À propos de « Rosa Bonheur et Buffalo Bill, une amitié admirable » de Natacha Henry : La Naissance d’un roman


NatachaHenry

Autant je connaissais Buffalo Bill, autant Rosa Bonheur m’était complètement inconnue. Pire, Rosa Bonheur ne pouvait pas être un vrai nom ! Pour moi, ce n’était donc qu’une péniche-bar amarrée devant le quai d’Orsay à Paris. Si bien que, quand Natacha Henry m’a parlé de son projet en cours, elle a dû me raconter qui était cette femme, peintre animalière du XIXe siècle. J’imaginais bien l’intérêt d’un récit genre « Buffalo Bill à Paris », mais raconter une amitié entre une femme de 67 ans et un homme de 43 ans… Et puis elle réussit à me faire appréhender le côté romanesque de cette histoire de « friend zone » partagée et de choc entre ancien et nouveau mondes.

Rosa Bonheur et Buffalo Bill, une amitié admirable (Robert Laffont, 2019) aurait d’ailleurs simplement pu s’intituler « Une amitié admirable ». D’abord parce que ça aurait permis aux maniaques du classement de savoir enfin où le ranger entre les livres d’histoire et les fictions. Ensuite parce que ça aurait marqué plus franchement l’incursion de l’autrice dans le romanesque après la biographie historique, Les Sœurs savantes. Marie Curie et Bronia Dluska, deux destins qui ont fait l’histoire (Vuibert, 2015), et ses autres essais. Il faut dire que Natacha Henry joue elle-même de ce mélange des genres entre histoire et fiction quand elle inscrit, en guise de dédicace : « Cette histoire vraie s’est déroulée en 1889, à la faveur de l’Exposition universelle de Paris ». En fait, le livre marque avec succès le passage de l’essai au roman.

En 1889 donc, Rosa Bonheur vient de perdre sa compagne, Nathalie Micas, qu’elle connaissait depuis le début de son adolescence. Malgré sa tristesse, elle ne résiste pas à aller voir le Wild West Show. le spectacle de William Cody alias Buffalo Bill qui s’est installé à Neuilly. Là-bas, elle rencontre Bill, amateur de ses tableaux. Une amitié nait très vite entre eux deux. Il est marié, elle est homosexuelle, autant dire que la théorie d’Harry Burns (Billy Crystal) dans Quand Harry rencontre Sally (When Harry Met Sally de Rob Reiner, 1989) est assez vite démentie : « Entre hommes et femmes, il ne peut pas y avoir d’amitié parce que le sexe fait toujours barrage ».

Il y a bien d’autres « barrages » à cette amitié, à commencer par le sort humiliant de vaincus réservé aux Indiens dans le spectacle qui choque l’humaniste Rosa. Le récit s’intéresse alors à la façon dont cette femme et cet homme vont lever un à un ces « barrages »  et c’est là que se déploie le romanesque. Pas le romantique en tournant sur une plage avec un chien, mais le romanesque celui qui accueille l’autre, sa sensibilité, sa différence et son histoire avec bienveillance, curiosité et imagination. Bill goûte au plaisir d’une nouvelle forme de relations : « Jamais il ne s’était senti si naturel en présence d’une femme ».

Il faut quand même un point commun pour commencer à s’ouvrir à l’autre. Ce seront les animaux. La peintre animalière en élève et en observe dans son château de By (à Thomery en Seine-et-Marne) et le cavalier ne cesse pas de les soigner : « Amis des animaux, ils parlaient un langage commun, le souci du bien-être de leurs bêtes ». Cette entrée en amitié me rappela comment Ernst Lubitsch met en scène une esquisse de  rapprochement entre classes sociales par animal interposé dans La Folle ingénue (Cluny Brown, 1946). Cluny Brown (Jennifer Jones) d’humble naissance s’est liée avec le chien du noble colonel Duff-Graham (Charles Aubrey Smith) pendant un trajet en train et constate : « C’est fou comme un chien peut rapprocher les gens ».

