[La Scène qui déchire] De « La Comtesse noire » aux « Avaleuses », autopsie d’un titre


La Comtesse noire de James P. Johnson (version « pornographique »), l’un des nombreux pseudonymes de Jess Franco (version « érotique ») raconte le retour à Madère, terre de ses ancêtres,  d’Irina Karlstein (Lina Romay), dernière descendante muette d’une famille de vampires. Et cette comtesse souffre d’une terrible malédiction. En effet, tout plaisir sexuel lui est interdit puisque chaque tentative se conclut immanquablement par la mort de son ou de sa partenaire, interrompant son plaisir à elle, si bien qu’après la mort dudit ou de ladite partenaire, Irina, insatisfaite, se frotte et se caresse contre le corps inanimé de sa victime. Sa recherche du plaisir est tellement désespérée qu’elle en vient à chercher un peu de réconfort seule au creux d’un lit en s’enroulant autour d’un traversin.

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De leurs côtés les médecins sont formels. Le légiste Roberts (Jess Franck alias Jess Franco lui-même !) a examiné le corps du pauvre garçon de ferme (Roger Germanes), victime d’une fellation fatale. Il fait son rapport aux policiers : « Il a été tué par une bouche » et conclut : « Il a été mordu en plein orgasme et le vampire a bu sa semence jusqu’à sa mort ».

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Quant au docteur aveugle Orloff (Jean-Pierre Bouyxou), il examine le corps d’une aristocrate (Monica Swinn) également victime de la comtesse noire en introduisant ses doigts dans le vagin de la morte. Il précise : « Les deux canines ont transpercé les lèvres et déformé le clitoris. C’est ce que faisaient les premiers vampires, ils aspiraient ainsi l’énergie de leurs victimes et les laissaient exsangues ».

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La Comtesse noire a connu plusieurs autres titres comme La Comtesse aux seins nus ou Femmes vampires. Le film est la version soft d’une version hard au titre particulièrement explicite : Les Avaleuses. Mais à la fin du film, il est certain que c’est pour le spectateur que ça a été le plus dur à avaler.

Joe Gillis

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Rire chevalin


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[Chrono] 1977/ Jacques Chirac, maire de Paris, fait fermer un théâtre


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Dans Papiers Nickelés, « la revue de l’image populaire » (n°58, 3e trimestre 2018), Héronimüs Parminos publie plusieurs dessins réalisés en soutien de la MJC-Théâtre des Deux portes, expulsée par la police en août 1977 (« Cinquante dessins en solidarité avec la MJC-Théâtre des Deux portes »).

« Les mauvais coups de ceux qui nous gouvernent se font toujours au mois d’août, quand les contestataires potentiels sont en vacances. Jacques Chirac a le sens des traditions : son premier mauvais coup en tant que maire de Paris, il l’a fait au mois d’août. Et lorsque les habitants du 20ème arrondissement rentreront de vacances, ils se rendront compte brusquement qu’on leur a volé un peu de ce qui faisait la vie de leur quartier » (Gérard Petitjean, « Les Deux-Portes… à la rue », Le Nouvel observateur, 22 août 1977).

La MJC-Théâtre des Deux portes était située au 46 rue Louis-Lumière dans le XXe arrondissement et avait ouvert en 1972. La fin des subventions municipales la fait entrer en crise financière et le bras de fer avec la municipalité se conclut donc par l’arrivée des CRS en août 1977.

Auparavant, ce théâtre avait programmé pour sa saison 1974-1975 une pièce de Claude Alranq intitulée Tabò ou la dernière Sainte-Barbe et interprétée par la troupe du théâtre de la Carriera. L’histoire était celle de la lutte d’un jeune mineur contre la fermeture de sa mine. Quand mes parents cherchèrent un nom à la villa qu’ils venaient d’acquérir à Port-Leucate, ils choisirent « Tabò ». Je retrouverai ce nom à chaque été leucatois.

En 1977, j’avais 13 ans, habitant du XXe arrondissement, j’ai accompagné mes parents manifester en soutien de la MJC-Théâtre des Deux portes. Revoir les dessins que Héronimüs Parminos a retrouvé « en faisant du rangement dans [ses] gourbis » m’a replongé dans cette époque chiraco-giscardienne où l’alternance avait le goût de l’espérance.

