Mais où sont les flics d’antan?


bourCarbone

Publicités
Image | Publié le par | Tagué , | Laisser un commentaire

Sur deux films : « À genoux les gars » et « Haramiste »


ob_60132c_dffactywsaal2rk

Il s’agit de films que je ne saurais trop vous inciter à voir et à discuter même si, à mon avis, ils ne montrent pas toute la gravité du problème évoqué et en sous-évaluent l’étendue des reculs récents.

Afin de montrer les différents problèmes des filles des « banlieues », le cinéaste Antoine Desrosières a réalisé ces deux films, qui ne sont qu’une partie des 5 000 heures de tournage réalisées, racontant des épisodes de la vie de deux sœurs assez différentes, Rim et Yasmina. La première débrouillarde et maligne, la seconde bien plus passive et naïve, victime potentielle de tous les pièges d’une culture machiste en vigueur dans les banlieues.

Le premier film,  À genoux les gars, raconte donc comment Yasmina s’est laissée piéger par Salim et Majid, les « petits copains » des deux sœurs et comment Rim, découvrant l’affaire, va la tirer de ce piège qui l’a mise au bord du suicide. Le scénario, avec ses différents épisodes dont certains ont servi à un feuilleton vidéo sur Internet, Yasmina et Rim. C’est l’un de ces épisodes qui a abouti au film plus court Haramiste, imaginé par le réalisateur et ses assistants, mais aussi par les différents acteurs recrutés après un long casting dans les banlieues, en particulier Souad Arsane, celle qui joue Yasmina, en essayant de lui donner un caractère de naïveté et d’ignorance qu’elle ne partage visiblement pas. C’est d’ailleurs à mon avis le seul défaut du film qui présente à la fois une vision presque trop optimiste de la situation des filles et femmes dans les banlieues revenues à une domination masculine et un obscurantisme auxquels échappent partiellement les personnages du film, et malgré tout laisse percevoir que les acteurs en sont pleinement conscients et libérés tout en faisant semblant d’y appartenir.

Il est à signaler que tous les personnages accumulent en particulier tous les préjugés anti-endoérotisme (ce qu’on appelle improprement « homophobie ») possibles, et que c’est d’ailleurs un des ressorts du film.

Il convient aussi d’apprécier la bande sonore constituée de chansons des années soixante annonçant la libération sexuelle et la marche vers l’égalité, soulignant ainsi l’importance des reculs et des espoirs non-réalisés.

Ces films sont malheureusement peu visibles. Ils étaient projetés tous les lundis et samedis, sauf erreur de ma part, au Studio Luxembourg Accatone, rue Cujas à Paris où chaque projection était  suivie d’un débat. Des projections-débats sont aussi réalisées dans les écoles et lycées du pays.

Georges Bormand

Publié dans Crisis ? What crisis ?, Nouvelle génération, Think positive | Tagué , | Laisser un commentaire

[Comme un écho] La Libération n’a pas mis fin au « règne du père » (« La Femme du boulanger » et « Un grand patron »)


SermonsMasculins

Dans leur ouvrage La drôle de guerre des sexes du cinéma français, 1930-1956 (Nathan, 1996), Noël Burch et Geneviève Sellier montrent comment le « règne du père » s’est souvent traduit, dans les années 1930, par des personnages d’hommes d’âge mûr en couple avec de très jeunes filles.

À ce titre, La Femme du boulanger de Marcel Pagnol (1938) fait figure d’archétype. Le film raconte les conséquences de l’escapade d’Aurélie (Ginette Leclerc), la jeune et belle femme  d’Aimable Castanier (Raimu), le boulanger, avec Dominique (Charles Moulin), jeune et beau berger italien. Comme le boulanger refuse désormais de faire du pain, tout le village – curé et instituteur réunis – s’allient pour ramener l’épouse auprès de son vieil et laid mari. Quand cette dernière rentre, le boulanger prend prétexte du retour concomitant de la chatte Pomponnette pour sermonner sa femme :

Aimable : « Ah ! Te voilà, toi ? Regarde, la voilà la Pomponnette… Garce, salope, ordure, c’est maintenant, que tu reviens ? Et le pauvre pompon, dis, qui s’est fait un mauvais sang d’encre ! Il tournait, il virait, il cherchait dans tous les coins… Plus malheureux qu’une pierre, il était… Et elle, pendant ce temps-là avec ses chats de gouttières… Des inconnus, des bons à rien… Des passants du clair de lune. Qu’est-ce qu’ils avaient, dis, de plus que lui ? «

Sa femme : « Rien ».

