Bleu comme l’enfer


expliciteMondoCan

Et c’est dans Monde de chien (Mondo Cane de Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi).

Ce premier film de « reportages » mêlant sexe, sensationnel et tourisme présente une série de petites séquences à travers le monde dans le but de choquer ou de surprendre. Monde Cane qui a tout de même été dans la sélection officielle du Festival de Cannes, a lancé le genre « mondo », films construits à partir de reportages racoleurs.

Le film joue d’abord sur l’effet de réalité, ainsi, au début, un avertissement prévient : « Toutes les scènes que vous allez voir dans ce film sont vraies et sont simplement extraites de la vie ». Il joue aussi sur le voyeurisme, sexuel ou violent, en se justifiant : un reporter doit montrer la réalité comme elle est.

C’est ainsi que les seins s’affichent dans les séquences « ethnographiques » sur ces femmes qui jouent à la chasse à l’homme à l’Est de la Guinée ; ces filles engraissées, dans les iles du Pacifique, avant d’être offertes au grand chef (avec une transition délicate puisque ce reportage suit une séquence sur l’engraissement des oies) ou encore une messe dans une mission catholique chez les pygmées…

Les corps féminins en bikini s’affichent dans les séquences « occidentales » sur ces filles de la Côte d’Azur qui tournent en hors-bord autour des navires de guerre américains provoquant l’émoi des marins sur le pont ; sur ces pin-up sans commentaires qui viennent s’intercaler entre deux séquences ou encore sur « l’armée » des nageuses-sauveteuses australiennes.

La séquence sur Yves Klein fait le lien entre la nudité « primitive » et le déshabillé « civilisationnel » : l’artiste, qualifié de « peintre tchèque » (sic), accompagné d’un orchestre, dirige des femmes nues qui s’enduisent de son fameux « bleu » puis impriment une toile. Yves Klein jugea sa performance dénaturée et tournée en ridicule : le montage s’attarde sur les corps féminins, insère des plans de spectateurs stupéfaits et a changé la musique. Si l’on ajoute que cette séquence suit un reportage sur un casse de voiture en Californie et sur les galeries d’art contemporain qui présentent des voitures compressées… Après un malaise en mai 1962, en assistant à l’avant-première de Mondo Cane au festival de Cannes, Yves Klein meurt d’une crise cardiaque le 6 juin 1962.

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