Provoquent la stupeur…


70TremblementsDeChair

Publicités
Image | Publié le par | Tagué , | Laisser un commentaire

[Crise de comm] Machisme automobile : la pub fait-elle des progrès ?


La possession d’une voiture est souvent symbole de liberté, d’abord pour s’évader du milieu familial, ensuite pour partir en vacances, enfin pour sillonner le pays en quête de l’aventure. Les publicitaires ne manquent jamais ces belles images où, grâce à sa voiture, le consommateur prend un nouveau départ avec les deux plans incontournables : soit la voiture fonce sur une route rectiligne, soit elle serpente, le plus souvent en vue aérienne, solitaire au milieu de magnifiques paysages.

Mais les publicitaires n’hésitent pas à convoquer un autre registre : celui de la puissance conférée –toujours- à l’homme qui possède la voiture et tient le volant. Le spot pour Audi de 1993 était d’ailleurs tellement caricatural à cet égard qu’il est régulièrement sorti des oubliettes des nanars publicitaires et montré du doigt comme archétype du sexisme dont sont capables les pubards.

Tourné en noir et blanc, un homme conduit une Audi et dépasse une femme piétonne. Une voix off et masculine spoile le scénario qui va suivre : « Il a l’argent, il a le pouvoir, il a une Audi, il aura la femme ». Comme, en 1993, c’était déjà « du lourd », le spot intercale une petite scène : un ballon vient rebondir sur l’Audi, l’homme s’arrête et le rend aux enfants qui jouaient. La femme est témoin de la scène et une voix off, mais féminine, explique : « Les hommes croient qu’une belle voiture sert à montrer l’épaisseur de leur portefeuille, mais elle sert aussi à montrer la bonté de leur âme ». La conclusion est alors évidente et la voix off masculine modifie sa première affirmation : « Il a l’argent, il a le pouvoir, il a une Audi, il a une âme ». Et là, grandiose, c’est la femme qui étant montée à bord, a bien compris quel était son rôle et se tourne face caméra pour lâcher : « Il aura la femme ».

À aucun moment, cet homme qui a une âme, n’a de visage. Inutile de le montrer, sa voiture parle pour lui. Ça, c’était en 1993. Depuis, la publicité qui se targue de toujours suivre l’air du temps et les mœurs de l’époque, a-t-elle enfin intégré les progrès de l’égalité entre les femmes et les hommes et même le fait que le corps des femmes était aussi habité par  une âme ?AudiOpel1

AudiOpel2

En 2017, pour vanter les mérites de l’Opel Mokka X, un spot montre deux garçons qui arrivent près d’un espace vert, peut-être un campus universitaire. Aussitôt, toutes les filles présentes se lèvent et se dirigent vers l’Opel. Première façon de désamorcer le machisme : les visages des deux gars sont montrés, ce qui change de la publicité pour Audi en 1993. Certes… Mais, du coup, on n’échappe pas au plan sur les jambes nues perchées sur des talons hauts des filles s’approchant du véhicule, alors qu’en 1993 Audi se gardait bien de montrer les jambes de la piétonne. En 2017, ce que l’on voit, ce sont des filles enfermées dans l’expression de leur corps. C’est en tout cas ce que croient les deux nigauds de l’Opel. Le passager demande « Qu’est-ce qui se passe ? » et le rouquin au volant répond « Aucune idée, en ce moment, ça m’arrive sans arrêt » et le passager de conclure : « Eh Casanova ! ». Et c’est là, la seconde façon de désamorcer le machisme : les deux gars ne comprennent pas ce qu’il leur arrive. En fait, la fin du spot explique que le haut débit à bord de l’Opel permet de connecter jusqu’à sept appareils, les filles restent donc autour de la voiture avec leurs portables. La possession de l’Opel satisfait tout le monde : le rouquin est pris pour un « Casanova » par son ami et les filles peuvent profiter d’une connexion Wifi. À la différence de 1993, ces « satisfactions » ne se rejoignent pas, le rouquin n’« a » pas les femmes, c’est juste son ami qui croit qu’il les « a ».

