La « Fin des grands récits » par Hergé, Jean-François Lyotard et Brigitte Lahaie


GrandsRecits

En 1979, Jean-François Lyotard publie La Condition postmoderne : rapport sur le savoir (Minuit) et les « grands récits » de la modernité en prennent pour leur grade ! Non, selon l’auteur, l’histoire de l’humanité n’est pas un long chemin vers l’émancipation. Il n’y a même plus de récit, ni de direction uniques puisque chaque être humain se fixe désormais sa propre orientation et la somme de toutes ces orientations ne chemine pas vers le même objectif !

Trois ans plus tôt, en 1976, Hergé dans Tintin et les Picaros (Casterman), avait déjà mis en scène cette « fin des grands récits ». D’abord parce que, dans cet album, Tintin hésite à se lancer dans l’aventure, il refuse donc dans un premier temps de partir au San Theodoros pour aller s’expliquer avec le général Tapioca qui accuse le capitaine Haddock de fomenter un complot…

Lire la suite de l’article de Marc Gauchée sur tempspresents.com

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La Trilogie nocturne de Cléopâtre (2/2)


La trilogie nocturne de Cléopâtre (Deux nuits avec Cléopâtre [1] ; Les Nuits chaudes de Cléopâtre [2] et Les Nuits d’amour d’Antoine et Cléopâtre [3]) décline la violence et la sexualité dans trois genres de cinéma : la comédie, l’érotisme et la pornographie.

La reine empoisonneuse

Le premier péplum en 1897, d’une durée de 52 secondes, représentait Néron essayant des poisons sur des esclaves (de Georges Hatot ). Pour Cléopâtre, ce sont les peintres qui l’ont représentée dans le même exercice : Alexandre Cabanel en 1887 ou Suzanne Daynes-Grassot en 1912.

CleopatrePompier

Théophile Gautier, dans sa nouvelle Une nuit de Cléopâtre dresse le portrait d’une reine qui s’ennuie. Son esclave qui l’observe en la ventilant en conclut : « que la reine n’a pas eu d’amant et n’a fait tuer personne depuis un mois ». La reine cherche des sensations inconnues, car « Essayer des poisons sur des esclaves, faire battre des hommes avec des tigres ou des gladiateurs entre eux, boire des perles fendues, manger une province, tout cela est fade et commun ! ». Cela ne l’empêchera par de demander à Meïamoun, jeune chasseur de lion amoureux d’elle, de boire une coupe empoisonnée après avoir passé la nuit avec elle. D’ailleurs, quand Marc-Antoine arrive et demande qui est ce cadavre : « Oh ! Rien, fit Cléopâtre en souriant ; c’est un poison que j’essayais pour m’en servir si Auguste me faisait prisonnière ».

CleopatrePoison

Le poison est également présent dans la trilogie nocturne : Deux nuits avec Cléopâtre commence par la sortie d’un officier qui s’est « occupé à calmer les insomnies royales » et qui est immédiatement empoisonné par le conseiller Tortul (Paul Muller). Car Cléopâtre tient à sa réputation. Elle a ainsi pris pour habitude d’exécuter tous les gardes qui ont passés une nuit dans son lit. Plus tard, la reine achète des poisons que le marchand teste sur lui-même pour la convaincre de leur efficacité, comédie oblige ! Dans Les Nuits chaudes de Cléopâtre, la reine finit par se débarrasser de Kelmis (Rita Silva) qui a comploté contre elle en la faisant empoisonner.

Une Égyptienne sensuelle et nymphomane

Sadique et violente, Cléopâtre est aussi toujours sensuelle dans la trilogie conformément aux fantasmes masculins construits à partir du XIXe siècle (François de Callataÿ indique que, dans sa pièce Caesar et Cleopatra en 1898, George Bernard Shaw inaugure, en plus, l’image d’une femme-enfant, capricieuse, espiègle et à la moralité douteuse). Elle est donc souvent représentée seins nues – voire complètement nue « sous le couvert protecteur d’une antiquité magnifiée » – et conjugue, selon François de Callataÿ, « orientalisme et érotisme, colonialisme et exotisme, avec une touche de sadisme ».

xixesiecle

Lors de sa première apparition, la reine est « délicieusement alanguie » [1]. Sa confidente se montre très tendre avec elle, le spectacle saphique est un classique de l’érotisme masculin [2].

