Les goûts et les douleurs


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Des cheveux plein la tête


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Et c’est dans L’Épave (de Willy Rozier).

Françoise Arnoul, ex Miss Côte-d’Azur, interprète la danseuse et chanteuse Perrucha. Mais, quand elle doit se déshabiller pour une audition comme lorsque le beau Mario qui la recueilli la porte pour la coucher, elle est doublée par Jeanine Nolland, ex Miss Monaco. C’est pour cela que, dans toutes ces scènes dénudées, le visage de Perrucha disparait sous ses cheveux ! En 1916, dans La Fille des dieux (A Daughter of the Gods de Herbert Brenon), les cheveux servaient à masquer les tétons d’Annette Kellerman, en 1949, ils servent à masquer le visage de la doublure seins !

Notons toutefois que, quand Mario, après l’avoir embrassée, laisse Perrucha allongée dans le lit, elle dévoile furtivement l’un de ses seins qu’elle s’empresse de recouvrir du drap. Et cela sans doublure.

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Tournage X : le décor, l’amateur et le pirate


En 5 ans, de 1975 à 1980, le budget moyen d’un film pornographique est passé de 600 000 francs à 200 00 francs (Jacques Zimmer, article « Pornographie », Dictionnaire du cinéma populaire français sous la dir. de Christian-Marc Bosséno et Yannick Dehée, Nouveau monde, 2004).

Lorsque Gérard Kikoïne réalise Attention fillettes ! (1981) et Bourgeoise et pute (1982), le genre n’a pas encore complètement atteint ce qui deviendra, en 1983, la règle : une seule journée de tournage et un budget de 60 000 francs. Mais, question décors, cela n’empêche pas Gérard Kikoïne d’avoir recours aux astuces pour pallier son manque de moyens : l’amateur intéressé et le tournage pirate, car, selon lui, « le choix des décors est primordial » (Kikobook, le livre cul(te), éditions de l’Œil, 2016).

L’amateur intéressé

Dans Attention fillettes !, Karine (Marilyn Jess) part en vacances à Saint-Tropez, invitée par sa peu farouche copine Brigitte (Mika Barthel). Elle est très vite entraînée dans des péripéties sexuelles filmées par une bande d’oisifs et néanmoins queutards. À un moment, la bande a rendez-vous avec Wilfrid sur ses bateaux. Selon Gérard Kikoïne, le propriétaire était un admirateur de Marilyn Jess et a offert la location à condition qu’elle reste à côté de lui pendant qu’il pilote son hors-bord cigarette dans la baie des Canoubiers. Un très bref plan permet de confirmer les propos du réalisateur.

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Le tournage pirate

Dans Bourgeoise et pute, la encore sage Muriel (Cathy Ménard) remplace sa sœur jumelle dévergondée et décédée pour un rendez-vous avec le président Cadin (Gilbert Servien). L’extérieur de la banque dudit Cadin est l’immeuble de la Banque de France situé au 33 rue de Sèvres, à l’angle du boulevard Raspail. Un plan opportunément cadré coupe la mention « de France » de la façade parce qu’elle affiche, dans la réalité, « Banque de France ».

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Le rendez-vous entre Muriel et le président Cadin a été tourné en face, à l’hôtel Lutetia. Muriel arrive vêtue d’un manteau qu’elle enlève dévoilant les incontournables fétichistes sous-vêtements et porte-jarretelles. Elle frappe à la machine sur des billets ce que lui dicte Cadin. Inutile de préciser que, selon Gérard Kikoïne, la direction de l’hôtel Lutetia ignorait que l’un de ses salons prestigieux allait servir de décor à une scène de fellation puis de pénétration, c’est même le principe du tournage pirate.

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La fin des années 1980 met un terme définitif à ces problèmes de décors. Désormais, tout se passera dans une pièce unique, sans dialogues autres que des gémissements et en un jour de tournage. C’est ainsi que le genre pornographique est entré dans l’époque contemporaine en renouant quasiment avec les règles de la dramaturgie classique : unité de lieu, unité d’action et unité de temps.

Joe Gillis

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[Sur les traces] L’Hôtel Printania de Michel Audiard


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L’hôtel ou le motel Printania apparait à plusieurs reprises dans l’œuvre de Michel Audiard. Parfois, il est seulement cité, parfois c’est le lieu d’une des scènes du romancier-dialoguiste. Ce sont Philippe Lombard, Sylvain Perret et Éléonore Cambret qui ont soulevé l’affaire dans « Le Dico Schnock de Michel Audiard » (Schnock, n°21, 2016).