Finalement, si l’on compare 1993 et 2017, que peut-on constater ? Le fond du message a peu évolué côté masculin, mais sa forme, plus humoristique, cherche à en atténuer la violence. En revanche, côté féminin, c’est la forme qui a peu évolué, restant centrée sur le spectacle de la beauté et des corps, mais le fond met en scène la conquête d’une certaine autonomie. Bref les clichés ont la vie dure, mais le machisme se dilue dans la dérision. C’est déjà ça.

Marc Gauchée

Publié dans Marre !, Produisons ! | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Les Triptyques de Sandrine Rondard


Comme le dit le communiqué de presse de la under construction gallery, les toiles de Sandrine Rondard racontent « une histoire dont l’issue n’est jamais dévoilée » et créent « un va-et-vient constant entre enchantement et inquiétude » à partir de « mondes sans repères ». Rien de contradictoires avec les deux triptyques présentés jusqu’au 24 septembre 2017 : Gilles en rose et Séverine ou Le Lac (2017).

GillesEnRose

En revanche, ces triptyques sont bien loin de « mondes sans repères ». Certes Gilles en rose est peut-être un homme ayant perdu ses repères puisqu’il s’habille en rose (et pas en bleu) ! Côté enchantement, ce ne pourrait être que les sympathiques facéties d’un homme déguisé en cochon. Mais, côté inquiétude, le déguisement pourrait tout autant renvoyer aux parodies animalières (par exemple avec les délires chantés des Brigandes contre les francs-maçons) ou à des usages violents (par exemple dans Orange mécanique). Le rose, si traditionnellement féminin et positif (Édith Piaf voyait bien La Vie en rose dès qu’il la prenait dans ses bras en 1945) et le masque en deviendraient alors moins drôles et innocents.

Srondard2

C’est l’une des forces des toiles de Sandrine Rondard : susciter un va-et-vient entre des imaginaires et des registres qui s’opposent. L’ironie la gagne peu à peu depuis qu’elle s’est affranchie de la « sagesse » de ses premières toiles et explore la fusion narratrice entre ses personnages et ses paysages. Dans le souci de ne pas perdre son spectateur en route, la voie prise n’est pas complètement radicale : le tableau demeure figuratif, avec des paysages, des personnages, mais l’histoire laisse passer des détails d’où pourrait sourdre la rébellion, la mélancolie voire une certaine tristesse. Et, à la différence de Thomas (David Hemmings) dans Blow Up (de Michelangelo Antonioni, 1966), ce n’est pas l’artiste, c’est le spectateur qui est invité à faire le voyage depuis la tendre figuration jusqu’aux sombres menaces qui se trouveraient derrière, à trouver le détail qui tue.

SRondard

Le triptyque Séverine ou Le Lac est dans la même veine. Le personnage s’avance en équilibre, avec précaution et prudence, comme faisant ses premiers pas sur l’eau. Mais l’élégante démarche est vaine : les oiseaux s’envolent quand même et la ligne d’horizon figure une nature en flammes orangées.

LostInTranslation

Et puis il y a cette culotte placée en plein centre, aplat bleu monochrome entre un ciel de fond bien nuageux et l’eau du lac renvoyant encore déformé ce trouble céleste. Une culotte visuellement immanquable, car surlignée par le débardeur dont la légèreté est contredite par le noir le plus sombre. Sofia Coppola, dans Lost in translation, cadrait plein écran sur la culotte rose de Charlotte (Scarlett Johansson) dès le début de son film. Bleu ou rose, les couleurs seraient-elles trompeuses ? La suite de l’histoire reste à écrire…

Marc Gauchée

Il sera possible de rencontrer l’artiste dans le cadre de la manifestation « Un dimanche à la galerie », le 24 septembre 2017 (under construction gallery, 6 passage des Gravilliers 75011 Paris).

