[La Scène qui déchire] Quand la maman est la putain


Les Romains vainqueurs de Cléopâtre s’en sont donnés à cœur joie pour dénoncer les mœurs supposés dépravés de la reine d’Égypte. Et quand ce n’est pas Cléopâtre qui est dépravée, c’est toute la société de son époque qui se vautre dans la luxure. Les Nuits chaudes de Cléopâtre (Sogni erotici di Cleopatra de Cesar Todd alias Rino di Silvestro, 1985) n’échappe pas au cliché et, au milieu de complots politiques, le film présente donc une scène d’orgie sexuelle et alimentaire.

La caméra « panote » lentement sur les convives se tripotant alanguis dans la grande salle du palais de Cléopâtre (Marcella Petrelli). C’est ainsi qu’en passant, l’un des convives reçoit une giclée de lait du sein d’une des femmes offrant son corps aux investigations masculines !

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Pendant un instant, le réalisateur étale le spectacle de la maman et de la putain réunies dans un seul et même personnage. Maman avec la fonction nourricière et putain pour tout le reste.

Une telle association a certes déjà été mobilisée par d’autres réalisateurs classés dans la catégorie « auteurs ». Ainsi dans « Les Tentations du docteur Antoine » («Le tentazioni del dottor Antonio » de Federico Fellini dans Boccace 70 (Boccaccio 70), 1962), un censeur coincé (Peppino De Filippo) fantasme sur l’affiche géante d’une femme aux formes généreuses (Anita Ekberg) faisant la publicité avec le slogan : « Bevete più latte » (« Buvez du lait »). Le censeur dénonce la « putain » qu’il croit déceler derrière l’image de la « maman ».

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Il semble d’ailleurs que les Italiens soient plus particulièrement sensibles aux images maternelles . La fusion avec la mère reste une des représentations usuelles de ce pays où « 43% des couples de moins de 65 ans vivent à moins d’un kilomètre du domicile d’une des mamme » (« La mamma reste le pivot de la société italienne », Anne Le Nir, La Croix, 6 avril 2000).

Mais la scène des Nuits chaudes de Cléopâtre ajoute un commentaire ironique supplémentaire au-delà de ces hommes redevenant petits garçons et voulant se perdre dans le corps qui les a nourris, car elle montre une femme qui pratique une éjaculation (lactée, mais surtout) faciale sur un homme, retournant ainsi le cliché visuel pornographique de la décennie suivante en intervertissant les rôles entre la femme et l’homme.

Joe Gillis

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