste [2].

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Les seins sont toujours visibles quand les filles sont torturées, attachées à un arbre [1] ou mises au cachot [2] et quand une fille est prisonnière d’un filet, les pointes de ses seins passent forcément entre les mailles [3] ! Quant aux fesses, soit elles sont montrées directement, soit elles se devinent au travers de sous-vêtements transparents.

Les scènes de déshabillage font partie des passages obligés du « nudie » avec abondance de plans fétichistes sur les sous-vêtements : vues plongeantes dans les décolletés [1 ; 3] ; séances de déshabillage avant le coucher [2 ; 3] ; danses lascives entre filles dévoilant leurs dessous [3]… D’ailleurs, dès la première scène des Filles d’Olga, l’héroïne, après avoir cheminé dans un couloir sombre, regagne sa chambre et se déshabille.

Autres passages obligés qui figurent ou figureront dans de nombreux « nudies » : la douche que répètent Bunny (Loloni Nocolo) puis Judy (Dolly Simmons) [3] ; la bataille entre filles assurée par Colette et Olga qui permet de remonter les jupes sur les culottes et d’ouvrir les corsages [3] ; la masturbation quand Olga se retrouve seule dans son lit le soir [1] ; le lesbianisme quand Marianna (Josel) danse en se déshabillant devant Olga et provoque l’émoi des autres filles qui sortent leur langue, soulèvent leur jupe, enlèvent leur corsage avant qu’Olga et deux autres forment un trio s’embrassant et se caressant sur le canapé [1] ou encore quand Olga et Bunny rivalisent dans un jeu de striptease où elles enlèvent chacune un vêtement à tour de rôle [3].

Mais la trilogie n’est pas un simple « nudie », car les déshabillages en série se produisent le plus souvent dans une ambiance de violences et de contraintes puisqu’il s’agit toujours, pour Olga, de transformer les filles droguées en dociles prostituées.

à suivre…

Joe Gillis

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