Celui qui ne fait pas son âge…


bourJappeloup

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Mylène Demongeot et la « Barnumisation » des actrices des années 1950


Dans Le Symbolisme sexuel (éditions Jean-Jacques Pauvert, 1961), Jean Boullet déplore que le cinéma ait installé « le règne de la mamelle ʺhippopo-tamiformeʺ ». Cette « barnumisation » du buste féminin vient, selon lui, d’un « goût des femmes-nourrices pour des hommes-enfants anémiques [qui] complète celui des hommes pour de super-nourrices aux appâts prometteurs ; ainsi les mâles-bébés se complaisent-ils dans l’adoration d’une race de femmes dont l’unique fonction sociale est de s’offrir à une légion de sous-alimentés sevrés avant l’âge ». Pour tous ces hommes, les seins énormes sont des « réserves nationales pour les disettes à venir ».

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Gina Lollobrigida, Sophia Loren, Anita Ekberg, Marilyn Monroe ou encore Jayne Mansfield sont les actrices généreusement dotées qui marquent ces années 1950 d’après-guerre, d’après-disette. En France, quand elle joue avec Brigitte Bardot dans Futures vedettes (de Marc Allégret, 1955), Mylène Demongeot ne peut s’empêcher de se comparer : « Un corps divin, hyper-mince avec de gros seins. Je la vois, je suis verte ! Tout ce que je ne serai jamais ! ». Et elle fait le constat lorsqu’elle décrit son propre physique : « Corps : tarte. Épaules tombantes. Pas assez de poitrine ». Pour Une manche et la belle (de Henri Verneuil, 1957), elle explique dans son autobiographie, Tiroirs secrets (éditions Le Pré aux clercs, 2001) qu’elle a même bénéficié d’une doublure seins !

Dans ce film, le beau et jeune Philippe Delaroche (Henri Vidal) a épousé la moins jeune mais plus riche veuve Betty Farnwell (Isa Miranda) pour son argent. En fait, il est tout autant intéressé par Ève (Mylène Demongeot), charmante et délurée secrétaire de Betty. Ainsi, le lendemain de sa nuit de noces à bord d’un yacht de luxe, Philippe décide d’aller se baigner, plonge du bateau et accoste sur un ponton flottant. C’est là qu’il découvre abandonné, le maillot de bain deux-pièces d’Ève. Au bout de quelques instants, celle-ci surgit de l’eau, dévoilant sa poitrine, replonge avant de réapparaitre. L’apparition est furtive, bien dans le style de ces films français des années 1950 qui laissaient voir la poitrine des actrices par surprise et toujours très rapidement.

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Mais Mylène Demongeot raconte dans son livre de souvenirs : « Moi, je ne veux pas montrer mes seins, que je trouve bien trop petits ». C’est pourquoi, selon elle, une jeune fille de 14 ans qui a « deux obus dressés… sublimes » lui a servi de doublure. Si le visionnage de la scène permet de constater qu’il y eut bien une doublure, car le visage de la fille sortant de l’eau n’est visiblement pas celui de Mylène Demongeot, l’âge de cette doublure reste à confirmer et son nom demeure inconnu.

Les actrices devront faire avec cette « Barnumisation » qui continue dans les années 1960 et au-delà. Tantôt pour combler le besoin de certains hommes d’être comblés, de bénéficier d’une source de réconfort et de sécurité à la façon de Charles Baudelaire dans son sonnet « La Géante » (19ème poème du recueil Les Fleurs du mal, 1857) qui se voit, tel un petit garçon, « Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins, Comme un hameau paisible au pied d’une montagne ». Tantôt pour affirmer un pouvoir tout féminin, étouffant et protubérant jusqu’à concurrencer la virilité comme dans Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! (de Russ Meyer, 1965).

Joe Gillis

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Serial copieur


pompSupermanIIbis

Quand Kichka tient une idée… il y a 2 ans déjà.

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Si vous ne voulez pas écouter Victoire Tuaillon, lisez-la!


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La journaliste Victoire Tuaillon a créé le podcast « Les Couilles sur la table » il y a moins d’un an pour recevoir et débattre avec celles et ceux qui réfléchissent « sur les masculinités, d’un point de vue féministe« .

Le podcast, c’est sur la chaîne Binge.audio.

Victoire Tuaillon a désormais lancé le projet d’un livre à partir de ses podcasts et là, la souscription est ouverte sur Ulule.

Vous l’aurez compris, « Les Couilles sur la table » des années 2010 n’ont rien à voir avec celles des années 1980MBXmYJsojl_zj8rua3ATK3g2e68@500x684

Marc Gauchée

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[Chrono] La Mort vous va si mal


Les disparitions cinématographiques chronologiquement concomitantes permettent d’approcher les ressorts de la notoriété et de la popularité, de comprendre ce qui fait que l’actualité retient un nom et en passe sous silence un autre, mais elles permettent aussi de décrypter la politique éditoriale d’un journal. Quelques exemples avec les unes de Libération.