CleopatreLesbienne

Une inévitable scène de bain donne lieu à une autre séquence érotique et dénudée que Les Nuits d’amour d’Antoine et Cléopâtre aborde de façon beaucoup plus directe : Cléopâtre prend un bain avec deux servantes (dont Ursula Moore ) qui lui prodiguent caresses et cunnilingus.

CleopatreBain

Surtout Cléopâtre apparait comme une nymphomane, preuve, là encore, que le fantasme masculin s’est imposé ! Quel que soit le film de la trilogie, elle collectionne les amants. Quand elle ne couche pas avec un garde par nuit [1], elle couche avec Caius Bellus (Maurizio Faraoni) qui a empêché son assassinat ; avec Marc-Antoine (Paul Branco) après s’être caressée avec un serpent ; avec Brutus en se faisant passer pour une prostituée afin de lui soutirer des informations ; avec César (Jacques Stany) qui la prend en lui faisant branler un cheval [2] ! C’est évidemment dans le film pornographique que la nymphomanie de Cléopâtre connait ses plus conséquents développements : elle fait attacher Marc-Antoine pendant qu’elle se donne, devant lui, à deux serviteurs (Mephisto et Roberto Malone) pour un « spectacle intéressant » fait de fellation, pénétration, double pénétration et éjaculations faciales. Une fois libéré, Marc-Antoine et Cléopâtre poursuivent l’exercice (avec le parcours rituel pornographique des années 1990 : fellation, pénétration, sodomie et éjaculation faciale) [3]. Si, comme tous les souverains, Cléopâtre a pu avoir des esclaves sexuels, rien ne laisse penser qu’elle a pu avoir recours à de telles mises en scènes ! Dernier avatar, Cléopâtre couche aussi avec Ptolémée (Francesco Malcom qui suit le même parcours, juste précédé d’un cunnilingus) [3]. L’histoire enseigne pourtant que Cléopâtre avait épousé son frère de 13 ans, Ptolémée XIII, plus par respect pour la tradition pharaonique que par goût de l’inceste. D’ailleurs elle finit par le faire tuer ! En vérité, « la dernière reine d’Égypte eut trois amants connus : un fils de Pompée pour quelques nuits seulement, Jules César durant quatre ans, puis Marc Antoine pendant une dizaine d’années. Trois amants, pas vraiment de quoi faire d’elle une débauchée ! Vers l’âge de 18 ou 19 ans, elle paraît très liée à l’un de ses gardes du corps, un Sicilien, plutôt athlétique, nommé Apollodore. C’est avec lui qu’elle a dû perdre sa virginité » (SCHWENTZEL Christian-Georges, op. cit.).

CleopatreDessus

La trilogie nocturne ne prend jamais en compte les images plus positives de Cléopâtre : son projet politique ; son courage face à la mort ; sa passion amoureuse ; son fort caractère… Seul Deux nuits avec Cléopâtre explique l’évolution capillaire de la reine d’Égypte dont la chevelure passe du blond au brun au cours des siècles, mais, dans le film, cette évolution se fait du brun au blond : la jeune esclave, Nisca choisie pour la remplacer pendant qu’elle rejoint Marc-Antoine lui ressemble trait pour trait – et pour cause, c’est la même actrice – mais est blonde. Et quand les gardes s’étonnent de cette soudaine blondeur, Cesarino explique que c’est dû à la peur !

***

La trilogie nocturne s’inscrit dans le mouvement général de l’image de la reine d’Egypte décrit par François de Callataÿ : « toujours plus seule, toujours plus érotisée, toujours plus dominatrice » jusqu’à « la Cléopâtre contemporaine [qui] est une bitch, un peu cruelle, très sensuelle et surtout extrêmement narcissique ». Mais aucun des films de la trilogie, à la différence de celui de Mankiewicz, ne rend compte du projet politique de Cléopâtre : acquérir la puissance politique auprès des Romains pour assurer la survie de son royaume. Reflétant un antiféminisme cinématographique incapable d’imaginer de véritables femmes héroïnes, la trilogie préfère décrire une dévergondée violente et nymphomane plutôt qu’une femme de pouvoir.

Joe Gillis

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Les 10 commandements vus de la barricade


Fremion

En 2011, Yves Frémion écrit le « Manifeste de Barricade » à l’occasion de la sortie du numéro 1 du magazine dont il est rédacteur en chef et qui paraitra en 2011 et 2012.

