Rive droite, rive gauche


bourversailles

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[Comme un écho] De l’utilité des fantasmes dans la vie conjugale, « Sept ans de réflexion » et « Frantic » (1/2)


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Tout semble les opposer : l’ange blanc, Marilyn Monroe qui interprète la fille du dessus dans la comédie Sept ans de réflexion de Billy Wilder (1955) et l’ange noir, Emmanuelle Seigner qui interprète Michelle dans le thriller Frantic de Roman Polanski (1988). D’un côté, Billy Wilder raconte comment Richard Sherman (Tom Ewell), resté seul à New York est tenté par une relation adultérine avec sa blonde et troublante voisine. De l’autre Roman Polanski raconte comment Richard Walker (Harrison Ford) mène l’enquête avec la brune et troublante Michelle pour retrouver sa femme enlevée à Paris. Tout semble donc les opposer… sauf la relation qui unit, pour un temps, ces principaux personnages masculins avec ces principaux personnages féminins. Relation de tendresse et de désir, mais relation finalement chaste qui permet aux maris de revenir vers leur femme légitime, abandonnant les femmes fantasmées. Revue de détails.

Commençons par les similitudes entre ces messieurs. Ce sont tous les deux des pères de famille bourgeoise. Sherman travaille chez un éditeur, il est marié à Helen (Evelyn Keyes) depuis 7 ans et a un fils, Ricky (Tom Nolan). Quant à Walker, il est cardiologue, marié depuis 20 ans à Sondra (Betty Buckley) et a un fils, Richie, et une fille, Casey.

Ces deux hommes se retrouvent « célibataires » suite à des circonstances, certes très différentes : Sherman a emmené sa famille à la gare pour les vacances et reste donc seul à New York ; Walker revient à Paris avec sa femme -ils y avaient fait leur voyage de noces 20 ans auparavant- pour un colloque de médecins quand elle est enlevée, le laissant seul. Tous les deux se retrouvent livrés à eux-mêmes dans des moments particuliers, le genre des films faisant la différence : rituel saisonnier pour Sherman avec les vacances estivales, mais exception carrément flippante accentuée encore par la barrière de la langue pour Walker.

Le dernier point commun entre les deux maris est leur jalousie. Sherman soupçonne leur ami Tom McKenzie (Sonny Tufts) de courtiser Helen en vacances, ce qui l’amène à le mettre KO et Walker soupçonne le professeur Alembert de ne s’intéresser qu’à Sondra sous couvert d’invitation à déjeuner à la tour Eiffel, ce qui l’amène à décliner l’invitation.

Ensuite, les deux principaux personnages féminins ont en commun une part importante de mystère. D’abord, elles n’ont pas de patronyme, Marilyn Monroe joue simplement « la fille », on n’en saura pas plus. Emmanuelle Seigner s’appelle uniquement « Michelle », on n’en saura pas plus non plus, et Walker la découvre d’abord par sa voix laissée sur un répondeur. Elles ont un côté « bohème » : la première sous-loue juste pour l’été l’appartement au-dessus de celui des Sherman et la seconde est en co-location avec Sonia, une copine actuellement à Bangkok. Et elles ont toutes les deux des problèmes de clés : la fille avoue à Sherman : « J’ai oublié ma clé et je me suis permise d’appuyer sur votre sonnette, je me sens toute bête » et Michelle n’a plus ses clés puisqu’elles sont dans la valise qu’elle a échangée par méprise à l’aéroport avec celle, identique, de la femme de Walker et doit donc passer par la fenêtre via le toit.

Enfin, les deux intrigues se nouent à partir d’actes manqués. Dans Sept ans de réflexion, « véritable comédie psychanalytique » (La Robe de Marilyn, enquête sur une envolée mythique, François Bourin, 2014), les actes manqués… ne manquent pas : nous avons déjà cité l’oubli des clés ; le fils a laissé traîner ses patins à roulettes dans l’appartement provoquant la chute de son père ; la fille fait tomber un plant de tomate sur le fauteuil que Sherman, heureusement, venait juste de quitter et, surtout, la pagaie qu’a oublié le fils avant de partir en vacances. C’est autour de cette pagaie qui empêche Ricky de faire du canoë que Sherman se pose la question de rejoindre sa famille ou de rester à New York.

