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Y’en a marre. Marre de tout ce que l’on entend, tout ce que l’on voit à chaque publicité, tout ce que l’on nous inflige à longueur de JT. Et cette guerre de l’information où l’expert se perd, où l’ignorant ne ressent qu’une seule chose, le degré de manipulation qu’il subit. La crise, ou comment nos élites ont opportunément tourné cela en mesures d’austérité fatalement rendues nécessaires. Et ce bouclier fiscal, qui n’en finit pas de ne pas céder. Un bouclier comme une illustration sémantique de la guerre des classes moderne. Avons-nous déjà entendu parler d’un bouclier social ? Les représentations symboliques et psychologiques s’échappent dans le réel.

A force de jouer avec la puissance des mots, nous en avons perdu le sens. A force de tout dire et contredire, nous avons perdu celui de la vérité. A force de tout politiser, nous avons perdu le sens du juste. A force encore de tout vouloir acheter et vendre, nous avons perdu le sens de l’autre. Alors y’en a marre. Quelle expression ! Marre de se sentir si impuissant, marre de se voir dénier l’accès à la raison la plus élémentaire. Marre de ne pouvoir rien dire qui ne soit instrumentalisé, ou l’exemple lamentable de nos politiques finit par déteindre sur nos vies. Il n’est pas question de chiffres ici, bataille rejouée chaque jour par nos dirigeants pour le contrôle de la vérité officielle. Et ce n’est pas le français râleur que l’on se complait à faire rentrer dans les clichés qui dit cela. Ce n’est pas non plus le sobriquet de « populiste », dont on affuble aussitôt celui qui s’exprime avec le cœur, qui dit cela.

C’est un individu comme vous et moi. Un individu légitime. Un individu quel qu’il soit, nonobstant son origine, sa religion, ses revenus. Un membre de la race. C’est quelqu’un qui se réveille chaque matin avec une rage que les heures passées devant un ordinateur, un comptoir, une machine, ne parviennent que trop mal à endormir, et qui se réveille la nuit. C’est quelqu’un qui n’abandonnera jamais l’idée qu’autre chose est possible. Jamais car c’est là le propre de la nature humaine. Jamais car nul ne peut rester indifférent devant autant de souffrance, au pas de sa propre porte ou à l’autre bout du monde. Pas d’apitoiement ici sur notre propre impuissance, parfois si paralysante, et si savamment entretenue, mais une action infime, de chacun, à sa propre échelle. Une action à la mesure des possibles.

Il ne nous appartient pas en effet de prendre ces décisions souvent si complexes, ou de mieux savoir, mais il nous appartient toujours de définir le cadre dans lequel ces décisions se prennent, et de sélectionner ceux qui vont les exécuter. Il nous appartient toujours de sanctionner ceux qui manquent à leurs devoirs, et de faire exécuter la sanction. A cela jamais nous ne devons renoncer, ni sombrer dans la passivité induite volontairement dans notre temps de cerveau disponible. Il nous appartient enfin de modifier les règles lorsqu’elles sont détournées de leur fin, lorsque la république manque à ses plus élémentaires principes, lorsque la société atteint un tel degré d’hétérogénéité qu’elle en perd son sens, et que sa survie même est menacée.

Mathieu V.

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Il est des phrases qui s’incrustent dans la tête comme un chewing-gum sur une semelle. Même en grattant très fort (et dieu que c’est sale), il en reste toujours. Jusqu’à ce que d’autres les recouvrent enfin, après moult pas générant autant de réflexions.

« You are a qualified dreamer ». C’est donc la phrase. Ce n’est pas la dernière publicité pour les produits Apple. Ce n’est pas non plus le nom d’un mix house faisant fureur dans les boîtes à pilules. C’est beaucoup plus proche en revanche du fameux discours de Martin Luther King à Washington en 1963.