Aimable : « Toi tu dis « rien. » Mais elle, si elle savait parler, ou si elle n’avait pas honte – ou pas pitié du vieux Pompon – elle me dirait : « ils étaient plus beaux. » Et qu’est-ce que ça veut dire, beau ? Et la tendresse alors, qu’est-ce que tu en fais ? Dis, tes ministres de gouttières, est-ce qu’ils se réveillaient, la nuit, pour te regarder dormir ? Voilà. Elle a vu l’assiette de lait, l’assiette du pauvre Pompon. Dis, c’est pour ça que tu reviens ? Tu as eu faim et tu as eu froid ?… Va, bois-lui son lait, ça lui fait plaisir… Dis, est-ce que tu repartiras encore ? »

Aurélie : « Elle ne repartira plus… »

Aimable : « Parce que, si tu as envie de repartir, il vaudrait mieux repartir tout de suite, ça serait sûrement moins cruel… »

Aurélie : « Non, elle ne repartira plus… Plus jamais… »

Il y a là toute la concentration de la misogynie de l’époque : la femme vue comme un animal domestiqué par l’homme ; la femme forcément volage et vénale préférant finalement le confort et la sécurité au plaisir ; enfin la femme soumise qui renonce à ses désirs et reste quasi muette face au discours de l’homme.

Comme le démontrent Noël Burch et Geneviève Sellier, la Libération ne met pas fin au « règne du père ». Ainsi, dans Un grand patron (d’Yves Ciampi, 1951), c’est Louis Delage (Pierre Fresnay) qui sermonne l’infirmière Mercier (Georgette Talazac). Car elle est amoureuse en secret du grand patron Delage et a donc demandé sa mutation pour ne pas vivre, chaque jour, auprès de cet inaccessible amour. Mais, incapable de se priver de la proximité avec Louis, Mercier renonce à son projet de mutation et c’est là que Louis lui fait la leçon :

« Vous avez renoncé à votre projet ? Quelle idée saugrenue d’avoir songé à nous quitter ! Une petite histoire sentimentale je parie ? ».

Puis il ajoute sentencieux :

« Voyez-vous Mercier, la fuite n’a jamais été une solution ni devant un amour, ni devant un idéal ».

Même attitude et même figure de « l’homme-qui-se-permet-d’expliquer-sans-qu’on-lui-ait-rien-demandé » (comme le nomme Bénédicte Zitouni dans Les Faiseuses d’histoires. Que font les femmes à la pensée ? de Vinciane Despret et Isabelle Stengers, La Découverte, 2011).

La scène du Grand patron est cependant originale par rapport à celle de La Femme du boulanger. D’abord parce que Mercier remplit une double fonction : celle de la femme qu’on sermonne et celle de Pomponnette. En effet le discours de Louis s’adresse aussi à un témoin présent : Jacques (Roland Alexandre), le jeune interne qui a failli abandonner ses études de médecine et a fait le choix de revenir.

Ensuite parce que le traitement est différent entre Jacques qui voulait devenir peintre et Mercier qui voulait s’éloigner de son amour. Jacques a eu droit à un sermon de la part de Louis pour essayer de le dissuader d’abandonner ses études de médecine, mais avant son départ. Lorsqu’il revient à l’hôpital (le sermon de Louis a produit un effet différé !), il n’a droit qu’au sermon envers Mercier qui lui est indirectement adressé et d’ailleurs, Louis affiche un sourire de satisfaction et met aussitôt Jacques au travail : l’originalité de l’après-guerre que relèvent Noël Burch et Geneviève Sellier, est « l’alliance entre les jeunes et les vieux hommes contre les femmes pour régénérer le patriarcat ».

