« Soudain… les monstres » : aux sources d’une transcendance écologique


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En 1972, Les Rongeurs de l’Apocalypse (Night of the Lepus de William F. Claxton) racontait comment une mauvaise expérience scientifique destinée à éradiquer la prolifération de lapins transformait ces animaux en tueurs géants. Heureusement, grâce à leur puissance de feu, les humains parvenaient à venir à bout de ces léporidés. Le film abordait plusieurs thèmes : depuis la menace de la surpopulation sur une planète trop pleine jusqu’au danger de la science quand ses conséquences échappent aux êtres humains. Mais le discours sur la nature était quasiment absent. En ce sens, Les Rongeurs de l’apocalypse marquait la fin du cycle cinématographique sur la science destructive, commencé en 1954 avec Godzilla (Gojira de Ishirô Honda) et les terreurs engendrées par la bombe atomique.

Quatre ans plus tard, en 1976, sort Soudain… les monstres (The Food of the Gods) de Bert I. Gordon. Le réalisateur est un récidiviste en matière de créatures de grandes tailles : Le Fantastique colosse (The Amazing Colossal Man) en 1957 ; Le Retour de l’homme colosse (War of the Colossal Beast) et L’Araignée vampire (Earth vs Spider) en 1958 ; Le Village des géants (Village of the Giants) en 1965. Il réalise encore L’Empire des fourmis géantes (Empire of the Ants) en 1977. L’originalité de Soudain… les monstres par rapport aux autres films d’horreur et de catastrophe est double. D’abord l’origine de la menace relève d’une transcendance. Ensuite cette menace persiste malgré l’action correctrice des êtres humains.

Lire la suite de l’article de Marc Gauchée sur le blog Fragments sur les temps présents.

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« Place publique », film progressiste


Décidément la gauche n’en finit pas de s’interroger sur son vieillissement, son avenir et les voies à trouver pour espérer rebondir. Il y a quelques mois, Robert Guédiguian, plutôt héritier de la première gauche, proposait dans La Villa de tout reprendre à zéro, de repartir grâce aux solidarités familiales pour s’ouvrir à nouveau au monde. C’est au tour d’Agnès Jaoui, plutôt héritière de la deuxième gauche, de faire sa proposition dans Place publique, un film aussi réjouissant que malin.

Le duo Castro (Jean-Pierre Bacri) et Hélène (Agnès Jaoui) représente pourtant l’« ancien monde », celui qui a été balayé par Emmanuel Macron en 2017. D’un côté Castro est un animateur de télévision cachant ses convictions de jeunesse sous un cynisme exacerbé comme il cache sa calvitie sous un postiche grotesque. Il pourrait représenter la gauche qui gouverne et qui a trahi, celle qui abandonne volontiers ses belles idées pour toujours rester au pouvoir.  De l’autre côté, Hélène son ex-femme, fait encore signer des pétitions en faveur des réfugiés. Elle pourrait représenter la gauche idéaliste et toujours accusée de naïveté. Il méprise tout le monde, elle veut accueillir tout le monde.

Face à cet « ancien monde » figé, le « nouveau monde » s’impose par la forme chorégraphiée du film et les choix de fluidité de la réalisatrice : s’il y a bien une unité de lieu et une quasi unité de temps (la fête de crémaillère dans une belle propriété à la campagne), beaucoup de personnages sont montrés en mouvement pour ne pas dire « en marche », la caméra passant d’une histoire à une autre, d’un groupe d’invités à un autre. Tout le monde cherche un moyen de bouger : sur la musique le temps d’une danse ; en appelant un taxi pour partir ailleurs ou en reprenant sa voiture pour rentrer. Et si l’« ancien monde » se retrouve d’abord dépassé par la jeunesse, les réseaux sociaux, les portables et leurs applications, tous les repères ne sont pas complètement brouillés. Les classes sociales ont simplement trouvé un autre terrain de jeu que celui de l’entreprise : le voisin paysan est exaspéré par le bruit de la fête alors qu’il doit se lever aux aurores et la maire montre plus d’empathie vis-à-vis des Parisiens fêtards que vis-à-vis de son autochtone éleveur.

La gauche de La Villa propose de recommencer par un retour aux racines familiales, à un point fixe, la maison et la calanque vers lesquelles converge le monde. En revanche, la gauche de Place publique propose de recommencer par l’amour entre le chauffeur (Kevin Azaïs) et la fille de Castro et d’Hélène (Nina Meurisse), formant un couple de classes sociales différentes qui décide d’aller aux devants du monde. Dans le dossier de presse, Agnès Jaoui confirme cet optimisme partagé avec son co-scénariste, Jean-Pierre Bacri : « Sans doute que nous sommes un peu neuneus d’être non seulement politiquement corrects mais en plus romantiques ! On croit en l’amour, en la jeunesse et la possibilité de fins heureuses. On a, malgré tout, espoir dans l’humanité. Nous ne pouvons nous empêcher d’espérer ». En d’autres temps et avec d’autres mots, on les aurait qualifiés de « progressistes ».

