[Comme un écho] Aurélie Filippetti et Sami Frey


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Aurélie Filippetti fait partie de ces figures emblématiques de notre monde politique toujours en mutation. Comme l’environnement politique en général, elle est mouvante, inaugure de nouveaux comportements et ne se reconnaît pas longtemps dans l’offre partisane existante. C’est ainsi que son parcours public a connu plusieurs engagements auprès : des Verts (1999) ; de la Convention pour la VIe République ; du Parti socialiste (PS) avec Ségolène Royal (2006) puis François Hollande (2011) ; des « frondeurs » contre Manuel Valls (2014) ; d’Arnaud Montebourg pour l’élection primaire (2017) et de Génération.s avec Benoît Hamon.

L’autre originalité qui fait d’Aurélie Filippetti une figure emblématique de la vie politique est l’irruption régulière de données relatives à sa vie privée sur la place publique. Bien sûr, cette « irruption » n’est pas forcément de son fait et résulte en grande partie d’initiatives misogynes d’un univers politique tout à la fois largement masculin et machiste, notamment quand est publiée, par exemple, la liste forcément infamante de ses « ex ». Avec Vinciane Despret et Isabelle Stengers (Les faiseuses d’histoires. Que font les femmes à la pensée ?, La découverte, 2011), il est aussi possible d’interpréter plus positivement cette « irruption » de la vie privée et donc de la percevoir comme le refus de la division en tranches de sa vie, entre le « personnel » et le « politique », division qui n’a rien de naturel et relève d’une construction toute masculine niant le lien entre ces différentes sphères.

C’est ainsi que, puisant son inspiration dans sa relation avec le chiraquien Frédéric de Saint-Sernin, Aurélie Filippetti joue avec ce lien dans son dernier roman. Car Les Idéaux (Fayard, 2018) raconte une histoire d’amour et de politique qui unit une députée à un député… de bords opposés. Elle est de gauche, issue de l’Est industriel, il est de droite, issu de l’aristocratie de l’Ouest parisien. L’auteure confie : « Le désir est complexe… C’est peut-être parce qu’on est différent qu’on est attiré par l’autre. Et c’est plutôt rassurant » (L’Obs, 30 août 2018).

En 1986, Jacques Rouffio avait réalisé L’État de grâce racontant également une histoire d’amour et de politique… de bords opposés : Antoine Lombard (Sami Frey) est secrétaire d’État aux universités d’un gouvernement de gauche, célibataire, et Florence Vannier-Buchet (Nicole Garcia) est la cheffe d’une entreprise d’articles de sport et vice-présidente du syndicat patronal, mariée avec deux enfants.

La comparaison avec le roman d’Aurélie Filippetti trouve sa limite dans le genre de l’auteur du film. Si, à la fin, Florence et Antoine peuvent vivre leur amour, Florence perd son mari, ses enfants et son entreprise en cédant à toutes les revendications des syndicats pour rejoindre Antoine, alors qu’Antoine perd son secrétariat d’État parce qu’il a démissionné pour une raison, non personnelle, mais politique : la loi qu’il préparait sur les universités était étalée sur 5 ans. Sa démission fait d’ailleurs la fierté de son père, vieux militant socialiste. La femme sacrifie sa vie familiale et sociale, là où l’homme retrouve l’estime des siens et gagne en prestige. Comme le confiait à L’Obs l’ancienne ministre de la culture à propos des milieux politiques : « La vie personnelle, la vie amoureuse des femmes y est toujours instrumentalisée à leurs dépens ».

Louis Coline

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