Publié dans L'Envers du décor | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

« La Robe de Marilyn », l’enquête continue (6)


Depuis la parution de mon essai, La Robe de Marilyn, enquête sur une envolée mythique (François Bourin, 2014), le mythe de la robe soulevée par le vent, inspirée de la célèbre scène de Sept ans de réflexion (The Seven Year Itch de Billy Wilder, 1955), poursuit sa vie…

Marilyn méditerranéenne

Si la robe de Marilyn Monroe s’envole sur le trottoir new-yorkais dans Sept ans de réflexion, c’est parce que le métro passe en sous-sol. Mais les robes peuvent s’envoler pour d’autres causes et les illustrateurs ne se sont pas privés de rejouer la scène dans des lieux et des circonstances très différentes.

Les cartes postales d’été représentant une partie de pétanque délocalisent la scène dans le Sud de la France, là où le mistral et la tramontane sont comme « Le Vent » chanté par Georges Brassens en 1953. Le chanteur de Sète qualifiait le vent –certes parisien (il s’agit du Pont des Arts)- de « fripon » parce qu’il obligeait les filles à prendre garde à leur jupon. Mais surtout, ces cartes de pétanque ont l’avantage de pouvoir combiner l’humour américain et l’humour français.

Côté humour américain, c’est la reprise parodique de la fameuse scène de Sept ans de réflexion. Il suffit, pour cela, de recopier la pose de Marilyn Monroe qui figure sur l’un des modèles d’affiches du film. Seuls changements : la fille est désormais brune (on est dans le Sud), son décolleté est plus ouvert et la robe laisse entrevoir un morceau de sa culotte. Audaces que l’on ne retrouve pas sur les affiches américaines, censure oblige, mais que l’on retrouve sur les nombreuses photographies de tournages fin 1954 dans les rues de New York :

MarilynPetanqueBis

Sur les cartes de pétanque, le vent se révèle bien utile dans ce genre de composition, mais il s’agit d’un pur artifice ou prétexte puisque si le personnage à l’arrière-plan est obligé de retenir son chapeau et si les arbres ploient sous les rafales de mistral, le béret et la coiffure du personnage au premier plan qui reluque les jambes de la femme, ne sont perturbés par aucun souffle ! Magie de la concentration sur le spectacle des jambes féminines sans doute.

La mode évoluant et les robes raccourcissant, la même scène est rééditée avec des personnages plus jeunes et des vêtements plus courts.

MarilynPetanque

Côté humour français ou plutôt « gaulois », ce sont les commentaires qui empruntent au vocabulaire de la pétanque tout en faisant allusion à la plastique remarquable de la femme : « Même sans pratique, elle pointe bien » dit ainsi l’un des joueurs à ses partenaires. Et la tradition du « Fanny » qui consiste à embrasser un dessin de fesses de femme en cas de partie se concluant sur un score de 13 à zéro, vient alors s’ajouter au vent qui soulève la jupe. Parce que ce vent qui révèle le dessous de la robe et le postérieur d’une vraie dame rend, tout à coup, la tradition de « Fanny » bien réelle… Surtout quand le joueur perdant est étranger et myope et demande : « C’est vous Fanny ? ». Le spectateur de la carte postale n’a qu’une vue plongeante sur le décolleté de la femme, laissant imaginer ce que voit l’étranger, certes myope, de l’autre côté :

Marilynrecurer

Et comme si cela ne suffisait pas, la femme prise pour « Fanny » est à quatre pattes en train de récurer un carrelage. Cette carte rappelle une autre carte, anglaise celle-là, avec une femme récurant, elle aussi, surprise par un courant d’air. La pétanque et son mistral sont bien loin. La femme libre, autonome et jouant de son sex-appeal dans les rues de New York est ainsi devenue, en Méditerranée comme Outre-Manche, un fantasme bien masculin : la ménagère soumise et sexy.

Marc Gauchée

Publié dans L'Envers du décor, Marre !, Produisons ! | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Billy Wilder et une certaine idée de l’épuration


UnDeuxTroisAvanti.jpg

Billy Wilder a dû quitter l’Allemagne lorsqu’en 1933 Hitler est arrivé au pouvoir. Juif autrichien, il était installé à Berlin depuis 1926. Dans deux de ses films qui se passent après la seconde guerre mondiale, il montre un ancien nazi et un ancien fasciste qui ne peuvent s’empêcher de faire les saluts nazi et fasciste.