10 octobre 1985, Orson Welles et Yul Brunner meurent, mais c’est le réalisateur américain qui l’emporte sur l’acteur américain à la une du 11 octobre 1985.

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Pas étonnant vue de France. Depuis que les réalisateurs de la Nouvelle vague ont réussi à faire croire qu’ils étaient les seuls auteurs de leurs films, l’« auteur » est quasiment sacralisé dans l’Hexagone et les comédiens sont réduits aux rôles d’interprètes. Même une comédienne comme Dany Carrel qui, en son temps, s’était pourtant faite bien critiquée dans Porte des Lilas par Éric Rohmer et dans Pot Bouille par François Truffaut, reconnaît : « Au cinéma, l’acteur s’engage dans un tunnel dont il ne connaît pas l’issue. Tout est entre les mains du metteur en scène. Lui seul est maître du film » (L’Annamite, Robert Laffont, 1991). Bref Yul Brunner n’a pas droit à la une alors que, francophile, il repose dans le cimetière de l’Abbaye royale Saint-Michel de Bois-Aubry en Touraine.

La même logique s’impose lorsque, le 31 octobre 1993, meurent le réalisateur Federico Fellini et le jeune premier River Phoenix. L’Europe, fidèle à sa « politique des auteurs »  met plutôt en une Fellini quand l’Amérique, fidèle à sa passion pour les « destins tragiques du star system » met plutôt en une River Phoenix.

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La supériorité du réalisateur sur le comédien se vérifie encore le 30 juillet 2007 quand  disparaissent Michel Serrault, Ingmar Bergman et Michelangelo Antonioni. La une du 31 juillet est consacrée à Bergman quand le comédien ne bénéficie que d’un bandeau. Et le 1er août, une une de rattrapage est consacrée à Antonioni.

Daniel Toscan du Plantier qui n’est pas un réalisateur, n’aura donc droit qu’à un bandeau le 12 février 2003 au lendemain de sa disparition, mais, du coup, il réussit quand même à éclipser la mort de Max Pécas survenue le 10 février. Pécas était pourtant réalisateur, mais de films comme Je suis une nymphomane ; Embraye bidasse, ça fume et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez.

D’une façon générale, les décès liés à la culture dite « populaire » ne font que rarement la une de Libération ou alors il faut que ce soit cette culture « populaire » qui a conquis une dimension mythique par son succès planétaire et donc plutôt américaine. C’est ainsi que la une du 26 juin 2009 est consacrée à Michael Jackson, sans un mot pour Farrah Fawcett décédée, comme lui, la veille, le 25 juin 2009. Certes, la dimension et la renommée de ces deux personnalités étaient très inégales et expliquent le choix éditorial.

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C’est aussi ce décalage de renommée au sein de la même catégorie de « culture populaire » qui mène à choisir d’afficher en une, le 28 décembre 2016, Carrie Fisher sans mentionner l’autre décès survenu le même jour, le 27 décembre, celui de Claude Gensac. La princesse Leia l’emportait sur la rituelle épouse de Louis de Funès.

Marc Gauchée

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[Crise de comm] Post-scriptum : la mercatique turque a encore frappé


CineThinkTank.com serait-il lu par les pubards de Turkish Airlines ? Pas de risque… Mais voilà que Libération des 13-14 avril 2019 publie une deuxième annonce après celle que nous avions jugée pour le moins sexiste le 8 avril. Et cette deuxième annonce met en scène la mixité des personnels et UNE pilote de ligne ! De plus l’annonce paraît sur la même page qu’un article de Juliette Deborde : « Le Rôle des femmes en cinq actes » dans Game of Thrones où « Deux sociologues ont analysé les personnages en fonction de leur genre ».

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Il faut surtout voir là le résultat d’une tactique mercatique qui s’ajuste toujours au plus près de sa cible. Cela signifie que, pour les pubards, le lectorat de Libération est plus progressiste (et plus jeune) que celui de L’Obs où était paru la première annonce le 11 octobre 2018. Cela signifie aussi que le lectorat de Libération est plus spontanément associé à la « classe business ». Cela signifie enfin qu’une publicité sexiste est bien bonne pour le tout-venant populaire de la « classe économique » alors qu’une publicité plus égalitaire est servie aux huppés de la « classe business ». Après tout la « base line » promet « un désir d’offrir un environnement à nos clients pour qu’ils sentent toujours comme chez eux ». Et « comme chez eux », c’est une société aspirant à l’égalité entre les sexes, juste pour, in fine, tenter de faire oublier la réalité politique turque.