Le point commun de toutes les références est le côté mal famé du Printania.

Ainsi, dans Tendre poulet (de Philippe de Broca, 1979), la commissaire Lise Tanquerelle (Annie Girardot) qui s’occupe de l’affaire des meurtres de parlementaires,  doit entendre une indic, Berthe (Sarah Sterling). Cette dernière lui apprend que Gros Louis a ficelé les trois frères Marouani dans la Renault 16 et que c’est Fernand qui a mis le feu. Berthe ajoute : « Oh vous savez, je dis pas ça parce qu’il s’est barré avec ma femme ». Du coup la commissaire donne ses ordres à l’inspecteur Marcel Guérin (Roger Dumas) : il faut envoyer Marcellin, un collègue rentré du Tréport,  à l’hôtel Printania, au Paradiso et au Bar Bleu : « Je veux Gros Louis et Fernand au trou dans une heure ».

Le plus souvent, le Printania est carrément un hôtel de passe. En 1954, dans Le Sang à la tête (de Gilles Grangier), François Cardinaud (Jean Gabin) est à la recherche de sa femme Marthe (Monique Mélinand) qui a fugué avec Mimile (José Quaglio), un amour de jeunesse de retour d’Afrique. Il va chez les parents de cette dernière, chez ses parents à lui, puis à l’hôtel Printania pour interroger Raymonde (Claude Sylvain) qui « est en main » chambre 7 avec Hubert Mandine (Henri Crémieux), l’un des associés de Cardinaud.

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Et en 1979, dans Flic ou voyou (de Georges Lautner), le fameux motel est tenu par les époux Langlois, Marcel (Michel Beaune) et  Simone (Catherine Lachens). Le commissaire Bertrand, policier ripou, est assassiné dans une chambre du motel alors qu’il s’y trouvait en compagnie d’une prostituée, également tuée. Quand Clara (Mireille Orsini), la mère de Rita (Valérie Kirkorian), la prostituée tuée dans le motel, explique que Mario l’avait emmenée là-bas en lui disant qu’il y avait un émir, le commissaire Stanislas Borrowitz (Jean-Paul Belmondo) doute : « Un roi du pétrole à l’hôtel Printania ? ».

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Entre 1954 et 1979, Michel Audiard publie Le p’tit cheval de retour (Julliard, 1975). Dans ce roman, il raconte ses années d’avant-guerre comme une « longue et folle kermesse » : « Elle était marrante la France d’alors ! … Inconséquente… feignasse… alcoolique… putassière… moscoutaire… cagoularde… mais merveilleusement légère et gaie ». L’hôtel Printania est lié à Raymonde, rencontrée en 1938 au (encore) Tréport : « Avec des yeux et un cul pareil, elle n’aurait pas dû avoir de soucis à se faire. Eh bien, c’est avec sa tête qu’elle voulait arriver. Elle misait sur son point faible. J’avais beau la raisonner ». Car Raymonde est belle et ambitieuse.

À Nogent, un samedi, Michel et Raymonde vont sur les bords de Marne, dans la guinguette « chez Tatave ». Puis Michel propose une promenade jusqu’au Printania « l’hôtel de passe juste après le pont ». Il connait le Printania, car il y avait emmené Georgina-la-crépue en sortant du « Moulin bleu » sur Joinville-le-Pont : « Moi, pas veinard, je me suis retrouvé à l’hôtel ‘Printania’, dans des draps douteux, à bouffer de la tarte aux poils ! », car Georgina est très poilue. Visiblement Georgina, pourtant fiancée à Paulo, un pilote de chasse, est une habituée des lieux puisque l’hôtelière l’a embrassée. Finalement, Michel renonce à aller au Printania, car Raymonde lui dit « J’ai promis à mes parents de rentrer de bonne heure. On a du monde à dîner. Tu sais, mon oncle dont je t’ai parlé qu’est industriel dans le Nord ». En fait d’industriel du Nord, Michel apprendra par la suite que Raymonde fait des « à côtés » avec tonton Marcel, lui  montre ses fesses et lui pratique des fellations !

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C’est peut-être pour effacer tous ces souvenirs d’occasions manquées que le commissaire Borrowitz, dans Flic ou voyou, finit par mettre le feu au Printania.

Marc Gauchée

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[Comme un écho] La langue, du colonialisme à l’impérialisme


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Ernst Lubitsch et Billy Wilder se sont moqués respectivement des Anglais et des Américains dans leur rapport à leur langue.

