« Les bons vЕ“ux de celui qui se cherche » – Un prГ©sident alignГ© [4В° Г©pisode / 31 dГ©cembre 2010] 2 octobre, 2011
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L’annГ©e 2010 commence avec les derniers feux de la politique d’« ouvertureВ В». Nicolas Sarkozy nomme ainsi Michel Charasse au Conseil constitutionnel et Didier Migaud Г la Cour des comptes en fГ©vrier. Mais le pouvoir prГ©sidentiel s’Г©mousse et le groupe de « La Droite populaireВ В» emmenГ© par Thierry Mariani, nommГ© ministre des transports, donne de plus en plus de la voix au nom d’une droite « dГ©complexГ©eВ В» qu’avait revendiquГ© Nicolas Sarkozy. La droite tient d’autant plus le discours des « valeursВ В» que, dans les faits, elle oublie ce qui fonde la RГ©publique et se livre Г l’affairisme le plus Г©hontГ©.
CГґtГ© oubli, le discours de Grenoble, le 30 juillet, multiplie les effets d’annonce de mesures contre la grande dГ©linquance et les agressions contre les forces de l’ordre, envisageant mГЄme la dГ©chГ©ance de la nationalitГ© franГ§aise. L’Г©tГ© qui suit est marquГ© par de nombreuses expulsions de Roms en situation irrГ©guliГЁre. CГґtГ© affairisme, alors que la rГ©forme des retraites impose un nouvel effort aux FranГ§ais, Eric Woerth, ministre du travail, est considГ©rablement affaibli par les affaires Bettencourt et de la vente de l’hippodrome de CompiГЁgne.
La cote de popularité du président ne décolle toujours pas. Les effets de la crise financière perdurent et les belles déclarations sur la « moralisation » du capitalisme sont restées lettres mortes. La réforme des retraites, les affaires et le bouclier fiscal plombent la majorité.
Pour celui qui ne peut sortir de son palais sans un dispositif policier surdimensionné, il est important de présenter ses vœux, le 31 décembre 2010, devant sa maison, rappelant la photographie officielle de Jacques Chirac, président en 1995 pourtant affublé du quolibet de « roi fainéant ».
ComplГЁtement intГ©grГ©e Г l’OTAN, la France de Nicolas Sarkozy s’est alignГ©e sur les Etats-Unis en politique extГ©rieure. Reste Г s’aligner sur l’Allemagne en politique Г©conomique, mais Г§a, ce sera pour 2011. Une France et un prГ©sident alignГ©s, pas Г©tonnant que l’opГ©ration de « re-prГ©sidentialisation » patine. Les vЕ“ux tГ©moignent aussi de cet alignement sur des grandsВ : la mise en scГЁne et la mention « elysee.fr » copient dГ©finitivement celles de la Maison blanche avec l’apparition d’un sceau comme celui du prГ©sident amГ©ricain.
Et pour les FranГ§ais, toujours cette musique lancinante d’un prГ©sident compatissant sadiquement envers les oubliГ©s de… sa politiqueВ : « L’annГ©e 2010 s’achГЁve, je sais qu’elle fut rude pour beaucoup d’entre vousВ В».
[ГЂ suivre]
Marc GauchГ©e
La petite entreprise d’Arnaud LagardГЁre ne connaГ®t pas la crise 23 septembre, 2011
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… du moins c’est l’impression qu’elle donne, Г en juger par le sourire Г©tincelant de l’homme d’affaires en couverture du magazine du Monde ! La crise d’accord, mais pas pour tous !
« Les bons vœux de celui qui se cherche » – Un président hors-sol [3° épisode / 31 décembre 2009] 22 septembre, 2011
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L’année s’ouvre avec les mouvements sociaux : l’Outre-mer se met en grève générale contre la vie chère à partir du 20 janvier en Guadeloupe puis du 5 février à la Martinique. Dans l’Hexagone les manifestations contre la politique économique et sociale rassemblent toujours plus d’un million de personnes les 29 janvier et 19 mars.
Les rГ©formes avancent pourtantВ : la gГ©nГ©ralisation du revenu de solidaritГ© active (RSA) la 1 er В juinВ est mГЄme saluГ© au-delГ de la majoritГ© et la premiГЁre loi Grenelle de l’environnement est adoptГ©e le 23 juillet. Mais plusieurs travers demeurentВ : la frГ©nГ©sie d’annonces avec, le 7 janvier, la prochaine suppression du juge d’instructionВ ; la valse des fonctionnaires pas assez serviles avec, le 28 janvier, la mutation du prГ©fet de la Manche pour avoir mal « gГ©ré » une manifestation contre la venue de Nicolas Sarkozy Г Saint-LГґВ ; la saga des pantouflages de copains avec, le 26 fГ©vrier, la nomination de FranГ§ois PГ©rol, secrГ©taire gГ©nГ©ral adjoint de l’ElysГ©e, Г la tГЄte du futur groupe Caisse d’Epargne-Banque populaireВ ; le clientГ©lisme fiscal avec, en avril, la baisse de la TVA dans la restauration…
CГґtГ© politique, l’affaiblissement se poursuit. ГЂ l’extГ©rieur, l’alignement complet sur les AmГ©ricains se concrГ©tise par la rГ©intГ©gration de la France au sein du commandement intГ©grГ© de l’OTAN en marsВ et, le 2В avril, le G20 de Londres se livre Г une mascarade pour faire croire Г un renforcement de la rГ©gulation financiГЁre. ГЂ l’intГ©rieur, le 15 janvier, la nomination du dГ©goulinant Xavier Bertrand au secrГ©tariat gГ©nГ©ral de l’UMP se rГ©vГЁle bientГґt catastrophique et le remaniement sans cesse annoncГ© est enfin effectif le 23В juin… mais les parlementaires UMP arrivent Г imposer le maintien de FranГ§ois Fillon Г Matignon.
Le basculement se produit d’ailleurs en milieu d’annГ©e. AprГЁs le remaniement, le 26В juillet, alors qu’il fait du sport, Nicolas Sarkozy est victime d’un malaise vagal… dГЁs lors l’opГ©ration, commencГ©e en 2008, de re-prГ©sidentialisation est renforcГ©e, il faut aussi faire moderne.
Pour les vœux de fin d’année, croyant donc faire moderne, le président au malaise vagal et à la gestion coûteuse de l’épidémie de grippe A, tombe dans le virtuel complet. Tout fait toc : le décor, le drapeau qui flotte en mélangeant celui de la France avec celui de l’Union européenne. La mention change avec celle du site « elysee.fr » dont l’agencement et le look sont tout simplement copiés sur le site de la Maison Blanche. L’inspiration est la synthèse -illisible- entre le giscardisme triomphant et réformateur de 1974 et le chiraquisme déclinant de 2006.
Reste le désormais leitmotiv de 2008 que Nicolas Sarkozy répète le 31 décembre 2009 : « L’année qui s’achève a été difficile pour tous ». On va finir par croire qu’il y est pour quelque chose.
[ГЂ suivre]
Marc GauchГ©e
La guerre est dГ©florГ©e 20 septembre, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: ValГ©rie Donzelli
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C’est de ma faute. Je n’aurais pas dû acheter les journaux ces quinze derniers jours. Je n’aurais même pas dû passer près d’un kiosque. Je suis trop con, je me fais toujours avoir. Au début, je résiste un peu, je détourne le regard vaillamment, et puis un jour, le matin souvent, je craque. Ca se passe très vite. Sans faire gaffe, j’allume la radio ou j’accepte des amis à dîner. Et là ça y est, c’est foutu, le monde m’inonde en un instant, comme une averse un dé à coudre, la coupe est rase, immédiatement. Car non je n’ai pas vu La Guerre est déclarée , je vous le dis direct, et lâchez-moi.
Ils m’avaient fait le même coup avec Agnes Obel. J’étais planqué dans un rade de banlieue au fin fond du Danemark, un jour de pluie sauvage et vivifiante, achevant tour à tour une stout et un whisky. C’était un après-midi blanc d’un calamiteux été. Ce petit morceau m’avait bien plu. De retour en France, j’avais payé le concert à mes parents, en leur promettant un cru non surtaxé quand boum, deux jours avant qu’elle se produise, Les Inrocks , ces salauds, et Télérama , ces autres vilains salauds, me la jetaient en A4 à travers tout Paris. Merde les gars, faut pas travailler tous dans les mêmes journaux, vous aurez des enfants bizarres ! Faut pas nous la faire avec les gens comme avec les macarons ! Agnes Obel vient de repasser dans ma ville et l’audience et le prix ont doublé (mais les chansons étaient les mêmes).
Il y avait eu des prГ©cГ©dents, c’est vrai, et l’on devrait savoir Г quoi s’en tenir quand on a cette curiositГ© malsaine qui vous pousse Г choisir pour acheter des clopes, le tabac qui fait presse. Quand on a la vilaine manie de regarder en coin, comme les porno lГ -haut, un ou deux de ces magazines tout satinГ©s, brillants le mercredi, et cela depuis longtemps, oui, depuis tout petit dГ©jГ . MГЄme quand on se prend des claques, on continue, c’est terribleВ : le CD de Vampire Weekend Г 15 boules, le Houellebecq, 20 dollars, le ticket pour The Social Network (David Fincher, 2010), encore une poignГ©e d’euros… Pas mal de revers honteux qu’on n’avoue que lГўchement, longtemps aprГЁs, monnaie courante de cette vie d’addiction, si permissive envers soi-mГЄme, libГ©rale (« laisse passer, dude, c’est de la cultureВ В») pour ces objets tout neufs, bien emballГ©s, reflГ©tant des lumiГЁres factices comme ces cuillers qui bernent les poissons.
J’avais beaucoup aimé La Reine des Pommes (Valérie Donzelli, 2010). Pas trop de foin autour, aucune hystérie. Je me l’étais maté pénard, tout seul, en mangeant des raviolis froids. Vraiment chouette. Me souviens pas qu’on avait tiré des salves en l’air au sortir des Gaumont.
Je n’irai pas voir le nouveau Donzelli, à cause de vous. C’est con, je l’aimais bien. Je la trouvais jolie. Si, dans cinq ans peut-être.
ClГ©ment Van de Velde
Prison Г perpГ©tuitГ© pour Natalie Portman & Benjamin Millepied 17 septembre, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: Darren Aronofsky , PublicitГ©
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Non content de figurer dans cette grosse bouse de Black Swan (de Darren Aronofsky), Benjamin Millepied, chorégraphe seulement connu pour être le fiancé de l’actrice Natalie Portman, a maintenant le culot de nous infliger, sous tous les abris bus de la capitale, une misérable représentation de « l’homme libre ». Libre, Benjamin Millepied ? Non mais de qui se fout-on ? Etre pieds et poings liés à Yves Saint Laurent par le biais d’un juteux contrat, est-ce ça , la liberté ? Et à y regarder de plus près, cet espèce de faux mec posant niaisement devant sa mégalopole, avec son regard de beau gosse reproductible à l’infini, sa barbe de trois jours et sa chemise ouverte style malgré ma super belle veste , je suis un type un peu négligé dans le fond , donne-t-il vraiment l’impression d’être libre ? Remarque, avec toutes les « grosses thunes » qu’il doit toucher grâce aux droits à l’image (lesquels doivent assurément être mondiaux considérant la ringardise de l’affiche), le danseur doit sans doute y croire, à la liberté, et rentrer chez lui le soir pour confier à sa femme : « Tu sais chérie, je me sens vachement libre aujourd’hui ! ». Nul doute que l’égérie de Dior (et de je ne sais quelles autres luxueuses marques encore), tout aussi ligotée par les clauses de ses innombrables contrats, lui réponde par la similaire : « Moi aussi chéri, je me sens vachement libre aujourd’hui ! ». Espérons que l’enfant récemment né de leur rentable union ne se sente pas trop à l’étroit avec des parents pareils. Break free, baby !
Matthieu Z.
La série de l’été : « Les bons vœux de celui qui se cherche » – Un président présidentiel en vain [2° épisode / 31 décembre 2008] 9 septembre, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: Nicolas Sarkozy
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La belle machine se détraque, les Français ne marchent plus, ce qui libère également les critiques de la presse. Motivé par l’ouvrage Storytelling. La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits de Christian Salmon (La découverte, 2007), le commentaire des trucs et des ficelles présidentiels devient un sport national. En réaction le bel ordonnancement stratégique se brouille, la girouette s’affole : le 17 janvier, Nicolas Sarkozy, pourtant divorcé, ose un discours particulièrement cul-béni, met à mal la laïcité tout en se re-remariant le 2 février ;  le 8 août, il assiste à l’ouverture des jeux olympiques à Pékin mais réussit à fâcher la Chine en rencontrant le Dalaï Lama le 6 décembre.
En fait, les Français ne digèrent pas le «  Casse-toi, pauv’con ! » adressé le 23 février à un quidam qui refusait de lui serrer la main au Salon international de l’agriculture de Paris.
Pour s’en sortir, le prГ©sident cherche Г prendre de la hauteur, il adopte la posture internationale. La prГ©sidence franГ§aise de l’Union europГ©enne de juillet Г dГ©cembre fournira le cadre, les crises qui se succГЁdent les occasions. C’est ainsi que le 8 aoГ»t, il fait croire qu’il rГ©sout la crise gГ©orgienne alors que les troupes russes ne se retirent pas et que les 200 observateurs europГ©ens sans armes se retrouvent spectateurs dГ©primГ©s de la mise en scГЁne de l’impuissance europГ©enne. En octobre, il fait croire qu’il sauve l’Europe alors qu’il ne fait que sauver les banques en sacrifiant les services publics et les systГЁmes de protection sociale des Etats membres.