En 10 « banalités de base », il dresse la ligne directrice du magazine, ligne faite de « plaisir » (2 ; 3 ; 4 ; 8 ; 9 et 10), de « toutes les formes de libertés individuelle et collective » (5) avec un caractère subversif assumé : les êtres humains libres « refusent de voir dans l’effondrement des pseudo-démocraties un drame plus grave que celui des dictatures déjà renversées ou à venir » (7).

Barricade copie

La 1ère « banalité » affirme : « L’être humain est sur terre pour jouir. Pour vivre pleinement, heureux, amoureux, souriant, fraternel, curieux, passionné, en compagnie de ses semblables ». Il y en a 9 autres à re-découvrir avec cette nouvelle édition. Pour ce procurer l’opuscule (5€) : Ateliers du Tayrac 66 rue Julien Lacroix 75020 Paris, 06 71 49 25 87.

 

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La Trilogie nocturne de Cléopâtre (1/2)


LesNuitsCleopatre

De 1953 à 1996, trois titres français de fictions étrangères mettent en scènes les « nuits » de Cléopâtre : Deux nuits avec Cléopâtre (Due notti con Cleopatra) de Mario Mattoli en 1953 [1] ; Les Nuits chaudes de Cléopâtre (Sogni erotici di Cleopatra) de Cesar Todd (Alias Rino di Silvestro ) en 1985 [2] et Les Nuits d’amour d’Antoine et Cléopâtre (Antony and Cleopatra) de Joe d’Amato en 1996 [3]. Cette dernière fiction pornographique fut diffusée en DVD et, à la différence des deux premiers films, n’est donc jamais sortie en salle de cinéma. La vie nocturne de la reine d’Égypte a ainsi suivi le parcours d’érotisation du cinéma, passant, en 43 ans, d’une comédie avec Sophia Loren [1] à un film érotique avec Marcella Petrelli [2] puis à une œuvre sexuellement explicite avec Olivia del Rio [3].

Une reine cinématographique

Cléopâtre est indissociable de l’histoire du cinéma. D’abord parce qu’elle est un personnage récurrent des péplums et ce dès les premières années du cinéma. C’est ainsi que dans Cléopâtre, film de deux minutes réalisé par Georges Méliès en 1899 et deuxième péplum de l’histoire du cinéma, la reine d’Égypte (interprétée par Jeanne d’Alcy ) apparait surgissant de son tombeau profané.

Ensuite parce que bien souvent dans les péplums, Cléopâtre incarne l’un des deux types de femmes auxquels est confronté le héros antique, celui de la « femme perverse (dans le sens du péché judéo-chrétien), femme de pouvoir, fortement sexualisée » et dont la « fin est en général tragique » (AKNIN Laurent, « Divine Cléopâtre » dans « Le Péplum : l’Antiquité au cinéma », sous la direction de Claude Aziza, CinémAction, n°89, Corlet-Télérama, 1998).

Enfin parce que les mythes de Cléopâtre et du cinéma se sont confondus lors du projet « pharaonique » commencé en 1959 et achevé en 1963 par Joseph Leo Mankiewicz. Son film, Cléopâtre avec Elisabeth Taylor et Richard Burton, marque un « moment-charnière » du cinéma, celui du succès croissant de la télévision, du déclin des studios et des tournages moins coûteux en Europe (MÉRIGEAU Pascal, Mankiewicz, Denoël, 1993). Côté visuel, c’est là qu’Elisabeth Taylor impose le mascara autour des yeux de la reine d’Égypte ! Côté réalisation, peut-être à cause des frasques d’Elisabeth Taylor ou de sa romance naissante avec Richard Burton, du gouffre financier, des interventions multiples des producteurs notamment au montage, ou encore du scénario écrit le matin tôt et le soir tard, au rythme du tournage, que Mankiewicz résume son expérience comme « Trois années dans un réfrigérateur ». Il est cependant parvenu à réaliser tout à la fois la superproduction la moins spectaculaire et la plus bavarde du cinéma et un superbe film traversé par l’obsession du temps, de la paternité et des ambitions politiques. La Cléopâtre de Mankiewicz est certes visuellement sensuelle : les tenues, les coiffures et les décolletés vertigineux de la comédienne sont particulièrement remarquables. Mais elle est surtout proche du portrait qu’en a fait Anatole France dans la préface de la nouvelle de Théophile Gautier, Une nuit de Cléopâtre (Édition de 1894, A.Perroud libraire-éditeur, parue initialement en feuilleton en 1838 dans La Presse). Pour Anatole France, Cléopâtre est une « femme intelligente, ambitieuse, vindicative et fière ». Il note que le charme n’aurait pas suffi pour séduire César « sans beaucoup d’intelligence et de politique ». Et si « Cléopâtre n’était pas belle », elle avait une conversation très aimable « parce que sa langue était comme un instrument de musique à plusieurs jeux et registres ».