Ernst Lubitsch dans La folle ingénue (Cluny Brown, 1946) met en scène une famille de nobles anglais qui reçoivent, en 1938, un réfugié politique tchèque, Adam Belinski (Charles Boyer). Lors du dîner, Adam explique à son hôte, Lord Carmel (Reginald Owen), qu’il parle anglais, car c’est une « langue universelle ». Et lord Carmel de répondre avec enthousiasme : « Voilà ce que j’appelle une pensée lucide. Dans ma jeunesse on m’a fait faire le tour du monde. Au départ, je parlais anglais, au retour, aussi. Entre temps, je n’ai rien parlé d’autre ». Lady Carmel (Margaret Bannerman) ajoute alors, un peu gênée mais l’œil malin : « L’anglais est le ‘hobby’ de mon mari ».

Billy Wilder dans Avanti ! (1972) met en scène J.J. Blodgett des Affaires étrangères (Edward Andrews) qui désespère de se faire comprendre de Pamela Piggott (Juliet Mills) se faisant passer pour une manucure italienne : « Ça c’est un truc qui m’arrive partout, mon dieu, j’admets que les étrangers parlent une langue étrangère, encore faudrait-il qu’il parlent tous la même langue étrangère ! ».

Certes, Billy Wilder qui a été l’assistant d’Ernst Lubitsch, a pu vouloir évoquer le souvenir de son maître. Après tout, Avanti ! fait déjà un clin d’œil à une autre film d’Ernst Lubitsch, La huitième femme de Barbe-Bleue (Bluebeard’s Eight Wife, 1938) avec l’épisode du pyjama partagé. En fait, les deux réalisateurs d’origine européenne et continentale se plaisent à dire la même chose mais à près de 30 ans d’intervalle.

La bêtise ou, au moins, l’étroitesse d’esprit de lord Carmel et de J.J.Blodgett les catalogue parmi les dignes héritiers de l’impérialisme anglais puis américain incarné dans la langue. Ainsi, le triomphe de l’anglais comme langue internationale s’est fondé sur la colonisation et l’expansion territoriale de la Grande-Bretagne répandant son usage en Amérique du Nord, en Afrique, en Inde, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Les États-Unis ont ensuite pris le relais à partir de la Deuxième guerre mondiale, s’appuyant sur leur formidable développement économique et concourant au redressement de l’Europe par leurs capitaux et leurs exportations de produits manufacturiers et culturels.

L’Allemand Lubitsch et l’Autrichien Wilder qui ont tous les deux fait carrière aux États-Unis, font ici preuve de cette ironie subtile qui est la marque de leurs œuvres. Ils rappellent aussi, par ces discrètes mais efficaces répliques linguistiques et pour notre plus grand plaisir, que les maîtres du monde n’échappent pas toujours au ridicule.

Marc Gauchée

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Emploi alimentaire et chevalin


bourrAngelique

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Les Ateliers du Tayrac (à Paris) reçoivent Giemsi


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L’association des Ateliers du Tayrac a été créée en 1985 pour défendre l’environnement et faire de l’animation culturelle. « Elle a aussi un terrain d’action privilégié, mais pas exclusif : la Vallée de la Dourbie et ses environs (Causses, Cévennes, Millavois). Ce qui ne l’empêche nullement d’intervenir partout dans le monde si nécessaire ».

Le 2 mai, c’est plutôt la branche « animation culturelle » qui était mobilisée pour le vernissage (avec du vin rouge bio quand même) de l’exposition de dessins : « GIEMSI VA TROP LOIN (de chez lui) ». Trop loin parce que Giemsi, surnom formé à partir des initiales de son vrai nom (J.-M.C. donc), s’est installé depuis plusieurs années dans le Lauragais, entre Villefranche et Castelnaudary. Trop loin aussi parce qu’il dessine la violence, le cul, l’indifférence et le cynisme de l’époque.

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Pour Le Midi Libre, il était déjà en 2012, un « dessinateur trash et prof de chimie », un mois plus tard le quotidien du Sud ajoutait « et à l’humour piquant ». Le site bedetheque.com le classe toujours dans la catégorie « humour déjanté ». Giemsi présente des dessins originaux à l’aquarelle… Celles et ceux qui apprécient l’humour mordant dans la veine de Reiser, de Villemin et de Desproges seront comblés et pourront même acquérir leur œuvre préférée.

Pour votre venue, n’hésitez pas à prévenir : 06 71 49 25 87… Les Ateliers du Tayrac (66 rue Julien Lacroix, Paris 20e arrondissement) ne sont pas ouverts 24/24.

Marc Gauchée

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