[La scène qui déchire] Helen et les garçons dans « Gorge profonde »


L’héroïne de Gorge profonde (Deep Throat de Gerard Damiano, alias Jerry Gerard, 1972) est certes Linda (Linda Boreman, alias Linda Lovelace) découvrant que, comme son clitoris est logé au fond de sa gorge, seule une fellation d’avaleuse de sabre peut lui procurer du plaisir. Ce qui fait qu’elle ne trouve du plaisir qu’en passant par celui des hommes.

Mais Helen (Dolly Sharp), sa colocataire, interprète un personnage réellement et ouvertement émancipée. Car Helen, oisive, vit d’une pension alimentaire et n’est jamais en manque d’idées pour guider Linda sur la chemin de la jouissance. Elle va même jusqu’à inviter 14 gars chez elles… dont elle profite également ! C’est aussi elle qui conseille à Linda d’aller voir le docteur Young (Harry Reems). Et ce dernier réussira à enfin localiser le clitoris de Linda.

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La première scène, après le générique, dévoile le caractère d’Helen. Linda rentre chez elles. Elle voit Helen, jambes écartées dans la cuisine, avec un homme qui lui pratique un cunnilingus. L’homme relève la tête pour regarder qui arrive, mais Helen le replace aussitôt. Sans bouger, Helen ordonne alors à Linda de ranger une boite de corn flakes qu’elle lui tend puis demande à l’homme si la fumée le dérange. Comme il répond non, elle lui dit de continuer pendant qu’elle s’allume une cigarette. En quelques répliques, le personnage est campé : son ascendant sur Linda et sa frénésie de jouissances.

Pas étonnant qu’un peu plus tard, quand les deux copines discutent au bord de leur piscine, Linda dise à Helen : « Tu vois, il doit y avoir quelque chose de mieux à faire que juste s’amuser et baiser ». Et pourtant non !  Tout le programme d’une époque avide d’expérimenter l’étendue de ses nouvelles libertés était là. Même si ces libertés pouvaient s’exercer au détriment de celle des autres. Ainsi, dans son autobiographie,  L’Épreuve (Ordeal, Citadel Press, 1980), Linda Boreman a dénoncé les violences physiques et psychologiques qu’elle a subies pour tourner certaines scènes… le réalisateur Gerard Damiano et l’acteur Harry Reems ont démenti.

Joe Gillis

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Grandeur et petitesse


bourrMonDieuComment

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[La Scène qui déchire] Le Relâchement et l’autocontrainte de Virginie Solenn


Dans L’Enfer dans la peau (de José Bénazéraf, 1964) également titré La Nuit la plus longue, Virginie (Virginie Solenn), fille d’un riche industriel, couche avec Pierre (Alain Tissier), le dernier de ses ravisseurs encore vivant. Il est cependant difficile de reconnaître là le « syndrome de Stockholm », d’abord parce que sa période de détention est courte, ensuite parce que Virginie est séduite par Pierre quasiment instantanément. Elle lui dit ainsi très vite : « Vous savez que vous êtes beau ».

Pierre tue ses deux complices, Karl (Yves Duffaut) et François (Willy Braque) et il refuse d’abattre Virginie même quand son chef Jean (José Bénazéraf) l’ordonne par téléphone, c’est trop pour Virginie : « J’ai envie de toi ». Voilà donc une jeune femme qui n’hésite pas à exprimer ses désirs et ses goûts et pourtant… pourtant, quand elle se retrouve dans le lit avec Pierre et que son ravisseur lui débite de « grandes choses » comme le font, selon lui, les héros de cinéma après avoir fait l’amour, elle cache ses seins ou, plutôt, elle les empêche de bouger, voire de balloter.

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Sa main retient toujours le sein côté caméra qui pourrait venir se balancer au premier plan avant de s’écraser sur le corps de son amant. En 1964, l’érotisme en était là : un peu de sein, d’accord, mais il ne faut pas qu’ils bougent ! Un peu plus tôt, quand Karl a essayé de violer Virginie, il avait baissé son soutien-gorge mais, quelques instants après, le sein semble assez mystérieusement avoir regagné tout seul son bonnet.