Quand Louis s’adresse à Mercier, Jacques est certes aussi concerné, mais c’est quand même Mercier qui se prend le sermon en pleine face. Qu’elles soient professionnelles ou épouses (ou mères), les femmes, en 1938 comme en 1951, doivent toujours accepter l’incompatibilité entre leur désir et leurs devoirs… pour le plus grand bien des hommes.

Marc Gauchée

Publié dans Les mots du cinéma, Marre ! | Tagué , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Ma sorcière mal aimée ?


LaSorcellerie1922

Dans Sorcières. La puissance invaincue des femmes (La Découverte, 2018), Mona Chollet entreprend une réhabilitation réussie des sorcières, torturées, condamnées et exécutées jusqu’au XVIIe siècle, moins par un Occident médiéval et chrétien que par un Occident moderne, rationnel et toujours résolument misogyne. L’auteure rappelle ainsi que la première représentation d’une sorcière sur son balai date de 1441‑1442 et figure dans la marge du manuscrit de Martin Le Franc : Le Champion des dames.

La chasse aux sorcières a d’abord été un combat contre la liberté et le pouvoir des femmes, de toutes ces femmes, notamment les plus âgées, qui osaient s’affranchir de la domination masculine. Car dans une société qui vante les tempes grisonnantes des hommes, les femmes qui ont visiblement perdu leur jeunesse et leur fécondité, qui font preuve d’expérience, ne peuvent qu’être soupçonnées de commerce avec le Diable. Pour Mona Chollet, au contraire, c’est entendu : « La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel tendre, elle montre la voie ».

9782355221224

Son ouvrage paraît prolonger celui de Merlin Stone, Quand Dieu était femme (éditions l’Étincelle, 1979) qui racontait l’étape précédente de la prise du pouvoir par les hommes : « La Grande Déesse –l’Ancêtre divine- a été adorée depuis le début de la période néolithique (7000 ans av. J.-C.) jusqu’à la fermeture de ses derniers temples (environ 500 après J.-C.) ». Cette religion féminine a été victime de siècles de répression et de persécutions pour imposer des divinités mâles. Mais il a bien existé « une divinité féminine, créatrice et ordonnatrice de l’univers, prophétesse, maîtresse de la destinée humaine, inventrice, guérisseuse, chasseresse et combattante courageuse ». Et Merlin Stone en avance trois preuves : les peuples ignoraient le lien entre le coït et l’enfantement,  la conception devenait ainsi « magique » et « divine » et c’est la femme qui était source de vie alors que le rôle de l’homme était inconnu ; les premières religions ont d’abord pris la forme d’un culte des ancêtres, donc de la femme, l’« Ancêtre divine » ; enfin les statuettes de cette époque sont féminines, voire représentent des grossesses. Il faut donc attendre les prêtres des grandes religions monothéistes pour voir la logique renversée : avec Adam et Ève, la femme est créée à partir de l’homme  ! Le sexe comme la procréation sont disqualifiés n’apportant que honte et péché ! Comme jadis dans l’Antiquité les prêtresses et leur déesse furent disqualifiées, accusées d’être lascives, dépravées, orgiaques, sensuelles et inconvenantes, les sorcières depuis la Renaissance étaient toutes désignées pour devenir les boucs émissaires, car « Faibles de corps et d’esprit, animées par un insatiable désir de luxure, elles sont censées faire des proies faciles pour le Diable ».

Mais plus que l’histoire de la chasse aux sorcières, ce sont les traces encore vivaces de cette misogynie que traque Mona Chollet à travers les différentes grandes injonctions faites aux femmes : le culte de la dépendance (« Le seul destin féminin concevable reste le don de soi. Ou, plus précisément, un don de soi qui passe par l’abandon de ses potentialités créatives plutôt que par leur réalisation ») ; la maternité (« Dès qu’il s’agit de femmes et de bébés, tout le monde se lâche : c’est la fête du slip de la nature – si j’ose dire ») et l’éternelle jeunesse.