Dans Frantic, un acte manqué est à l’origine de tous les problèmes de Walker : à l’aéroport, Michelle a pris par erreur la valise blanche de Sondra, comme le dit un employé de la TWA au téléphone : « Les Samsonite se ressemblent toutes ». Or cette valise contient un détonateur électronique appelé Krytron que Michelle a passé en fraude, moyennant rémunération, pour des Arabes.

La fille et Michelle incarnent des fantasmes pour les deux hommes mariés et les mettent ainsi à l’épreuve…

Marc Gauchée

À suivre.

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Ask my husband


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[La Scène qui déchire] Le lancer de culotte dans « Fred » de Pierre Jolivet


La série [La Scène qui déchire] parle des scènes insolites, incroyables, incongrues, improbables, des scènes qui font tâche, qui tombent parfois comme un cheveu sur la soupe ou qui osent des trucs qu’on n’a pas l’habitude de voir ailleurs… Si vous vous rappelez d’une de ces scènes, n’hésitez pas à les signaler dans les commentaires, je me ferais un plaisir d’en rendre compte prochainement.

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Lisa, une jeune et jolie femme, interprétée par Clotilde Courau en robe estivale, enlève sa culotte sur le pas de sa porte avant de partir au turbin et la jette à son mari qui la regardait amoureusement depuis la fenêtre du premier étage de leur pavillon. C’est un beau geste. Ne serait-ce que parce qu’elle réussit à la lancer du premier coup, ce qui, avec une culotte de femme bien plus légère que les lourds slips kangourou masculins, est un exploit.

Quand, en plus, on pense que Fred, son mari joué par Vincent Lindon, garde la maison parce qu’il est sans emploi et qu’il ira à l’école chercher le gosse qui n’est même pas le sien, on admet que le geste est charitable. Quand, ensuite, on sait que la scène se passe dans un lotissement pavillonnaire de banlieue où quasiment tout le monde est au chômage et n’a rien d’autre à faire qu’épier le voisin, on se dit que le geste est humanitaire, même si Lisa a vérifié que personne ne regardait. Quand enfin, on apprend que la jeune et jolie femme en question est secrétaire dans un laboratoire d’analyses médicales où un collègue la colle d’un peu près, on reconnaît que le geste frôle l’abnégation.

« Je voulais montrer des gens simples, des gens auxquels il n’arrive jamais rien de spectaculaire, et dont on croit, parce qu’ils ont le souci permanent du quotidien, qu’ils n’ont d’idées sur rien » a déclaré Pierre Jolivet, réalisateur de Fred (Le Nouvel observateur, 6 mars 1997). Les critiques (masculines) ont d’ailleurs toutes salué la dimension sociale du film : « « En quelques scènes rapides mais précises, Jolivet plante un très convaincant décor de banlieue anonyme, à la lisière du prolétariat et de la (toute) petite bourgeoisie »  (Serge Kaganski, lesinrocks.com, 30 novembre 1996). « Ils rament dur mais ils s’aiment dur aussi, au propre comme au figuré puisqu’il est confirmé que Fred éprouve pour Lisa une trique pérenne et qu’elle apprécie beaucoup en retour cet hommage qui ne ment pas. C’est aussi à ce genre de détails qui n’en sont pas que se jauge l’humanité d’un film : entre autres bons signes, la façon qu’à Jolivet de nous faufiler dans l’intimité amoureuse de Fred et Lisa est des plus réussies.» (Olivier Séguret, next.liberation.fr, 15 mars 1997). Beaucoup de spectateurs vont donc rêver de ces « gens simples », de cette « (toute) petite bourgeoisie » et de ce « genre de détails »  et, surtout, regretter amèrement de n’avoir vécu qu’avec des femmes si sophistiquées qu’elles n’enlèvent leurs sous-vêtements que le soir après le travail.

