« Qualified dreamer », plaidoyer pour les rêveurs de cinéma (et les autres)


Il est des phrases qui s’incrustent dans la tête comme un chewing-gum sur une semelle. Même en grattant très fort (et dieu que c’est sale), il en reste toujours. Jusqu’à ce que d’autres les recouvrent enfin, après moult pas générant autant de réflexions.

« You are a qualified dreamer ». C’est donc la phrase. Ce n’est pas la dernière publicité pour les produits Apple. Ce n’est pas non plus le nom d’un mix house faisant fureur dans les boîtes à pilules. C’est beaucoup plus proche en revanche du fameux discours de Martin Luther King à Washington en 1963.

En réalité, cette phrase vient du pasteur de l’église baptiste de la 116ème rue à Harlem, NY, prononcée lors du sermon dominical du dimanche 12 septembre. J’ai eu la chance de la recevoir comme une offrande, comme un cadeau pour l’âme. Faisons fi cependant de toute dimension religieuse. (encore quelques minutes et je devenais Born Again Christian, comme feu l’autre président)

J’ai d’abord pensé à tous ces discours ambiants, ceux de l’ère du temps, ceux qui disent qu’on ne peut pas, qu’on ne peut plus, qu’on n’est pas assez…, que ce serait bien mais, et puis qu’on ne sait pas tout, qu’on en sait pas assez en fait, et donc qu’on ne peut rien dire vraiment, et encore moins faire quelque chose. Les discours gouvernementaux, les discours économiques, les anti-discours, les intellectuels frustrés et les fourvoyés, les discours des autres qui prétendent naturellement s’imposer à soi. On a déjà parlé sur Cinethinktank de ceux qui opposent une soi-disant réalité à chacune de nos pensées (Cf Pour en finir avec la contrainte du réel), qui s’impose comme une totalité à laquelle il serait impossible d’échapper. Mais si apparemment nous ne sommes pas qualifiés pour plier cette réalité à notre envie, à notre volonté, nous sommes en revanche parfaitement qualifiés pour le rêve, nous sommes des « qualified dreamers ». Qui pourrait nous enlever cela ? Qui ? Vous n’aurez pas mon rêve, je suis un rêveur professionnel ! Je suis un « Qualified Dreamer ».

Je produis des rêves à la pelle moi, des beaux, des moches, des coloriés, des noirs et blancs, des grands et des petits, des simples et des complexes. Et ils échappent à toute contrainte du réel. Je fabrique des rêves au même titre que tous les autres d’ailleurs. Leurs rêves égalent les miens. Nos rêves ne s’affrontent pas, ils se mélangent. Nos rêves ne détruisent pas, ils créent. Ils révèlent. Ils révèlent la vraie nature du réel, qui est juste un rêve en plus dur non ?

Alors je pense à tous ces autres « Qualified Dreamers » avec majuscules, ces gens de l’art, ces metteurs en scènes, ces comédiens dont la puissance du rêve à pénétré le réel, l’a transfiguré parfois. Je ne vous donnerai pas de noms, car nous n’avons pas forcement les mêmes n’est-ce pas, mais l’idée est commune ! Et bien ces gens, ils ont rêvé, rêvé si fort que leur rêve a remplacé la réalité, que leur rêve est devenu le rêve de quelqu’un d’autre car nous sommes tous des « qualified dreamers » en puissance. Comme disait Gilles Deleuze : « C’est terrible d’être prisonnier du rêve d’un autre ». Mais qu’il est en revanche merveilleux de partager le rêve d’un autre ! Une véritable dialectique du rêve.

Et le rêve a pris la forme réelle d’un film, d’une musique, d’un tableau et de tant d’autres choses. Il n’y a jamais trop de gratitude en moi pour remercier ceux qui m’ont fait partager leur rêve. En touchant l’autre, il ne s’est pas forcement reproduit, il s’est métamorphosé. A partir de l’expérience du rêve d’un autre, j’ai élaboré mon propre rêve. La contamination par le rêve. Alors s’il vous plait, continuez donc de rêver, ne vous laissez pas interdire le rêve par ceux qui oublié les leurs.

Je sais déjà que bientôt, assis dans la pénombre de la salle, au milieu des chuchotements et des bruits de popcorn, je serai prêt à appuyer sur le bouton REVE. I am a qualified dreamer.

Mathieu V.

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2 commentaires pour « Qualified dreamer », plaidoyer pour les rêveurs de cinéma (et les autres)

  1. pompidou dit :

    Bravo. cet article m’a sauvé la journée qui s’annonçait triste et sale.
    Je ne sais combien vous êtes ni ce que vous représentez, mais sachez que j’ai bien aimé votre idée sur le rêve et le cinéma.
    J’ai passé ma vie sur l’idée que le cinéma et la musique était plus liés que le marteau et l’enclume.
    Nous avons crée avec Marcel Guedj mon complice et ami une association nommée UDACI (Union des Artistes, Créateurs et inventeurs) qui s’est terminée au TPN (theatre Paris Nord) ou tres peu de gens de l’association ont pu oublier les milliers de réves qui furent les notres

  2. CINETHINKTANK dit :

    Merci.

    Vous touchez au coeur de ce que nous essayons de faire sur CTT : reflechir, faire reflechir, parfois grogner ou remercier, sur tout ce qui nous entoure en termes de son et d’images.

    Au plaisir donc de partager encore ensemble une foule d’idees.

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