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Don't stop thinking !

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J’ai bu quelques bières. J’attends le plus longtemps possible avant de vider ma vessie. Une vieille habitude. Je descends les couloirs escarpés du Black Swan jusqu’aux toilettes. Je m’installe devant la pissotière, sors mon sexe, décalote et urine (un jet peu consistant mais long et trainant). Je ferme les yeux. C’est agréable.

TAC…TAC…TAC…TAC… J’entends les pas d’un individu qui pénètre dans la pièce. Il porte des chaussures en cuir avec une talonnette. J’en suis sûr. Je n’ouvre pas les yeux. J’essaie de me reconcentrer sur mon tube urinaire. Je visualise, quelque part dans la partie droite de mon esprit, le liquide jaunasse qui part de mes reins.

TAC…TAC…TAC… Impossible de prendre du plaisir. Les talonnettes ne sont vraiment pas discrètes. J’ai toujours les yeux fermés. Je n’urine plus. Les talonnettes ne sont plus très loin. PFFF…PFFF… elles frottent le sol. Puis elles s’arrêtent. Je sais qu’elles sont toutes proches. J’ouvre les yeux… très lentement… paupière par paupière. La gauche puis la droite. Le propriétaire des talonnettes est un vieil homme (85 ans, je pense). Mais je ne vois pas son visage. Ce dernier est dirigé vers mon pénis. Il semble l’observer avec beaucoup d’attention. Je suis flatté que l’on s’intéresse à mon outil, que personne n’a jamais vraiment convoité. Mais j’oublie vite mes considérations sur le nouveau succès de mon pénis et je pense à ma soirée d’hier. Je ferme à nouveau les yeux. Vincent Gallo apparaît dans la même situation que moi (j’ai vu Buffalo 66 en streaming hier soir, en mangeant des sushis). Un petit gros regarde son pénis. On le comprend. Tout spectateur qui a vu Brown Bunny serait curieux de vérifier si le mythe sur la taille de l’engin est vrai (ou s’il avait utilisé une prothèse comme Polvoerde dans Les Portes de la gloire ). Alors on le comprend, le petit gros. Seulement à l’époque de Buffalo 66 , Gallo préfère rester discret sur la marchandise. Il se retourne vers le petit gros.

« - What the fuck you lookin’ at ?

- Nothin’

- You get your fuckin’ face outta my pants.

- Rela.

- Don’t tell me to relax. Don’t tell me to fuckin’ relax. Just keep your face outta my pants.

- Just so big.

- What the fuck did you say ? What the fuck did you say ? What did you say to me, you faggot ? Get the fuck outta the bathroom. Get the fuck outta the bathroom, faggot . »

Apparemment, Vincent Gallo est énervé.

Cette scène est l’une des premières du film inspiré par la jeunesse de Vincent Gallo. Le plus grand acteur de tous les temps (autoproclamé) y occupe tous les postes : acteur principal, scénariste, producteur associé, réalisateur, compositeur… Il était aussi très présent dans son second film, Brown Bunny. Vincent Gallo a expliqué très clairement pourquoi il préfère tout faire dans ses films.

« Les meilleurs articles sur Vincent Gallo ont été écrits par Vincent Gallo, les meilleures performances d’acteur de Vincent Gallo ont été filmées […] par Vincent Gallo, même les meilleures photos de Vincent Gallo ont été prises par Vincent Gallo. ( Soma , novembre 2001). »

On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

J’ouvre les yeux. Mon admirateur a disparu. Je peux ranger mon matériel et remonter au bar. Je m’installe au comptoir et commande un black russian.

Je sors de la poche intérieure de ma veste une photo de Vincent Gallo et la montre à mon voisin Bobby, un habitué du Black Swan.

« Tu connais ce type, Bobby ? C’est un ami. »

« Non. Connais pas… mon seul pote c’est lui ! » Et il soulève son verre de whisky en rigolant.

Vincent Gallo n’aurait pas rigolé à cette blague – un classique des pubs. Il ne boit pas. Il ne fume pas non plus.

Je regarde la photo de Vincent Gallo. Elle est en couleur. Ses grands yeux très clairs me fascinent. Ils sont effrayés. C’est ce que je vois. C’est dans ces yeux que l’on comprend Vincent Gallo. Car qui est ce type ?