Ultime soupçon sexiste : le choix d’une pilote de ligne pourrait aussi s’expliquer par le slogan qui barre l’annonce : « Hospitalité. Plus qu’un simple mot »… Pourrait-on, en effet, imaginer le sens de l’hospitalité porté par un homme ?

Marc Gauchée

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À propos de « Rosa Bonheur et Buffalo Bill, une amitié admirable » de Natacha Henry : La Naissance d’un roman


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Autant je connaissais Buffalo Bill, autant Rosa Bonheur m’était complètement inconnue. Pire, Rosa Bonheur ne pouvait pas être un vrai nom ! Pour moi, ce n’était donc qu’une péniche-bar amarrée devant le quai d’Orsay à Paris. Si bien que, quand Natacha Henry m’a parlé de son projet en cours, elle a dû me raconter qui était cette femme, peintre animalière du XIXe siècle. J’imaginais bien l’intérêt d’un récit genre « Buffalo Bill à Paris », mais raconter une amitié entre une femme de 67 ans et un homme de 43 ans… Et puis elle réussit à me faire appréhender le côté romanesque de cette histoire de « friend zone » partagée et de choc entre ancien et nouveau mondes.

Rosa Bonheur et Buffalo Bill, une amitié admirable (Robert Laffont, 2019) aurait d’ailleurs simplement pu s’intituler « Une amitié admirable ». D’abord parce que ça aurait permis aux maniaques du classement de savoir enfin où le ranger entre les livres d’histoire et les fictions. Ensuite parce que ça aurait marqué plus franchement l’incursion de l’autrice dans le romanesque après la biographie historique, Les Sœurs savantes. Marie Curie et Bronia Dluska, deux destins qui ont fait l’histoire (Vuibert, 2015), et ses autres essais. Il faut dire que Natacha Henry joue elle-même de ce mélange des genres entre histoire et fiction quand elle inscrit, en guise de dédicace : « Cette histoire vraie s’est déroulée en 1889, à la faveur de l’Exposition universelle de Paris ». En fait, le livre marque avec succès le passage de l’essai au roman.

En 1889 donc, Rosa Bonheur vient de perdre sa compagne, Nathalie Micas, qu’elle connaissait depuis le début de son adolescence. Malgré sa tristesse, elle ne résiste pas à aller voir le Wild West Show. le spectacle de William Cody alias Buffalo Bill qui s’est installé à Neuilly. Là-bas, elle rencontre Bill, amateur de ses tableaux. Une amitié nait très vite entre eux deux. Il est marié, elle est homosexuelle, autant dire que la théorie d’Harry Burns (Billy Crystal) dans Quand Harry rencontre Sally (When Harry Met Sally de Rob Reiner, 1989) est assez vite démentie : « Entre hommes et femmes, il ne peut pas y avoir d’amitié parce que le sexe fait toujours barrage ».

Il y a bien d’autres « barrages » à cette amitié, à commencer par le sort humiliant de vaincus réservé aux Indiens dans le spectacle qui choque l’humaniste Rosa. Le récit s’intéresse alors à la façon dont cette femme et cet homme vont lever un à un ces « barrages »  et c’est là que se déploie le romanesque. Pas le romantique en tournant sur une plage avec un chien, mais le romanesque celui qui accueille l’autre, sa sensibilité, sa différence et son histoire avec bienveillance, curiosité et imagination. Bill goûte au plaisir d’une nouvelle forme de relations : « Jamais il ne s’était senti si naturel en présence d’une femme ».

Il faut quand même un point commun pour commencer à s’ouvrir à l’autre. Ce seront les animaux. La peintre animalière en élève et en observe dans son château de By (à Thomery en Seine-et-Marne) et le cavalier ne cesse pas de les soigner : « Amis des animaux, ils parlaient un langage commun, le souci du bien-être de leurs bêtes ». Cette entrée en amitié me rappela comment Ernst Lubitsch met en scène une esquisse de  rapprochement entre classes sociales par animal interposé dans La Folle ingénue (Cluny Brown, 1946). Cluny Brown (Jennifer Jones) d’humble naissance s’est liée avec le chien du noble colonel Duff-Graham (Charles Aubrey Smith) pendant un trajet en train et constate : « C’est fou comme un chien peut rapprocher les gens ».

Munie d’un laissez-passer permanent au Wild West Show, Rosa dessine et peint les bisons, les chevaux, les cowboys et les Indiens. Comme preuve de la profondeur de son amitié amoureuse, elle, la peintre animalière, accepte de faire le portrait de Bill sur son cheval blanc. Les dernières traces de livre d’histoire ont disparu depuis longtemps, désormais, l’émotion romanesque gagne jusqu’à la fin du récit.

Marc Gauchée

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