Les références et les citations abondent. Côté cinéma, elles restent classiques et plutôt hollywoodiennes sans s’aventurer -et c’est dommage- vers le cinéma de genre, avec le « Witch cinéma » de Mario Mercier qui réalisa La Goulve (1972) et La Papesse  (1975) ou certains films porno-fantastiques comme Draguse de Patrice Rhomm (1975) qui véhiculaient pourtant encore dans les années 1970 supposées être celles de la libération, la perte des hommes sous l’emprise de ces femmes maléfiques. Plus ancien encore et plus clairvoyant, La Sorcellerie à travers les âges de Benjamin Christensen est un docu-fiction dano-suédois de 1922 qui fait explicitement le lien entre la répression misogyne à travers les siècles, depuis ces femmes innocentes accusées de sorcellerie jusqu’aux accusations contemporaines d’hystérie.

La convergence des luttes écologiste et féministe est abordée sans trop s’attarder sur ce qu’elle peut accoucher politiquement avec, notamment, ces courants réhabilitant la « Tradition », antimodernes et anti-scientifiques, bien loin de l’idéal d’émancipation de Mona Chollet. Sur plusieurs de ces sujets qui possèdent une version réactionnaire déjà élaborée comme ceux de « l’efficacité écologique de la baisse de la natalité » ou du rejet de la rationalité, l’auteure laisse les lectrices et lecteurs faire leur choix. Il faudra donc compléter sa lecture avec l’ouvrage dirigé par Stéphane François, Un XXIe siècle irrationnel ? Analyses pluridisciplinaires des pensées ‘alternatives’ (CNRS éditions, 2018).

Au final, Mona Chollet démonte avec conviction tout ce qui assigne les femmes à « la féminité émotive » et effleure – mais ce n’en était pas le sujet – tout ce qui assigne les hommes à « la masculinité positiviste ». On reconnaît bien volontiers avec l’auteure que les sorcières sont les représentations de tout ce qui dérange chez les femmes. Mais la phase suivante consistant à reconnaître une part d’irrationnel ou à réconcilier corps et esprit mériterait un mode d’emploi. Car elle pose un problème politique puisque son expression réactionnaire existe déjà alors que son expression émancipatrice est encore largement balbutiante. C’est donc avec attention, curiosité et complicité que l’on suivra les chuchotements des sorcières vers un monde « qui assurerait le bien-être de l’humanité par un accord avec la nature, et non en remportant sur elle une victoire à la Pyrrhus ; d’un monde où la libre exultation de nos corps et de nos esprits ne serait plus assimilée à un sabbat infernal ».

Marc Gauchée

Publié dans Crisis ? What crisis ?, Nouvelle génération, Philosophons !, Think positive | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

La « Fin des grands récits » par Hergé, Jean-François Lyotard et Brigitte Lahaie


GrandsRecits

En 1979, Jean-François Lyotard publie La Condition postmoderne : rapport sur le savoir (Minuit) et les « grands récits » de la modernité en prennent pour leur grade ! Non, selon l’auteur, l’histoire de l’humanité n’est pas un long chemin vers l’émancipation. Il n’y a même plus de récit, ni de direction uniques puisque chaque être humain se fixe désormais sa propre orientation et la somme de toutes ces orientations ne chemine pas vers le même objectif !

Trois ans plus tôt, en 1976, Hergé dans Tintin et les Picaros (Casterman), avait déjà mis en scène cette « fin des grands récits ». D’abord parce que, dans cet album, Tintin hésite à se lancer dans l’aventure, il refuse donc dans un premier temps de partir au San Theodoros pour aller s’expliquer avec le général Tapioca qui accuse le capitaine Haddock de fomenter un complot…

Lire la suite de l’article de Marc Gauchée sur tempspresents.com

Publié dans Crisis ? What crisis ?, Philosophons ! | Tagué , , | Laisser un commentaire

La Trilogie nocturne de Cléopâtre (2/2)


La trilogie nocturne de Cléopâtre (Deux nuits avec Cléopâtre [1] ; Les Nuits chaudes de Cléopâtre [2] et Les Nuits d’amour d’Antoine et Cléopâtre [3]) décline la violence et la sexualité dans trois genres de cinéma : la comédie, l’érotisme et la pornographie.

