La Trilogie sadique et dénudée d’Audrey Campbell (2/2)


En 1964, Joseph P. Mawra réalise trois films racontant trois épisodes de la vie délinquante d’Olga interprétée par Audrey Campbell : La Maison de la honte (Olga’s House of Shame) en février [1] ; Les Esclaves blanches de Chinatown (White Slaves of Chinatown) en mai [2] et Les Filles d’Olga (Olga’s Girls) en septembre [3]. Au-delà du genre « nudie », une ambiance de violence grand-guignolesque…

Au Royaume de Madame Bricolage

Christophe Bier désamorce l’effet des scènes violentes contenues dans la trilogie en expliquant qu’elles se situent « entre la cérémonie SM et le Grand guignol » (Christophe Bier, op. cit.). Et il est vrai que la vraisemblance de l’ensemble est assez faible. La séquence la plus « Grand guignol » est sans doute celle où Olga doit découper puis brûler le corps d’une fille morte d’overdose afin de faire disparaître toute trace [3]… Si la machette qui va servir est visible, l’opération se déroule en ombres…

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Avant d’en arriver là, les filles traversent un calvaire qui débute par l’enfermement : dans un cachot et, évidemment, quasiment nue [2] ou dans une cage où la nourriture est servie à même le sol [3]. Quand il n’y a pas de prison, différentes entraves prennent le relais : liens [1 ; 2] ; jougs [1 ; 2] ; croix à l’envers [2] ou suspensions la tête en bas en tournoyant [2] … Les coups pleuvent : avec une matraque [1] ; un fléau [1] ;  une planche à clou sur les fesses [1] ou encore un incontournable fouet [1 ; 3].

La spécialité d’Olga est de pincer et d’écraser diverses parties du corps de ses victimes : les doigts et les mains sont pris dans un étau [1 ; 2] ; les jambes aussi [3] ; les tétons sont pincés [1] ; la poitrine écrasée [3]. Les plans de tours de vis alternent avec ceux des visages des victimes et des parties du corps malmenées, sans grand réalisme malgré la conviction plantureuse des comédiennes.

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L’escalade des tortures se poursuit avec les brûlures : les seins sont marqués au fer rouge [1], avec une cigarette [2] ou au chalumeau [3]. L’électricité est appelée à la rescousse et quand Judy est interrogée par électrocution, le courant la fait tellement trembler que ses seins sortent de son soutien-gorge [3]. Sadique souvent, mais « nudie » toujours !

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La maison ne recule devant aucun sévice : Elaine doit prouver sa loyauté absolue à Olga en assassinant une fille sur une chaise électrique [1] ; une autre Elaine (Marlaina Abbie) est soumise et résignée après avoir été violée par Jimmy (Jimmy Lyons), un fidèle d’Olga [2] et Kitty (Ann Pepper), informatrice de la police, est punie par Olga qui lui coupe la langue [3].

Olga, un monstre sous contrôle ?

Certes, Olga est la grande prêtresse de ces tortures et sévices infligées à de pauvres jeunes femmes égarées et droguées. Elle apparaît d’abord comme une femme à la sexualité jugée monstrueuse pour l’époque puisqu’elle n’hésite pas à aller avec d’autres femmes y compris quand celles-ci sont sans défense : quand Jenny (Robin) est attachée avec un joug dans la nature, Olga ouvre son corsage et promène une main sur son torse [1] ou encore Olga caresse une de ses victimes sans connaissance [2].

De plus Olga affiche un plaisir non dissimulé quand Mariana s’apprête à exécuter une danse du ventre devant elle [1] comme pendant les sévices qu’elle inflige à ses victimes [1 ; 2 ; 3]. Ce sourire large se transformant en rire sadique est sensé venir souligner la monstruosité du personnage.

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Pourtant plusieurs signes rendent la « monstrueuse » Olga finalement assez rassurante pour la gente masculine spectatrice de la trilogie. D’abord Olga appartient à un syndicat dirigé par des hommes dont elle rencontre régulièrement les représentants [1 ; 2 ; 3]. Ce sont aussi des hommes qui lui vendent certaines victimes [3]. Bref les hommes conservent le pouvoir suprême. La preuve de cette soumission d’Olga au pouvoir masculin est son changement de tenue : lorsqu’elle torture, elle est d’abord vêtue d’une chemise blanche, d’un pantalon sombre et de bottes [1] puis d’une tunique de cuir [3], mais quand elle rencontre les représentants du syndicat, elle s’habille plus normalement : une jupe longue et un chemisier blanc [3] ! Olga redevient une femme ordinaire face aux hommes, sa « monstruosité » ne s’exerce donc qu’envers les autres femmes. Et son idéal est de pouvoir organiser son pouvoir sur les femmes en comptant sur des lieutenantes fidèles et semblables à elle : à la fin de La Maison de la honte, Olga dresse une fille comme un cheval en la faisant tourner au bout d’une corde puis passe la rêne à Elaine devenue une « seconde Olga ».

La fin du dernier film de la trilogie, Les Filles d’Olga, est encore plus explicite. Olga doit mater la révolte des filles fomentée par Colette. Les révoltées ont organisé une fête avec un panneau sur le mur claironnant « Under New Management ». Mais Olga veille, se bat avec Colette puis la torture : « Je t’avais dit que tu ne pourrais jamais t’éloigner de moi ». Elle se rend ensuite à la fête et corrige le panneau en barrant « New » pour inscrire « Old ».

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À une époque où les femmes revendiquaient la maîtrise de leur corps et se battaient pour l’égalité juridique, politique et économique, la trilogie d’Olga livrait une représentation fantasmée du stade ultime de l’entreprise masculine de dressage des femmes. Dorénavant, le dressage ne serait même plus assuré par les hommes, des femmes auraient enfin pris le relais. En ce sens, la trilogie d’Olga, femme libre qui exerce son nouveau pouvoir uniquement contre ses sœurs ou, pour le dire autrement, femme dont le seul bonheur ne concourre pas à celui des autres, pourrait être l’avant-garde du discours du « retour de bâton » (Susan Faludi, Backlash, la guerre froide contre les femmes, Des femmes, 1993) quand les avancées féministes allaient être discréditées en faisant croire qu’elles menaient les femmes au malheur.

Joe Gillis

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