[Sur les traces de (2)] ‘La Boîte à tifs’ des « Valseuses »


Dans le n°7 (mai 2013) de Schnock, « Miou-Miou et les Valseuses », le « dico » d’Éléonore Cambret nous apprend (p.50) que le salon de coiffure où travaille Marie-Ange (Miou-Miou) des Valseuses (Bertrand Blier, 1974) « existe vraiment. Il se trouve à Valence ». Il serait même au 26 rue Biberach.

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Voilà notre curiosité piquée au vif : ce salon existe-t-il encore ? Fastoche. Un coup de « Google maps » et nous voilà au pied de l’immeuble, près du parking.

Et là, stupeur, il n’y a que les traces du salon, mais plus aucune enseigne et un rideau de fer baissé ! En cherchant dans la presse locale, ledauphine.com nous apprend que le 23 février 2013, vers 9h30, « deux individus encagoulés, dont l’un était muni d’une arme de poing » ont menacé gérante et cliente pour emporter la recette de quelques dizaines d’euros et le sac à main de ladite cliente.

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C’est aussi en 2013, mais à la fin de l’année, que le quartier Fontbarlettes où se trouve la rue Biberach, a été classé en zones de sécurité prioritaires (ZSP), bénéficiant de renforts de police et de rondes supplémentaires. Visiblement confiante dans cette politique, « La Boîte à tifs » s’est donc juste installée une rue plus loin, au 25 rue Giuseppe Verdi, toujours dans le quartier Fontbarlettes.

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Et le jour pour moi sera comme la nuit


bellesdunsoir

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Le nouveau « défi » démographique: ah! Qu’en termes galants ces choses-là sont mises!


campagnenatalite

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Là où les petits bonhommes et le fond sont vert


starwars

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Pré-génériques (1)/ « Piranhas » de Joe Dante (1978) ou le paradis perdu


Avec ce post commence une série sur les pré-génériques de films, c’est-à-dire les séquences qui précèdent le générique, dévoilent un morceau de l’intrigue ou amorcent le récit principal. Mes souvenirs me guident au départ, ce que confirme ou non une nouvelle vision plus fraîche et récente des films. Et comme souvent, je m’essaie à une lecture comparative…

Il est classique de voir dans Piranhas (Joe Dante, 1978) une version décalée, voire parodique, des Dents de la mer (de Steven Spielberg, 1975). Dans ces deux films, la menace vient de l’eau et leurs scènes d’ouverture se déroulent dans la pénombre autour d’un bain érotisé de jeunes gens… Et à chaque fois une transgression est à l’origine du drame. Dans Les Dents de la mer, le gars et la fille ne se quittent pas des yeux autour d’un feu de camp sur la plage, entourés d’autres amis qui boivent et fument. Elle se lève, il a compris qu’il peut la suivre, elle se déshabille en courant, lui, il a trop bu, tombe, s’endort sur la plage, elle, elle nage nue et se fait dévorer ! Dans Piranhas, le jeune couple de randonneurs s’aventure dans une ancienne base militaire, la fille veut se baigner dans la piscine, ils nagent et se font dévorer. On pourrait continuer ainsi le jeu des ressemblances, mais, si l’on s’intéresse plus précisément aux 5 minutes et 29 secondes du pré-générique de Piranhas, un autre parallèle s’impose : avec Citizen Kane d’Orson Welles (1941) ! Je vois le doute poindre sur votre visage. Démonstration en quatre arrêts sur image.

D’abord les deux films commencent par un panneau indiquant « entrée interdite ». Seule différence, dans Citizen Kane, la caméra s’élève pour passer par-dessus le grillage alors que dans Piranhas, la caméra descend pour passer sous le grillage, chemin qu’emprunteront le jeune couple d’infortunés randonneurs.