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Pour comprendre, il faut aller faire un tour du côté de Jean-Claude Kaufmann (Corps de femmes, regards d’hommes, sociologie des seins nus, Nathan, 1995). Le sociologue explique, à propos des seins nus sur la plage, que, pour que l’audace passe, elle doit être banalisée, décontractée, sans exhibitionnisme et donc sans mouvement. Les seins nus sont tolérés sur la plage, mais ils ne doivent pas être démonstratifs. La fixité est donc recherchée et, par exemple, une femme aux seins nus ne peut pas faire du sport. La fermeté est ainsi intégrée aux canons de la beauté, car quand c’est ferme, c’est immobile !

Il faudra plutôt attendre les années 1970 pour voir des femmes courir seins nus et en mouvement. L’effet ralentis devient même le cliché technique répandu pour profiter de tous les détails de chaque balancement. La série Alerte à Malibu (Baywatch de Michael Berk, Douglas Schwartz et Gregory J. Bonann, 1989-1999) s’est fait une spécialité de ces courses où le suspense réside moins dans le fait de savoir si la pin-up maîtresse-nageuse-sauveteuse va arriver à temps pour sortir de l’eau la victime en détresse que dans le fait de voir enfin un sein jaillir de son maillot rouge trop petit sous le coup d’une de ces oscillations mollement sportives.

C’est en 1964, date du film de José Benazeraf, que les seins nus apparaissent à Saint-Tropez. Et Jean-Claude Kaufmann souligne que ce « relâchement » des femmes n’a été possible que par une « autocontrainte accrue » des hommes. La différence essentielle est que dans L’Enfer dans la peau, c’est la femme qui assure le « relâchement » comme « l’autocontrainte ».

Marc Gauchée

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« Transmettre les marges du cinéma »


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Le blog, cinethinktank.com est né le 1er août 2008. L’idée qui anime le trio d’amis fondateurs (Augustin Bernard, Mathieu Van de Velde et Matthieu Zaccagna créeront, ensuite, la société de production Septentrion Films) est d’écrire sur le cinéma, mais aussi sur la photographie, les images, les sons, la culture… Certes, ça existe déjà ailleurs, il y a des revues, d’autres sites mêmes, mais ils ne veulent pas d’eux. Ou peut-être le trio ne se sent-il pas suffisamment légitime et il s’impose donc de faire ses preuves préalablement ? Nous sommes en France, une frontière – très intériorisée – est toujours scrupuleusement entretenue entre l’autodidacte, même éclairé, et celles et ceux qui appartiennent aux « professionnels de la profession » selon l’expression de Jean-Luc Godard quand, en 1987, il reçut un « César d’honneur pour l’ensemble de son œuvre ». Le blog suscite une curiosité plus polie que générale. Je rejoins pourtant le trio presque deux ans plus tard.

Le 16 février 2010, mon premier article publié s’intitule : « Le débat sur l’identité nationale expliqué aux enfants de Star Wars : la haine t’envahit maintenant ». Il ne s’agit pas encore de traiter des marges du cinéma puisqu’il est ici question de comparer la scène de la mort de l’empereur dans Le Retour du Jedi (Return of the Jedi de Richard Marquand, 1983) avec le débat sur l’identité nationale voulu par Nicolas Sarkozy et son ministre Éric Besson. Mais ce premier article révèle ma façon d’aborder un fait d’actualité en l’éclairant par un film à partir d’une lecture empruntée principalement à la sphère scientifique. C’est ainsi que l’idée de relier Le Retour du Jedi au débat sur l’identité nationale a fait son chemin depuis la découverte du texte des historiens, Pierre Cornu et Jean-Luc Mayaud, publié sur leur blog : « Décembre 2009 : Éric Besson et la figure de l’ennemi. Réflexions historiennes à propos d’un débat sur l’identité nationale » (Lampe-tempete.blog.lemonde.fr, 30 novembre 2009). Depuis, mes publications s’enchainent…

Lire la suite de l’article de Marc Gauchée dans le numéro spécial de Critica Masonica consacré à la transmission.

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[La Scène qui déchire] Quand la maman est la putain


Les Romains vainqueurs de Cléopâtre s’en sont donnés à cœur joie pour dénoncer les mœurs supposés dépravés de la reine d’Égypte. Et quand ce n’est pas Cléopâtre qui est dépravée, c’est toute la société de son époque qui se vautre dans la luxure. Les Nuits chaudes de Cléopâtre (Sogni erotici di Cleopatra de Cesar Todd alias Rino di Silvestro, 1985) n’échappe pas au cliché et, au milieu de complots politiques, le film présente donc une scène d’orgie sexuelle et alimentaire.