Munie d’un laissez-passer permanent au Wild West Show, Rosa dessine et peint les bisons, les chevaux, les cowboys et les Indiens. Comme preuve de la profondeur de son amitié amoureuse, elle, la peintre animalière, accepte de faire le portrait de Bill sur son cheval blanc. Les dernières traces de livre d’histoire ont disparu depuis longtemps, désormais, l’émotion romanesque gagne jusqu’à la fin du récit.

Marc Gauchée

Publicités
Publié dans Nouvelle génération, Think positive | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

[Comme un écho] Le Cinéma pornographique, « vaccine » de l’ordre bourgeois


JeSuisFrigidePourquoia

Tout montrer. Enfin. Sans fausse pudeur, sans prétexte hypocrite. Ne plus couvrir ce sein – et le reste – que, désormais, je saurais voir. Le cinéma pornographique marque la fin d’une histoire, l’aboutissement d’un chemin vers l’explicite lorsque le cinéma en salle rejoignait, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, ce que les messieurs pouvaient déjà voir au sein des maisons closes depuis le début du XXe siècle. Le « hardcore » est porteur de cette évolution, de la mise en images des fantasmes et de l’imagination érotique. Mais cette révolution visuelle a-t-elle pour autant changé les mœurs ? Le « porno à la française » n’a-t-il pas, en fait, multiplié le spectacle des corps sans en changer l’esprit ?

En 1972, Max Pécas vient de réaliser Je suis une nymphomane (1970) et entend poursuivre dans la même veine pornographique à prétexte psychologisant avec Je suis frigide, pourquoi ?. Quant à Jean Rollin, il rêvait de vampires mais l’époque était à la fesse et il réalise donc Vibrations sexuelles en 1976.

Pourquoi choisir ces deux films ? Parce que Je suis frigide, pourquoi ? raconte la guérison de Doris (Sandra Jullien) qui, après un viol, n’arrive plus à atteindre l’orgasme quand elle fait l’amour. Et parce que Vibrations sexuelles raconte la guérison d’un patient (Alban Ceray) qui, depuis un rêve érotique où il rejoignait deux femmes dans leurs ébats, n’arrive plus à trouver « l’accord physique et mental » quand il fait l’amour. Voilà donc un point de départ commun aux deux films : une femme et un homme  qui couchent (ce sont des films pornographiques, donc il faut en avoir pour son argent), mais qui ne sont pas heureux. Les deux films font le constat que la consommation de corps ne fait pas forcément le plaisir et encore moins le bonheur.

Dans Je suis frigide, pourquoi ?, Doris décide de multiplier les aventures en devenant prostituée dans l’espoir de rencontrer, enfin, l’homme qui la fera jouir. Dans Vibrations sexuelles, c’est la psychanalyste (Brigitte Lahaie) qui conseille au patient de multiplier les expériences et les partenaires. En vain, le patient jouit sans passion et la psychanalyse doit admettre qu’elle s’est trompée.

En revanche, dans Je suis frigide, pourquoi ?, le psychanalyste, « spécialiste de la psychosomatique » que finit par consulter Doris, lui fait reconnaître qu’elle aime Éric (Jean-Luc Terrade), son violeur, et qu’elle doit donc le retrouver, car l’homme au divan en est persuadé : « Je suis sûr que vous y avez pris du plaisir ». La suite du film montre à quel point il a raison : Doris suit Éric sur le lieu même de son viol, cède à nouveau et finit par lui lâcher après avoir joui : : « Éric, je t’aime ».

Dans Vibrations sexuelles, la psychanalyse diagnostique chez son patient « une espèce de nouveau romantique » et, lorsqu’il se déclare, elle accepte de se marier avec lui en expliquant : « Le mariage est une chose très ridicule, une concession à notre société bourgeoise et policière. Mais, dans ce cas précis, il ne s’agirait pas d’un accord avec l’ordre établi, mais du symbole de notre désir commun ». Ils se marient donc et couchent ensemble. Chacun disant à l’autre : « Je t’aime ».