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La scène du lancer de culotte tire le personnage de Lisa vers la caricature. Non parce que chacune de ses apparitions tourne à la scène plus ou moins torride, mais parce qu’elle est la seule à se placer dans la veine du cliché masculin classique alors que tous les autres personnages font plutôt dans le registre populaire et social. Ainsi Fred est un ex-syndicaliste grutier au chômage. Il porte les cheveux longs, des pattes, une moustache et un t-shirt qui ne cherche pas à dissimuler un ventre à bières. Son pote au destin malheureux et au chômage aussi, ne quitte pas son survêtement. C’est peut-être parce que les mecs sont des mecs qui se battent, boivent et baisent que le réalisateur s’est senti obligé d’imaginer le geste d’une femme à travers leurs yeux et calqué sur leurs désirs. La scène est d’autant dommage que Lisa a une existence sociale, un travail, un enfant, un amoureux et une maison.

Dans l’univers volontairement réaliste (et réussi) de Fred, fait de banlieues, de bistros, de ratages, de coups foireux et d’arnaques minables, de copains, de racistes et d’autres non, la tentative de film social s’arrête à l’héroïne. Il faudra donc attendre encore pour que les personnages féminins soient plus épais que le coton de leur culotte.

Marc Gauchée

 

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Quand le leadership change de camp


intouchables

Stéphane Viglino et Benoît Aubert, professeurs de marketing, s’intéressent à Driss (Omar Sy) dans Intouchables d’Éric Toledano et Olivier Nakache et c’est ici.

B.Booth

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Who killed Bambi?


bourviceversa

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Le Prêtre anachronique


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Récemment, ce blog signalait l’article de Jean-Michel Saussois, professeur en sociologie, saluant « Ces artistes qui savent sentir le grisou ». Avec La Messe est finie (1985), Nanni Moretti a su sentir le grisou de la crise des vocations de l’Église catholique. En 2016, le diagnostic du Parisien est sans appel : « Le nombre de prêtres en France a presque été divisé par deux en vingt ans, passant de 29 000 à 15 000 aujourd’hui. Près de la moitié (7 000) est âgée de plus de 75 ans. Environ 800 meurent par an. La relève est loin d’être assurée » (26 juin 2016).

Car La Messe est finie de Nanni Moretti raconte un échec, celui d’un jeune prêtre pourtant plein de bonne volonté qui se lasse d’entendre les plaintes de ses contemporains. Giulio (Nanni Moretti) est ainsi pris entre sa sœur (Enrica Maria Modugno) concubine par intermittence qui avorte ; son père (Ferruccio De Ceresa) qui quitte le foyer pour vivre avec une jeunette ; son voisin et ex-prêtre maintenant marié qui coule le parfait bonheur en famille (Eugenio Masciari) et beaucoup d’autres envahissant avec leurs soucis. Face à cette avalanche, Giulio est démuni, inutile, anachronique.

C’est l’époque qui veut ça. Alors il monte le son -au sens propre- pour couvrir les récits qui dérangent. Quand il constate, angoissé, que ses parents vieillissent, il danse avec sa sœur. Quand sa sœur lui lit une lettre où leur père parle avec passion de sa nouvelle conquête, il met la radio. Quand son voisin lui décrit les premiers émois sexuels de son garçonnet, il fait vrombir les voitures de course d’un circuit miniature. Ne rien entendre qui dérange, qui puisse remettre en cause ses choix, résister, tenir bon.

Puisque c’est l’époque qui veut ça. Une époque faite d’individus occupés à plein temps et isolément par leur « malaise », autocentrés ou nombrilo-attentifs. La crise d’impuissance de Giulio est résolue quand il abandonne toute velléité de faire le bien autour de lui, quand il ne pense – enfin- qu’à lui, comme les autres. Les deux sermons qui encadrent La Messe est finie marquent ce parcours, cet propension à se couler dans l’air du temps. Au début, Giulio, devant une assemblée de fidèles attentifs, parle de fidélité, d’éducation des enfants et de parole divine. À la fin, Giulio fait un sermon personnalisé, il se livre, parle de ses souvenirs d’enfants, de sa mère morte et ne retrouve plus la page de l’Évangile qu’il voulait lire… puis la musique, désormais seul vecteur émotionnel capable de fédérer les hommes, démarre et les fidèles dansent dans l’église. Quand la musique est bonne, Let’s Dance ! et, du coup, Ita Missa est.

Marc Gauchée

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