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Mais la ressemblance entre les scènes d’ouverture de l’œuvre de Joe Dante et celle d’Orson Welles ne s’arrête pas là. Dans Piranhas, les randonneurs progressent dans un paysage tourmenté, nocturne, éclairé par la lune et avec des bancs de brume. Dans Citizen Kane, les plans d’approche de la chambre où expire Charles Foster Kane (Orson Welles) sont également inquiétants et la brume est tout aussi présente.

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Quand Barbara Randolph (Janie Squire) trempe a main dans l’eau de la piscine, elle réveille les poissons tueurs tapis au fond et on voit un œil en gros plan. Quand Kane prononce « Rosebud » avant de mourir, on voit sa bouche en gros plan.

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Enfin, le final des deux séquences fait intervenir un nouveau personnage. Dans Piranhas, une mystérieuse silhouette que le spectateur identifiera ensuite comme le docteur Robert Hoak (Kevin McCarthy) et dans Citizen Kane, la silhouette est celle de l’infirmière (Renée Godfrey).

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Il est aussi possible de poursuivre le parallèle sur le fond. Après tout, Citizen Kane raconte l’histoire d’un paradis perdu, celui de l’enfance et de l’innocence dont se souvient in extremis un vieux monsieur avant de mourir. De son côté, le pré-générique de Piranhas donne une version contemporaine du paradis perdu d’Adam et Ève.

Quand David (Roger Richman) décide de passer sous le grillage pour pénétrer dans la base militaire, Barbara émet une réserve : « Mais c’est marqué défense d’entrer ». Lui, il s’en fout : « Qui veux-tu qui nous dise quelque chose Barbara ? », il ajoute même : « Et tu vois, c’est toujours excitant de faire quelque chose de défendu ». Mais passé ce premier moment où l’homme prend l’initiative de la transgression, ensuite, c’est bien la femme qui est la corruptrice et la tentatrice. Devant la piscine, c’est Barbara qui prend l’initiative (normal : l’eau est un élément féminin !). Elle agite sa main dans l’eau réveillant, on l’a vu, les piranhas. C’est encore elle qui propose de se baigner tout en mobilisant la préoccupation de la propreté (normal : le soucis de la propreté ne peut relever que d’une femme !) : « Elle est bonne ! On se baigne, ça nous lavera, on commence à sentir le fauve dans le sac de couchage ». Il faut quand même souligner une incohérence de scénario ou la mauvaise foi de Barbara, car, plus tard quand le héros, Paul Grogan (Bradford Dillman), trempera sa main dans la piscine, il en conclura, non qu’elle est bonne, mais : « C’est glacé ! ».

Mais revenons autour de la piscine. C’est au tour de David d’hésiter, Barbara lui répond : « Qui veux-tu qui nous voit, hein ? Il n’y a personne ici ». Là encore petite incohérence de scénario : quelques secondes plus tard, en enlevant son short, Barbara fait descendre sa culotte qu’elle remonte bien vite et qu’elle ne quitte pas pour se baigner. Cette pudeur ne peut s’expliquer que parce qu’il y a quelqu’un qui les voit ! On peut donc en déduire que Barbara sait soit qu’elle tourne dans un film devant des spectateurs, soit que l’ancienne base militaire est habitée…

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Bref, pour lever les dernières craintes de son petit copain, elle l’embrasse puis enlève le haut, dévoilant sa poitrine. Elle finit par pousser David dans l’eau. Bientôt, ils seront dévorés, David en premier.

Quand on sait que, par la suite, le seul moyen imaginé pour se débarrasser des piranhas est de les empoisonner en polluant massivement la rivière, pas de doute : le paradis est bien perdu !

Marc Gauchée

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Heureusement, on a des idées…


lespetroleusesdusexe

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[Sur les traces de (1)] « La Robe de Mireille Darc »


Avec ce post commence une série qui compare ce qui s’écrit sur le cinéma et ce qu’il y a vraiment dans les films et/ou qui compare ce que montrent les films et ce qui est dans la vraie vie, bref, côté sérieux,  une sorte de « fact cheking » appliquée à la fiction et, côté rêverie, un  format de petite « enquête » pour s’étonner de l’imagination de nos mémoires…

Le n°19 (juin 2016) de Schnock consacré à « Mireille Darc » se devait d’évoquer la fameuse robe largement échancrée dans le dos que l’actrice porte dans Le Grand blond avec une chaussure noire (Yves Robert, 1972). C’est d’ailleurs le dessin d’Erwann Terrier choisi pour la couverture.