Les deux films ont la même fin amoureuse et strictement conventionnelle : la femme et l’homme forment un couple ne séparant plus le sexe et l’amour. Malgré les scènes de débauche qui ont agrémenté ces films, l’ordre moral est finalement rétabli. Le cinéma pornographique n’a pas fait la révolution, au contraire, il est assimilable  à une  « vaccine » contemporaine. Cette figure de rhétorique du monde bourgeois que Roland Barthes définissait ainsi dans Mythologies (Seuil, 1957) : « On immunise l’imaginaire collectif par une petite inoculation de mal reconnu ». Le cinéma X de Max Pécas et Jean Rollin procède de cette « inoculation » et il rejoint ainsi la morale jésuite énoncée par Roland Barthes : « Prenez des accommodements avec la morale de votre condition, mais ne lâchez jamais sur le dogme qui la fonde ».

Joe Gillis

Publié dans Crisis ? What crisis ?, L'Envers du décor | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Plouf!


bourLeGrandBain.jpg

Image | Publié le par | Tagué , | Laisser un commentaire

[Les (autres) certaines tendances] Quand les personnages féminins ne sont que des archétypes


ANousLesGarconsCCT

Le film À nous les garçons (de Michel Lang, 1985) raconte l’histoire de deux jeunes femmes de 17 ans qui aiment un même garçon, Cyril. Mais les deux copines n’incarnent pas des personnages à la psychologie complexe et nuancée, elles ne sont que les archétypes de deux attitudes caricaturalement  opposées.

Ainsi Stéphanie (Valérie Allain) est délurée, affiche ostensiblement ses désirs et ses choix et ne tarde pas à coucher avec Cyril (Franck Dubosc). D’ailleurs, dès la première scène, elle fait l’amour dans les vestiaires de la patinoire, avec le joueur N°3 de l’équipe de Cyril, pendant le match de hockey. Et quand elle revient s’asseoir dans les tribunes, elle explique à Véronique qui lui demandait où elle était : « Je fatigue l’adversaire ». Elle résume plus tard sa philosophie vis-à-vis des hommes : « De toutes façons ce sont tous des salauds, il faut se battre contre eux avec leurs propres armes ». Il faut reconnaître que l’exemple paternel  (Roland Giraud) incite à entretenir cette guerre des sexes : il trompe sa femme avec Laurence (Claire Vernet), employée de son magasin d’antiquités.

Si Stéphanie ferme sa porte au nez du joueur N°3 que Cyril a eu la « délicatesse » d’envoyer à sa place pour coucher avec elle quand il la quitte, elle se prépare, à la fin, à accueillir l’ami de la famille, Aldo, Italien certes marié mais séduisant. Pour elle, c’est reparti pour un tour.

À l’inverse, Véronique (Sophie Carle) est beaucoup plus réservée et elle va tomber secrètement  amoureuse de Cyril. Il lui faut, d’abord, rompre avec son petit ami théâtreux, Marc (Jean-Noël Brouté) qui, jaloux, fait preuve de la même « délicatesse » masculine de Cyril, car il croit que Véronique couche avec des amants plus âgés : « T’es une belle salope. Tu te tapes des vieux maintenant ! ». Véronique est tout le contraire de Stéphanie. Ainsi, au début, pendant le match de hockey, Stéphanie explique à un garçon qui commençait à draguer Véronique dans les tribunes de la patinoire : « Elle est prise, elle est fidèle, elle ne couche pas ».

À la différence de Stéphanie, Véronique est vierge, c’est ce qu’elle confie à Cyril après lui avoir avoué que ces histoires d’amants plus âgés ne sont que des mensonges. Le couple romantique avec la femme vierge peut donc (enfin) coucher ensemble : Véronique rejoint Cyril à Amsterdam, leur union charnelle et sentimentale marquant la fin du film.