En réalité, cette phrase vient du pasteur de l’église baptiste de la 116ème rue à Harlem, NY, prononcée lors du sermon dominical du dimanche 12 septembre. J’ai eu la chance de la recevoir comme une offrande, comme un cadeau pour l’âme. Faisons fi cependant de toute dimension religieuse. (encore quelques minutes et je devenais Born Again Christian, comme feu l’autre président)

J’ai d’abord pensé à tous ces discours ambiants, ceux de l’ère du temps, ceux qui disent qu’on ne peut pas, qu’on ne peut plus, qu’on n’est pas assez…, que ce serait bien mais, et puis qu’on ne sait pas tout, qu’on en sait pas assez en fait, et donc qu’on ne peut rien dire vraiment, et encore moins faire quelque chose. Les discours gouvernementaux, les discours économiques, les anti-discours, les intellectuels frustrés et les fourvoyés, les discours des autres qui prétendent naturellement s’imposer à soi. On a déjà parlé sur Cinethinktank de ceux qui opposent une soi-disant réalité à chacune de nos pensées (Cf Pour en finir avec la contrainte du réel ), qui s’impose comme une totalité à laquelle il serait impossible d’échapper. Mais si apparemment nous ne sommes pas qualifiés pour plier cette réalité à notre envie, à notre volonté, nous sommes en revanche parfaitement qualifiés pour le rêve, nous sommes des « qualified dreamers ». Qui pourrait nous enlever cela ? Qui ? Vous n’aurez pas mon rêve, je suis un rêveur professionnel ! Je suis un « Qualified Dreamer ».

Je produis des rêves à la pelle moi, des beaux, des moches, des coloriés, des noirs et blancs, des grands et des petits, des simples et des complexes. Et ils échappent à toute contrainte du réel. Je fabrique des rêves au même titre que tous les autres d’ailleurs. Leurs rêves égalent les miens. Nos rêves ne s’affrontent pas, ils se mélangent. Nos rêves ne détruisent pas, ils créent. Ils révèlent. Ils révèlent la vraie nature du réel, qui est juste un rêve en plus dur non ?

Alors je pense à tous ces autres « Qualified Dreamers » avec majuscules, ces gens de l’art, ces metteurs en scènes, ces comédiens dont la puissance du rêve à pénétré le réel, l’a transfiguré parfois. Je ne vous donnerai pas de noms, car nous n’avons pas forcement les mêmes n’est-ce pas, mais l’idée est commune ! Et bien ces gens, ils ont rêvé, rêvé si fort que leur rêve a remplacé la réalité, que leur rêve est devenu le rêve de quelqu’un d’autre car nous sommes tous des « qualified dreamers » en puissance. Comme disait Gilles Deleuze : « C’est terrible d’être prisonnier du rêve d’un autre ». Mais qu’il est en revanche merveilleux de partager le rêve d’un autre ! Une véritable dialectique du rêve.

Et le rêve a pris la forme réelle d’un film, d’une musique, d’un tableau et de tant d’autres choses. Il n’y a jamais trop de gratitude en moi pour remercier ceux qui m’ont fait partager leur rêve. En touchant l’autre, il ne s’est pas forcement reproduit, il s’est métamorphosé. A partir de l’expérience du rêve d’un autre, j’ai élaboré mon propre rêve. La contamination par le rêve. Alors s’il vous plait, continuez donc de rêver, ne vous laissez pas interdire le rêve par ceux qui oublié les leurs.

Je sais déjà que bientôt, assis dans la pénombre de la salle, au milieu des chuchotements et des bruits de popcorn, je serai prêt à appuyer sur le bouton REVE. I am a qualified dreamer.

14 juillet 2010. 11h47. Fête nationale française, jour des drapeaux et des défilés. Jour parfait pour publier cette image prise il y a quelques semaines sur un trottoir du quartier des Abbesses à Paris. Le Président de la République s’est exprimé avant-hier, pendant une heure sur France 2 , et face à un journaliste aussi incisif qu’une moule, il nous a servi le discours habituel, qui légitime la domination du pays par l’argent et le pouvoir. Je suis affligé, comme peut-être certains d’entre vous. Et au regard des scandales retentissants qui écornent l’image du gouvernement à l’heure actuelle, « affligé » est un bien faible mot.