Pour ses vœux, le 31 décembre 2008, il lui faut à tout prix continuer à se présidentialiser. La mention « Palais de l’Élysée » apparait, les Français apprécient le mot « Palais ». Des livres, pleins de livres en fond, comme un vrai président sensible à l’esthétique littéraire, lui qui n’a cessé de réduire La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette à des blagues d’almanach Vermot. Les mains disparaissent pour éviter de trahir la moindre nervosité, le moindre tic. L’inspiration est celle des photographies officielles, de de Gaulle à lui-même en passant par Pompidou et Mitterrand.
En vain. Le mauvais pli demeureВ : le 14 juillet le prГ©sident syrien Bachar el-Assad est invitГ© Г assister au dГ©filГ© du 14 Juillet sur les Champs-ElysГ©es et le 3 septembre le coordonnateur de la sГ©curitГ© de Corse est limogГ© suite Г l’occupation par des nationalistes de la villa de l’ami Christian Clavier. Nicolas Sarkozy reste le prГ©sident de ses seuls copains, riches ou dictateurs. Pour les FranГ§ais, il rГ©serve dans ses vЕ“ux le leitmotiv compassionnel qu’il entonnera toutes les annГ©es suivantesВ : « L’annГ©e 2008 s’achГЁve, elle a Г©tГ© rudeВ В». Tu l’as dit bouffi.
Marc GauchГ©e
[ГЂ suivre]
stejdo sed leurc sulq el tse riorim el * 24 aoГ»t, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© , The Movie Library .Tags: Alexandre Aja , Martin Scorsese , Stanley Kubrick
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La soirГ©e n’a finalement rien eu de dГ©sagrГ©able. Nous avons Г©tГ© convaincus de rejoindre une tablГ©e de parfaits inconnus au prГ©texte-piГЁge qu’ils Г©taient « sГ»rs que nous nous entendrions trГЁs bien ». Les premiГЁres minutes nous ont fait le craindre le pire. En peu de temps, les prГ©sentations gГ©nГ©rales ont Г©tГ© faites. Assis autour de la table basse, nous savions tous qu’Г partir de maintenant, nous allions devoir nous battre contre le diable de toute vie sociale : le blanc de conversation. Montagnards aguerris, cette Г©preuve sera vaincue en sortant une premiГЁre carte, certes cornГ©e, mais toujours efficace : le cinГ©ma. Nous passerons en revue les films vus rГ©cemment en priant que les avis s’opposent. Rien n’y fait, aucune prise de becs, tout le monde a aimГ©. La derniГЁre carte pouvant lancer la soirГ©e va devoir ГЄtre jouГ©e : l’actualitГ©. Insatiable pourvoyeuse de sujets de causerie. Le tremblement de terre a eu lieu quelques jours plus tГґt. Images chocs, fatalitГ© et dГ©bat sur le nuclГ©aire. La soirГ©e est sauvГ©e…
RassurГ©, je quitte la table pour aller dans la salle de bain. Je ferme le loquet. Les trois minutes qui suivront seront Г moi seul.
23:23
Je passe de l’eau froide sur mon visage. J’ouvre les yeux. Je me vois dans le miroir. De ce face Г face silencieux, me revient After Hours de Martin Scorsese. Au cours de cette nuit oГ№ tout lui Г©chappe, Griffin Dunne (trГЁs bon) rГ©pГЁte constamment ce geste. Son reflet est sa derniГЁre amarre le raccrochant au rГ©el. Si je reconnais mon corps, si ce visage est bien le mien ; je ne suis pas totalement fou. Notre esprit voyage, se perd, hurle, aime, s’abГ®me, s’illumine, mais notre corps, lui, reste lГ , vissГ© au sol. Il s’use, c’est tout. Le corps est notre porte-parole social. La face la plus lisse et contrГґlГ©e de notre esprit bruyant et malpoli.
23:24
A choisir, je prГ©fГ©rerais ГЄtre chez moi. Je les entends rire, ils se dГ©brouillent trГЁs bien sans moi, aprГЁs tout. Je m’assois sur le bord de la baignoire. Et lГ , je dГ©croche, je plonge. Minute noire oГ№ l’objet miroir est haГЇ. Ils en mettent partout maintenant. Il est responsable de tout : notre Г©goГЇsme, notre sociГ©tГ© de l’auto-contrГґle, centrГ©e sur l’image et notre besoin sidГ©rant d’Avoir. Supprimer tous les miroirs et nous serons heureux. Mais non, « ils » en mettront partout, impossible d’Г©chapper Г notre image, « ils » nous obligeront Г nous contrГґler de plus en plus, Г respecter leurs codes. « Les malins ».
23:25
Cette pause n’a pas eu exactement l’effet salvateurВ escomptГ©. Ca suffit, je vais les rejoindre. Le miroir est un objet domestique effrayant et cruel, donc idГ©al pour les films d’horreur. Mirrors de Alexandre Aja ou Shining de Stanley Kubrick se sont fait un malin plaisir de dГ©tourner notre logique mentale du reflet. Cet objet s’amuse Г montrer du doigt nos dГ©fauts : tel matin, nous ne sommes qu’un bouton sur le front, une autre fois, nous sommes rГ©duits Г un ventre, d’autre fois encore, nous ne sommes que deux cernes sous les yeux. De notre harmonie gГ©nГ©rale, il s’en cogne, mais la toute petite aspГ©ritГ© localisГ©e, ah Г§a oui ! Je ferme la lumiГЁre comme pour le faire taire. Je les rejoins. Nous nous sommes promis de nous revoir trГЁs vite.
* A lire avec un miroir (encore lui)
Augustin B.
BГўton, le retour 14 aoГ»t, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: Howard Hawks , Sexisme
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La France et l’Italie seraient-elles condamnées à se suivre dans la régression ? Après avoir imité l’Italie berlusconienne dans son attitude « virile » contre les Roms ou dans les coulisses du pouvoir, la France sarko-strauss-kahnienne récupère la publicité sexisme transalpine pour la Giulietta d’Alfa Roméo.
Dans la réclame sur papier glacé, l’image des femmes est rarement positive. Au mieux, lorsqu’elles sont stars, elles sont prescriptrices. Le plus souvent, elles sont dénudées comme promesse de récompense accompagnant la consommation du produit vanté. Au pire, elles sont purement et simplement assimilées au produit. Giulietta s’inscrit dans cette dernière veine : la femme-objet… qu’on croyait pourtant disparue suite aux « progrès » de l’égalité et à l’« efficacité » de l’autodiscipline des publicitaires.
L’objectivation d’un être humain passe par plusieurs vecteurs. D’abord le propos qui entretient la confusion. « Je suis Giulietta et je suis faite de la même matière que les rêves ». Mais qui parle ? La femme ou la voiture ? Mieux : la femme-voiture ! Le visuel ensuite : au milieu du grisé, le rouge des lèvres rappelle celui les feux arrières de la voiture quand les bretelles noires de la femme renvoient aux vitres teintées. La chevelure entrelacée évoque les courbes décoratrices des enjoliveurs.
Le lien indéfectible entre la femme et la voiture est enfin souligné par le slogan : « Sans cœur, nous ne serions que des machines »… puisque personne n’irait penser que c’est la voiture qui a du cœur alors qu’elle nous montre son cul. Dans Rio Bravo , western de Howard Hawks, Dean Martin et Ricky Nelson chantaient « My rifle, my pony and me ». C’était en 1959, dans un univers masculin de cow-boys solidaires dans l’adversité. En 2010, c’est la publicité qui nous chante : « Ma machine, ma femme et moi ». Vous voyez qu’on peut arrêter le progrès.
Marc GauchГ©e
Et si vous mettiez vos magazines Г plat ? 10 aoГ»t, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: MГ©dias , Xavier Durringer
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Plutôt que de fantasmer sur les pieds de votre voisine de plage, reprenez le magazine que vous avez abandonné à côté de votre serviette et ouvrez-le au hasard. Posez-le à plat, première et quatrième de couv’ visibles, comme si vous veniez d’interrompre la lecture d’un article pour vérifier que le drapeau est toujours vert et que vous pourrez donc aller vous baigner plus tard en rentrant le ventre. Le jeu est alors simple, il suffit de faire des liens entre les deux images qui, désormais, se juxtaposent : la première et la quatrième de couv’.
Illustrons par un exempleВ : le numГ©ro 3200 de TГ©lГ©rama , du 14 mai 2011, que je retrouve dans la pile de magazines abandonnГ©s par les locataires prГ©cГ©dents du bungalow. Cela donne Г§aВ :
Sur la premiГЁre de couv’ s’étale le portrait de Denis PodalydГЁs dans La ConquГЄte В (de Xavier Durringer, 2011) et sur la quatriГЁme de couv’, une photographie noir et blanc accroche le sourire de Brigitte Bardot. A l’opposГ© du jeu des 7 erreurs, ce sont les similitudes entre les deux personnages qui sautent au visage.
D’abord ils reprГ©sentent deux personnalitГ©s cГ©lГЁbres qui servent d’Г©tendards pour des produits : Brigitte Bardot est mobilisГ©e pour un sac et Nicolas Sarkozy pour un film. Ensuite les deux personnages font appel Г des mythes qui appartiennent au passГ©: celui de BB partant Г la conquГЄte de la France des annГ©es 1950 et celui de Sarkozy partant Г la conquГЄte – c’est d’ailleurs le titre du film- de la France des annГ©es 2000. Enfin, dans le registre du non-dit, ils exhalent tous les deux les relents de l’extrГЄme-droite. D’un cГґtГ©, Brigitte Bardot a affichГ© des connivences frontistes marquГ©es par la nostalgie d’un Гўge d’or fantasmГ©, de l’autre cГґtГ© Nicolas Sarkozy laisse son ministre de l’intГ©rieur et son courant de la Droite populaire donner libre cours Г leur haine de tout ce qui est Г©tranger et extГ©rieur Г la « pensГ©eВ В» franГ§aise la plus rГ©actionnaire.
Tout cela est trop capillo-tractГ© et partisan ?
Sans doute. Mais comment ne pas penser que les deux personnages ont Г©tГ© consciemment juxtaposГ©s ? Ce sont en effet deux grands portraits, ils affichent ostensiblement un accessoire griffГ©, sac Lancel ou lunettes Ray Ban. MГЄme la faГ§on de les nommer utilise la mГЄme ficelle en rГ©duisant le prГ©nom ou le prГ©nom Г une initiale mise en miroirВ : d’un cГґtГ©, « Et Lancel crГ©a… le B. Bardot », de l’autre « Nicolas S. le film ». En fait, que ce soit pour un sac de luxe ou pour un magazine culturel, le traitement publicitaire des ГЄtres humains est bien le mГЄme. Et en politique comme en maroquinerie, quand le produit l’emporte sur l’ГЄtre humain, on imprime le produit.
Marc GauchГ©e
Le retour des enfants de Salo 29 juillet, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© , The Movie Library .Tags: Donatien Alphonse FranГ§ois de Sade , DSK , Pier Paolo Pasolini
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IВ° partie.
« Je crus, dès que je pus raisonner, que la nature et la fortune se réunissaient pour me combler de leurs dons ; je le crus, parce qu’on avait la sottise de me le dire, et ce préjugé ridicule me rendit hautain, despote; il semblait que tout dût me céder, que l’univers entier dût flatter mes caprices, et qu’il n’appartenait qu’à moi seul et d’en former et de les satisfaire »
Aline et Valcour
Novembre 1785
La cellule du numГ©ro 6 au ChГўteau de Vincennes aurait fait passer le trou de Rikers Island pour un palace. Seul un mince filet de lumiГЁre perГ§ait d’une unique fenГЄtre striГ©e d’une vingtaine de barreaux. Sade s’y est esquintГ© la vue jusqu’Г devenir aveugle pendant plusieurs semaines. Naturellement irrГ©ductible et d’un tempГ©rament agitГ©, notre libertin aux mЕ“urs bien trop lГ©gГЁres pour son Г©poque Г©tait de jour en jour plus nerveux avec ses geГґliers et ses camarades d’infortune. Le pauvre Mirabeau, qui ne passait pas pour un parangon de vertu et avec qui il aurait pu se trouver des affinitГ©s, a ainsi pris quelques bourre-pif de notre plumitif impГ©tueux qui devait sans doute le trouver trop timorГ©. Ou peut-ГЄtre que sa gueule ne lui revenait pas. Mais il faut dire que Mirabeau avait chopГ© la vГ©role au berceau et qu’il faisait vraiment flipper. MГЄme Marat passait pour un apollon Г cotГ© du vГ©tГ©ran de la Guerre d’AmГ©rique.