Bien sûr de tels archétypes grotesques sont inhérents au genre : la comédie sexuelle adolescente qui n’oublie quand même jamais de rester romantique et familiale. Mais Geneviève Sellier, historienne du cinéma, a montré comment ces archétypes pouvaient aussi se retrouver dans le « cinéma d’auteur ». Ils empruntent alors au XIXe siècle le traitement « flaubertien » des personnages féminins : même lorsqu’elles sont protagonistes de l’histoire, le réalisateur adopte « un regard de sociologue » qui réduit ces femmes à des personnages aliénées socialement et sexuellement, sans véritable individualité (« Images de femmes dans le cinéma de la Nouvelle vague », Clio, histoire, femmes et sociétés, 10/1999). Les Bonnes femmes de Claude Chabrol (1960) est, à ce titre, exemplaire : « Si le cinéaste réserve ses traits les plus acérés aux hommes dont ces jeunes filles sont immanquablement les victimes (chacune à leur manière : en les épousant, en acceptant de coucher avec eux, ou en se faisant étrangler par eux), l’absence totale de conscience de leur situation chez ces dernières, même fugitivement, place immanquablement le spectateur en position de supériorité. Et le fait de ne leur donner le choix qu’entre de minables don juan, une réplique de Monsieur Homais ou un psychopathe, témoigne de la dimension manipulatoire du film » (ibid.). C’est pourquoi Geneviève Sellier voit dans le film de Claude Chabrol, « l’exemple le plus abouti de la posture moderniste construite sur deux pôles opposés : le regard d’un créateur masculin sur un féminin aliéné » (« Genre, modernisme et culture de masse dans la Nouvelle vague », Nouvelles questions féministes, 2003/1).

En 1841, Mémoires de deux jeunes mariées, tome II de « La Comédie humaine » d’Honoré de Balzac, raconte l’histoire de deux amies de couvent : Louise de Chaulieu et Renée de Maucombe. Louise se perd dans la vie mondaine parisienne et les aventures. Mais Renée se marie en province et mène une vie paisible réduite à deux événements : « Les enfants souffrent ou les enfants ne souffrent pas ». Les personnages sont archétypaux, comme l’écrit Renée : « De nous deux, je suis un peu la Raison comme tu es l’Imagination ; je suis le grave Devoir comme tu es le fol Amour ». Le « regard de sociologue » semble ainsi traverser les siècles, les arts, les types d’auteur et toucher la culture française qu’elle soit savante ou populaire.

Marc Gauchée

Publié dans Crisis ? What crisis ?, Marre ! | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Libération mon cul ! comme aurait dit Zazie


EtDieu28a

En conclusion de son ouvrage, Liberté, égalité, sexualité. Révolutions sexuelles en France 1954-1986 (La Musardine, 2016), Marc Lemonier écrit : « Toutes les libertés ont été conquises. Il ne reste plus qu’à les défendre ». La fin des années 1980 était donc réduite à ça pour les forces de progrès : la défensive. Même en politique, ça donnait François Mitterrand se faisant réélire en 1988 pour un second septennat sur le thème de la défense des acquis sociaux. C’était comme ça à l’époque. Alors que le néolibéralisme thatchéro-reaganien triomphait, on nous faisait croire que la meilleure des attaques c’était la défense ! Dans les années 1980 d’accord, mais en 2016, lorsque paraît le livre de Marc Lemonier, il est étrange de ressortir la même stratégie défensive aussi peu pertinente et aussi inefficace que fut déjà, en son temps, la ligne Maginot.

On aurait aimé croire que lors de ces années 1954-1986, les choses ont été simples et rectilignes, comme lorsque, pour continuer avec le parallèle politique, Jack Lang affirmait sans rire que « Le 10 mai, les Français ont franchi la frontière qui sépare la nuit de la lumière » (17 novembre 1981). Le cinéma français vient rappeler que, malheureusement, ces années de libération avant tout sexuelle et masculine, n’ont pas toujours correspondu à des années d’émancipation. Beaucoup de films furent même ambivalents, présentant certes des personnages de femmes libres de leur corps – ce qui n’était déjà pas mal et constituait un progrès – mais dont la vie était encore largement dépendante d’un homme qui commandait.

Le film qui marque l’entrée dans la période de révolution sexuelle est Et dieu créa la femme (de Roger Vadim, 1956). Juliette Hardy (Brigitte Bardot) est une jeune femme vêtue sans contrainte, dégrafant sa jupe pour libérer ses jambes et danser le mambo, couchant librement… Mais comme le chantera Cookie Dingler en 1984, « Être une femme libérée tu sais c’est pas si facile » ! Pas si facile en 1956 déjà, parce que Juliette serait dotée d’un caractère enfantin justifiant la tutelle masculine. « Il y a quelque chose de trop fort en moi qui me pousse à faire des bêtises » dit-elle. Le prêtre la qualifie même de « jeune animal ». Et cette jeunesse appelle la présence d’un homme, d’un adulte mâle qui sait la corriger. Ainsi, son mari, Michel (Jean-Louis Trintignant) met un terme audit mambo et décoche quatre gifles à Juliette avant de la ramener à la maison, au foyer conjugal. Fin du film.