Une trilogie de fantasmes

La trilogie nocturne – Deux nuits avec Cléopâtre, Les Nuits chaudes de Cléopâtre et Les Nuits d’amour d’Antoine et Cléopâtre – préfère suivre la propagande calomnieuse écrite par les vainqueurs Romains après la défaite de la reine. Comme l’écrivait déjà Anatole France : « Elle n’a été un monstre que dans l’imagination ampoulée des poètes amis d’Auguste. Ils ont dit qu’elle se prostituait aux esclaves. Ils n’en savaient rien ».

Dans Deux nuits de Cléopâtre [1], en 31 avant Jésus-Christ, après la mort de César, la reine veut rejoindre Marc-Antoine. Comme « Je peux tout comme je le veux », elle se fait remplacer par Nesca, une esclave qui lui ressemble si bien qu’à la différence de ses prédécesseurs, l’officier simple d’esprit désigné pour passer la nuit avec elle, Cesarino (Alberto Sordi), est encore vivant le lendemain matin. Après de multiples péripéties, Cesarino finit par libérer Nesca emprisonnée par la reine et le couple s’enfuit.

Les Nuits chaudes de Cléopâtre [2]raconte qu’en l’an 46 avant Jésus-Christ, Cléopâtre fait un rêve prémonitoire : César va se faire tuer. Elle enquête donc pour savoir qui en veut à la vie de son amoureux. Les complots se multiplient. À la différence de César, elle en réchappe et finit par retourner en Égypte.

Les Nuits d’amour d’Antoine et Cléopâtre [3] se déroule à peu près à la même époque et raconte les mêmes péripéties (la fin de César et la relation entre Cléopâtre et Marc-Antoine) avec force scènes hard jusqu’au baiser final entre Cléopâtre et Marc-Antoine alors qu’Octavien triomphe.

François de Callataÿ, historien de l’art, a retracé tous les maux dont fut accablé la reine par les auteurs latins (Cléopâtre, usages et mésusages de son image, Académie royale de Belgique, 2015). Ainsi, selon Plutarque, elle serait responsable du dérèglement de la vertu d’Antoine : « Avec un tel caractère, Antoine mit le comble à ses maux par l’amour qu’il conçut pour Cléopâtre, et qui, rallumant en lui avec fureur des passions encore cachées et endormies, acheva d’éteindre et d’étouffer ce qui pouvait lui rester encore de sentiments honnêtes et vertueux. Voici comment il fut pris à ce piège ». Mais il précise « Sa beauté en elle-même n’était pas incomparable ni propre à émerveiller ceux qui la voyaient » (Vie d’Antoine, XXVI). Virgile la qualifie d’« épouse néfaste » (Énéide, VIII, 688), Lucain de « femme dangereuse, l’opprobre de l’Égypte, Érinyes des Latins, et dont les vices impurs ont fait le malheur de Rome. Autant la fatale beauté de Sparte alluma de haines contre les héros de la Grèce et de la Phrygie, autant Cléopâtre excita de fureurs entre les plus grands des Romains. Au son du sistre égyptien, elle jeta (je rougis de le dire) la terreur dans le Capitole » (La Pharsale, livre X). Pour Properce, c’est une « reine débauchée » (Élégies, III, 11) et pour Sextus Aurelius Victor, « Cléopâtre était si passionnée, que souvent elle se prostitua ; si belle, que bien des hommes achetèrent de leur existence la faveur d’une de ses nuits » (Liber de viris llustribus urbis Romae, LXXXVI ).