Marc Gauchée

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[La Scène qui déchire] Le Zizi émergeant de David Hamilton


Un été à Saint-Tropez est un film de David Hamilton (1983), sans paroles, juste avec la musique de Benoît Wideman et avec une accumulation de tous les tics esthétiques du réalisateur. C’est ainsi que le soleil se lève et se couche pendant quasiment toute la durée du film. Quant au scénario, c’est une succession de saynètes dans lesquelles sept jeunes filles en culottes d’un blanc éclatant sous des vêtements flottant passent leurs vacances dans une grande maison de l’arrière-pays de Saint-Tropez, ne font rien, rient, somnolent au soleil (levant ou couchant) et se tripotent un peu, pas trop, jamais dans de véritables relations homosexuelles mais juste ce qu’il faut pour émoustiller le voyeur à la maturité toute masculine. Le tout baigne dans des images au « flou artistique » hamiltonien, ajoutant du vaporeux aux tenues des donzelles.

Le point de vue masculin est confirmé par quelques scènes au ralenti dans le registre du genre sexploitation mais ici avec l’alibi « artistique » : quand les filles se battent à coups d’oreillers dans leur dortoir pour avoir la classique bonne bagarre entre femmes ou quand elles courent nues sur la plage pour profiter du tout aussi classique spectacle du lent balancement des chairs. Pendant leurs vacances, les sept jeunes filles prennent leur douche ensemble (encore un passage obligé dans le genre sexploitation) mais dorment en lits individuels… dans un dortoir commun tout de même.

Et les hommes dans tout ça ?

Le seul personnage masculin du film est Renaud, viril et barbu, il se marie à la fin avec Joan (toutes les actrices et acteurs ne sont crédités que par leur prénom). Pendant la cérémonie, le jeune couple vêtu de blanc est encadré par des filles (en blanc) portant des foyers au creux de leurs mains et des garçons (en blanc) portant des torches, chacun ainsi muni du symbole de son sexe, il ne faudrait quand même pas que ce soient les filles qui portent le phallus !

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Mais il y a un autre homme présent de façon symbolique dans ce film : il s’agit du réalisateur. En effet, sur la plage, la tente sous laquelle les filles se déshabillent pour aller s’ébattre nues dans la mer ou pour se caresser à l’abri des regards, a une forme, la couleur aidant, qui fait penser à un gland émergeant de la terre. Bien sûr, cette interprétation est aujourd’hui largement suggérée par les affaires de viols sur mineures qui ont été révélées avant le suicide du réalisateur et donc par l’ombre menaçante de David Hamilton. Mais le choix de cette tente mériterait une enquête pour savoir pourquoi elle a été retenue.

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En attendant, le film se termine par la cérémonie du mariage (en blanc). Après ses vacances pseudo-saphiques, la jeune mariée s’embarque en bateau avec son époux. Gageons à coup sûr que c’est pourtant lui qui va tenir la barre.

Joe Gillis

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[Comme un écho] Aurélie Filippetti et Sami Frey


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Aurélie Filippetti fait partie de ces figures emblématiques de notre monde politique toujours en mutation. Comme l’environnement politique en général, elle est mouvante, inaugure de nouveaux comportements et ne se reconnaît pas longtemps dans l’offre partisane existante. C’est ainsi que son parcours public a connu plusieurs engagements auprès : des Verts (1999) ; de la Convention pour la VIe République ; du Parti socialiste (PS) avec Ségolène Royal (2006) puis François Hollande (2011) ; des « frondeurs » contre Manuel Valls (2014) ; d’Arnaud Montebourg pour l’élection primaire (2017) et de Génération.s avec Benoît Hamon.

L’autre originalité qui fait d’Aurélie Filippetti une figure emblématique de la vie politique est l’irruption régulière de données relatives à sa vie privée sur la place publique. Bien sûr, cette « irruption » n’est pas forcément de son fait et résulte en grande partie d’initiatives misogynes d’un univers politique tout à la fois largement masculin et machiste, notamment quand est publiée, par exemple, la liste forcément infamante de ses « ex ». Avec Vinciane Despret et Isabelle Stengers (Les faiseuses d’histoires. Que font les femmes à la pensée ?, La découverte, 2011), il est aussi possible d’interpréter plus positivement cette « irruption » de la vie privée et donc de la percevoir comme le refus de la division en tranches de sa vie, entre le « personnel » et le « politique », division qui n’a rien de naturel et relève d’une construction toute masculine niant le lien entre ces différentes sphères.

C’est ainsi que, puisant son inspiration dans sa relation avec le chiraquien Frédéric de Saint-Sernin, Aurélie Filippetti joue avec ce lien dans son dernier roman. Car Les Idéaux (Fayard, 2018) raconte une histoire d’amour et de politique qui unit une députée à un député… de bords opposés. Elle est de gauche, issue de l’Est industriel, il est de droite, issu de l’aristocratie de l’Ouest parisien. L’auteure confie : « Le désir est complexe… C’est peut-être parce qu’on est différent qu’on est attiré par l’autre. Et c’est plutôt rassurant » (L’Obs, 30 août 2018).