Dans Un, deux, trois (1961), C. R. MacNamara (James Cagney), patron de Coca-Cola à Berlin-Ouest est exaspéré par les manies de son personnel : tous ses employés se lèvent quand il arrive et, surtout, son assistant Schlemmer (Hanns Lothar) claque sans arrêt des talons devant son boss. Schlemmer explique qu’il ne peut s’en empêcher, même s’il est prêt à faire un effort : « Pendant que le personnel s’entraînera à rester assis, je m’entraînerai à ne plus claquer les talons ». Mais quand Schlemmer voit un journaliste venu voir MacNamara, il reconnaît son lieutenant quand il servait dans la Schutzstaffel (SS) et ne peut réprimer un salut hitlérien !

Billy Wilder confirme ainsi combien la dénazification a été incomplète en Allemagne. En fait, la guerre froide et la volonté politique d’endiguer le communisme expliqueraient que la chasse aux nazis se soit arrêtée après la condamnation des figures les plus connues et les plus hauts placées dans le régime hitlérien.

Dans Avanti (1973), J.J.Blodgett (Edward Andrews), diplomate des Affaires étrangères américaines, se plaint du manque d’efficacité des Italiens quand le gardien de l’héliport où il vient de se poser, lui explique qu’il tombe en pleine pause déjeuner. Blodgett se fait accompagner à son hôtel en pestant : « Mais nom de Dieu, qu’est-ce qui m’a foutu un pays pareil ! Ce ne serait pas arrivé au bon vieux temps ». Le gardien comprend tellement bien l’allusion au « bon vieux temps » que lorsqu’il quitte Blodgett devant son hôtel, il fait le salut fasciste !

Là aussi, Billy Wilder confirme combien la défascisation a été incomplète en Italie. En fait, la culture italienne de l’après-guerre a présenté le fascisme comme un régime qui s’est effondré sur lui-même. « Car au lieu de réfléchir sur leurs crimes, [les Italiens] ont préféré produire un récit passif et victimaire dans lequel ils auraient souffert de la dictature fasciste et, lors de son déclin, auraient montré très vite leurs véritables sentiments antifascistes et participé à la lutte de libération nationale » (Sabina Loriga, « L’Italie aux prises avec ses vieux démons fascistes« , theconversation.com, 27 juillet 2017). La question du totalitarisme n’est donc abordée que récemment par les historiens puisque le fascisme était supposé être un régime sans fondement puis sans héritage, un régime qui s’était écroulé comme un château de cartes.

DocteurFolamour

Dans Un, deux, trois, le nazi est en Allemagne et, dans Avanti, le fasciste est en Italie. Entre ces deux films, en 1964, Stanley Kubrick met en scène le docteur Folamour (Peter Sellers) qui n’arrive pas à contrôler son bras droit. Ainsi, au fur et à mesure qu’il s’emporte dans la conversation, il ne peut réprimer un salut nazi. Ce « docteur » est un scientifique employé par le gouvernement des États-Unis… sur le sol américain. La différence entre le vieil et le nouvel Hollywood.

Marc Gauchée

Publié dans L'Envers du décor, Politique & Société, Uncategorized | Tagué , , , , , | 2 commentaires

Les scénarios paresseux de Max Pécas. L’exemple par la trilogie tropézienne (5/9)


Si le « navet » se distingue du « nanar » par le ratage complet -c’est-à-dire y compris au second degré- de ses effets comiques, il se caractérise aussi par des scénarios indigents ou paresseux. Il est même possible d’affirmer que ce sont les énormes faiblesses des scénarios qui rangent la trilogie tropézienne de Max Pécas –Les Branchés à Saint-Tropez [1], Deux enfoirés à Saint-Tropez [2] et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez [3]- parmi les navets cinématographiques.

Les pistes ouvertes laissées sans suite

C’est ainsi que la trilogie est truffée de micro-scènes qui ouvrent des conflits potentiels ou demanderaient des explications qui ne viendront jamais !

