Un blog collectif de critique et d'analyse
CinéThinkTank est un blog collectif français actif de 2008 à 2016, mêlant critique cinématographique, analyse politique et réflexions sur la société et les arts. À l’heure où l’image témoin se fait de plus en plus rare, revenir sur la pratique de l’archive chez Chris Marker s’impose comme une évidence — Chris Marker, l’archive du temps au cinéma une réflexion indispensable pour penser le cinéma comme mémoire vivante du monde. Les articles, signés par CinéThinkTank, redaccct, RédacBis ou marcgauchee, explorent les œuvres de réalisateurs comme Robert Guédiguian, Stanley Kubrick, Agnès Varda ou David Lynch, tout en commentant l'actualité politique française — des élections présidentielles aux mouvements sociaux.
Le blog tisse également des passerelles entre le cinéma et les autres arts : littérature (Michel Houellebecq, Marguerite Duras), photographie (Raymond Depardon, Jeff Wall), musique (Radiohead, Erik Satie) et arts plastiques. Un regard engagé, cultivé et parfois polémique sur la culture contemporaine.
Plongeant dans l’œuvre de Jacques Rivette, cet essai explore comment la couleur y tisse un récit labyrinthique, où chaque teinte devient une porte vers l’imaginaire et le politique. La couleur chez Jacques Rivette, ou le récit en labyrinthe Une lecture qui prolonge notre réflexion sur les liens entre esthétique et société, chère à la cinéphilie engagée de CinéThinkTank. CinéThinkTank fut un espace singulier dans le paysage des blogs francophones, un lieu où la critique cinématographique rencontrait l'analyse politique avec une exigence rare. Entre 2008 et 2016, cette rédaction collective a suivi de près les mutations du cinéma français et mondial, tout en gardant un œil attentif sur la vie politique hexagonale. De la présidence de Nicolas Sarkozy aux mouvements sociaux qui ont marqué la décennie, les auteurs ont tissé des liens audacieux entre les images projetées sur grand écran et celles qui façonnaient le débat public, offrant aux lecteurs une grille de lecture à la fois esthétique et citoyenne.
La signature du blog, portée par plusieurs plumes, témoignait d'une volonté de pluralité et de confrontation des idées. Les pseudonymes, qu'ils soient collectifs ou individuels, permettaient d'aborder les sujets avec une liberté de ton que les médias traditionnels peinaient parfois à offrir. Chaque article devenait ainsi une contribution à une conversation plus large sur le rôle de l'art dans la société, sur la manière dont le cinéma éclaire les rapports de pouvoir, les fractures sociales et les rêves collectifs. Cette approche éditoriale a permis de constituer au fil des années une véritable archive de la pensée critique francophone.
Parmi les cinéastes les plus scrutés par la rédaction figuraient des figures aussi diverses que Robert Guédiguian, dont l'œuvre ancrée dans les quartiers populaires de Marseille résonnait avec les préoccupations sociales du blog, ou encore Stanley Kubrick, exploré pour sa maîtrise formelle et sa vision souvent pessimiste de l'humanité. Agnès Varda, David Lynch et bien d'autres étaient également convoqués, chacun à sa manière, pour interroger les rapports entre image, mémoire et réalité. Cette diversité de références témoignait d'une culture cinéphile étendue, capable de naviguer entre cinéma d'auteur, productions commerciales et films engagés.
Le cinéma ne fut jamais traité chez CinéThinkTank comme un simple divertissement. Les articles s'efforçaient de démontrer comment les œuvres filmiques participent à la construction des imaginaires politiques et sociaux. Un film français sorti en salle pouvait devenir le prétexte à une réflexion approfondie sur l'identité nationale, la question de l'immigration ou les inégalités économiques. De la même manière, l'actualité politique — élections, réformes, contestations — était souvent relue à la lumière d'œuvres cinématographiques qui semblaient l'anticiper ou l'éclairer. Ce jeu de miroirs entre fiction et réalité constituait l'une des signatures intellectuelles du projet.
La littérature occupait également une place de choix dans les préoccupations de la rédaction, qui aimait établir des ponts entre le septième art et les lettres. Les œuvres de Michel Houellebecq, par exemple, étaient régulièrement convoquées pour leur capacité à saisir le malaise contemporain, en écho aux films qui abordaient des thématiques similaires. Cette approche transdisciplinaire permettait de dépasser les frontières habituelles entre les disciplines artistiques et d'enrichir la lecture des films par d'autres prismes. Le blog devenait ainsi un carrefour où se croisaient cinéphiles, lecteurs et citoyens curieux de comprendre leur époque.
La forme éditoriale du blog, avec ses bandeaux colorés, ses articles signés et ses rubriques thématiques, participait d'une esthétique volontairement chaleureuse et classique. Loin des interfaces épurées et froides des plateformes contemporaines, CinéThinkTank affichait une personnalité marquée, un goût pour la tradition éditoriale qui tranchait avec la standardisation du web. Cette identité visuelle, pensée comme un prolongement du contenu, renforçait le sentiment d'appartenance à une communauté de lecteurs fidèles qui se retrouvaient régulièrement pour échanger, commenter et débattre autour des articles publiés.
Les commentaires et les échanges avec les lecteurs constituaient un prolongement naturel de la réflexion engagée dans les articles. Chaque publication devenait l'occasion d'un dialogue où se confrontaient les interprétations, les sensibilités et les expériences personnelles. Cette dimension participative, caractéristique de l'âge d'or des blogs, a permis à CinéThinkTank de tisser un lien durable avec son audience, au-delà de la simple consommation de contenus. Les débats qui s'y déroulaient étaient souvent aussi riches que les textes eux-mêmes, preuve que le projet avait su créer les conditions d'une véritable communauté de pensée.
Avec le recul, CinéThinkTank apparaît comme un témoin précieux d'une époque où la parole critique indépendante trouvait encore des espaces d'expression sur le web. La décennie 2008-2016 fut marquée par des bouleversements politiques, économiques et culturels profonds, et le blog a su les accompagner avec une constance remarquable. Si la publication s'est arrêtée, la trace laissée par ces centaines d'articles continue d'offrir aux curieux et aux chercheurs une matière riche pour comprendre comment une génération de critiques a pensé le lien entre cinéma, politique et société française.