En arrivant Г la Bastille son standing s’amГ©liore nettement. Il s’est installГ© au deuxiГЁme Г©tage de la Tour LibertГ© au prix d’une pension plus que coquette versГ©e aux Г©tablissements royaux (en 2011 vous pourriez vous offrir un joli triplex a Manhattan). Pour 35m2 ce n’était pas donnГ©, mais c’est toujours mieux qu’à Vincennes ou sa drГґle de cavale avait pris fin 8 ans plus tГґt. Sade avait Г©chappГ© au bucher aprГЁs sa condamnation pour empoisonnement et sodomie par le Parlement de Provence grГўce Г l’entregent de ses protecteurs et au renom de son illustre famille, mais sa belle-mГЁre a prГ©fГ©rГ© le faire enfermer sur lettre de cachet pour lui Г©viter l’exГ©cution en espГ©rant qu’un sГ©jour au frais calme ses ardeurs. C’est pourtant l’effet inverse qui va se produire et de borderline, le rejeton turbulent vire carrГ©ment psychotique. Depuis son arrivГ©e, il engraisse et ronge frГ©nГ©tiquement son frein jusqu’Г s’en claquer le prГ©puce.
Sa chute fut presque aussi brutale que celle du dernier président du FMI. Lui, l’ancien protégé des Condé, l’élève des jésuites de Louis le Grand dont on louait l’esprit et la bravoure, même si on le sentait déjà dérangé, finit par être rattrapé par son gout de la bagatelle. Les missives fiévreuses qu’il adresse a sa belle-mère ne suffisent bientôt plus a contenir sa rage qu’il va faire gicler sur d’innocentes feuilles blanches. Il se met au travail le 25 octobre pris de convulsions littéraires et torche son opus en moins en quatre semaines. L’intrigue n’est pas des plus élaborées mais la« singulière partie de débauche » en Forêt Noire qu’il nous conte lui permet de laisser libre court à son imagination. Et Donatien Dieu sait que notre ami en avait à revendre !
Tant qu’à outrepasser la morale et à choquer, autant y aller allégrement s’est sans doute dit le Marquis embastillé. Les frasques des quatre hôtes de ses journées font passer les soirées bunga-bunga pour des réunions Tupperware et 2 girls one cup pour un clip de sexy-zap. Ses pattes de mouches nerveuses noircissent d’une écriture minuscule 33 petits feuillets qui mis bout a bout forment un rouleau de douze mètres de long. Sade entré à Vincennes pour outrage aux mœurs se découvre une passion pour l’écriture-thérapie qui ne le quittera plus. Les 120 journées de Sodome est sa première « grande » œuvre. Bien avant que Freud nous propose ses clés pour l’interprétation des rêves, il nous offrait là avec cette œuvre unique un accès direct au subconscient d’une humanité hantée par les mêmes fantômes depuis le fond des âges.
Les maudites journées se déroulent sous le règne du Roi Soleil, mais leur histoire est éternelle. C’est celle de la violence fondamentale des rapports de classe et des abus des puissants. Avec son évêque, son financier, son duc et son magistrat, Sade a trouvé le casting idéal pour s’attaquer à une justice corruptrice, à une religion d’hypocrites, à une noblesse dégénérée et au pouvoir de l’argent qui sert de lubrifiant à leurs relations incestueuses. Avec son pamphlet gonzo visionnaire, il sait qu’il tient un truc d’envergure et prend soin de garder son œuvre trop sulfureuse à l’abri des regards indiscrets.
Juillet 1789
Presque quatre ans que Sade s’astique le manche en relisant sa prose. 13 ans qu’il est enfermé. Ses bourses sont au bord de l’implosion mais il sent bien qu’à l’extérieur la tension monte aussi et que Paris est électrique. Le 2, il s’équipe d’un porte voix artisanal et commence a hurler à la mort pour interpeller les badauds en contrebas. Imaginez le scander des slogans trop en avance sur leur temps « Jouissez sans entrave ! », « il est interdit d’interdire » « 10 ans, ca suffit » ou « La chienlit, c’est Louis ». Le 3, on décide de le faire taire et de le transférer chez les coucous de l’Hospice de Charenton avant que la contagion n’opère. Sade dut abandonner précipitamment son manuscrit là où il l’avait composé, dans les gogues de sa cellule. Il évoquera plus tard cette déchirure en disant qu’elle lui a fait verser des larmes de sang. Mais son manuscrit n’était pas perdu pour tous et allait connaître un destin trouble digne de l’Origine du Monde avant de ressurgir au début du XXe siècle grâce à Iwan Bloch le père de la Sexualwissenschaft.
Arnould de St Maximin, un révolutionnaire opportuniste dont on ne connaît plus que le nom s’aventurera le 15 juillet dans les entrailles fumantes de la forteresse saccagée à la recherche de quelque relique abandonnée qu’il pourrait revendre à bon prix. Il prit soin de se couvrir le nez de son bonnet phrygien pour ne pas défaillir en respirant les effluves fétides laissées par les derniers occupants et partit hardiment à l’assaut des 6 étages de la tour Liberté. Il ne remarqua d’abord rien de spécial en passant la tête par l’embrasure du cabinet d’aisance du 2 e étage. Mais alors qu’il s’apprêtait à continuer sa visite, son œil fut attiré par un objet qui ne semblait pas y avoir sa place. En se saisissant de cet étrange rouleau, il fut intrigué par la petitesse des caractères qui en rendaient la lecture très malaisée. Décryptant à grand peine les coups de scalpel frénétiques qui scarifiaient le papier, notre brocanteur du dimanche dut pourtant comprendre assez vite qu’il avait affaire à un brulot d’un genre un peu spécial. En tous cas il n’était pas venu pour rien. Mais quelle qu’ait été son excitation au moment ou il emportait sa trouvaille miraculeuse il ne pouvait se douter un instant que le tissu de saloperies qu’il tenait entre ses mains serait un jour couché sur papier Bible, entrerait dans la Pléiade et serait porté à l’écran. La révolution des mœurs allait devoir attendre.
Guillaume L.
Le cri d’Eva Joly lors de l’investiture Г©cologiste 13 juillet, 2011
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La sГ©rie de l’étГ© : В« Les bons vЕ“ux de celui qui se cherche В» – Le prГ©sident rassurant [1er Г©pisode : 31 dГ©cembre 2007] 3 juillet, 2011
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Le quinquennat, dès le 6 mai 2007, sombre dans le bling-bling. Nicolas Sarkozy commence sa carrière de président des riches et le fait savoir : nuit au Fouquet’s, séjour en yacht de luxe prêté par Vincent Bolloré puis vacances aoutiennes dans la station balnéaire de Wolfeboro aux frais d’Agnès Cromback et de Roberto Agostinelli. En novembre, il montre qu’il s’intéresse d’abord à son pouvoir d’achat en s’augmentant de 172%. Côté famille, le 14 juillet, l’exhibition du bonheur avec sa femme tourne au grotesque avec le divorce en octobre. Quelque chose se détraque dans la machine à gagner. D’autant plus que le nouveau président choque par son attitude : il répond comme un voyou à un pêcheur breton qui l’insulte le 6 novembre ; le 10 décembre il accueille avec tous les honneurs le dictateur Mouammar Kadhafi et 5 jours plus tard, il se fait photographier à Disneyland avec Carla Bruni puis en Egypte… En fin d’année, la France a le tournis.
Il faut donc rassurer ces Français qui doutent déjà de l’homme venant pourtant de se faire brillamment élire. Le décor de ses vœux le 31 décembre 2007 est donc le plus chargé possible de signes qui renvoient à la tradition et à la continuité : bureau à l’Élysée, encrier, sous-main, statuette ancienne sur la cheminée, lustre en cristal… Il ne manque que la pendule. Enfin, le président se veut protecteur et les handicapés ne sont donc pas oubliés, mais ce sera uniquement pour ces premiers vœux. L’inspiration de l’ensemble puise dans les sources résolument pompidoliennes et mitterrandiennes.
Quant à Nicolas Sarkozy, il voulait être le président de la rupture, il commence à craindre d’être celui de la rupture… avec les Français.
Marc GauchГ©e
[ГЂ suivre]
The Very Bad Trip of Life 28 juin, 2011
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Nul ne m’empêchera d’écrire que le dernier film de Terrence Malick, The Tree of Life , est complètement raté. De toute façon je ne révèle rien, tout le monde s’en est rendu compte : le couronnement par une palme d’or à Cannes est la récompense injustifiée d’un film à l’esthétique pesante et au propos d’une platitude sans borne. Le montage est incompréhensible, le film se réduit à une succession d’images qui semblent récupérées d’un épisode d’ Ushuaïa , les sujets, pourtant non dénués d’intérêt (la genèse de l’humanité, l’enfance difficile d’un gamin dans les années 50), sont traités sans engagement par un auteur qui ne se mouille jamais. A force de ne rien comprendre, on reste en retrait. Résultat : on souffle face à une œuvre qui tente d’embrasser le monde mais qui ne réussit pas à devenir la grande fresque sur l’humanité qu’elle prétend incarner. Un film mégalo en somme, plutôt égocentrique, qui à force de vouloir tout dire, obtient ce qu’il souhaitait à priori éviter : ne rien dire du tout.
Le pire, c’est qu’on a l’impression d’avoir dГ©jГ vu The Tree of Life Г travers plusieurs chefs d’œuvres dont le film s’inspire sans gГЄne. Ainsi Malick pompe odieusement Kubrick ( 2001 ) avec ses images de l’espace et ses airs de musique classique. N’arrive jamais Г la cheville d’un Pialat lorsqu’il traite de la fГ©rocitГ© des rapports familiaux, ou d’un Todd Haynes ( Loin du Paradis ) lorsqu’il filme l’existence pavillonnaire des annГ©es 50 aux Etats-Unis. A l’amГ©ricaine, le film veut trop, vise trop haut et finit par se diluer dans un propos complexe et indigeste (nature, crГ©ation, humanitГ©, famille, passГ©-prГ©sent-futur et j’en passe), en dГ©calage total avec les prГ©occupations de sociГ©tГ© actuelles. Jamais il n’est fait Г©tat, par exemple, de la technologie numГ©rique, dans cette ambition folle, dГ©mesurГ©e, de vouloir pourtant tout traiter. Une mauvaise idГ©e que vient pourrir un fade message d’espoir final, oГ№ des gens marchent ensemble sur la plage vers ce qui semble ГЄtre l’avenir. Parlant d’espoir, c’est des RГЄves dansants. Sur les pas de Pina Bausch (TanztrГ¤ume) d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann, charmant documentaire Г taille humaine sur la danse, dont Malick aurait bien fait de s’inspirer pour clore ce very bad tripВ !
Matthieu Z.
En 2012, je voterai pour… 21 juin, 2011
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Nous allons passer les douze prochains mois Г devoir donner un avis sur chacun des candidats. Untel est trop Г gauche, celui-ci trop Г droite, un autre trop rien, trop ceci, pas assez cela… Chaque candidat passera devant notre tribunal personnel oГ№ il en sortira acquittГ© ou condamnГ©. Puis une inГ©vitable petite phrase, une polГ©mique savamment orchestrГ©e, remettront tous les compteurs Г zГ©ro et nous reprendrons la litanie des atouts et dГ©fauts de chacun. En 2012, je ne voterai pas pour quelqu’un mais pour une loi. Le candidat qui la prГ©sentera dans son programme aura mon vote. C’est tout.
Cette loi m’a été soufflée par un film : Pater d’Alain Cavalier (sortie le mercredi 22 juin). Dans une mise en situation habile et drôle, Alain Cavalier, Président de la République, nomme Premier Ministre Vincent Lindon. Celui-ci a pour mission de mettre en place une règle simple, logique et morale : le salaire maximum ne pourra pas excéder plus de 10 ou 15 fois le salaire le plus faible. La force de cette proposition de loi est son évidence. C’est exactement ce qu’il nous faut. Cela n’empêchera personne de s’enrichir, ni au marché de fonctionner mais cela apportera, un rapport d’échelle intelligible et nécessaire.
Nous sommes Г un an des Г©lections. Cette loi doit faire son chemin. Nous, c’est Г dire le peuple, devons l’imposer aux candidats. Ils devront se positionner pour ou contre cette loi et s’en expliquer. Elle sera sans doute d’abord prise Г la lГ©gГЁre, puis critiquГ©e, mais nous y reviendrons inlassablement. Cette idГ©e d’un plafonnement des salaires a le bon sens des lois justes. Aussi rГ©volutionnaires que devaient ГЄtre l’assurance chГґmage ou l’assurance maladie, ces avancГ©es sociales se sont imposГ©es par leur Г©vidence. Il en ira de mГЄme pour la loi Vincent Lindon !
Alain Cavalier a le premier ramassé ce témoin. A nous de le saisir et de le porter pour qu’en 2012, il nous soit possible de faire ce choix. Le premier geste pourrait être d’aller voir l’excellent film Pater .
Augustin B.
Le pauvre et son joint 17 juin, 2011
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Haro sur le pauvre ! Haro sur le pauvre ! Qu’a-t-il donc bien pu faire, ce pauvre, pour mériter cela ? Coupable d’être soi, voilà surement une justification suffisante. Coupable d’être né pauvre, coupable de l’être resté, de l’être encore, d’être au fond. Coupable depuis des siècles, quoique. Le système capitaliste libéral a désormais presque achevé la révolution individualiste. Finie la solidarité de classe : le mouvement ouvrier s’est désagrégé, les syndicats sont en lambeaux et l’individu reste seul face à l’entreprise lorsqu’il possède encore la chance de lui être présenté. Finie également la mentalité paternaliste développée à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. Bien que contestable sur le fond, elle possédait au moins l’insigne mérite d’une certaine compréhension de la souffrance et de la condition d’autrui (intérêt bien compris), y apportant quelques solutions pratiques. Fini tout cela, l’homme moderne est un solitaire. La compétition est rude. Ceux qui meurent meurent, mais en silence s’il vous plaît.