Marc Gauchée

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« Cousin, cousine » à la recherche de la troisième voie


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Selon Jane Birkin et Serge Gainsbourg, 69 serait une « année érotique ». Et cette année-là a duré jusqu’en 1974, lorsqu’est sorti Emmanuelle (de Just Jaeckin) qui fit 8 900 000 entrées en France en 10 ans de carrière. Puis vint 75 qui fut une « année pornographique ». Car c’est la loi de finances pour 1976, datée du 31 décembre 1975, qui créait le classement pornographique avec sa taxation dissuasive et son réseau de salles réservées. La France avait pourtant vu partir la lourde vareuse militaire gaulliste en 1969, la grande bourgeoisie pompidoulienne en 1974, elle avait cru les promesses anti-censure du nouveau, jeune et libéral président, Valéry Giscard d’Estaing. Mais un an plus tard, voilà que le nouvel élu, avec l’aide de son premier ministre, Jacques Chirac, inventait le classement X.

C’est aussi en 1975 que sort Cousin, cousine de Jean-Charles Tacchella. Au milieu d’une France partagée entre le corset d’autrefois et le débraillé contemporain, le film raconte comment l’amour et le couple peuvent renaître. Ce que résume Michel Grisolia : « Une subversion mêlée de tendresse s’immisce même dans l’ordre mortellement bourgeois des réunions de famille, baptêmes, mariages, deuils et Noëls » (Le Nouvel observateur, 26 novembre 1975).

Le couple, c’est d’abord Marthe (Marie-Christine Barrault), mal mariée à Pascal (Guy Marchand) qui la trompe en cherchant à dépasser le record de maîtresse de Casanova. C’est ensuite Ludovic (Victor Lanoux), mal marié à Karine (Marie-France Pisier), dépressive chronique qui vient s’ajouter à la liste de Pascal. Le mariage, institution pilier de la société, est présenté ainsi particulièrement mal en point.

D’une façon générale, les adultes ne vont pas très fort. Dès la première scène du film, Sacy (Popeck) et sa femme, Diane (Sybil Maas), multiplient les recommandations à leurs deux enfants : « Surtout, tenez-vous bien les enfants. Ne faîtes pas comme vos petits cousins au mariage de tante Angèle. Ils ont mangé trop de glace et ils ont été malades », « Toi, Sylvie, n’interromps pas les grandes personnes », « Olivier, ne mets pas tes coudes sur la table, hein ? Pense à ta colonne vertébrale. Le mariage est une chose sérieuse ». Et l’image suivante montre  Biju (Ginette Garcin), la remariée, buvant une grande chope de bière encouragée par une assistance hilare. On a fait mieux comme « chose sérieuse » et respect des convenances.

Nelsa (Catherine Verlor), la fille de Ludovic, a parfaitement saisi les craquements de cette société post soixante-huitarde. Les photographies qu’elle a prises lors du remariage de Beju en témoignent : une tablée qui s’ennuie ; un marié qui montre ses fesses ; un invité qui reluque vers le décolleté de sa voisine ; un invité qui urine dans les plantes vertes ; une autre qui, trop saoule, vomit dans le jardin ; un couple revenant de son escapade adultérine (c’est Pascal et Karine) ; un autre couple éphémère se rhabillant à la hâte.

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Et Marthe et Ludovic dans tout ça ? Ils se rencontrent lors de fêtes familiales, se découvrent cousins par alliance, s’apprécient, se voient de plus en plus, ils sont bien comme ça. Comme la rumeur les dit « amants », ils finissent par s’aimer aussi dans un lit et, le soir de Noël, ils quittent conjoints et enfants pour vivre leur histoire en couple. Comme Jean-Charles Tacchella le confie : « Depuis longtemps, j’avais envie de raconter l’histoire d’un homme et d’une femme qui sympathisent formidablement et qui décident , pour que leur aventure reste exceptionnelle, de ne pas coucher ensemble…Montrer ce qui réunit un couple, c’est-à-dire un tas de choses et, parmi ces choses, le sexe et l’érotisme jouent un rôle mais pas forcément le premier » (« Les histoires que les autres ne racontent pas… », L’Avant-scène cinéma, n°184, 15 mars 1977). Bonne nouvelle donc, entre le tue-l’amour bourgeois et le tout-sexe pornographique, Cousin, cousine montrait qu’une troisième voie était possible… même en 1975.

