Un héros du XXIe siècle


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La multiplication des possibilités de rencontres, de commencer et recommencer une histoire, de refaire sa vie, place chacun devant le fait d’assumer son choix sentimental, de renoncer (ou pas) aux facilités sociales et numériques même si, sous le soleil, l’herbe peut apparaître plus verte ailleurs. L’époque est ainsi, avec cette cruauté supplémentaire : avant, on ne se quittait pas à cause du patrimoine familial ou à cause des enfants, aujourd’hui on se quitte parce qu’On s’aime pas (Alain Souchon, 1980). Et toc. Prends ça. Direct.

Dans ce contexte, le roman des ex devient un sujet, un genre à part entière. Tout va de plus en plus vite dans Le Tourbillon de la vie (Jeanne Moreau, 1962) et on a le sentiment de ne pas avoir tout dit, que l’histoire ne s’est pas bien, ni correctement finie et que, après tout, l’herbe pourrait reverdir ailleurs. Le roman, Victor Plastre, re (bondir) de Frédéric Péran (La Compagnie littéraire, 2019) commence donc par la rencontre fortuite d’une ex de 6 ans – Victor croise Natacha dans le métro – et raconte la vie du narrateur pendant ces 6 années de séparation. Avec une ironie très drôle qui n’épargne pas son héros, Frédéric Péran dresse le portrait réjouissant d’un homme du XXIe siècle. Victor est ce « garçon qui va arrêter de fanfaronner un instant et se rappeler la vérité des quelques années qui viennent de s’écouler. Sans tabou » (compagnie-litteraire.com, 18 juillet 2019).

Certes, Victor conserve des traits de l’homme du siècle dernier : il fréquente les bars, croit que le taux d’alcoolémie est un indicateur de virilité, traîne avec un « boys club » dans le quartier populaire de la Goutte d’Or (XVIIIe arrondissement parisien) où il discute avec d’autres mâles célibataires sympathiques et un peu pathétiques. C’est parce que Victor est conscient que ces beuveries et ces conversations sont assez vaines, qu’il essaie de changer de vie, de tenter la mixité, de « rebondir » même s’il déteste ce terme.

Se succèdent d’abord des rencontres aussi « pittoresques » qu’éphémères, vite fait, mal fait, comme si Victor devait se prouver qu’il était encore un Homme (avec un grand « h », quand le masculin était encore universel) et qu’il était encore séduisant. Puis arrivent une relation plus durable avec Cristina, une relation qu’on pressent plus engageante, plus importante et qui, du coup, permet de vérifier que la bandaison « ça n’se commande pas » (Fernande, Georges Brassens, 1972). Victor et Cristina s’installent dans un appartement, goûtent à la vie de couple, aux petits arrangements pour se supporter, aux concessions faites sans réfléchir parce que c’est le début et qu’enfin il y a cette fille qui aime Victor. C’est là que Victor marque son ancrage dans le XXIe siècle : il ne sépare plus de façon complètement étanche vie privée et vie professionnelle, l’une déteint sur l’autre, l’une ne peut pas aller bien si l’autre va mal. Il est habituel de poser la question aux femmes : Comment conciliez-vous votre vie privée et votre vie professionnelle ? Le roman de Frédéric Péran montre qu’il existe aussi des hommes qui se posent la question.

Au terme de son récit des 6 années sans Natacha, le bilan a des accents de dépression : « Je me demande si une seule fois une fille a pleuré quand on s’est séparés ». Mais, dans ce XXIe siècle commençant, Victor n’en a pas fini de s’interroger sur ses choix. Le récit de ses 6 dernières années et de leur épilogue que je ne divulgâcherai pas tracent le chemin de l’apprentissage de sa liberté, imitant la leçon du poète : pour faire le portrait d’un homme, « peindre d’abord une cage ».

Marc Gauchée

PS:

Frédéric Péran propose de le retrouver dans l’un des « Rancards de Victor »

Deux rancards à Paris:

-jeudi 12 septembre à partir de 19h, « Soirée livres ouverts » à La Compagnie Littéraire avec les auteurs de la maison : dédicaces, cocktails… (11/13 rue Vernier 75017 Paris – Métro Porte de Champerret)
-samedi 14 septembre à partir de 18h30, là, au « Trois frères », ce bar où Victor a ses habitudes sous l’office bienveillant d’Arezki, Ahcène, Momo… (14 rue Léon 75018 Paris – Métro Château Rouge)

Un rancard à Tours:

-jeudi 3 octobre à MAME … avec Guillaume Chollet, son énergie et ses œufs toqués (49 Boulevard de Preuilly 37000 Tours)

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