[La Scène qui déchire] Dans « La Comtesse noire », l’habit ne fait jamais le moine


Jess Franco alias Jesús Franco est le réalisateur de plus de 180 films sous divers pseudonymes et souvent avec des moyens plus que limités et des scénarios plus que foutraques, mais toujours avec quelques obsessions bien ciblées et répétitives qui constituent sa marque. Les gros plans zoomés jusqu’au noir sur la toison et le sexe de sa muse, Lina Romay, participent ainsi à sa « politique des auteurs ». Dans La Comtesse noire (1973), il ajoute un élément à cette « politique » personnelle : le décalage des repères vestimentaires.

Ainsi Irina Karlstein, la fameuse comtesse noire interprétée par Lina Romay, traverse le film seulement vêtue de cuissardes, d’une ceinture et d’une grande cape. Sa déambulation dans les brumes forestières encadre le film (au début avec le mouvement de caméra et le zoom vers là où l’on sait) et en est la plus belle, érotique et inquiétante image.

Jess Franco montre le corps de Lina Romay pendant quasiment tout le film sauf à un moment : c’est lorsque, dans son hôtel, elle s’allonge sur un transat pour un bain de soleil ! Là, le réalisateur lui fait porter une longue robe blanche dissimulant son corps ! Ce film qui s’est aussi appelé La Comtesse aux seins nus, présente donc une « comtesse aux seins nus » qui ne se couvre la poitrine que pour bronzer.

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D’abord parce que les héroïnes de films érotiques ne se déshabillent pas comme tout le monde. Souvenons-nous comment bronze l’agente Jane Genet (Chesty Morgan) dans Supernichons contre mafia (Double Agent 73 de Doris Wishman, 1970). Elle exhibe sa formidable poitrine pour abattre un à un tous les trafiquants d’un réseau de cocaïne puis les photographie grâce à un appareil dissimulé sous son sein gauche (je n’invente pas !), mais, quand elle s’allonge sur un transat au soleil, elle garde son soutien-gorge et porte même un collant !

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Pour la comtesse noire, il est vrai que, dernière descendante muette d’une famille de vampires, elle ne doit pas particulièrement apprécier l’astre solaire. Soit. Mais la journaliste qui vient l’interroger dans son hôtel brouille tout autant les repères vestimentaires. C’est ainsi que, le plus sérieusement du monde, elle prévient Irina : « Je tiens d’abord à vous informer que l’article que j’écrirai sur notre entretien paraitra dans tous les grands journaux d’Europe et d’Amérique ». Et c’est sans doute pour rendre crédibles ses propos qu’elle n’est vêtue que d’un bikini rose… alors que le contre-jour dévoile à nouveau les formes de la comtesse !

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Le décalage des repères vestimentaires n’a pas seulement pour but d’égarer les regards sur le corps des femmes, il nous indique visuellement le sujet du film : l’apparition du désir n’est jamais là où on l’attend rendant ainsi sa satisfaction d’autant plus difficile.

Joe Gillis

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