Vingt-trois plus tard, la femme libérée ressemble encore à celle de 1956. Bien sûr, vague pornographique oblige, les scènes de nu et de coït sont directement montrées et détaillées, mais le gendarme et tuteur masculin est bien toujours là, même s’il s’est réfugié dans un cinéma de fantasmes. Ainsi dans Une hôtesse très spéciale (de Reine Pirau alias Pierre Unia, 1979), Éléonore (Céline Longa alias Céline Gallone) mène une vie complètement libre, drague et couche avec qui elle veut… jusqu’à ce que, dans la scène finale, son fiancée (Pierre Zalès alias Pierre Gonzalès) la sorte d’une partouze qui s’esquissait sur son lieu de travail, la ramène à la maison, la frappe à coups de ceinturon avant que le couple s’ébatte et qu’Éléonore lâche : « Oh mon amour, je t’aime ». Fin du film.

Comédie dramatique ou fantasme pornographique, en 1956 comme en 1979, la femme est frappée par son compagnon. En 1956 comme en 1979, elle ne semble attendre que ça pour, enfin, lui exprimer ses plus tendres sentiments. Décidément non, en matière de représentations, toutes les libertés n’ont pas été conquises.

Marc Gauchée

Publié dans Marre !, Nouvelle génération, Politique & Société | Tagué , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Chinoiseries nippones


bourrLEmpireDesSens.jpg

Image | Publié le par | Tagué , | Laisser un commentaire

[Crise de comm] Le Sexisme turc


Turkish

Avec la réclame pour Turkish Airlines (parue notamment dans L’Obs du 11 octobre 2018) les pubards ont mis en scène l’un des fondamentaux de l’imaginaire sexiste. C’est ainsi que dans la tête des machos, les femmes n’ont de valeur que lorsqu’elles sont jeunes, elles n’ont donc pas le droit de vieillir, confirmant ce que dit le slogan : « 85 ans et toujours en vogue »… avec deux superbes (jeunes) femmes à peine typées pour ne pas risquer de déplaire à la clientèle mondiale tout en acceptant une touche d’orientalisme.

D’abord, comme souvent, le corps féminin est montré puisqu’un corps ne peut être que féminin quand, c’est bien connu, l’homme n’a pas de corps, il n’est qu’esprit. Mais surtout, l’obsession de la femme toujours jeune relève d’autres trajectoires sexistes décortiquées par Mona Chollet dans son essai, Sorcières. La puissance invaincue des femmes (La Découverte, 2018).

L’auteure démonte le mécanisme de « la hantise de la péremption » qui chez les femmes, au-delà de leur capacité à enfanter, concerne leur apparence physique. Et elle interroge la relation entre les femmes et les hommes. Selon elle, « La péremption des femmes se reflète aussi dans la différence d’âge que l’on observe au sein de tant de couples », car « Ce que recherchent certains hommes, ce n’est peut-être pas tant un corps féminin jeune que ce qu’il dénote : un statut inférieur, une expérience moindre ». En vieillissant la femme devient plus un individu, une personnalité et entre dans une relation d’égal à égal, elle remet en cause le « confort mental » de l’homme inégalitaire. Pas étonnant que l’expérience des femmes soit toujours disqualifiée quand la femme expérimentée ne passe plus pour « une pauvre chose sans défense ». L’auteure conclut : « Si les chasses aux sorcières ont particulièrement visé des femmes âgées, c’est parce que celles-ci manifestaient une assurance intolérable ».

La publicité turque ajoute la touche finale en représentant des femmes dans un métier de service. Et là, deux hôtesses de l’air, mannequins et à disposition, vaudront toujours plus que deux stewards. Comme quoi, la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan ne garde décidément pas le meilleur de l’Occident.

Marc Gauchée

Publié dans Marre ! | Tagué | Laisser un commentaire