Le dernier truc de la communication culturelle : « la culture, c’est vous ! »


Mais comment ré-intéresser les Français à la culture ? Oh, pas à leur culture, ça, ça va. Le phénomène baptisé en France « pop culture » permet à chacun de savourer son cocktail personnalisé et « à la carte » qui peut aller, par exemple, de l’amour des madrigaux de l’époque moderne au heavy metal scandinave le plus pointu en passant par certains Comics ou les séries de Home Box Office (HBO).

Non, la question posée aux pubards cultureux est : comment ré-intéresser les Français à ce qui se passe dans leurs institutions culturelles ? Car l’année éc(r)oulée de 2015 n’a pas été bonne pour nos musées. La fréquentation a chuté partout par rapport à 2014 : -11% au Centre Pompidou, -7% au Quai-Branly et au Louvre… Si le Musée d’Orsay ne connaît qu’une baisse de 1% c’est parce qu’il a fait des expositions temporaire avec un artiste connu (« Pierre Bonnard ») ou un thème racoleur (« Splendeurs et misères des courtisanes »). Il y a eu certes les conséquences des attentats de janvier et de novembre 2015 avec, notamment, l’interdiction des sorties scolaires. Mais le Louvre avec ses expositions difficiles (« Poussin et Dieu » et « Brève histoire de l’avenir ») explique la chute de sa fréquentation par la désertion des seuls Français ! Et voilà le Musée Maillol fermé pour se réinventer et la Pinacothèque en redressement judiciaire.

Il était urgent de réagir. La réponse est simple : il suffit d’illustrer le lien entre la culture et la « vraie vie » en mélangeant graphiquement les œuvres avec des figures populaires dans l’espoir que la popularité des uns rejaillissent sur la fréquentation des autres ! Les musées nationaux ont donné le ton. Le Louvre en faisant appel à Dark Vador, personnage central de la « pop culture » et le musée du Quai Branly en faisant appel à Jacques Chirac, ex président dont la popularité augmente au fur et à mesure que sa conscience recule.

LouvreBranly

La seconde étape vient d’être franchie par le festival « Tous impressionnistes » de Normandie. Sur les affiches, les œuvres sont toujours mélangées à d’autres éléments, mais, là, ce sont des portraits de « vrais gens », autant de cibles pour cette communication.

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Tant pis si les œuvres disparaissent au profit de ces « vrais gens », l’essentiel est de se reconnaître. À ce propos, les portraits choisis correspondent bien aux profils des visiteurs de musées et d’expositions : les dernières enquêtes du ministère de la culture montrent que le facteur social et éducatif joue toujours énormément. Les « vrais gens » seront donc des deux sexes (les femmes représentent un public fidèle), blancs et classiques (la femme a les cheveux longs et les yeux clairs, mais décontractés (col ouvert, l’homme porte une barbe courte), sûrement diplômés. Leur jeunesse pourrait être discutée, car « Le vieillissement des publics (…) a été accentuée, au cours de la dernière décennie, par le retrait relatif des plus jeunes », même si ces évolutions « restent de faible ampleur », car la visite aux musées ou aux expositions demeurent un geste du passage à l’âge adulte.

Marc Gauchée

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Pour moi, c’est pas lui


PaysChretien

by Adam Belinski

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Encore une histoire de blonde?


GameOfThrones

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Où sont les femmes ? (5/5) / L’hommage ambigu


Comme au XIXe siècle où l’espace public était saturé de femmes-symboles pendant que les hommes accaparaient le pouvoir, certaines affiches de cinéma diffusent une image irréelle des femmes, préférant les réduire à des évocations très partielles, réservant la représentation de personnages complets aux hommes. Après les femmes sans tête, les femmes suggérées et l’excuse fétichiste, même les films qui rendent hommage aux femmes peuvent être détournés au profit d’une représentation toujours aussi partielle…

Ultime triomphe du formatage des esprits par le marketing, certains films rendant pourtant hommage à des femmes se retrouvent avec un visuel tout aussi machiste que les visuels précédant et leurs affiches célèbrent l’invisibilité des femmes.

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Le titre de Je vous trouve très beau d’Isabelle Mergault (2005) est une phrase dite par Elena (Medeea Marinescu), une femme des anciens pays de l’Est européen, candidate à un mariage avec un Français. La phrase est donc d’elle, c’est bien elle qui la prononce… et bien, l’auteure de ladite citation se retrouve quand même sur l’affiche en jambes et sans tête. Les créatifs argumenteront que l’important c’est l’effet : le fait de dire « je vous trouve très beau » devant la tête -que l’on voit- au physique « difficile » d’Aymé Pigrenet (Michel Blanc), assis, de plus, dans une roue de tracteur pour bien signifier son milieu social et son enracinement « bouseux », immobile, quand la jupe courte imprimée d’Elena, debout, frissonne au vent. L’important c’est l’effet. Soit. Mais ce qui est étrange, c’est que quel que soit l’effet initial, l’affiche finisse toujours par le même imaginaire qui efface les visages des femmes.

Quant à La Môme d’Olivier Dayan (2007), le film est un « biopic » sur Édith Piaf, intreprétée par Marion Cotillard. Cela n’empêche pas l’affiche de représenter la foule de face et la « môme » de dos, son visage en pleine lumière et que nous ne voyons donc toujours pas ! Certes c’est un jeu, un effet (on ne montre qu’à moitié pour créer le mystère, voire le désir), mais pourquoi les affiches de biopics retraçant la vie d’hommes n’utilisent jamais ce jeu, cet effet ?