La reine empoisonneuse

Le premier péplum en 1897, d’une durée de 52 secondes, représentait Néron essayant des poisons sur des esclaves (de Georges Hatot ). Pour Cléopâtre, ce sont les peintres qui l’ont représentée dans le même exercice : Alexandre Cabanel en 1887 ou Suzanne Daynes-Grassot en 1912.

CleopatrePompier

Théophile Gautier, dans sa nouvelle Une nuit de Cléopâtre dresse le portrait d’une reine qui s’ennuie. Son esclave qui l’observe en la ventilant en conclut : « que la reine n’a pas eu d’amant et n’a fait tuer personne depuis un mois ». La reine cherche des sensations inconnues, car « Essayer des poisons sur des esclaves, faire battre des hommes avec des tigres ou des gladiateurs entre eux, boire des perles fendues, manger une province, tout cela est fade et commun ! ». Cela ne l’empêchera par de demander à Meïamoun, jeune chasseur de lion amoureux d’elle, de boire une coupe empoisonnée après avoir passé la nuit avec elle. D’ailleurs, quand Marc-Antoine arrive et demande qui est ce cadavre : « Oh ! Rien, fit Cléopâtre en souriant ; c’est un poison que j’essayais pour m’en servir si Auguste me faisait prisonnière ».

CleopatrePoison

Le poison est également présent dans la trilogie nocturne : Deux nuits avec Cléopâtre commence par la sortie d’un officier qui s’est « occupé à calmer les insomnies royales » et qui est immédiatement empoisonné par le conseiller Tortul (Paul Muller). Car Cléopâtre tient à sa réputation. Elle a ainsi pris pour habitude d’exécuter tous les gardes qui ont passés une nuit dans son lit. Plus tard, la reine achète des poisons que le marchand teste sur lui-même pour la convaincre de leur efficacité, comédie oblige ! Dans Les Nuits chaudes de Cléopâtre, la reine finit par se débarrasser de Kelmis (Rita Silva) qui a comploté contre elle en la faisant empoisonner.

Une Égyptienne sensuelle et nymphomane

Sadique et violente, Cléopâtre est aussi toujours sensuelle dans la trilogie conformément aux fantasmes masculins construits à partir du XIXe siècle (François de Callataÿ indique que, dans sa pièce Caesar et Cleopatra en 1898, George Bernard Shaw inaugure, en plus, l’image d’une femme-enfant, capricieuse, espiègle et à la moralité douteuse). Elle est donc souvent représentée seins nues – voire complètement nue « sous le couvert protecteur d’une antiquité magnifiée » – et conjugue, selon François de Callataÿ, « orientalisme et érotisme, colonialisme et exotisme, avec une touche de sadisme ».

xixesiecle

Lors de sa première apparition, la reine est « délicieusement alanguie » [1]. Sa confidente se montre très tendre avec elle, le spectacle saphique est un classique de l’érotisme masculin [2].

CleopatreLesbienne

Une inévitable scène de bain donne lieu à une autre séquence érotique et dénudée que Les Nuits d’amour d’Antoine et Cléopâtre aborde de façon beaucoup plus directe : Cléopâtre prend un bain avec deux servantes (dont Ursula Moore ) qui lui prodiguent caresses et cunnilingus.