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Dans l’entretien qu’elle accorde à Alister et Sylvain Perret, Mireille Darc raconte l’épisode. Elle avoue ainsi qu’elle était motivée par un souci de visibilité : « Je me dis qu’il faut que je me démerde pour qu’on se souvienne de moi, pour que j’existe dans le film ». L’effet est réussi : quand elle arrive sur le plateau directement avec la robe, « Ça met tout le monde mal à l’aise » et, du coup, Yves Robert, doit repenser et réécrire toute la scène !

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Ensuite, Mireille Darc revient sur les étapes de la naissance de la robe. « J’ai commencé par donner le scénario à Guy Laroche qui m’a dit : Là, il te faudrait une belle robe du soir. Bien entendu, il part avec l’idée d’une robe décolletée, et je lui réponds : Arrête, je n’ai pas assez de poitrine pour faire rêver les gens ». Plus loin, dans ce même numéro (« Le petit Mireille Darc illustré » par Alister et Sylvain Perret), on apprend pourtant qu’en 1980, l’actrice a subi une lourde opération du cœur due à une malformation de naissance. Elle aurait alors demandé au professeur qui va l’opérer : « J’ai beaucoup de robes décolletées. Vous pourrez faire attention ? »

En attendant, en 1972, elle suggère à Guy Laroche : « Pourquoi on ne ferait pas le décolleté dans le dos ? Donc on commence et là, pendant qu’il parlait, je lui dis : Descends, descends, descends… Il y avait une petite main qui mettait les épingles et quand je l’ai vue devenir toute rouge, là je me suis dit que ça devenait intéressant parce qu’elle avait honte de me regarder ». Dans Le Retour du grand blond (Yves Robert, 1974), Mireille Darc porte une version blanche de la robe dans la scène finale, mais l’effet n’est plus le même. Surtout parce que le plaisir de la surprise s’effaçait au profit du plaisir, moins spectaculaire, de la répétition.

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Dans ce même entretien, Mireille Darc évoque une autre robe, celle qu’elle portait, plus tôt, dans Du rififi à Paname (de Denys de la Patellière, 1966) : « Il y avait une robe marrante à mettre, c’est-à-dire le dos nu, les fesses à l’air. Personne ne voulait le faire, moi je me suis fait payer, voilà ! ». Dans ce film, Mireille Darc joue le rôle de Lili, une entraîneuse qui plume les gogos amoureux en se faisant offrir des bijoux et du champagne Dom Pérignon : « La bibine à touristes, c’est pas pour ma gueule ! ». Une fois plumés, ils deviennent des proies pour Paul Berger dit « Paulo les diams » (Jean Gabin) qui les convertit ainsi en convoyeurs d’or « avec de la fesse » (dixit Walter, son complice antiquaire interprété par Gert Fröbe). Et elle finit même par croire à une autre vie avec Mike Coppolano (Claudio Brook), bel Américain, faux journaliste, faux gogo, mais véritable agent infiltré. Ce qu’elle confie au tôlier : « Tu t’imagines que je prends mon pieds peut-être à boire ta bibine à ulcère avec des bégayants même pas foutus de me mettre la main aux fesses sans me faire filer les bas ? ».

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La description qu’elle fait de sa robe est exacte, elle comporte bien un dos nu, mais elle reste aussi bien en deçà des deux robes du « Grand blond ». La riche postérité des deux films d’Yves Robert explique sans doute la confusion des robes dans le souvenir de Mireille Darc, une comédienne capable de porter un « décolleté jusqu’aux limites de la correctionnelle ».

Marc Gauchée

(L’entretien complet de 29 pages ! est à retrouver dans le n°19 de Schnock)

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