Le facteur sonne à la porte d’Antoine alors qu’il est sous la douche, pour lui remettre un recommandé, mais on ne saura jamais de quoi il s’agissait. Avant de partir à Saint-Tropez, Charlotte s’aperçoit qu’elle a oublié ses pilules et Antoine ne veut pas retourner les chercher, elle lui promet donc « Ceinture ! »… Mais ce ne sera pas le cas par la suite. D’ailleurs l’absence de pilules ne sera plus jamais évoquée [1]. Un dialogue de remplissage se déroule entre le jeune pompiste et Antoine quand le pompiste apprend que ses clients vont à Saint-Tropez :

Le pompiste : « Oh, Saint-Trop, c’est super là bas ! »
Antoine : « Tu connais ? »
Le pompiste : « Ah non, non, je n’y ai jamais mis les pieds »
Antoine : « Ben alors ! » [1].

Fin du dialogue. La première réplique aurait suffit pour qualifier la destination des jeunes gens, mais le dialogue est étiré jusqu’à l’ennui.

La scène d’explication sur la plage entre Paul et Milka, deux ex qui se retrouvent, est accablante de clichés, de vide et le dialogue en forme de suites de questions montre bien l’absence complète d’idée de réponse :

Milka : « Pourquoi m’as-tu laissée partir Paul ? »
Paul : « Qu’avais-je à t’offrir, Milka ? »
Milka : « Qu’est-ce que vous fuyez, Julius et toi, l’amour vous fait donc si peur ? » [2]

Paul explique ensuite que s’imaginer avec une femme et un enfant n’est pas horrible pour lui, mais « utopique ». Ce prêt-à-dialoguer de mauvais romans-photos est d’autant plus incompréhensible que Milka se confie, plus tard  auprès d’Évelyne en expliquant qu’elle est partie parce que « J’arrivais pas à suivre le rythme, j’avais envie de souffler ». Pour résumer, Paul a laissé partir Milka parce qu’elle n’arrivait pas à le suivre quand il fuyait ? Au secours !

Les sentiments ne sont pas mieux traités dans les autres films de la trilogie. Par exemple, Patrice a le plaisir de voir débarquer son amie Sandrine (Valérie Cinotto). Il confie à Renaud : « Moi, je l’aime Sandrine, je veux qu’elle, c’est ma case trésor, mon quitte ou double, mon jeu des mille francs ! » (Patrice utilise des images radiophoniques puisqu’il est animateur de radio, ah, ah, ah). Mais quand elle part à Ibiza avec un bel Allemand, passée la (courte) déception (« Oh ben merde ! Oh la garce ! »), son seul problème est qu’il n’a plus personne pour jouer la soubrette devant les futurs acheteurs de la villa [3].

D’autres scènes sont carrément incompréhensibles et incohérentes : pourquoi Arnaud et Gérard laissent les filles sur le bord de la route avec les clés de leur villa alors qu’ils les avaient prises dans leur voiture pour leur éviter de faire toute la route à l’arrière des motos de leurs petits amis ? [1] On ne le saura pas. Pourquoi les deux Finlandaises aux seins nus qui répètent seulement « Tak, tak » se mettent, tout à coup, à parler français ? [3]. On ne le saura pas plus.