Le débat actuel (« Sommes-nous un pays d’assistes ? », « A bas les fraudeurs », « France arnaque ») fige une conception individualiste de la pauvreté et de l’échec social. Comment peut-on en arriver à négliger à ce point l’ensemble des paramètres systémiques qui concourent à cette même pauvreté ? La notion de contrepartie a l’assistance, plus qu’en vogue ces derniers jours, participe de la même logique. Dans un rapport individualiste entre les êtres, il est en effet normal que le gratuit n’ait pas sa place. En conséquence, le don (qui n’en est plus un par définition) se dote d’une contrepartie : la participation à des travaux d’intérêt général* (sémantiquement, on se rapproche des peines de justice données comme alternatives à la prison, ce qui confirme une approche par la contrainte des rapports sociaux). Vous imaginez un peu, donner pour de vrai, par altruisme, gratuitement ? « Non mais sans blague ! » comme dirait le regretté Coluche. La vie est dure, n’est-ce pas ? Surtout pour les autres. Je me souviens de ces films des années 80, Viens chez Moi… ( http://uk.imdb.com/title/tt0083287/ ) et du début des années 1990, Une Epoque formidable ( http://uk.imdb.com/title/tt0103168/ ). Le pauvre y était sympathique au fond, un type malchanceux mais un brave type quand même (Gérard Jugnot, Michel Blanc, un peu filous, tellement attachants). Ces films sont certainement représentatifs dans une certaine mesure de la perception sociale du pauvre à cette époque. Et puis l’air du temps change vers la fin des années 1990 et c’est désormais l’ère du pauvre sauvage dans sa prison de béton, l’animal urbain ( La Haine http://www.imdb.com/title/tt0113247/ ). Il fait peur, c’est l’ennemi. L’Autre incompris. On considère alors que le pauvre est bien à sa place : loin. Loin, en périphérie, loin où on ne le voit pas. Et ce ne sont pas les émeutes des banlieues de 2005 qui ont changé pour un sou le regard des seigneurs. Bien au contraire, on amalgame, on raccourcit à coups de Karcher la vision du pauvre. Point de dialogue avec les animaux, ils ne comprennent que la force. Malheureusement, la force elle-même se trouve peu à peu dépourvue de ses moyens, rationalité économique oblige (sacro-sainte rationalité économique). Alors c’est l’abandon, tout simplement. Abandon des bons et des méchants ensemble, jeunes et vieux, simplement coupables d’être géographiquement là et d’y rester faute de pouvoir en partir.
Le nouveau pauvre est donc par nature en prison. Et le temps est long en prison, un temps immobile, une Г©ternitГ© de frustration. Alors on fume des joints. On en fait tourner, un peu, beaucoup. Qui est-il donc celui qui vient interdire le dernier nuage qui masque l’horreur du rГ©elВ ? Depuis tout jeune, « on nous apprend que rien ne fait un homme Г part des francsВ В» – IAM. Lorsque les valeurs promues par le systГЁme sont en rГ©alitГ© simplement appliquГ©es, lorsque mon nom ne me permet pas de sortir du ghetto, lorsque tous mes efforts sont ruinГ©s d’un regard (franГ§ais), lorsque simplement bouger de A Г B est un enfer, qui oserait encore dicter ma conduiteВ ? Le dГ©sespГ©rГ© ne reconnait plus l’autoritГ©. Et il a philosophiquement raison. La rГ©volte contre l’injustice est le premier pas vers la libertГ©.
Ne pas laisser disparaître la logique du don et de l’entraide en est un autre. Ce n’est pas une justification de la délinquance. Ce n’est pas un éloge de la paresse. C’est de l’humanité. C’est ce qui fait précisément que l’on appelle une société « société ». C’est le niveau minimal de compréhension d’autrui. C’est ce qui distingue au fond l’homme de l’animal : son empathie. La politique en France aujourd’hui est amorale. Elle nie sa propre essence. C’est là son principal défaut, qui menace à terme la survie même de ce que l’on ose encore appeler démocratie.
Mathieu V.
FMI : Lagarde se prГ©pare Г succГ©der Г DSK 15 juin, 2011
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Olympe, Louise, Rosa et les autres 30 mai, 2011
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Comment illustrer la rupture que les rГ©volutions arabes sont en train d’imposer dans la reprГ©sentation du Maghreb et du Moyen-Orient ? En effet, ces peuples ont Г©tГ© trop souvent perГ§us comme tellement immatures pour la dГ©mocratie que leur soumission Г des dictateurs aurait Г©tГ© la meilleure chose qui pouvait leur arriver pour les (et nous) prГ©server de l’islamisme radicalВ ! Comment changer les visuels de FranГ§ais abreuvГ©s de faux dГ©bats sur l’identitГ© nationale et la laГЇcitГ© ? Comment montrer que le slogan de la rГ©volution tunisienne est « libertГ©, dГ©mocratie, laГЇcitГ© » ? Comment faire sentir notre proximitГ©, nos ressemblances avec les aspirations de ces peuples en rГ©volution ? Comment rГ©veiller les femmes et les hommes de notre rive de la MГ©diterranГ©e? Quand, lГ -bas, des peuples se soulГЁvent pour exiger le dГ©part de leurs dirigeants avec pour mot d’ordre : « DГ©gage ! », ici, c’est le prГ©sident qui a lancГ© Г l’un d’entre nous « Casse-toi pauvre con ! ». Quand, lГ -bas, des peuples chassent le clan d’aristocrates qui accaparaient les richesses, ici, c’est un ex-ministre de la culture qui se fГ©licite d’ouvrir, sur le domaine public de Versailles, un hГґtel de luxe pour rГ©tablir dans leurs meubles les aristocraties devenues financiГЁres. Quand, lГ -bas, un peuple se fait acteur de son destin, il n’est, ici, que le spectateur passif de ce que l’on dГ©cide sans lui. Face Г ce dГ©fi, les magazines et journaux franГ§ais ont une nouvelle fois fait le choix d’illustrer leur une avec des photographies de femmes. L’islam repoussoir Г©tait en effet dГ©jГ mis en scГЁne par des femmes en burqa, les rГ©volutions dГ©mocratiques du XXIe siГЁcle le seront par des manifestantes. Adieu donc les Maximilien, Vladimir et Fidel, bonjour les Olympe, Louise et Rosa ! Et dans la multitude de ces couvertures, plusieurs archГ©types se dГ©gagent.
Le premier archГ©type consiste simplement Г installer une image de femme en une, ficelle Г©ditoriale rГ©currente de la presse. L’image des femmes est ainsi rГ©guliГЁrement mobilisГ©e pour des causes qui lui Г©chappent souvent. LГ , il n’y a rien d’anormal Г ce choix et c’est celui que fait L’Express du 19 janvier 2011В : rouge dominant pour « la rГ©volutionВ В» et femme voilГ©e pour « arabeВ В». Car les femmes jouent un rГґle actif dans ces rГ©volutions et leur participation a Г©tГ© notГ©e comme le plus significatif signe de changement. C’est ainsi que la premiГЁre rГ©volution, celle en Tunisie, est intervenue dans un pays des plus Г©duquГ©s et qui avait donnГ© des droits aux femmes en 1956… mais avait privГ© toute la population de libertГ©s publiques. Comme l’explique HГ©lГ© BГ©ji, intellectuelle tunisienne ( Le Nouvel observateur , 17 fГ©vrier 2011), l’aspiration Г l’Г©galitГ© et Г la libertГ© dans le foyer a servi de modГЁle Г la revendication d’Г©galitГ© et de libertГ© dans la sphГЁre publique.
Le deuxiГЁme archГ©type est celui de l’islamisme qui profiterait des rГ©volutions dГ©mocratiques pour parvenir au pouvoir. Le Point du 3 fГ©vrier 2011 titre : « Le Spectre islamiste » avec une femme voilГ©e en couverture. La thГЁse est ancienne : les rГ©volutions finissent mal en gГ©nГ©ral et les peuples se voient inexorablement confisquer le pouvoir par des barbus selon le (vieux) modГЁle iranien de 1979. La femme voilГ©e est ostensiblement l’incarnation de ce « spectre ». Le 24 fГ©vrier 2011, Courrier international met Г mal cet archГ©type en y introduisant de larges nuances : « RГ©volutions arabes, l’islamismeВ dГ©passГ© ». Sur cette couverture, le drapeau quasiment masquГ© en une du Point , est devenu central, comme si la nation supplantait la religion. La femme est toujours voilГ©e, mais elle ne fait plus face, elle esquisse mГЄme un sourire apaisГ© et porte un sac Г main sur l’Г©paule, signe peut-ГЄtre encore plus rassurant de sa proximitГ© avec les Occidentales.
Le troisiГЁme archГ©type est celui de la rГ©volution Г©mancipatrice et libertaire. Il est reprГ©sentГ© par des femmes juchГ©es sur les Г©paules d’hommes. Le Nouvel observateur du 20 janvier 2011 et LibГ©ration du 12 fГ©vrier 2011 font ce choix en titrant, respectivement : « Tunisie : l’espoir » et « Libres ». Seul l’hebdomadaire de Jean Daniel ose une femme sans voile, mais l’essentiel est ailleurs. C’est la rГ©fГ©rence aux images de mai 1968 quand les femmes sur les Г©paules des hommes dГ©filaient dans la rue rappelant le clichГ© de Caroline de Bendern. Le 13 mai 1968, fatiguГ©e, elle se hisse sur des Г©paules masculines et brandit le drapeau du Vietnam. Jean-Pierre Rey la photographie et convoque ainsi une autre mythologie, celle de la femme-libertГ© guidant le peuple d’EugГЁne Delacroix (1831)… La presse de gauche mobilise ainsi l’imaginaire de son lectorat, comme la presse de droite mobilisait l’imaginaire du sien. RГЄve d’égalitГ© et de libertГ© d’un cГґtГ©, cauchemar d’intГ©grisme de l’autre.
Mais si l’on adopte la thГЁse de HГ©lГ© BГ©ji, ce sont plutГґt les hommes qui, lors de la rГ©volution tunisienne, ont bГ©nГ©ficiГ© des Г©paules des femmes. Puisque la femme est l’avenir [des droits] de l’homme… ce serait bГЄte de l’oublier au moment d’Г©crire un programme prГ©sidentiel pour 2012.
Marc GauchГ©e
Le « boum » et le « bang » : Cannes, DSK et ce joli mois de mai 25 mai, 2011
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Comme je me serais tu si j’étais un éléphant. Comme j’aurais attendu, comme un sage, que passent la tempête et la cacophonie. Prendre une route communale quand l’autoroute est bouchée, quel pied, on redécouvre la campagne. « Se moucher » quand on parle, afficher un air grave, quelque retenue du moins, voilà ce que j’aurais fait si j’étais passé ces jours-ci sur les plateaux télé. Et peut-être que si je n’avais pas perdu mon temps à guetter les tweets en provenance de New York j’aurais vu plus de bons films cette semaine (toujours pas été voir le nouveau Malick, que pourtant j’attendais). Jamais j’aurais si peu suivi le passage des stars, si peu vu se salir à mesure le fameux tapis rouge. Billet libre et sans plan, comme la défense d’un homme à cheval sur le Styx.
Michel Denisot, Grand Journal en direct de Cannes, mardi 17 mai : « Et vous, Catherine Deneuve, que pensez vous de cette affaire ? – Euh… Rien »
Ce mois de mai quel bordel : comme si l’affaire Dreyfus était jugée dans la piscine à boules de Disneyland Paris. Tu zappes et tu passes d’un monde à l’autre. Nagui présente soudain Les Mercredis de l’Histoire. Chacun sent que le boom et le bang nous reviendront des jours passés, qu’on devrait plutôt se planquer en attendant que le beau temps succède à la pluie. Intrusion de « l’affaire » sur les plateaux décontractés, mais c’est comme l’entonnoir qui piège la guêpe en été : l’inverse n’est pas vrai, l’attirance est unilatérale. Je ne sais pas si vous le sentez mais cette année la Croisette a la honte. Le journalisme sérieux s’éloigne des festivités et ceux qui couvrent ces dernières ont l’air de suivre un match de football sous des rafales de bombes. C’est moins drôle qu’avant, quand on savait qu’après Cannes, il y aurait Roland-Garros (où l’on verrait Belmondo tout bronzé), puis l’été, puis Intervilles, puis tout ça, la vie cool et les verres de rosé.