Un jour dans les années 80, il est Prince Vince et fait du hip-hop. Mais il monte aussi un groupe avec Basquiat. Il crée une dizaine de formations rock. Il est mannequin. Il est acteur. Il fait des courses de moto… et il lit John Fante. Et c’est ce dernier point qui m’intéresse. Car le regard de Gallo est le regard du héros désesperé de Fante, Bandini (du moins comme je l’imagine).

Gallo/Bandini est malheureux. Toute cette agitation autour de lui le perturbe. Pourquoi courent-ils, tous ces individus ? Où vont-ils ? Ils lui échappent. Alors qu’il voudrait se rapprocher d’eux. Car il a envie de les aimer… désespérément.

Garder tout cet amour pour lui l’effraie. C’est trop lourd à supporter. Mais personne n’est prêt à le recevoir. Alors Gallo/Bandini s’énerve, vitupère ses semblables. Ils ne comprennent rien. Qu’ils crèvent dans leur coin, dans leur petit bonheur médiocre ! Bandini/Gallo avait un si bel amour à offrir. Contre rien, pas cette stupide idée moderne du donnant-donnant. Il est déçu, Bandini/Gallo. C’est un idéaliste. Il est ultra sensible. Il perçoit les moindres émotions. Il voit bien qu’ils sont tous malheureux, ces abrutis qui courent partout. Alors comme personne ne le comprend, il fait sa propre musique, ses propres tableaux, ses propres films. Peut-être qu’une âme sensible s’intéressera à ses œuvres. Se dira qu’elle a un ami, quelque part, qui pense à elle, avec elle. Et si personne ne comprend, et bien tant pis ! Bandini/Gallo vous emmerde !

Je regarde une dernière fois Bobby et je me sens très triste et très seul. Je quitte le Black Swan. Je traverse des rues résidentielles désertiques. Je rentre chez moi écouter le meilleur album de Gallo mon ami, When.

Hector

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C’est ce que devrait répondre Guillaume Canet à tous ceux qui n’aiment pas son dernier film, Les petits mouchoirs . A tous ceux qui n’ont pas eu besoin de se rendre en salle pour juger qu’il s’agissait d’un film mauvais, tant ils ont été indisposés par la promotion nauséabonde entourant sa sortie. Et c’est sans doute la couverture du magazine Première , qui montre notre réalisateur ému jusqu’aux larmes d’avoir réalisé « le film de (sa) vie », qui remporte dans ce domaine la palme de l’indécence.

Tout ce battage autour de Canet et de son nouveau film rappelle ce qu’on avait déjà eu l’occasion d’entendre lors de la sortie de Ne le dis à personne , précédent long-métrage du réalisateur. On se souvient du drame provoqué par l’hospitalisation d’un homme au planning surchargé et éreinté par un tournage épuisant. De qui se moque-t-on ? Depuis quand les choses se font-elles d’un claquement de doigt, sans qu’on se donne la peine d’y arriver ? Depuis quand ne faut-il plus suer pour obtenir ce qu’on veut ? Cette mise en scène déplacée autour du bel et fragile Canet a de quoi convaincre le spectateur de boycotter tous ses films, y compris les bons dans lesquels il joue (cf Espion(s) de Nicolas Saada ou L’affaire Farewell de Christian Carion).

Le pire dans tout ça, c’est qu’un film comme Ne le dis à personne , sans être un chef d’œuvre, n’est pas mauvais à proprement parler. Quant aux Petits Mouchoirs d’acteurs à la botte de réalisateurs « bankable », on doit pouvoir s’y moucher sans trop de difficulté. Mais au fond, à quoi ça sert ? A quoi bon cet étalage de petits tourments et de bons sentiments qui font qu’ « après tout la vie est belle » ? Pourquoi n’être plus aventurier dans le propos et plus audacieux dans la forme ? Pourquoi rester sur l’autoroute quand on a les moyens d’œuvrer à la marge ? Sans doute parce que l’expérimentation a trop rarement sa place au JT de Pujadas, où Guillaume aime parader. Un journal où l’on n’imagine guère l’homme dire : « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Car à la différence d’un Pialat brut et authentique – qui avait tenu ce discours lors de la remise de la Palme d’or à Cannes (1987) pour Sous le Soleil de Satan (cf http://www.ina.fr/media/petites-phrases/video/CAB87019039/palme-d-or-a-maurice-pialat-pour-son-film-sous-le-soleil-de-satan.fr.html ) – Canet désire avant tout qu’on l’aime. Et c’est ce qui le conduit à réaliser de si écœurants Petits Mouchoirs .