Les dialogues gratuits, inutiles ou incohérents

Les dialogues possèdent ce même caractère d’inutilité ou d’incohérence et parfois les deux : quand Arnaud appelle à table, Laura dit « Ça tombe bien, je meurs de faim », mais ensuite Arnaud ne sert que du champagne ! Placement produit oblige. Après avoir couché sur la plage avec Christian, Karine juge sa prestation : « Tu fais l’amour comme un homme des cavernes » et elle mime un coup de feu : « Rapide ! », mais le lendemain, elle dit à Christian : « Mais, tu sais que jamais personne ne m’a fait l’amour aussi bien que toi », comme quoi la nuit doit porter conseil ! [1]. Quand Julius, devenu professeur de danse par imposture, se pointe à son cours en tenant son plâtre à la main parce qu’il a oublié de le remettre sur son pied, il se justifie en disant que c’est parce qu’il faut laisser reposer le plâtre, pas la jambe !  Comprenne qui pourra, mais louable tentative de réplique surréaliste [2]. Quand Norbert, en train de se noyer, voit arriver Renaud et Patrice à son secours, il crie d’abord : « Lâchez-moi, je ne sais pas nager ! », mais quand ils reviennent, il leur dit : « Ah merci les mecs ! » [3]. Quand, au bar de la plage, Juliette gifle Norbert parce qu’ils viennent d’entendre la radio qui a diffusé, par erreur, Renaud en train de peloter une fille, Norbert demande : « Ben qu’est-ce qu’elle a ? Elle a ses règles ? » alors qu’il sait ce qu’elle a, il a entendu la radio comme nous ! [3].

Et toujours des solutions faciles

La paresse scénaristique atteint son sommet dans les scènes de réconciliation entre couples. La trilogie passe son temps à montrer des individus qui ne pensent pas ou, quand ils pensent, ne pensent qu’à ça. Les corps sont souvent dénudés -nous y reviendrons- et s’offrent quasiment au premier ou à la première venu-e. Ces couples si frivoles passent donc également leur temps à se réconcilier parce qu’ils s’aiment en fait (si, si !). Et la facilité avec laquelle ces réconciliations fonctionnent ne peut qu’inciter à multiplier les infidélités !

Voyez plutôt : il suffit à Antoine d’offrir une petite peluche bleue à Charlotte pour qu’elle reconnaisse « T’es un amour ! » [1], même s’il vient de passer la nuit à draguer d’autres filles et même si cette peluche a été acquise en matant le cul de la vendeuse ! Il suffit à Christian de balancer la valise et Laura dans la piscine puis de les rejoindre pour arrêter toute dispute et projet de séparation. Il faut reconnaître que Christian avoue son amour à Laura tout en précisant : « Je le pense souvent, mais c’est pas mon genre de le dire ». Et ça suffit pour repartir comme en 40, même s’il vient de passer la nuit dans les bras d’une autre [1] ! Quand Juliette rejoint Renaud grâce aux indications de Norbert : « Il est dans la pinède avec la fille aux beaux seins », Renaud, étudiant en médecine explique qu’il pratique seulement « un examen glandulaire succinct, c’est purement professionnel », puis il lui suffit de dire que « Ça me fait vraiment plaisir de te voir, vraiment » pour qu’ils se réconcilient et s’embrassent devant la fille « aux beaux seins » qui reste bras croisés [3] !

BeauxSeins

Plus tard, il suffit à Juliette de faire croire qu’elle a été piquée par une méduse pour que Renaud quitte aussitôt les deux « Finlandaises » et accourt la rejoindre pour se réconcilier [3] ! La réconciliation des parents de Juliette est tout aussi grotesque : alors que c’est Georges qui a une aventure avec Alexandra (Brigitte Lahaie), c’est lui qui, se retrouvant avec sa femme, ose lui dire : « Béatrice, il faut que tu m’écoutes. Ça fait combien de temps qu’on ne s’est pas parlé tous les deux », ils échangent un regard et, hop, se réconcilient en buvant l’incontournable champagne -placement produit oblige- au bord de la non moins incontournable piscine et, bientôt, Béatrice est reconquise : « Ça me manquait les attentions et les gestes tendres » [3] !

Ces solutions faciles ne concernent même pas que les réconciliations de couples, mais agrémentent régulièrement les histoires : quand Julius, Paul et Évelyne arrivent devant la villa de leur copain, ils constatent qu’elle est occupée… Pas de problème ! Évelyne a une villa disponible pas loin avec sa tantine [2] !

Marc Gauchée

À suivre

 

Publié dans L'Envers du décor | Tagué , , | Laisser un commentaire

Il a bon dos le bon dieu


70EtDieuCreaLesHommes.jpg

Image | Publié le par | Tagué , | Laisser un commentaire