Quelques personnes sont en colГЁre, mais la plupart non. La plupart n’y croient pas Г cette histoire mais s’indignent doucement, peu sГ»res de leur instinct. Imaginez que tout d’un coup l’on apprenne que de Gaulle Г©tait une femme travestie ou je ne sais pas, que Zidane Г©tait le pseudonyme de Bernard. Ca fait bizarre. On se dit « quel salaudВ В» mais on repasse devant leur portrait, suspendu dans la salle Г manger, et l’on ne sait plus que croire. On est tout chose et c’est presque bon quand mГЄme, de savoir que la rГ©alitГ© dГ©passe parfois la fiction, que le JT pour une fois divertit plus que Cannes. On redГ©couvre que rien n’est figГ©. Beaucoup s’ennuyaient de savoir dГ©jГ si longtemps Г l’avance le nom du prochain prГ©sident. C’est comme si on nous avait dit en septembre que Lille serait champion. Ca n’aurait plus servi Г rien de se battre ni mГЄme de vivre qui sait, pour certains. Cette affaire nous bouscule. Seuls les FranГ§ais s’en plaignent, quoique pas tous, quoique non : tous au fond s’en dГ©lectent. Ils Г©taient nombreux, comme des vautours cachГ©s, honteux, dГ©guisГ©s en moines amГ©ricanophiles, Г prendre un plaisir refoulГ© Г voir les tours jumelles en cendre. Ils sont nombreux aujourd’hui dГ©guisГ©s en tenants du complot, en amis excГ©dГ©s (BHL et Lang m’ont peinГ© cette semaine…) Г reconnaГ®tre mais seulement pour eux-mГЄmes que nous sommes passГ©s tout prГЁs d’élire un mec tordu. Ils critiquent sans recul une justice Г©trangГЁre qui a au moins pour elle de donner voix aux faibles.
Le spectacle et la politique ne font pas toujours bon ménage. Lars Von Trier l’a compris cette semaine. Je crois qu’il a voulu blaguer mais ce n’était pas le bon moment. Les gens étaient crispés. Ça m’a rappelé Galliano. On n’attend pas de de Niro qu’il parle de la Syrie. Les gens voient beaucoup de meurtres le dimanche soir sans pleurer. Voir un ponte avec des menottes les émeut plus que tout, et pourtant le même soir, dans le même lit, avec le même cafard lorsqu’ils pensent au lundi. Tant mieux. C’est sain. Surtout quand la victime présumée est réelle. Mais je me désole quand tout un peuple pleure un seul homme (est-il à ce point en recherche de messie ?). Un homme aujourd’hui et un seul devrait pleurer tout un peuple, voilà qui serait normal, voilà qui serait bon.
Sans parti pris, ClГ©ment V.
La dictature du В« woaw ! В» 22 mai, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: Anish Kappor , Arts plastiques , Pascal Bruckner
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« Woaw ! », voilà ce que le sculpteur Anish Kapoor espère que le public se dise en découvrant son encombrante œuvre d’art, Leviathan , actuellement exposée dans la Nef du Grand Palais*. Woaw, soit un mini-mot pour une méga-sculpture. Woaw, soit aussi le cri qu’il est devenu normal de pousser à l’écoute des incroyables événements dont nous abreuvent les médias ces derniers temps.
Fukushima ? Woaw ! Ben Laden ? Woaw ! DSK ? Woaw ! Woaw de dépit, woaw d’effroi, woaw d’hébétement. Depuis quelques semaines, nous avons franchi un cap : à l’écoute des « news », nous voilà plus que jamais privés de la possibilité de réagir autrement qu’avec ce drôle de petit mot. Pas vraiment un mot d’ailleurs, juste un terme un peu sot, conséquence légitime de la répétition avec laquelle on nous assène l’alarmante information.
Car il n’est plus question de se borner à servir de l’info brute. Il s’agit désormais de faire une montagne de tout événement, en disproportionnant les conséquences d’une catastrophe, en prédisant d’imminentes répercussions terroristes, en dramatisant la descente aux enfers d’un politique. C’est le règne du too much , dans les arts plastiques comme dans l’actu.
Pascal Brukner expliquait récemment, dans une pertinente analyse livrée au Monde ( La Séduction du désastre **), les conséquences de l’actuel catastrophisme ambiant. Situant celui-ci « dans les pays occidentaux, comme s’il était la résidence secondaires des peuples privilégiés », l’auteur relevait ce curieux paradoxe : « en voulant nous persuader du chaos planétaire, (le discours apocalyptique) intègre notre disparition éventuelle à la tiédeur quotidienne. Il voudrait nous réveiller, il nous engourdit. ». Avant de conclure que « le tambour de la panique propage découragement et désespoir au lieu d’encourager la résistance. ».
Il faut se souvenir de cette analyse que c’est à nous, peuples privilégiés, qu’il revient de garder la tête froide. A nous d’éviter de prononcer ce « waow » autant qu’il est possible. A nous de relativiser la situation dans laquelle nous nous trouvons. Au diable la stupéfaction contraignant l’action. A chaque drame, bien au contraire, sa solution constructive.
Reste maintenant à savoir ce que proposera le sculpteur invité dans le cadre de la prochaine édition de Monumenta. Une œuvre qui englobera toute l’armature du Grand Palais ? Et quel cri alors serons-nous censés pousser ?
Matthieu Z.
* selon les dires du sculpteurВ : http://www.lejdd.fr/Culture/Expo/Actualite/Anish-Kapoor-est-le-nouvel-invite-du-Grand-Palais-309999/
** http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/30/la-seduction-du-desastre_1515097_3232.html
Slam du gouvernГ© au gouvernant Ep 3 11 mai, 2011
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Ne voyez-vous point les larmes,
N’entendez-vous point les crisВ ?
Faudra-t-il encore prendre les armes
Pour vous ramener au rГ©el
Vous sortir hors du nid
Ou, perchГ©, vous battez des ailes
Remuant В le vent
Agitant le nГ©antВ ?
Qu’avons-nous donc fait
Pour mГ©riter tant de mГ©pris
Si ce n’est pour vous d’avoir voté
Lorsqu’à cette heure vous souriiez
Lorsqu’à cette heure même vous avez ri
Des espoirs insufflГ©s ?
Que reste-t-il donc
De ces vertus rГ©publicaines
Que vous appelez de vos vЕ“ux
Pour d’autres que ceux
Dont vous partagez la tableВ ?
Que reste-t-il donc
A part cette douce haine
A part ces sombres fables
Doucement instillГ©es
Au fil de vos apparitionsВ ?
Avez-vous oubliГ© ces chansons
Qui autrefois guidaient
Les marches de ceux
Que vous reprГ©sentezВ ?
Au lieu de donner
Sans état d’âme vous avez pris
Au lieu de dГ©montrer
Dans l’ombre vous avez ourdi
Au lieu d’être l’exemple
Vous êtes l’écho malheureux
Tel un gardien du temple
DГ©fendant les faux dieux
Ravi d’une simple obole
Messieurs, je ne vous salue pas.
Mathieu V.
En complГ©ment :
http://cinethinktank.com/2009/06/25/slam-du-gouverne-au-gouvernant/
http://cinethinktank.com/2009/10/30/slam-du-gouverne-au-gouvernant-ep-2/
Le royal wedding d’Oussama Ben Laden 9 mai, 2011
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Deux Г©vГЁnements planГ©taires qu’a priori tout oppose, et pourtant. On a annoncГ© plus de 2 milliards de tГ©lГ©spectateurs (2 milliardsВ !)* pour le mariage royal qui a uni Kate et Harry (non William, l’autre, excusez-moi, je confonds toujours). Soit quasiment un ГЄtre sur trois Г la surface de la planГЁte. Le chiffre lui-mГЄme n’est-il pas effrayant en soi ? Une telle communion universelle relГЁve presque du jamais-vu dans l’histoire de l’humanitГ© et transcende toute condition de race et de religion. Neil Armstrong, Michael Jackson et mГЄme le Super Bowl font pГўle figure en comparaison. On ne peut s’empГЄcher de songer Г ces auteurs de science- fiction qui ont si bien prophГ©tisГ© pour nous de telles messes cathodiques : George Orwell ( 1984 ), Frank Herbert ( Dune ) ou encore Isaac Asimov ( Fondation ) Г©voquent tous ces communions humaines totales, la cГ©lГ©bration de l’être dans l’évГ©nement. Je regarde, donc j’existe. Il y a lГ dГ©finitivement un embryon de sociГ©tГ© globale, avec l’apparition de joies et de peurs universelles partagГ©es en masse, et dont le caractГЁre d’unicitГ© en lui-mГЄme est terrifiant.
Dans la grande conjonction de l’histoire planГ©taire donc, apparait presque concomitamment la nouvelle de la disparition de son ennemi le plus acharnГ©, ou tout du moins le plus symbolique. Une mort sans visage qui l’inscrit au panthГ©on des peurs Г©ternelles. Qu’aurait donc pensГ© Emmanuel Levinas de ce visage que l’on n’a pu affronter une derniГЁre fois ? Son absence nous permet-elle de faire le deuil de la terreur ?
On a d’ailleurs pu noter de maniГЁre gГ©nГ©rale une augmentation significative de l’audience de tГ©lГ©vision les jours suivant le mariage, comme une volontГ© commune presque malade, obscГЁne, de (sa)voir, Г tel point qu’il est permis de se demander quelle fiГЁvre permet dГ©sormais de mettre sur un mГЄme plan, au mГЄme niveau Г©motionnel et surtout Г©thique, la cГ©lГ©bration de la mort et celle de l’amour (le journal australien The Australian ose mГЄme se demander en toute ingГ©nuité « But which was the most-watched news event — Prince William’s wedding or Osama bin Laden’s death?В В»**)
En rГ©alitГ© ces Г©vГЁnements et leur traitement mГ©diatique marquent le marbre de l’inconscient collectif global : au mythe d’une sociГ©tГ© qui permet l’ascension sociale (n’est-elle pas roturiГЁre ?) et mГЄme le bonheur (n’ont-ils pas l’air radieux ?) se superpose celui de la peur permanente, de l’absurditГ© perpГ©tuelle dans le jeu de la vie et de la mort d’un terrorisme qui n’a pas de face. En dГ©finissant mГ©diatiquement, et presque en mГЄme temps, les limites du monde positif et nГ©gatif, l’appareil de pouvoir dГ©finit le champ des possiblesВ : tous les rГЄves sont permis (mГЄme si l’immense majoritГ© ne peut en aucun cas prГ©tendre les rГ©aliser), et toutes les peurs sont possibles (le pire peut survenir Г tout instant, Г n’importe quel endroit). Il valide et perpГ©tue en cela le cadre de l’immobilisme sur lequel sa puissance est fondГ©e, et ces deux Г©vГЁnements peuvent ГЄtre considГ©rГ©s comme de nouvelles dГ©monstrations symboliques de l’ordre conservateur pour assurer le maintien de son emprise.
A bon entendeur,
Mathieu V.
* http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/royal-wedding/8484257/Royal-wedding-watched-around-the-world.html
**http://www.theaustralian.com.au/business/media/bin-laden-crashes-royal-wedding-ratings-boon/story-e6frg996-1226052175393
Christian de la MaziГЁre, la face noire de l’engagement 22 avril, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© , Uncategorized .Tags: Engagement , Histoire , RГ©sistance
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Il est là , avec ses lunettes fumées et ses cigarettes, à nous raconter calmement son immense erreur. Il écoute, reconnaît, explique. Cet homme, Christian de la Mazière, pensait devenir un cadre de la nation, il en deviendra la honte. C’est un collaborateur. Il l’a été de la manière la plus excessive en allant jusqu’à porter l’uniforme de la Waffen SS. Il avait 18 ans à cette époque-là , il a fait l’autre choix, le mauvais. Il le payera toute sa vie. Je vous invite vraiment à regarder cette vidéo de 18 min qui est un témoignage rare (à commencer à la troisième minute). Les gagnants sont d’habitude plus bavards que les perdants.
J’ai découvert Christian de la Mazière dans le documentaire Le Chagrin et la Pitié , réalisé par Marcel Ophuls en 1969. Ce long film de 4h30 est la chronique d’une ville française, Clermont-Ferrand, pendant l’Occupation. Le réalisateur s’est assis à la table des ces habitants du Puy de Dôme et leur a parlé de la guerre. Sans jugement moral, juste racontez-moi.
Les faits d’armes, les anecdotes des collaborateurs comme des résistants ne sont que rapidement évoqués par Marcel Ophuls. Ce qui l’intéresse, c’est de comprendre pourquoi certains ont fait le choix de la résistance et d’autres celui de la collaboration. A travers ces paroles d’hommes et de femmes, on en vient à penser qu’il ne s’agit pas d’un simple choix, encore moins d’un hasard (cf Lacombe Lucien de Louis Malle) mais d’une résultante. Les dés ont été lancés bien avant l’invasion de l’Allemagne. Ils ont roulés tout le long de l’enfance, ont poursuivi leurs courses dans le rapport à l’autorité, jusqu’à s’immobiliser dans ces années de guerre.
Christian de la Mazière résume lucidement ce qui a poussé une grande majorité de français à ouvrir les bras et même à prêter main forte aux nazis : le national-socialisme plutôt que le bolchevisme ; l’ordre plutôt que le désordre et l’antisémitisme des familles catholiques.
Mais à l’inverse, pourquoi entre-t-on en résistance ? Cela relève finalement plus de la réaction épidermique que du cheminement intellectuel. Ce sont généralement les « mauvaises têtes » qui deviennent résistants. Les autres s’accommodent des circonstances et essayent d’y trouver le moindre mal, ce sont des collaborateurs par défaut. Gaspard raconte qu’il est devenu chef d’un groupe clandestin parce qu’il ne supportait pas de voir les soldats allemands manger de la viande d’Auvergne alors qu’eux en étaient privés. Simple et logique.
Emmanuel Astier ajoute ces mots justes : « Je pense qu’on ne peut être résistant que lorsqu’on est inadapté . Vous ne pouvez pas imaginer des résistants qui soient militaires, cadres ou dirigeants ; ils ont réussi leurs vies ; ils la réussiront avec l’Allemand, l’Anglais ou le Russe. Mais nous qui étions des ratés , et bien nous avions des sentiments don-quichotiens que peuvent avoir les ratés ».