Marc Gauchée

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Celui qui ne rend pas à César…


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[Chrono] 1977/ Un porno chez Jacques Séguéla


En 1977 sort Parties fines de Gérard Kikoïne. Le film est « un film d’amour explicite » selon son réalisateur (cité dans Brigitte Lahaie. Les films de culte, Cédric Grandguillot et Guillaume Le Dissez, Glénat, 2016). Il raconte les fantasmes rêvés de la baronne Solange (Brigitte Lahaie). Elle s’imagine soumise sexuellement par contrainte pendant que son mari, le baron Pierre (Patrice Chéron), se rend chez Milena (Sylvie Dessartre), sa maîtresse dans tous les sens du mot pour se soumettre volontairement. Olivier Rossignot, auteur de l’introduction de Kikobook (de Gérard Kikoïne, éditions de L’Œil, 2016), explique que sa première rencontre avec Gérard Kikoïne fut cryptée lorsqu’il regarda sans décodeur Parties fines diffusé sur Canal+ un samedi tard de mai 1987 : « Toutes proportions gardées, ‘Parties fines’ pourrait se regarder comme un Chabrol porno satirique, anti-bourgeois, parfois cinglant, coupant, avec des dialogues qui rappelleraient presque l’esprit de ‘Charlie hebdo’ ou d’’Hara-Kiri’ ».

L’essentiel du film se passe dans l’appartement de la baronne et du baron pendant les années 1930. D’ailleurs le film a eu pour autres titres : Indécences 1930 (et, en anglais, Education of the Baroness). Les autres lieux sont le studio de Milena, la cuisine de l’appartement de la baronne et du baron et leur Rolls Royce.

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Un soin tout particulier a été apporté pour transformer l’appartement prêté en un intérieur 1930. La décoratrice et styliste Colette Bernardin re-décore entièrement les lieux en style art déco.

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L’appartement est au dernier étage d’un immeuble à l’angle de l’avenue Paul-Doumer et du Trocadéro dans le XVIe arrondissement de Paris. Il appartenait à Jacques Séguéla qui allait déménager et le quitter.

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À la fin des années 1970, Jacques Séguéla est en pleine ascension et success story. En 1970, il a créé, avec son complice et ami Bernard Roux, l’agence Roux-Séguéla (rejoints par Alain Cayzac en 1972 et Jean-Michel Goudard en 1978). Il enchaîne les coups fructueux : un concert de Johnny Hallyday pour lancer la station balnéaire Port-Barcarès ; l’image de Dali pour les brochures de vente de la tour Totem en front de Seine : « C’était dingue (…). Avant de signer le contrat, Dalí a émis une dernière condition : je devais accepter que son assistante japonaise me caresse l’entrejambe » (« Euro RSCG, quatre garçons dans le temps », Jean-Philippe Roques, Vanity Fair, n°5, novembre 2013).

Côté appartement qui nous intéresse ici, Jean-Philippe Roques précise que Jacques Séguéla « fait aménager le salon avec des meubles en plastique de Marc Held. Une douche circulaire transparente trône au milieu du salon ; un espace repas est creusé dans le sol, en sorte que les convives dînent à même la moquette ». D’où l’intervention inspirée et plus que nécessaire de Colette Bernardin !

1976, juste avant le tournage de Parties fines, est aussi une année importante pour l’image de l’agence, car Jacques Séguéla accepte de faire la campagne de Carrefour qui veut lancer sa marque de distributeur avec le nom : « Produits libres ». Aussitôt Nestlé retire ses contrats à l’agence. Mais Alain Cayzac explique le gain en termes d’image pour l’agence RSCG : « Cette campagne nous a donné une image d’affranchis du système. Après cela, tous les entrepreneurs hors-norme ont voulu bosser avec nous » (cité par Jean-Philippe Roques, ibid.).

« Hors-norme », il manquait quand même à cette réputation d’apporter sa contribution à « un film d’amour explicite ». C’est chose faite en 1977. C’était l’époque qui voulait ça : si à 33 ans [c’était son âge en 1977], on n’a pas accueilli un tournage porno chez soi, on a quand même raté sa vie !

Joe Gillis

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Y’a deux écoles, y’a deux blêmes


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« Série Blême », faut pas confondre !

D’un côté, Marcel Duhamel a créé une « Série Blême » chez Gallimard en 1949. Elle connut 22 romans policiers ou thrillers jusqu’en 1951. Le premier roman publié fut J’ai épousé une ombre (I Married a Dead Man) de William Irish et le dernier fut Perry Mason sur la corde raide (The Case of the Velvet Claws) d’Erle Stanley Gardner.

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De l’autre côté, Magnus a créé et dessiné la « Série Blême » aux éditions du bois de Boulogne en 1977. Elle connut 4 albums jusqu’en 1978. Le premier album fut  Échec au crime et le dernier fut L’horrible traquenard.

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La concurrence interne eut raison de la « Série Blême » de Gallimard. En effet, elle disparut à force de ressembler à la « Série Noire » également publiée chez Gallimard par Marcel Duhamel. Même les couvertures se ressemblaient, hormis leurs couleurs, certes.

En revanche il fallut que le ministre de l’Intérieur prononce une interdiction de niveau 2 contre la « Série Blême » des éditions du bois de Boulogne, pour empêcher « d’exposer ces publications à la vue du public en quelque lieu que ce soit, et notamment à l’extérieur ou à l’intérieur des magasins ou des kiosques, et de faire pour elles de la publicité par la voie d’affiches » (extrait de l’article 14 de la loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse).

JiPéBé

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Le joli mois de May


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