CleopatreBain

Surtout Cléopâtre apparait comme une nymphomane, preuve, là encore, que le fantasme masculin s’est imposé ! Quel que soit le film de la trilogie, elle collectionne les amants. Quand elle ne couche pas avec un garde par nuit [1], elle couche avec Caius Bellus (Maurizio Faraoni) qui a empêché son assassinat ; avec Marc-Antoine (Paul Branco) après s’être caressée avec un serpent ; avec Brutus en se faisant passer pour une prostituée afin de lui soutirer des informations ; avec César (Jacques Stany) qui la prend en lui faisant branler un cheval [2] ! C’est évidemment dans le film pornographique que la nymphomanie de Cléopâtre connait ses plus conséquents développements : elle fait attacher Marc-Antoine pendant qu’elle se donne, devant lui, à deux serviteurs (Mephisto et Roberto Malone) pour un « spectacle intéressant » fait de fellation, pénétration, double pénétration et éjaculations faciales. Une fois libéré, Marc-Antoine et Cléopâtre poursuivent l’exercice (avec le parcours rituel pornographique des années 1990 : fellation, pénétration, sodomie et éjaculation faciale) [3]. Si, comme tous les souverains, Cléopâtre a pu avoir des esclaves sexuels, rien ne laisse penser qu’elle a pu avoir recours à de telles mises en scènes ! Dernier avatar, Cléopâtre couche aussi avec Ptolémée (Francesco Malcom qui suit le même parcours, juste précédé d’un cunnilingus) [3]. L’histoire enseigne pourtant que Cléopâtre avait épousé son frère de 13 ans, Ptolémée XIII, plus par respect pour la tradition pharaonique que par goût de l’inceste. D’ailleurs elle finit par le faire tuer ! En vérité, « la dernière reine d’Égypte eut trois amants connus : un fils de Pompée pour quelques nuits seulement, Jules César durant quatre ans, puis Marc Antoine pendant une dizaine d’années. Trois amants, pas vraiment de quoi faire d’elle une débauchée ! Vers l’âge de 18 ou 19 ans, elle paraît très liée à l’un de ses gardes du corps, un Sicilien, plutôt athlétique, nommé Apollodore. C’est avec lui qu’elle a dû perdre sa virginité » (SCHWENTZEL Christian-Georges, op. cit.).

CleopatreDessus

La trilogie nocturne ne prend jamais en compte les images plus positives de Cléopâtre : son projet politique ; son courage face à la mort ; sa passion amoureuse ; son fort caractère… Seul Deux nuits avec Cléopâtre explique l’évolution capillaire de la reine d’Égypte dont la chevelure passe du blond au brun au cours des siècles, mais, dans le film, cette évolution se fait du brun au blond : la jeune esclave, Nisca choisie pour la remplacer pendant qu’elle rejoint Marc-Antoine lui ressemble trait pour trait – et pour cause, c’est la même actrice – mais est blonde. Et quand les gardes s’étonnent de cette soudaine blondeur, Cesarino explique que c’est dû à la peur !

***

La trilogie nocturne s’inscrit dans le mouvement général de l’image de la reine d’Egypte décrit par François de Callataÿ : « toujours plus seule, toujours plus érotisée, toujours plus dominatrice » jusqu’à « la Cléopâtre contemporaine [qui] est une bitch, un peu cruelle, très sensuelle et surtout extrêmement narcissique ». Mais aucun des films de la trilogie, à la différence de celui de Mankiewicz, ne rend compte du projet politique de Cléopâtre : acquérir la puissance politique auprès des Romains pour assurer la survie de son royaume. Reflétant un antiféminisme cinématographique incapable d’imaginer de véritables femmes héroïnes, la trilogie préfère décrire une dévergondée violente et nymphomane plutôt qu’une femme de pouvoir.

Joe Gillis

Publié dans L'Envers du décor, Les mots du cinéma, Politique & Société | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Les 10 commandements vus de la barricade


Fremion

En 2011, Yves Frémion écrit le « Manifeste de Barricade » à l’occasion de la sortie du numéro 1 du magazine dont il est rédacteur en chef et qui paraitra en 2011 et 2012.

En 10 « banalités de base », il dresse la ligne directrice du magazine, ligne faite de « plaisir » (2 ; 3 ; 4 ; 8 ; 9 et 10), de « toutes les formes de libertés individuelle et collective » (5) avec un caractère subversif assumé : les êtres humains libres « refusent de voir dans l’effondrement des pseudo-démocraties un drame plus grave que celui des dictatures déjà renversées ou à venir » (7).

Barricade copie

La 1ère « banalité » affirme : « L’être humain est sur terre pour jouir. Pour vivre pleinement, heureux, amoureux, souriant, fraternel, curieux, passionné, en compagnie de ses semblables ». Il y en a 9 autres à re-découvrir avec cette nouvelle édition. Pour ce procurer l’opuscule (5€) : Ateliers du Tayrac 66 rue Julien Lacroix 75020 Paris, 06 71 49 25 87.

 

Publié dans Crisis ? What crisis ?, Philosophons ! | Tagué | Laisser un commentaire