Le Chagrin et la PitiГ© nous montre Г©galement qu’il faut assumer une forme de radicalitГ© quand on entre en rГ©sistance. Un rГ©sistant auvergnat ne pouvait pas se dire que parmi ces soldats allemands, certains devaient ГЄtre de bons pГЁres ; non, c’Г©tait l’ennemi et Г ce titre, ce soldat devait mourir.
Les choses sont-elles si diffГ©rentes aujourd’hui ? En quoi cette question est-elle usГ©e ? A mon sens, en rien. Tout systГЁme repose toujours sur la mise sous tutelle, militaire hier, Г©conomique aujourd’hui, d’une majoritГ© par une minoritГ©. Les causes ne manquent pas. Les risques existent. Et les mГЄmes doutes reviennent inlassablement : collaborer Г ce systГЁme quitte Г ГЄtre complice ou rГ©sister quitte Г se tromper…
Augustin B.
« Le Nom des gens » ou comment entrer en rГ©sistance 11 avril, 2011
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Enfin un film franГ§ais sur la rГ©sistanceВ ! Enfin un film d’engagement contre l’injustice de la sociГ©tГ©, un film qui dГ©crit un monde que les personnages veulent changer sans se contenter de le dГ©noncer « sans pitiГ© ». Le Nom des gens de Michel Leclerc (2010) est une invitation Г la dignitГ© recouvrГ©e, une cГ©lГ©bration des principes humanistes, gГ©nГ©reux et amoureux, de la sensualitГ© et de la vie contre les forces de haine, de bГЄtise et de mort. C’est bien simple -et mГЄme si Michel Leclerc se rГ©clame de Woody Allen-, Le Nom des gens est la version franГ§aise et contemporaine de Casablanca de Michael Curtiz (1942).
Parfaitement!
D’abord parce que, dans ces deux films, tout est possible. Un juif coincГ© et jospiniste peut aimer une jeune moitiГ© beurette complГЁtement dГ©lurГ©e et militante comme un ex-combattant amГ©ricain dГ©sabusГ© de la Guerre d’Espagne devenait frГЁre d’arme dans la RГ©sistance avec un flic franГ§ais corrompu et lubrique.
Ensuite parce que chaque personnage a sa chance et peut prouver qu’il est porteur de valeurs supГ©rieures Г celles dГ©fendues par ceux qui ne rГЄvent que de puretГ© et passent leur temps Г assigner Г origine, Г culture, Г rГ©sidence, chacun dans sa case. Chez Michel Leclerc, l’homme rГ©vГЁle son dГ©sir en rhabillant la femmeВ ; chez Michael Curtiz, l’entraГ®neuse reprenait La Marseillaise Г la guitare. Baya Kasmi, co-scГ©nariste du Nom des gens , rГ©sume leur dГ©marche dans le dossier de presse: « On avait envie de rГ©agir Г tout un discours dГ©terministe autour de l’identitГ© et des communautГ©s que l’on trouve insupportable et dans lequel on ne se reconnaГ®t pas » et « Ce n’est pas parce que l’on se mГ©lange que l’on va nГ©cessairement disparaГ®tre -bien au contraire. Pour nous, l’idГ©e forte que l’on voulait dГ©fendre dans le film, c’est que les bГўtards sont l’avenir de l’humanité ».
La ressemblance avec Casablanca va encore plus loin puisque, comme dans le film de Michael Curtiz, les hГ©ros de Michel Leclerc fonctionnent sur la base d’une somme impressionnante d’archГ©types. C’est ainsi que le personnage interprГ©tГ© par Jacques Gamblin s’appelle Arthur Martin -il a Г©chappГ© de peu Г « Jacques »-, juif d’origine grecque, ses parents croient au progrГЁs technique et accumulent les derniГЁres inventions, quant Г sa mГЁre, elle se terre dans le silence sur ses souvenirs de la DГ©portation. Le personnage interprГ©tГ© par Sara Forrestier s’appelle Bahia Benmahmoud, franco-algГ©rienne, sa mГЁre milite pour les sans-papiers et son pГЁre prГ©fГЁre toujours rendre service plutГґt que d’Г©voquer les massacres de la Guerre d’AlgГ©rie. Ce qu’Г©crivait Umberto Eco sur Casablanca dans La Guerre du faux (1985) s’applique au Nom des gens : « Quand tous les archГ©types dГ©ferlent sans aucune dГ©cence, on atteint les profondeurs homГ©riques. Deux clichГ©s font rire. Cent clichГ©s Г©meuvent ».
Le Nom des gens tГ©moigne d’une faГ§on de penser bien Г©trangГЁre Г ceux qui nous gouvernent puisque, toujours selon Baya Kasmi, le film montre que « Ne pas aimer la France, c’est souvent ГЄtre trГЁs franГ§ais , ce qui Г©videmment n’est pas raccord avec la politique menГ©e sur ce thГЁme. ГЉtre franГ§ais, c’est aussi couper la tГЄte des rois, se rГ©volter, et dГ©tester le nationalisme ».
A un an des Г©lections prГ©sidentielles et alors que les projecteurs sont complaisamment braquГ©s sur la pensГ©e rabougrie du Front national, le film de Michel Leclerc donne Г voir une autre voie et incarne une alternative. Puisse ce film jouer le mГЄme rГґle que Marius et Jeannette de Robert GuГ©diguian en 1997 et ainsi participer Г ce que la France retrouve le goГ»t de s’inspirer d’un langage, d’une dynamique et de plaisirs faits de solidaritГ©, de poГ©sie et d’humour.
Marc GauchГ©e
Longtemps qu’on n’avait pas ri 28 mars, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© , The Movie Library .Tags: CinГ©ma , Humour , Michel Blanc , SociГ©tГ© , Sociologie
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Longtemps qu’une moustache ne m’avait pas fait rire. Longtemps qu’un film tout court. Dernier rire ? Loin. Pas Dujardin. Pas l’autre con de Boon. Les one man shows non plus : pas le dernier Debouze, non, médiocre, pas le dernier Semoun, à chier, pas même Elmaleh, d’ordinaire plaisant. Pas le Coluche, mort, pas le Jugnot, fatigant. Le Dupontel ? Ah non, vraiment, c’était chiant comme la pluie. Le Garcia, pas mal, ouais, cocasse. Eric et Ramzy ? Ouais ok, ça j’aime bien.
Mais mieux que ça la moustache. Oh cette moustache. Et les dialogues, au poil. Blanc fume un joint dans un squatte loin du seizième. Lanvin en bas joue du saxo. Panique au rez-de-chaussée : le gringalet grelotte en été. Voilà François (Lanvin) quatres à quatres et l’autre Denis (Blanc) qui claque des dents. Réconforté par son pote ce dernier dégaine la moustache : « J’ai été attaqué par des renards », « Si je parle mal c’est parce que j’ai les dents qui poussent », ou encore : « Il neige, tu m’aideras ». Du sur-mesure pour Michel Blanc, hypocondriaque en verve. Des types costauds lui ont éclaté une guitare sur la tête dans les couloirs du métro. Il chantait pourtant un bon Renaud, mais les cutters brillaient plus. Sa meuf est naze, baise ajournée. Journée de merde familière, coucher sévère. C’est pas grave on fourguera des manteaux contrefaits, demain, pour manger.  Et cela de manière honnête.
Marche à l’ombre (Michel Blanc, 1984), Viens chez moi, j’habite chez une copine (Patrice Leconte, 1981), voilà deux films drôles. Qui font rire car l’acteur l’accepte, ad hominem. Ceux-là jouaient les nazes, et faisaient rire les bourgeois, comme moi. Mais les pauvres tout autant, car ils se mettaient en deçà . Les gars d’aujourd’hui font les fiers après deux ou trois succès : il ne faut plus rire d’eux maintenant, il faut les envier. Ils ne jouent plus les nazes, ils jouent les riches, et leurs gags portent sur le gratin. Du coup, c’est moins drôle. Et puis l’époque a changé.
Il a fallu la TNT pour revoir ces films, et enfin après longtemps, messieurs-dames, rire. Oh, peut-être sont-ce les mêmes fonds, les « fonds du rire » secrets que se passent et repassent M6 et TF1 jusqu’en leur filiales. Voilà un bien à leur décharge. Voyez comme je ne suis pas rancœur. J’ai aimé, oui sans honte, et ri de revoir ces films. C’est éculé, c’est usé sans-doute, mais c’est drôle. Et je vous emmerde. On ne fait plus ça aujourd’hui.  Pourquoi ? Voilà qui mérite un rire.
A mon avis, en tant que modeste journaliste non salarié d’un site pourtant sérieux : (1) Le clodo fait peur tant il est réel. Jadis son personnage offrait de mettre toutes choses à distance, et permettait l’humour semblable à celui du fou, du grelot, du palefrenier. Aujourd’hui il est le sujet d’un fait divers trop fréquent. (2) Le rire n’est plus de mise car la société a perdu les longueurs qui la séparaient d’elle-même. La vie n’est pas amusante, il faut travailler plus pour gagner plus. Cela n’est pas un jeu, là se joue l’être. (3) L’humour ne peut porter sur les valeurs, car il n’en est plus beaucoup qui soit générales ou abstraites. Les valeurs collent au réel et donc le réel est tous les jours en jeu : celui qui trompe le réel par des jeux d’acteur ou des blagues trompe ces valeurs et n’est pas bon sociétaire. D’où ce (4) La vie est devenue hyper chiante et l’on ne peut rire que d’un sujet lointain, ou de la crétinerie non matérialiste.
Je ne suis pas sociologue, ni nostalgique, mais je note comme faisant partie du contexte de l’humour de Blanc : l’agneau grillé à vingt-huit francs (4 euros, aujourd’hui le prix du parking) au bar du coin, le squat communautaire et gratuit qui semble plus agréable et salubre que mon appartement actuel, la facilité qu’on a de « pécho des meufs » quand on est clodo dans les années quatre-vingt (essaye aujourd’hui, tu verras), la clope partout, le maillot de bain une pièce, l’effet super sur les filles de la guitare et des muscles.
Bien sûr, la fiction reste la fiction, et l’époque reste l’époque. Rions, ça ne coûte rien.
Clement Van de Velde
Qui est le chef maintenant ? 23 mars, 2011
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Tentative d’épuisement d’un open space parisien 16 mars, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: FrГ©dГ©ric Beigbeider , LittГ©rature , Short story
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En mars 2011, Frédéric Beigbeider publiait dans la revue Aéroports de Paris Lifestyle sa « tentative d’épuisement d’un aéroport parisien », nouvelle rapportant tout ce que l’écrivain voyait défiler sous ses yeux le 9 février 2011 entre 13h46 et 15h12, au niveau arrivées du terminal 2F de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle.
Dans le même élan, je rends ici compte de ce que j’ai observé sur le lieu que je fréquente le plus assidûment depuis quelques années, l’open space de la société qui me salarie. Le lundi 14 mars 2011, me voilà donc assis pour une nouvelle journée de labeur, entre 9h12 et 19h46, sur ma chaise pivotante bleue située à l’une des extrémités de la pièce.
Quand j’arrive au bureau, Marie, l’une de mes collègues, est déjà présente. Matinale, elle planche sur un tableau excel. Je dis « bonjour Marie » mais n’obtiens aucune réponse en retour. Je pose mon sac par terre, m’installe à mon « poste », allume mon « PC ». L’espace d’un court instant, mon regard se perd vers un carré de ciel gris visible à travers l’unique fenêtre de l’open space.
Une heure plus tard, Frans, directeur de notre service, pénètre dans la pièce et salue toute l’équipe en place. Marie s’extrait de son tableau excel, gratifie Frans d’un large sourire doublé d’un « bonjour Frans, comment vas-tu ? ».
Luc, notre stagiaire, s’approche de mon bureau : « as-tu besoin d’aide ? ». Depuis son arrivée, il lui a été vivement conseillé d’offrir ses services aux « permanents ». Je refile à Luc quelques dossiers sur lesquels plancher. Frétillant, il repart armé d’une pile de classeurs.
11h46. Marie en est à son troisième café, qu’elle avale en quatre gorgées. Sept minutes plus tard, elle file aux toilettes pour une durée que j’estime à neuf minutes. Le temps me donnera raison, cela fait cinq ans que je travaille avec Marie, suffisamment pour connaître chacun de ses petits rituels.
Frans et Alain sont « en réunion ». Récemment promu, Alain fait dorénavant partie du « comdir ». Je n’ai aucun mal à l’imaginer à l’œuvre dans l’exercice de ses nouvelles responsabilités, soucieux de donner le meilleur de lui-même auprès de notre « DG ».
13h11. Le noyau dur de l’équipe, composé de Marie, Etienne, Hélène et Fanny, part déjeuner. Un silence s’installe dans la pièce au moment où David se lève, enfilant son manteau. Puis David annonce tout haut qu’il a « une course à faire ». La conversation reprend son cours au sein du noyau dur.
14h47. Frans s’énerve tout haut, furieux d’une inadvertance dont le principal responsable, après enquête, se révèle être Alain. Le pauvre se prend un savon au beau milieu de l’équipe. Je remarque que Marie lance un sourire entendu à Fanny, assise en face.
