Où sont les femmes ? (3/5) / La « french touch » : les femmes suggérées


Comme au XIXe siècle où l’espace public était saturé de femmes-symboles pendant que les hommes accaparaient le pouvoir, certaines affiches de cinéma diffusent une image irréelle des femmes, préférant les réduire à des évocations très partielles, réservant la représentation de personnages complets aux hommes. Après les femmes sans tête, les femmes suggérées…

Ah la France ! Pays de l’amour courtois, de la galanterie, de la séduction. Pays aussi de la gauloiserie et des mecs lourds comme les analyse Natacha Henry (Les Mecs lourds ou le paternalisme lubrique, Gender Company, 2012). La France est surtout un pays où les hommes aiment les femmes… qui aiment les hommes. D’ailleurs, les hommes les aiment tellement qu’ils les rendent invisibles. L’Académie française veille archaïquement à ne jamais employer le féminin d’une fonction au prétexte qu’il ne faut pas confondre l’ambassadrice avec la femme de l’ambassadeur ! Et les hommes, qui, pourtant, ne pensent qu’à ça, pavanent entre eux sur le devant de la scène, préférant, sans doute, garder les femmes dans le secret de leur alcôve. C’est d’ailleurs en un temps où les femmes n’étaient pas les égales des hommes, où elles n’avaient pas accès à la citoyenneté, que l’influence des femmes se mesurait au « pouvoir de l’alcôve »… en coulisses donc !

FemmesSuggerees

Les affiches de trois films différents comme Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet (1974), Le Cœur des hommes de Marc Esposito (2003) et Nos femmes de Richard Berry (2014) relèvent de cette logique de suggestion. Suggérées partout, présentes nulle part. C’est ainsi que les femmes sont simplement dans « et les autres… » du titre du film de Claude Sautet, voire dans les trois points de suspension. Ce sont encore elles qui se partagent « Le Cœur des hommes » dans le film de Marc Esposito. Enfin, elles sont plus directement nommées dans le titre du film de Richard Berry, précédées même d’un pronom possessif parce qu’il faut bien rappeler le lien qui les unit aux gugusses de l’affiche.

Pourtant, aucune femme ne figure sur ces affiches de camaraderie plus ou moins rigolarde.  Des affiches de mecs, des gueules de mecs… pour des discours de mecs ? Même Ludmila Mikael qui est la seule comédienne à jouer dans deux de ces films, n’apparait ni sur l’affiche de Vincent, François, Paul et les autres, ni sur celle du Cœur des hommes.

Marc Gauchée

À suivre

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Geste architectural


CiteDuVin

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Comparaison transatlantique


DeuxGrandesFilles

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Le théâtre devient-il aussi con que le cinéma ?


C’est la question que l’on se pose en voyant cette affiche d’un des spectacles présenté en ce moment au festival Off d’Avignon.  L’affiche a été signalée à la rédaction par une lectrice festivalière suite à la publication de la série « Où sont les femmes ? ».

Jusqu’à présent les pubards de théâtre se contentaient de faire des affiches moches, mais s’ils se mettent à imiter les pubards du cinéma, ils tombent dans les mêmes clichés et la femme se retrouve donc sans tête !

RoyaleLegende

« Eh ! C’est de l’humour, du clin d’œil, du décalage ! », diront les graphistes forcément inspirés. « Ben oui, quoi, Marie-Antoinette a été guillotinée, elle a perdu la tête, en vrai, tu saisis, coco ? On n’a fait que faire une allusion à son destin ». N’empêche. Le théâtre qui se veut souvent plus « intello » que le cinéma n’est pas obligé d’avoir recours à cet humour littérale (plus que littéraire) à la Max Pecas (même si c’est plus soigné visuellement). Comme nous l’écrit notre lectrice festivalière « D’accord, elle, elle a eu la tête coupée, mais quand même ! ». « Quand même », oui, parce que, finalement, ce visuel confirme que pour qu’une femme ait une chance de figurer en entier sur une affiche, il vaut mieux que ce soit le chevalier d’Éon, c’est-à-dire un homme qui s’habille en femme.

Marc Gauchée

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Toujours mieux par soi-même


Manhattan

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C’est pas ma faute


lolita.jpg

Brain magazine s’est livré au commentaire des différentes couvertures du roman de Vladimir Nabokov, Lolita, publiées par le site Dezimmer.net, et c’est .

B.Booth

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Où sont les femmes ? (2/5) / Le cliché occidental : les femmes sans tête


Comme au XIXe siècle où l’espace public était saturé de femmes-symboles pendant que les hommes accaparaient le pouvoir, certaines affiches de cinéma diffusent une image irréelle des femmes, préférant les réduire à des évocations très partielles, réservant la représentation de personnages complets aux hommes.

Et la première façon de réduire les femmes à des symboles est la moins subtile, elle consiste à les priver d’un visage et de toute expression autre que le spectacle de leur corps. Paradoxe de notre époque où une partie du monde ne montre que le corps des femmes et, une autre partie, les voiles pour ne laisser voir que les yeux.

Le procédé est tellement répandu dans la production cinématographique occidentale que les Américains recensent déjà leurs affiches qui décapitent les femmes avec un site présentant les femmes sans tête d’Hollywood. La France ne fait pas mieux. De telles affiches existent aussi, il suffit de se rappeler les visuels des Infidèles (films à sketches de 2012 réalisé par Fred Cavayé et autres) ou de Sea, No Sex & Sun (de Christophe Turpin, 2012).

SansTete

La sortie en salles des Infidèles fut même précédée d’un affichage intensif qui déclencha des protestations.

Infideles

L’Autorité de (auto-)régulation professionnelle de la publicité (ARPP) émis donc un avis le 2 février 2012, indiquant que cette campagne contrevenait aux « dispositions relatives au respect de la décence et de l’image de la personne humaine en publicité, tant bien même elles se rapportent au sujet du film, à savoir une comédie sur l’adultère ». La campagne d’affichage fut retirée des murs. Et le film dépassa les 2 millions d’entrées.

Marc Gauchée

À suivre

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