Christian-Georges Schwentzel (« Un an après : Pourquoi Cléopâtre n’a pas inventé le vibromasseur », theconversation.com, 18 mai 2016), historien, rappelle que les légionnaires d’Auguste s’éclairaient au moyen de « lampes à huiles obscènes, décorées en leur centre d’un médaillon représentant une Cléopâtre nue, sodomisée par un phallus de pierre ou de bois ». Ainsi, pendant toute l’Antiquité et jusqu’au Moyen-âge, l’image dominante est celle de la lascivité et du dérèglement. Mais, du coup, la haine initiale s’est peu à peu transformée en « un puissant fantasme » (Ibid). Le XIXe siècle achève d’ancrer Cléopâtre du côté de l’érotisme et d’une image pharaonique. Et tant pis si Anatole France savait qu’elle était une reine hellénistique « de naissance et de génie. Élevée dans les mœurs et dans les arts helléniques, elle avait la grâce, le bien dire, l’élégante familiarité, l’audace ingénieuse de sa race ». Mais la trilogie nocturne emprunte d’autres chemins : celui de la violence et celui de la sexualité.

À suivre

Joe Gillis

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Cette idée de l’Aaaartiste


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Finalement, la musique adoucit-elle vraiment les mœurs ?


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Après Brigitte Lahaie le disque de culte, Aurélien Bacot et Guillaume Le Disez poursuivent leur réédition en vinyle de l’œuvre d’Alain Goraguer avec Musique classée X. Une occasion pour Michaël Patin de s’interroger longuement : « Faut-il vraiment réhabiliter la musique de film porno ? » (noisey.vice.com, 20 septembre 2018) :

« Tentation nostalgique, délires de geeks obsessionnels, érosion progressive de la qualité : à l’occasion de la sortie de ‘L’amour est une fête’, on se demande si la musique des films de boules n’avait pas surtout besoin d’être désacralisée ».

L’article complet est ici.

B.Booth.

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[La Scène qui déchire] Dans « La Comtesse noire », l’habit ne fait jamais le moine


Jess Franco alias Jesús Franco est le réalisateur de plus de 180 films sous divers pseudonymes et souvent avec des moyens plus que limités et des scénarios plus que foutraques, mais toujours avec quelques obsessions bien ciblées et répétitives qui constituent sa marque. Les gros plans zoomés jusqu’au noir sur la toison et le sexe de sa muse, Lina Romay, participent ainsi à sa « politique des auteurs ». Dans La Comtesse noire (1973), il ajoute un élément à cette « politique » personnelle : le décalage des repères vestimentaires.

Ainsi Irina Karlstein, la fameuse comtesse noire interprétée par Lina Romay, traverse le film seulement vêtue de cuissardes, d’une ceinture et d’une grande cape. Sa déambulation dans les brumes forestières encadre le film (au début avec le mouvement de caméra et le zoom vers là où l’on sait) et en est la plus belle, érotique et inquiétante image.

Jess Franco montre le corps de Lina Romay pendant quasiment tout le film sauf à un moment : c’est lorsque, dans son hôtel, elle s’allonge sur un transat pour un bain de soleil ! Là, le réalisateur lui fait porter une longue robe blanche dissimulant son corps ! Ce film qui s’est aussi appelé La Comtesse aux seins nus, présente donc une « comtesse aux seins nus » qui ne se couvre la poitrine que pour bronzer.

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D’abord parce que les héroïnes de films érotiques ne se déshabillent pas comme tout le monde. Souvenons-nous comment bronze l’agente Jane Genet (Chesty Morgan) dans Supernichons contre mafia (Double Agent 73 de Doris Wishman, 1970). Elle exhibe sa formidable poitrine pour abattre un à un tous les trafiquants d’un réseau de cocaïne puis les photographie grâce à un appareil dissimulé sous son sein gauche (je n’invente pas !), mais, quand elle s’allonge sur un transat au soleil, elle garde son soutien-gorge et porte même un collant !

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Pour la comtesse noire, il est vrai que, dernière descendante muette d’une famille de vampires, elle ne doit pas particulièrement apprécier l’astre solaire. Soit. Mais la journaliste qui vient l’interroger dans son hôtel brouille tout autant les repères vestimentaires. C’est ainsi que, le plus sérieusement du monde, elle prévient Irina : « Je tiens d’abord à vous informer que l’article que j’écrirai sur notre entretien paraitra dans tous les grands journaux d’Europe et d’Amérique ». Et c’est sans doute pour rendre crédibles ses propos qu’elle n’est vêtue que d’un bikini rose… alors que le contre-jour dévoile à nouveau les formes de la comtesse !

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Le décalage des repères vestimentaires n’a pas seulement pour but d’égarer les regards sur le corps des femmes, il nous indique visuellement le sujet du film : l’apparition du désir n’est jamais là où on l’attend rendant ainsi sa satisfaction d’autant plus difficile.

Joe Gillis

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