Je suis sur Facebook. Je digГЁre. Mes songes sont interrompus par la sonnerie rГ©pГ©tГ©e de mon tГ©lГ©phone. Au bout du fil, un client s’énerve. Je raccroche le combinГ© lorsque Marie, Г l’abri des regards, dГ©pose sur mon bureau une enveloppe oГ№ chacun mettra – s’il le souhaite – de l’argent pour l’achat du cadeau de Luc, dont le pot de dГ©part est prГ©vu demain aprГЁs-midi. Je glisse un euro cinquante dans l’enveloppe que je dГ©pose Г mon tour, discrГЁtement, sur la table d’Etienne.
16h18. Le cliquetis des touches de claviers berce l’open space. Tout à coup, Frans se lève pour se faire couler un « Roma » dans notre machine à café Nespresso. Manque de chance, le récipient à eau est vide. Frans se fend d’un « putain » avant d’aller le remplir aux toilettes.
Marie quitte son poste pour me poser une question, qui prend en réalité plutôt la forme d’une consigne à suivre. Un flottement s’installe dans notre discussion. Marie retourne à son poste, se racle la gorge, visiblement irritée.
17h15. Eclats de rire dans tout l’open space. Frans a sorti une blague dont je ne suis pas certain d’avoir saisi le sens. Me ralliant au courant dominant, je me surprends à rire moi aussi. Une minute passe avant que chacun se remette au travail.
19h46. Quasiment tout le monde a quitté l’open space, à l’exception notamment de Marie qui fignole son tableau excel multicolore. Sur le départ, Frans jette à Marie un regard bienveillant, lui ordonnant sur le ton de l’humour de « ne pas rester toute la nuit quand même ! ». Marie ne peut contenir un sourire de satisfaction. Elle porte un pull rose de marque Paul & Joe.
19h47. Je suis seul dans la rue. Suis-je parvenu à épuiser l’open space ? L’inverse m’apparaît nettement plus probable.
Gabriel L.
La nouvelle de F. Beigbeder à lire ici : http://paris-lifestyle.aeroportsdeparis.fr/fr/magazine/paris-inedit/frederic-beigbeder-tentative-d’epuisement-d’un-aeroport-parisien/
Le monde est ennuyГ© de moy, – Et moy pareillement de lui‏ 26 fГ©vrier, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© , The Movie Library .Tags: Consommation , Darren Aronofsky , FrГЁres Coen , Michel Houellebecq , Pablo Trapero , StГ©phane Hessel
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Telle est la citation de Charles d’OrlГ©ans qui ouvre le dernier roman de Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire . Un roman misanthrope, qui se situe aux antipodes de l’ouvrage de StГ©phane Hessel, dont le claironnant Indignez-vous ! invite Г l’engagement citoyen. Deux best-sellers pour deux visions opposГ©es du monde, qui nous amГЁnent Г nous interroger, en ces temps d’instabilitГ© Г©conomique et politique, sur celle qu’il convient de rallier. Un choix qu’il est finalement assez simple d’effectuer.
Le marketing aura donc fait une nouvelle victime, l’indignation, puisqu’il est devenu de bon ton d’ГЄtre « en dГ©saccordВ В» tandis qu’en rГ©alitГ© rien ne change dans notre France sclГ©rosГ©e. Chacun s’indigne dans son coin et se rassure avec l’idГ©e qu’il dГ©cidera dГ©sormais de ne plus accepter son (pas si) triste sort. Retraites, immigration, sГ©curitГ© (…) toutes les mesures prises Г la va-vite par Sarko sont contestables et il ne sera question de laisser passer tant d’affront sous silence ! C’est cette histoire que raconte le succГЁs en librairies du bouquin d’Hessel, lequel se borne Г dire qu’il convient tout au mieux de se montrer insatisfait. Creux, consensuel, ce sursaut citoyen donne la nausГ©e, Г l’image du bio dont on on nous gave, Г l’image des films larmoyants (cf Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet) qu’on nous inflige.
En pareilles circonstances, le roman de Houellebecq, dernier prix Goncourt en date, est salutaire. Comment en effet ne pas accompagner l’auteur dans ses visions dГ©sespГ©rГ©es de notre sociГ©tГ© dГ©cadente ? Comment ne pas constater l’absolue solitude des individus dans un monde gangrГ©nГ© par les tendances, l’art, le cuisine « à l’ancienneВ В», la globalisation et l’absence de rГ©flexion ? Une rГ©alitГ© bien douloureuse, c’est certain, mais aprГЁs tout В« il n’y a que la vГ©ritГ© qui blesse В», selon l’expression consacrГ©e.
Il faut toutefois noter que la plaie bГ©ante laissГ©e par la plume de Houellebecq, et la dГ©pression gГ©nГ©ralisГ©e qui rГ©sulte de son cynisme plein de luciditГ©, sont des domaines encore non rГ©cupГ©rГ©s par le marketing. Ce qui remonte un peu le moral… pour un court instant : trois films dont on Г©tait en droit d’attendre beaucoup, Black Swan (Darren Aronofsky), True Grit (Joel et Ethan Coen) et Carancho (Pablo Trapero) se sont rГ©vГ©lГ©s Г l’Г©cran d’une violence dГ©sagrГ©able et d’une banalitГ© dГ©plorable. True Grit rГ©habilite sans originalitГ© le western pour rassurer des AmГ©ricains en crise sur l’existence d’un mythe depuis longtemps disparu ; l’argentin Carancho est embourbГ© dans un scГ©nario Г l’amГ©ricaine peu aventureux ; l’intrigue de Black Swan ne prГ©sente plus d’intГ©rГЄt dГЁs lors qu’elle est infectГ©e par la ronflante schizophrГ©nie de l’actrice principale. Bref, des films assez semblables, faits par et pour des gens qui se ressemblent (les bobos). L’uniformisation prГ©dite par Houellebecq se vГ©rifie chaque jour un peu plus dans des salles de cinГ©ma bondГ©es, et si souvent gГЄnГ©es par le bruit du popcorn craquant sous la dent.
Matthieu Z.
MГ©tro boulot tombeau (la rГ©volution 3.0) 23 fГ©vrier, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: Alexis de Tocqueville , Christopher Lasch , Economie , Egypte , Engagement , France , PolГ©mique , Politique , RГ©volution , SociГ©tГ© , Tunisie , USA
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Retour sur l’actualitГ©. CINETHINKTANK est demeurГ© jusqu’Г prГ©sent bien silencieux sur les rГ©volutions qui animent les pays arabes et nous en sommes dГ©solГ©s. Peut ГЄtre que cela est-il du tout simplement au fait que la force du peuple en marche impose un certaine dГ©fГ©rence que peu ont su respecter. Peut ГЄtre aussi que dans la cacophonie mГ©diatique, il semblait difficile d’apporter quelque chose qui n’ai dГ©jГ Г©tГ© dit, ou alors bien mieux. Et pourtant… ces rГ©volutions qui semblent aujourd’hui ne plus vouloir s’arrГЄter (et quelle force pourrait bien les arrГЄterВ ?) sont riches d’enseignements que beaucoup rechignent Г tirer. Trois points semblent pourtant se dГ©gager nettementВ :
1/ les évènements de Tunisie et d’Egypte valident un modèle de révolution pacifique*
2/ ces rГ©volutions ont pour source une absence de dГ©mocratie mais surtout un Г©cart de rГ©partition des richesses devenu insoutenable
3/ les pays occidentaux se sentent rassurés de voir accomplir ni plus ni moins ce qu’ils prétendent avoir fait eux-mêmes quelques décennies ou siècles plus tôt, et refusent d’accorder idéologiquement à ces mouvements une portée plus large
Cela ne vous rappelle-t-il rienВ ? D’aprГЁs Alexis de Tocqueville, l’idГ©al dГ©mocratique tel qu’exprimГ© dans De la DГ©mocratie en AmГ©rique (1835) trouve sa rГ©alisation dans la tendance Г l’Г©galisation des conditions. Force est cependant de constater que l’Г©volution rГ©cente de nos sociГ©tГ©s va nettement et objectivement en sens contraire, c’est-Г -dire celui de l’aggravation des inГ©galitГ©s.В A titre d’exemple, selon l’Observatoire des inГ©galitГ©sВ : « Au cours des dix derniГЁres annГ©es, les 0,1% les mieux rГ©munГ©rГ©s (environ 13 000 salariГ©s) ont vu leur salaire mensuel brut progresser (inflation dГ©duite) de 19 374 Г 24 000 euros, un gain de 28%, soit 5 426 euros. Pour la plupart des 60% des salariГ©s les moins bien payГ©s, le gain n’a pas dГ©passГ© les 130 eurosВ В» (statistiques INSEE complГЁtesВ : http://www.inegalites.fr/spip.php?article190 ). Cet exemple parmi tant d’autres ne vaut bien Г©videmment pas seulement pour la France, et prend mГЄme des proportions encore plus dramatiques dans d’autres pays (Etats-Unis par exemple). Toute sociГ©tГ© qui consent Г une trop grande hГ©tГ©rogГ©nГ©itГ© sociale met en pГ©ril son propre futur, incapable de rГ©concilier plus avant ses extrГЄmes. Totalement phagocytГ©e par la version la plus libГ©rale du capitalisme, le ver dГ©vore le cocon qui l’a vu naitre. La machine Г rassembler devient la machine Г diviser, et dГ©sormais c’est chacun pour soi. Comment en effet se soucier de l’autre, lorsque l’on est soi-mГЄme tout Г la satisfaction de ses propres dГ©sirs ou dГ©diГ© dГ©jГ Г la protection de ses maigres richessesВ ? En rГ©alitГ©, peu effectuent un calcul aussi conscient tant la pression est parfois diffuse et insidieuse. Les bienfaits de la sociГ©tГ© de consommation attachent l’homme au modГЁle bien plus sГ»rement que n’importe quelle forme de coercition positive. Les discours de peur ressassГ©s par nos Г©lites (peur de l’avenir, peur du dГ©classement, peur de l’étranger, de l’Autre, il y a tant de peurs possibles, si faciles Г activerВ ! Regardez-donc le retour mГ©diatique des peurs instrumentalisГ©es avant 2012В !) parachГЁvent le contrГґle et contribuent Г faГ§onner l’homme moderneВ : В« Les gens vivent au jour le jour. Ils Г©vitent de penser au passГ©, de crainte de succomber Г une « nostalgieВ В» dГ©primanteВ ; et lorsqu’ils pensent Г l’avenir, c’est pour trouver comment se prГ©munir des dГ©sastres que tous ou presque s’attendent dГ©sormais Г affronter В» (Christopher Lasch, Le moi assiГ©gГ©. Essai sur l’érosion de la personnalitГ© , 1984). Entre un passe idГ©alisГ©, un prГ©sent qu’il ne maГ®trise plus et un avenir qui lui fait peur, l’homme moderne occidental est un lГ©thargique qui regarde au travers de son Г©cran ce que d’autres vivent.
S’il faut reconnaГ®tre que la rГ©volution du Jasmin et ses enfants lГ©gitimes tendent vers une dГ©mocratisation parce que les inГ©galitГ©s ne pouvaient ГЄtre rГ©sorbГ©es en l’état, il faut Г©galement constater que certains n’ont pas hГ©sitГ© Г acheter la paix sociale Г coups de pГ©trodollars (Qatar, Arabie Saoudite, Dubai). Il en ressort que la quГЄte de la dГ©mocratie est en rГ©alitГ© sous-tendue par une quГЄte de l’égalitГ© rГ©elle. C’est un exemple magnifique qu’il nous est aujourd’hui donnГ© de voir et dont nous pourrions tirer de multiples enseignements. Si l’on accepte qu’une lutte puisse ГЄtre menГ©e dans un pays dГ©jГ recensГ© comme « dГ©mocratiqueВ В», et que ce caractГЁre n’obГЁre ni la validitГ© ni la lГ©gitimitГ© des exigences formulГ©es, alors, loin de constituer, dans une perspective ethnocentrГ©e et nГ©ocoloniale, une rГ©pГ©tition de notre propre histoire que nous contemplerions avec dГ©dain, les rГ©volutions arabes fournissent un modГЁle concret duquel nous pouvons nous inspirer en disant merci. Les principes qui y sont Г В l’œuvre sont immГ©diatement transposables Г notre situation.
Tout le mérite de ces mouvements est justement d’avoir rendu de nouveau réelle la « possibilité » d’une révolution aux yeux du monde. Le narcisse moderne si parfaitement décrit par Lasch, qui avait perdu « tout espoir de changer la société et même de la comprendre » ( La Culture du narcissisme , 1979) se voit offrir une possibilité unique de reprendre en main son destin et retrouver pour lui-même le sens de la vie qui semblait tant lui faire défaut. L’action, la révolution, replacent l’homme moderne dans le sens de la continuité historique dont il se sentait exclu. Il est aujourd’hui magnifiquement démontré que cette action peut être non-violente* ET couronnée de succès. On a vu fleurir récemment lors des manifestations en France sur les retraites des pancartes énonçant « Métro boulot tombeau » comme un cri de désespoir face à cette perte de sens et cette société, devenue une machine à  broyer les âmes que rien ne semble pouvoir enrayer. On cherche même aujourd’hui des solutions pour « sortir de la souffrance au travail »**. De l’autre coté de la Méditerranée, d’autres nous montrent la voie.