En 1986, Jacques Rouffio avait réalisé L’État de grâce racontant également une histoire d’amour et de politique… de bords opposés : Antoine Lombard (Sami Frey) est secrétaire d’État aux universités d’un gouvernement de gauche, célibataire, et Florence Vannier-Buchet (Nicole Garcia) est la cheffe d’une entreprise d’articles de sport et vice-présidente du syndicat patronal, mariée avec deux enfants.

La comparaison avec le roman d’Aurélie Filippetti trouve sa limite dans le genre de l’auteur du film. Si, à la fin, Florence et Antoine peuvent vivre leur amour, Florence perd son mari, ses enfants et son entreprise en cédant à toutes les revendications des syndicats pour rejoindre Antoine, alors qu’Antoine perd son secrétariat d’État parce qu’il a démissionné pour une raison, non personnelle, mais politique : la loi qu’il préparait sur les universités était étalée sur 5 ans. Sa démission fait d’ailleurs la fierté de son père, vieux militant socialiste. La femme sacrifie sa vie familiale et sociale, là où l’homme retrouve l’estime des siens et gagne en prestige. Comme le confiait à L’Obs l’ancienne ministre de la culture à propos des milieux politiques : « La vie personnelle, la vie amoureuse des femmes y est toujours instrumentalisée à leurs dépens ».

Louis Coline

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Voir des Marilyn partout ! (1)


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C’était en 1983, Télérama (n°1769 du 7 décembre) met en une un dessin de Desclozeaux en guise d’illustration de sa sélection de livres à offrir pour les fêtes du Réveillon. Le dessin représente une Marilyn dont la robe est constituée des pages d’un livre. Mais, quinze jours plus tard (n°1771, 21 décembre), la rédaction de l’hebdomadaire culturel se voit contrainte de répondre aux courriers de certains lecteurs qui ont jugé le dessin « Pornographique ! Vulgaire ! Vous donnez dans la fesse ! Vous exploitez la femme ! »…

Lire la suite de l’article de Marc Gauchée dans Papiers Nickelés, la revue de l’image populaire, n°59, 4e trimestre 2018

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« 37°2 le matin », le « backlash » à la française


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En 1991, Susan Faludi publie un essai intitulé Backlash, la guerre froide contre les femmes (Des femmes, 1993). L’auteure part du constat que « De nombreux signes témoignent d’une dégradation continuelle de la condition des femmes depuis le début des années quatre-vingt ». Les avancées féministes sont remises en cause, pire, tout un discours de revanche se développe consistant à démontrer que les femmes elles-mêmes seraient les victimes de leur libération ! Or cette « revanche n’est pas déclenchée par un accès réel des femmes à l’égalité, mais par le fait qu’elles ont de sérieuses chances d’y parvenir », c’est en quelque sorte une revanche préventive.

Au cinéma, le film américain emblématique de ce « backlash » est Liaison fatale (Fatal Attraction d’Adrian Lyne, 1987) qui sort en France en janvier 1988. Voulu, au départ, comme un film féministe, les multiples réécritures du scénario le font évoluer vers un antiféminisme résolu et l’histoire devient celle d’un adultère qui tourne au cauchemar. Dan Gallagher (Michael Douglas) profite de l’absence momentanée de sa femme pour avoir une aventure avec Alex Forrest (Glenn Close) qui sombre bientôt dans la folie meurtrière. À l’arrivée, le mari est exempté de toute faute et son épouse est idéalisée. Quant à l’amante, elle est accablée et tuée par le couple réconcilié. « Force est de constater qu’il n’y a pas besoin de se tirer les cheveux pour trouver Liaison fatale fort réactionnaire » (Nicolas Bardot, filmdeculte.com, s.d.). Le film d’Adrian Lyne centré sur l’adultère et ses conséquences avec sa dose d’hypocrisie, d’ordre moral et familial, possède un caractère très hollywoodien. Chez nous, les mariages ont fini de faire rêver depuis au moins la Nouvelle Vague et, après tout, le « backlash » serait avant tout américain ! Pourtant, deux ans auparavant, en avril 1986 et en France cette fois-ci, le film 37°2 le matin (de Jean-Jacques Beineix) présente une autre « terrifiante histoire d’amour » comme le disent les affiches de Liaison fatale, une histoire qui se termine non par le meurtre, mais par l’assassinat de la femme…

Lire la suite de l’article de Marc Gauchée sur genre-ecran.net.

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