Matthieu Z.

« La photographie, c’est la vérité et le cinéma c’est 24 fois la vérité par seconde », Jean-Luc Godard.

C’est assez terrible à dire, mais Godard risque avec le temps d’être plus connu pour ses citations que pour ses films. « Godard », existe-t-il un nom dans le cinéma plus chargé de clichés et de méfiance ? Sans doute plus de la moitié d’entre vous se sont déjà arrêtés de lire rien qu’à l’évocation de son nom. Il y a un malentendu à son sujet. Godard ne propose pas un spectacle divertissant, il nous propose ses recherches en images et sons. Faux raccords, collages sonores, hors champs, regards caméra, il expérimente et les autres réalisateurs piochent dans la grand malle à jouets de ses trouvailles. Il faut voir un film de Godard comme une visite d’un laboratoire de chimie : pas sexy mais tout s’y joue.

Cette citation, donc. Ce qui me fascine dans le cinéma, c’est que son existence a pour origine une défaillance physique de l’humain, une limite neurologique. Assis dans le noir, le projecteur fait défiler la pellicule à 24 images par seconde, notre œil et notre cerveau n’arrivent pas à distinguer individuellement les photos, et là magie, notre cerveau cède et nous donne l’illusion d’assister à la réalité en mouvement. Quelques images de moins par secondes, nous isolons les images, quelques-unes de plus par seconde, nous ne percevons plus rien.

Restons un peu dans notre ambiance blouse blanche et dans le service de neurologie : un siècle de films a modifié notre cerveau. Un spectateur du début du siècle serait absolument incapable de regarder ou de comprendre n’importe quel film d’aujourd’hui. Flash-backs, ellipses narratives, nombre de plans par minutes, tout ce qui nous paraît naturel et juste bien rythmé ne serait qu’une longue migraine ophtalmique pour nos arrières grands-parents.

Godard pose ici aussi la question de la Vérité donnée par le cinéma ou par toute forme d’expression. Et bien, vaste débat que je n’ouvrirai pas parce que : 1) je ne suis pas franchement convaincu que ce soit vrai 2) ce n’est pas moi et quelques lignes qui apporteront un nouvel éclairage fondamental sur ce sujet 3) j’ai un sac à préparer pour partir en vacances !

Augustin B.

« Le cinéma est plus fort que la vie » (courant tout le long de l’œuvre de Truffaut, cette phrase lui sera arbitrairement attribuée).

Avant même d’aborder le sens de cette phrase, le plus frappant est qu’un jour, quelqu’un de tout à fait respectable et sensé a émis cette idée ou plus exactement a posé cette question, obligeant toute une génération de cinéphiles à prendre le pouls de leur amour du cinéma.

« Je pourrai quitter un mec pour un film mais je ne quitterai jamais un film pour un mec » : Nathalie Baye dans le rôle de l’assistante réalisateur dans la Nuit américaine de Truffaut.

Ce fut donc une époque. Epoque de la Cinémathèque et de la Nouvelle vague… Il n’y a pas lieu à la nostalgie, cette époque a sans doute été excitante mais très mythifiée et réduite à quelques arrondissements parisiens. La France entière ne se précipitait pas pour voir le dernier Godard… Mais, il faut bien reconnaître que cette phrase qui a été prise (trop?) au sérieux à une époque, ferait (trop?) rire tout le monde aujourd’hui…

Que reste-t-il de cette affirmation…

La vie marche mieux au cinéma ou la magie du montage.

La vie de chacun est faite de moments d’attentes, de perte de temps, de fausses pistes, d’ennuis… Grâce au montage, le cinéma saute, comme des haies, les ratures de la vie. Un exemple simple: un homme décide de prendre sa voiture pour aller voir quelqu’un. Dans la vie : il cherche sa clé, ouvre la porte, s’installe, il démarre, tombe sur un embouteillage, attend, un feux, un autre, il attend…. Il arrive enfin, cherche à se garer, fait son créneau, coupe le contact, marche, sonne, et là, la rencontre peut commencer. Même idée au cinéma: plan sur la personne en train de claquer la porte -cut- plan sur la voiture qui démarre en trombe –cut- plan sur le doigt sur la sonnette… Et là en 3 plans et autant de secondes, la rencontre peut commencer… La vie fonctionne mieux au cinéma que dans la réalité.

