[Crise de comm] Le Sexisme turc


Turkish

Avec la réclame pour Turkish Airlines (parue notamment dans L’Obs du 11 octobre 2018) les pubards ont mis en scène l’un des fondamentaux de l’imaginaire sexiste. C’est ainsi que dans la tête des machos, les femmes n’ont de valeur que lorsqu’elles sont jeunes, elles n’ont donc pas le droit de vieillir, confirmant ce que dit le slogan : « 85 ans et toujours en vogue »… avec deux superbes (jeunes) femmes à peine typées pour ne pas risquer de déplaire à la clientèle mondiale tout en acceptant une touche d’orientalisme.

D’abord, comme souvent, le corps féminin est montré puisqu’un corps ne peut être que féminin quand, c’est bien connu, l’homme n’a pas de corps, il n’est qu’esprit. Mais surtout, l’obsession de la femme toujours jeune relève d’autres trajectoires sexistes décortiquées par Mona Chollet dans son essai, Sorcières. La puissance invaincue des femmes (La Découverte, 2018).

L’auteure démonte le mécanisme de « la hantise de la péremption » qui chez les femmes, au-delà de leur capacité à enfanter, concerne leur apparence physique. Et elle interroge la relation entre les femmes et les hommes. Selon elle, « La péremption des femmes se reflète aussi dans la différence d’âge que l’on observe au sein de tant de couples », car « Ce que recherchent certains hommes, ce n’est peut-être pas tant un corps féminin jeune que ce qu’il dénote : un statut inférieur, une expérience moindre ». En vieillissant la femme devient plus un individu, une personnalité et entre dans une relation d’égal à égal, elle remet en cause le « confort mental » de l’homme inégalitaire. Pas étonnant que l’expérience des femmes soit toujours disqualifiée quand la femme expérimentée ne passe plus pour « une pauvre chose sans défense ». L’auteure conclut : « Si les chasses aux sorcières ont particulièrement visé des femmes âgées, c’est parce que celles-ci manifestaient une assurance intolérable ».

La publicité turque ajoute la touche finale en représentant des femmes dans un métier de service. Et là, deux hôtesses de l’air, mannequins et à disposition, vaudront toujours plus que deux stewards. Comme quoi, la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan ne garde décidément pas le meilleur de l’Occident.

Marc Gauchée

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