Le masque d’une prospГ©ritГ© en forme de mirage ne suffit pas Г В couvrir les corps et les cЕ“urs meurtris, que l’économie libГ©rale lacГЁre et s’acharne Г В dГ©composer, allant aujourd’hui jusqu’Г menacer le principe mГЄme de fonctionnement dГ©mocratique***. La rГ©volution 3.0 n’est pas la rГ©volution pour la dГ©mocratie. La rГ©volution 3.0 est la rГ©volution qui rГ©habilite l’homme en tant que centre de la dГ©mocratie. La rГ©volution 3.0 est la rГ©volution qui rend l’homme Г lui-mГЄme.
Mathieu V.
* voir l’essai de Gene Sharp, From Dictatorship to Democracy (à télécharger gratuitement) et l’article passionnant qui lui est récemment consacré par le New York Times :
http://www.aeinstein.org/organizations/org/FDTD.pdf
http://www.nytimes.com/2011/02/17/world/middleeast/17sharp.html
** Le Monde 21/02/2010В :
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/21/sortir-de-la-souffrance-au-travail_1483153_3232.html
*** Divers articles sur la question « Is America a plutocracy ? » :
http://www.salon.com/news/feature/2010/10/18/the_perfect_storm
http://www.nytimes.com/2011/02/12/opinion/12herbert.html?ref=bobherbert
http://dissidentvoice.org/2010/01/the-united-states-of-corporate-america-a-plutocracy/
- Articles connexesВ :
du mГЄme auteurВ :
http://cinethinktank.com/2009/03/27/de-revolutionibus-pour-le-pere/
http://cinethinktank.com/2010/01/04/lapocalypse-ultime-utopie/
par Carl Friedrich :
http://cinethinktank.com/2010/06/02/conte-d%E2%80%99ete-pour-cadre-au-bureau/
Jack Johnson, une vie hors cadre 20 fГ©vrier, 2011
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: Boxe , Jack Johnson , Sport , USA
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Le noble art s’est toujours révélé un bon client pour les salles obscures. Du Raging Bull de Scorcese qui, s’il ne valut une statuette au réalisateur de Mean Streets (trop de noir et blanc !), offrit à Alfredo Pacino une performance d’acteur anthologique, à Rocky , qui excuse, avec Rambo , la carrière par ailleurs hasardeuse de l’étalon italien, en passant par le tragique Million Dollar Baby , les cinéates y ont trouvé un terreau fertile en histoires aussi sublimes que cinégéniques d’ascensions édifiantes et de démises tragiques. La tendance dure et ne se dément pas et après la rédemption cinématographique offerte à Mickey Rourke dans The Wrestler , et l’auto-analyse émotive de Mike Tyson dans l’excellent et introspectif Tyson , c’est cette année un autre film de bord de ring, The Fighter avec Mark Wahlberg qui semble parti pour rafler un petit lot de statuettes.
Dans le registre pelliculaire, la lГ©gende d’Ali nous a Г©tГ© contГ©e dans une paire de documentaires et de films Г sa gloire plutГґt rГ©ussis, du grandiose When we were Kings au rГ©cent Ali , en passant par the Greatest of All Time avec Robert Duval. On peut dГЁs lors se demander pourquoi les tribulations de Johnson n’ont pas Г©tГ© portГ©es plus tГґt Г l’écran, si l’on omet l’honnГЄte mais oubliable The Great White Hope , adaptГ© de la piГЁce de l’Г©ponyme d’Edward Sackler. Il faut qu’une Г©quipe de scГ©naristes se penche sur la vie de Jack Johnson qui tient du pain bГ©ni pour story-board hollywoodien. Il y a lГ du sang, de la sueur et des larmes avec en bonus des femmes, des drames (les deux vont souvent de paire), de l’argent, des frasques et de la prison (lГ encore les deux vont bien ensemble). Cette histoire a un potentiel cinГ©matique Г©norme car tous les ingrГ©dients sont lГ pour un biopic de premier choix.
A y regarder de plus près la tâche a, il faut l’avouer, de quoi rebuter car pour rendre justice au personnage, rien ne vaut peut-être mieux qu’une bonne série à la Ken Burns. Le Howard Zinn d’HBO ( The West, The Jazz, The War ) ne s’y est d’ailleurs pas trompé en s’attaquant en 2004 au cas Johnson, avec un très bon opus intitulé The Unforgivable Darkness . Il y a là un bon morceau d’histoire américaine à déguster en famille, comme on se repasse les meilleurs épisodes de The War (Ah Bastogne !). L’histoire d’une ascension fulgurante qui se fait au mépris des lois et de la morale. Une histoire édifiante qui change radicalement les perspectives d’une nation. L’histoire unique et stupéfiante d’un homme en avance sur son époque qui, en rebelle sans autre cause que celle de vouloir être lui même, s’affranchissait sans complexe de toutes les barrières que sa couleur lui imposait.
Plus fort que Jackie Robinson, il conquiert le terrain de jeu des blancs à force de bourre-pifs, plus chaud lapin que Sammy Davis Jr., il jette un sort à leurs femmes qui tombent comme des mouches et plus grande gueule qu’Ali, il n’a pas de complexe à l’ouvrir là où il ne faudrait surtout pas. Johnson tabassa sans répit toutes les conventions de l’époque pour s’arroger sa part du rêve américain. Mais au delà d’un boxeur de génie, il fut aussi le premier d’une longue lignée de black entertainers, un pionnier du sport-spectacle et la première icône afro-américaine à se faire une place au soleil de la culture populaire mainstream.
Doté d’un physique plutôt avenant, accusant six pieds sous la toise et deux cent livres à la pesée (1,80m – 100 kilos), ce fils d’anciens esclaves affranchis voit le jour en 1878 à Galveston, petite île Texane sur le Golfe du Mexique.
On vient juste de sortir de la guerre de sécession et dans les Etats du sud, la reconstruction échoue. Washington ne peut imposer l’égalité des droits pleine et entière aux noirs du sud. Les lois Jim Crow prennent le relais de l’esclavage pour préserver l’hégémonie blanche et l’apartheid americain dresse une nouvelle ligne rouge raciale entre citoyens de première, seconde et troisième classe.
Jack grandit dans ce contexte où les lynchages sont fréquents et où on se saisit du premier métèque venu qu’on pend sur un gibet de fortune pour un regard de travers ou pour avoir être soupçonné d’avoir flirté avec une blanche. Johnson a reçu une éducation minimale, quittant les bancs de l’école en fin de primaire. Dans son autobiographie, il sait toutefois gré à sa mère de lui avoir appris à lire et à écrire. Il vit de petits boulots et d’expédients entre les docks de Galveston et les usines de la ville mais se sent voué à un autre destin. Après s’être imposé dans un combat improvisé contre une teigne locale, il se décide à entrer dans les arènes impitoyables du pugilat organisé.
Battle Royal Г Springfield
A l’époque où Johnson entre dans la carrière, la boxe n’est pas encore un art codifié et on se bat encore à poings nus. Le concept de round minuté n’a pas encore été inventé et on se bat parfois jusqu’au finish. C’est le sport numéro un, celui qui fait les gros titres et capte l’attention du public. Avec le baseball dont la popularité explose, les combats font couler un océan d’encre et ces deux sports focalisent à eux seuls l’attention du public. La savate sent alors le souffre, un peu comme les premiers combats d’ultimate fight au début des années 1990, et les ligues de vertu (les mêmes sans doute qui coupèrent les vannes aux brasseurs de houblon quelques années plus tard en imposant la prohibiton) cherchent à interdire un sport jugé barbare et décadent, indigne du pays phare de la civilisation occidentale. Las, n’écoutant que ses instincts basiques, le peuple se presse autour des rings improvisés qui fleurissent un peu partout comme dans les speakeasy après le 29 janvier 1919. Jack, en choisissant la boxe, rejoint une caravane fantastique dont l’envers du décor tient de l’arrière plan de western spaghetti, entre Deadwood et There will be Blood . Le sport est pourtant entouré d’une aura qu’il n’a toujours pas perdu, pratiqué aussi bien par les prolétaires que par les fils de la bonne société qui partagent la même fascination pour la violence encordée.
En hobo pugilistique, Jack se fraie un chemin de traverse par les plaines qui l’amènent sur les rives du lac Michigan. Débarquant à Chicago en 1899, il n’y trouve pas son bonheur et se persuade alors que sans un entraîneur blanc, il ne pourrait aller loin dans le métier. Il trouvera son salut à Springfield, plus au sud de l’état, en la personne de Jimmy Connor, tenancier de saloon très couleur locale et organisateur de matchs à ses heures qui lui donne une chance de briller (et qu’il s’empresse de saisir). Jimmy avait besoin de Jack pour faire le cinquième homme dans un « Battle Royal ». Le Battle Royal était un jeu plaisant très apprécié dans le Sud, au concept simple mais diablement divertissant. La bataille en question met aux prises sur un ring quatre ou cinq blacks aux yeux bandés qui se balancent des gnons tant et si bien qu’à la fin, il n’en reste plus qu’un. Le vainqueur touche la prime qui se réduit habituellement à quelques pièces jetées par l’assistance entièrement blanche. Souvent, c’est Johnson qui est le denier homme debout. La carrure et le punch de Johnson eurent le bon goût d’impressionner le jeune assistant du promoteur local PJ « Paddy » Carrol, qui décida de le faire venir à Chicago combattre contre un des prétendants au titre de meilleur poids lourds black.
Recherche Tommy dГ©sespГ©rГ©ment
Les débuts professionnels de Johnson ne se firent pas sous les meilleurs auspices et il dut abandonner à la cinquième reprise de son combat contre John « Klondike » Haines, le 5 mai 1899. Après ce faux départ, il devient sparring et entraîneur pour un temps, rongeant son frein dans l’attente d’une seconde chance. Cette chance viendra enfin, une année plus tard, le 1er mai 1900. Il affronte son premier adversaire, un blanc, l’australien Jim Scanlon qu’il met KO au septième round. « Paddy » lui redonne alors sa chance dans un rematch contre Klondike, programmé pour janvier 1901 avec une prime de 1000 dollars à la clé. Johnson bat assez sévèrement son adversaire qu’il contraint à jeter l’éponge à la quatorzième reprise. Un rematch contre Scanlon dans le Tennessee est annulé sur ordre du chef de la police locale, qui déclare avec le mérite de la clarté et sans ambivalence aucune qu’« aucun négro ne combat de boxeur blanc à Memphis ». Rien de personnel là -dedans, rassurez vous, car à l’époque, dans tous les états du sud, les combats entre noirs et blancs, jugés indécents, sont prohibés.
Entré dans la carrière au tournant du siècle, Johnson avait déjà plus de 50 victoires à son actif contre des adversaires noirs et blancs confondus, lorsque le 3 février 1903, au terme d’un combat épique de 20 rounds, il s’assure le titre du meilleur poids lourd noir. Ne lui restait plus pour assurer sa suprématie mondiale qu’à affronter James Jeffries, le champion blanc. Jeffries s’était retiré en 1905 par manque de prétendants, sans daigner répondre à l’appel que lui avait lancé le Los Angeles Times , deux années auparavant :
« Johnson est maintenant l’adversaire logique de Jeffries. La ligne de couleur n’y peut rien. Johnson a rencontré tous les prétendants qu’il a tous battus successivement. Il est maintenant prêt pour le championnat du monde. Quand ils se rencontreront, le monde verra une bataille devant laquelle les combats de gladiateurs de la Rome antique vont pâlir en comparaison. Ils se rencontreront un jour, il n’appartient qu’à Jeffries de dire quand. »
La traque de son successeur, Tommy Burns, allait se révéler une épreuve de longue haleine digne d’une longue marche maoïste. Le sens de l’honneur et de la race de l’élusif Burns lui interdisant de s’abaisser à affronter un nègre, il fallut à Johnson démontrer une pugnacité infaillible pour avoir droit à sa chance de briller. Pendant près de six années, Johnson traqua Jeffries dans tous ses déplacements, d’Europe en Asie, prenant un malin plaisir à assister à tous ses combats depuis le bord du ring d’où, en précurseur du trash talking, il l’admonestait de remarques destinées à piquer son sens de l’honneur. Cela n’y suffit toutefois pas, l’idée d’un tel combat lui semblant proprement abjecte et dégradante. Il fallut la pression conjuguée de ses pairs et de l’éditeur de la Gazette de la Police, le Sports Illustrated d’alors, qui voulait que ce combat ait lieu, pour que Burns abdique finalement et accepte de remettre son titre en jeu. Les mauvaises langues ajouteront qu’une prime conséquente aura sans doute contribué à encourager ce retour aux affaires. Deux mois avant le combat, Jack affronta le petit frère de Burns qui ne lui résista pas plus de cinq rounds. A la fin du match, Johnson, pas avare de provocation, invective sèchement son futur adversaire qui assistait au combat d’un cinglant : « je peux te botter le cul aussi ».
Guillaume L.
La 2ГЁme partie de la vie hors cadre de Jack Johnson est Г retrouver sur :В http://politiquesdureve.blogspot.com/2011/02/jack-johnson-une-vie-hors-du-cadre-2e.html
La 3ГЁme partie est Г retrouver sur : http://politiquesdureve.blogspot.com/2011/02/jack-johnson-une-vie-hors-du-cadre-3e.html
L’affaire MAM vue par CINETHINKTANK 16 fГ©vrier, 2011
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