Chacun des choix de visuels des affiches dont il a été question ici, s’explique. Les héros principaux sont masculins, normal qu’ils soient montrés ; les films racontent leurs tourments, leurs espoirs, leurs amours et leurs peines, encore une fois, normal qu’ils soient montrés. Mais l’accumulation et le phénomène de série donnent le vertige. Du film grand public au film d’auteur, de la pantalonade à la prise de tête, de la bande de copains au biopic féminin, ils déclinent tous visuellement la même idée : les femmes ? Normal qu’elles soient cachées !

Marc Gauchée

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De toute façon, j’embrasse pas


KissMeKiller

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« La Robe de Marilyn », l’enquête continue (1)


Depuis la parution de mon essai, La Robe de Marilyn, enquête sur une envolée mythique (François Bourin, 2014), le mythe de la robe soulevée par le vent, inspirée de la célèbre scène de Sept ans de réflexion (de Billy Wilder, 1955), poursuit sa vie…

 Du « Choc des civilisations » à « La Domination masculine »

Avant les débats de cet été sur les tenues dites « burkinis », Courrier international avait publié des dessins reproduisant une Marilyn en burqa dévoilant ses jambes, ses bas ou sa culotte (il s’agit des œuvres de Falco et de Tiounine). D’autres médias ne sont pas en reste. Le dessin de Shanahan est extrait d’un New Yorker récent et celui d’Emmanuel Blancafort du blog, plus ancien, des Influences. Enfin, en 2010, Eva Schwingenheuere avait publié Burka (éditions Anabet) où il faut noter que la dessinatrice, à la différence de ses collègues masculins, évacue le côté « sexy » du dévoilement corporel.

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EveSchwingenheuer

Ces répétitions visuelles prouvent à quel point l’image est lisible internationalement. Normal, le premier réflexe est de voir la visualisation, en un cliché, de ce que Samuel Huntington appelait « Le Choc des civilisations » (Éditions Odile Jacob, 1997), l’antagonisme culturel qui opposerait les cultures musulmanes et occidentales. Mais, surtout, deuxième réflexe, elle rassure sur l’ampleur de ce « Choc des civilisations » et sur la réalité de la visibilité croissante de l’Islam dans les sociétés occidentales.

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En effet, la burqa n’est ainsi que la « caisse » dans laquelle est enfermée, non un mouton comme dans Le Petit Prince, mais une femme. Et la différence fondamentale avec l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry (1943) réside dans la représentation des jambes : le lecteur n’imagine pas la femme qui est enfermée dans la burqa comme il pouvait imaginer le mouton dans la caisse. La femme sous la burqa (sauf pour le dessin d’Eva Schwingenheuere) est bien conforme aux canons de la beauté et du paraître occidentaux, talons aiguilles compris, d’où son côté rassurant ! La burqa ne serait qu’une apparence trompeuse, cachant la « vraie » femme.

C’était l’une des critiques qui avaient été adressées au magazine féministe québécois La Vie en rose, quand il avait décidé de faire paraître un numéro spécial en 2005, avec, en couverture, une photographie réalisée par Suzanne Langevin, assistée de Charles Héroux. Cette photographie est d’ailleurs la première, à ma connaissance, à juxtaposer une burqa et des jambes dévoilées avec une allusion directe à Marilyn Monroe sur la bouche de métro dans le film de Billy Wilder.

LaVieEnRose2005

Mais cela avait fait jaser. Les raisons de ces réactions hostiles sont diverses. D’abord il y a celles et ceux qui ont vu dans cette image, la représentation rassurante de l’hégémonie occidentale, comme dans les dessins de presse précédemment cités : sous la burqa « exotique », une femme reste une femme « à l’occidentale ». Ensuite il y a celles et ceux qui, dans la veine de La Domination masculine (de Pierre Bourdieu, Seuil, 1998) ne supportaient pas de voir, en une d’un magazine féministe, une paire de jambes dénudées portant, en outre, des talons. Cela ne se fait pas : emprunter les armes de l’adversaire -ici le spectacle du corps d’une femme dans ses contraintes de talons « féminins »- ne servira jamais la cause féministe. À la domination occidentale s’ajouterait donc la domination masculine.

Les auteures de La Vie en rose savaient qu’elles prenaient le risque d’être mal ou pas comprises avec cette image. Dans l’éditorial titré « Toujours vivante ! », elles précisaient donc : « Que voyez-vous dans cette image? Une femme de Kaboul qui joue à Marilyn devant son miroir ? Une émule de Marilyn qui essaie d’imaginer l’étouffement de la cagoule étroite, la vision obscurcie par la grille ? Deux icônes ici se juxtaposent : la féminité à l’occidentale, l’oppression de l’intégrisme, les contraintes visibles de l’une, subtiles de l’autre. Et, sous les clichés, une vraie femme en chair et en os ». Elles renvoyaient dos à dos les deux composantes de l’image au nom de la désolante puissance virile qui réduit les femmes à deux clichés. Comme l’écrit Fatema Mernissi dans Le Harem et l’Occident (Albin Michel, 2001) : « Les Musulmans semblent éprouver un sentiment de puissance virile à voiler leurs femmes, et les Occidentaux à les dévoiler ». Ce qu’avait parfaitement mis en image le dessinateur Rémi dans Charlie Hebdo, bien avant les meurtres de 2015 :

Rémi

Quant à l’éditorial du premier numéro de La Vie en rose, paru en mars 1980, il était titré : « Un projet dérisoire » (et signé, pour la rédaction, par Sylvie Dupont). 25 ans plus tard, le hors-série confirmait le sens de ce « dérisoire » et adoptait une couverture en cohérence avec sa ligne éditoriale de 1980 : « Le féminisme est loin d’être triste et stérile, […] les féministes sont bien vivantes et entendent le rester ».

Marc Gauchée

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Ils bronzent, Carla Bruni mais moi je pèle


LesBronzes3

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