« La vie privée est boiteuse pour tout le monde, les films sont plus harmonieux que la vie, il n’ y a pas d’embouteillage, il n’y a pas de temps morts, les films avancent comme des trains dans la nuit »: François Truffaut jouant son propre rôle de réalisateur dans la Nuit américaine.

Bigger than life.

On peut s’éloigner un peu de Truffaut pour se rapprocher de Vincente Minelli et plus globalement de la vision Hollywoodienne du cinéma. Pour résumer, le modèle Hollywoodien considère que la vie au cinéma c’est la vie en mieux ou du moins en plus fort. Les hommes ont de l’humour, sont beaux et élégants; les femmes sont belles, charmeuses et intelligentes. Le livre Le royaume de leurs rêves de N. Gabler explique très bien, à travers l’histoire des fondateurs de Hollyood, la naissance du « bigger than life » et de son corolaire comme modèle de société : « l’American way of life ».

Les courants réalistes, néo-réalistes (de Rosselini à Pialat en passant par Scorsese et Fassbinder) ont salutairement réveillé un cinéma Hollywoodien qui était en train de sombrer dans une chimère surannée et avilissante. Le choc du réel frappa la conscience des spectateurs de l’époque (Nouvelle vague – Nouvel Hollywood).

Reste que fondamentalement, le cinéma se situera toujours un cran au dessus de la réalité.

Plusieurs vies dans une vie.

Je reste toujours fasciné par le côté magique du cinéma. Assis dans le noir, le cinéma nous transporte dans le temps, dans les lieux, dans les sentiments… Lorsque le film est réussi, en quelques secondes on devient une femme, un juif, un chauffeur de taxi à New York… Tout cela nous rend riche d’expériences certes non vécues, mais réellement ressenties.

Cette dernière idée qui finit par donner raison à l’ami Truffaut… C’est de toute façon toujours un plaisir, Cher Monsieur, de vous donner raison…

« Par ailleurs, le cinéma est une industrie ». André Malraux

Fameuse phrase clôturant le livre que Malraux consacrait à l’esthétique du cinéma, cette conclusion sibylline fait l’effet d’une sentence, un couperet voulant réveiller la conscience du lecteur. Cette phrase donne donc le sentiment d’une réalité morose à laquelle il faut se résoudre. A mon sens, le cinéma est un art et une industrie. C’est le seul art dont l’essence est industrielle. Inventé par des scientifiques, développé par des chimistes, mis en place par des mécaniciens, c’est le premier art dont l’origine, la naissance, est industrielle. Il ne faut en rien y voir quoique ce soit de négatif, c’est sa nature même.

Qui dit échelle industrielle dit commerce. Le cinéma a cela de particulier que son créateur a l’obligation de prendre en compte le spectateur. Il doit travailler en se demandant si le spectateur va apprécier son travail mais sans pour autant devenir esclave du spectateur. On en arrive à la dichotomie originelle du cinéma: art ou divertissement? (étant à mon sens LA question du cinéma, celle-ci fera sans doute l’objet d’autres articles, commentaires, débats…). L’artiste doit placer son curseur le plus intelligemment possible entre son envie personnelle et le goût du public. Longtemps, le débat à opposé les tenants d’un cinéma purement artistique à ceux d’un cinéma de divertissement. On a demandé de choisir son camp, d’être l’un OU l’autre, alors que l’essence même du cinéma est d’être l’un ET l’autre.

Le spectateur en revanche est libre de choisir la manière dont il regardera un film. Il peut voir un Hitchcock en se laissant porter par le suspense, l’intrigue, ou analyser tout le génie utiliser par Alf pour créer ces effets. J’aurai tendance à suggérer de faire l’un puis l’autre.

La vidéo peut conduire à repenser cette double face du cinéma. La simplicité de son utilisation et son faible coût peuvent lui permettre de s’extraire du caractère industriel, et donc commercial.

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