Sur l’affaire Woerth/Bettencourt, il ne s’est donc rien passé selon Nicolas Sarkozy. Aucun conflit d’intérêt n’a été établi entre la position de l’ex-ministre du budget et celle de sa femme employée à la gestion de l’une des plus grandes fortunes de France. Quant au trésorier de l’UMP qu’était également Woerth à l’époque, il n’a jamais reçu d’argent des Bettencourt destiné à financer la campagne du Président en 2007. Ce ne sont là que pures allégations, véhiculées par des médias (indépendants) avides d’argent comme Mediapart . Et tout cela, après tout, a été démontré par la (si peu indépendante) inspection générale des finances. Pas de fraude fiscale, donc. Pas de financement occulte de campagne présidentielle, donc. Affaires classées.

La manière dont ce complot nous est conté par le Président de la République, assez dictatoriale puisque l’homme reste sourd à l’avis d’opposants qu’il méprise, est sans doute à mettre en rapport avec ce qui se passe actuellement à Radio France . Où est passée sur France Inter la tranche d’humour qui en cinq malheureuses minutes avait le don d’agacer tant l’exécutif ? Guillon et Porte se sont faits éjectés et leur tranche d’humour (pourtant très écoutée) sera reléguée en fin de matinée dans la prochaine grille de programmation. Hees et Val, nommés rappelons-le par l’exécutif, en ont jugé ainsi. « On » en a jugé ainsi. « On » a jugé que l’humour n’était drôle que s’il n’était pas incisif. Qu’il n’était noble qu’en s’abstenant de critiquer les malheureux puissants qu’il cible. Pas d’humour déplacé, donc. Affaire classée.

14 juillet 2010. 16h07. La pluie a cessé, le ciel se découvre lentement. Il est probable qu’à l’avenir j’écouterai moins France Inter (en plus, le talentueux Nicolas Demorand est parti sur Europe 1 ). Il est aussi probable que je lirai moins Le Monde (si c’est pour le voir accompagné d’un Monde 2 faisant l’éloge d’un insipide Philippe Val, merci mais non merci). Ce qui est sûr, c’est que je lirai davantage Mediapart sur le net, auquel j’ai décidé de m’abonner ce jour. Ce jour de fête nationale qui a une saveur somme toute assez particulière…

Peter W.

Qui n’a pas remarqué la présence de plus en plus évidente des produits à connotation « positive » dans tous les domaines ? Depuis les plus standards, comme le café ou le chocolat issus du commerce équitable, en passant par les produits en provenance de l’agriculture biologique, et jusqu’aux panneaux solaires et autres matériaux à faible consommation d’énergie ou fort rendement (isolation, éclairage) utilisés dans la construction, on ne compte plus aujourd’hui les champs de notre vie quotidienne dans lesquels ils s’insèrent. J’ai même vu dans un supermarché londonien une pizza « équitable ». A se demander ce qu’est, ce que contient, et surtout comment est fabriquée la pizza « non équitable », non ?

Trêve de plaisanteries. Au delà de l’intérêt marchand des ces produits labellisés, la plupart du temps bien compris lorsque l’on découvre que seule une infime partie du prix dudit produit contribue effectivement a quelque chose d’autre que la marge de son distributeur, tournons-nous un instant vers leur destinataire. Vous, moi, le consommateur lambda.

On pourrait se dire, en premier lieu, que la pulsion d’acheter des produits ayant un caractère « bon » pour autre chose que soi-même (la planète, le paysan de l’autre bout du monde, le « pauvre ») provient avant tout du sentiment que « consommer, par principe, c’est mal », sentiment charriant avec lui toutes les valeurs de l’éthique protestante fondant l’esprit originel du capitalisme (cf. Max Weber). Malgré toute cette incitation, que dis-je, toute cette propagande, toute cette tendance totalitarisante (osons le mot) à consommer sans retenue, la petite voix de la conscience se rappelle à notre bon souvenir au moment de l’acte d’achat, et nous murmure (oh, très brièvement certes) qu’il y a peut-être là un problème. Si l’on rajoute à cela tout un contexte culturel et moral judéo-chrétien fondé sur le pêché originel, nul doute que le consommateur trouve dans l’achat de ces produits une rédemption salvatrice, une communion moderne en quelque sorte, qui nous absout symboliquement de ce même pêché.