La caméra « panote » lentement sur les convives se tripotant alanguis dans la grande salle du palais de Cléopâtre (Marcella Petrelli). C’est ainsi qu’en passant, l’un des convives reçoit une giclée de lait du sein d’une des femmes offrant son corps aux investigations masculines !

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Pendant un instant, le réalisateur étale le spectacle de la maman et de la putain réunies dans un seul et même personnage. Maman avec la fonction nourricière et putain pour tout le reste.

Une telle association a certes déjà été mobilisée par d’autres réalisateurs classés dans la catégorie « auteurs ». Ainsi dans « Les Tentations du docteur Antoine » («Le tentazioni del dottor Antonio » de Federico Fellini dans Boccace 70 (Boccaccio 70), 1962), un censeur coincé (Peppino De Filippo) fantasme sur l’affiche géante d’une femme aux formes généreuses (Anita Ekberg) faisant la publicité avec le slogan : « Bevete più latte » (« Buvez du lait »). Le censeur dénonce la « putain » qu’il croit déceler derrière l’image de la « maman ».

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Il semble d’ailleurs que les Italiens soient plus particulièrement sensibles aux images maternelles . La fusion avec la mère reste une des représentations usuelles de ce pays où « 43% des couples de moins de 65 ans vivent à moins d’un kilomètre du domicile d’une des mamme » (« La mamma reste le pivot de la société italienne », Anne Le Nir, La Croix, 6 avril 2000).

Mais la scène des Nuits chaudes de Cléopâtre ajoute un commentaire ironique supplémentaire au-delà de ces hommes redevenant petits garçons et voulant se perdre dans le corps qui les a nourris, car elle montre une femme qui pratique une éjaculation (lactée, mais surtout) faciale sur un homme, retournant ainsi le cliché visuel pornographique de la décennie suivante en intervertissant les rôles entre la femme et l’homme.

Joe Gillis

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Mais où sont les flics d’antan?


bourCarbone

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Sur deux films : « À genoux les gars » et « Haramiste »


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Il s’agit de films que je ne saurais trop vous inciter à voir et à discuter même si, à mon avis, ils ne montrent pas toute la gravité du problème évoqué et en sous-évaluent l’étendue des reculs récents.

Afin de montrer les différents problèmes des filles des « banlieues », le cinéaste Antoine Desrosières a réalisé ces deux films, qui ne sont qu’une partie des 5 000 heures de tournage réalisées, racontant des épisodes de la vie de deux sœurs assez différentes, Rim et Yasmina. La première débrouillarde et maligne, la seconde bien plus passive et naïve, victime potentielle de tous les pièges d’une culture machiste en vigueur dans les banlieues.

Le premier film,  À genoux les gars, raconte donc comment Yasmina s’est laissée piéger par Salim et Majid, les « petits copains » des deux sœurs et comment Rim, découvrant l’affaire, va la tirer de ce piège qui l’a mise au bord du suicide. Le scénario, avec ses différents épisodes dont certains ont servi à un feuilleton vidéo sur Internet, Yasmina et Rim. C’est l’un de ces épisodes qui a abouti au film plus court Haramiste, imaginé par le réalisateur et ses assistants, mais aussi par les différents acteurs recrutés après un long casting dans les banlieues, en particulier Souad Arsane, celle qui joue Yasmina, en essayant de lui donner un caractère de naïveté et d’ignorance qu’elle ne partage visiblement pas. C’est d’ailleurs à mon avis le seul défaut du film qui présente à la fois une vision presque trop optimiste de la situation des filles et femmes dans les banlieues revenues à une domination masculine et un obscurantisme auxquels échappent partiellement les personnages du film, et malgré tout laisse percevoir que les acteurs en sont pleinement conscients et libérés tout en faisant semblant d’y appartenir.

Il est à signaler que tous les personnages accumulent en particulier tous les préjugés anti-endoérotisme (ce qu’on appelle improprement « homophobie ») possibles, et que c’est d’ailleurs un des ressorts du film.

Il convient aussi d’apprécier la bande sonore constituée de chansons des années soixante annonçant la libération sexuelle et la marche vers l’égalité, soulignant ainsi l’importance des reculs et des espoirs non-réalisés.

Ces films sont malheureusement peu visibles. Ils étaient projetés tous les lundis et samedis, sauf erreur de ma part, au Studio Luxembourg Accatone, rue Cujas à Paris où chaque projection était  suivie d’un débat. Des projections-débats sont aussi réalisées dans les écoles et lycées du pays.

Georges Bormand

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