En second lieu, il apparaît tout aussi clairement que nous espérons, par l’acte d’achat, conférer à notre être un peu du caractère « bon » du produit, à l’exemple de l’interprétation ethnologique des cannibales qui dévorent la chair de leur ennemi pour s’en approprier l’esprit et la force. D’ailleurs, ces produits, nous les ingérons physiquement la plupart du temps. Le produit revêt un caractère « éthique » ou « positif », non pas tant par ses caractéristiques objectives que parce que nous lui conférons, symboliquement là encore, ce caractère dont nous nous savons a priori dépourvus.

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le bien-fondé de l’existence et de l’usage de ces produits qui, somme toute, représentent une évolution qu’il convient par principe de saluer, mais plutôt de questionner notre comportement à leur égard. Acheter « éthique » ne nous permet en aucun cas de faire l’économie d’une réflexion sur notre manière d’être, sur notre rapport au monde et surtout notre comportement vis-à-vis d’autrui.

L’éthique personnelle est un ensemble, un tout qui habite notre conscience et fournit le cadre dont découlent nos actes au quotidien. Un système de comportement. La consommation de produits éthiques n’a qu’un caractère incident, pour ne pas dire insignifiant, au regard de ce que peut être notre attitude envers autrui quel qu’il soit, ici ou ailleurs. C’est la conséquence et non la cause artificiellement justificatrice de notre comportement. L’éthique guide nos actes politiques et sociaux. Elle est bien plus qu’une simple étiquette. Elle est en nous, et non au supermarché. Elle est la première étape du changement, la première étape qui permet d’influer sur le cours du monde.

La fin d’une année et le début d’une autre sont des périodes propices au bilan, quel qu’il soit. Curieux d’ailleurs, à ce propos, que l’on ait besoin d’une date artificielle pour susciter un quelconque besoin symbolique de remise en perspective. Aujourd’hui en 2010, ce serait plutôt une mise en abîme, tant le fossé qui sépare notre vouloir-être de notre existence réelle semble sans fond.

Malgré ce temps qui avance inexorablement, 2009 apparaît comme une année de régression. Régression économique avec la crise, inévitable, attendue, inempêchée. Régression sociale également, en France notamment, mais aussi ailleurs dans le monde, avec l’ajustement vers le bas de notre société pour faire face à « la réalité de la situation », comme se plaisent si bien à le dire nos politiques pour justifier n’importe quelle énormité. Un nivellement par le bas donc, prenant la crise comme prétexte. Une opportunité de remise en cause si vite effacée par ceux qui auraient trop peur d’y perdre dans ce débat (Lapalissade : on n’a peur de perdre que lorsqu’on a le sentiment d’avoir. Qu’avons-nous, nous les gens du commun, si ce n’est de maigres possessions matérielles grevées de dettes et d’emprunts à la consommation qui nous donnent le faux sentiment d’exister ? A mettre en perspective avec ceux qui ont réellement).

Car si débat il y a, c’est bien celui-là, celui qui engage notre avenir et celui des générations futures. La possible remise en cause, ou tout du moins le questionnement de la finalité, d’un modèle de société a été complètement évacuée par les sophistes politiques qui lui ont préféré l’identité nationale et le port de la burqa, sujets-marionnettes incarnant le repli sur soi et la vue court-termiste de nos dirigeants, indifférents à toute la responsabilité qui est la leur et qui devraient en équité être punis pour ce refus d’assumer leur charge par le corps électoral. Si l’on ajoute à cela une véritable intention de tromper, des manœuvres dolosives, ce n’est pas devant le peuple qu’ils devraient répondre de leur actes mais devant la justice. Tiens, c’est étrange, la justice est justement en pleine réforme (encore un nivellement par le bas avec la suppression de l’indépendance du juge d’instruction). Arrêtons-là les exemples, cet article n’y suffirait pas.

Le vrai débat donc, celui de notre avenir, s’est joué à Copenhague il y a peu. Une véritable déferlante médiatique totalement inappropriée au sérieux de la question et aux divers enjeux. Ce sommet n’était du point de vue des médias de masse qu’un événement parmi d’autres, disparu des écrans la première grève de RER venue, aussi soudainement qu’il y était apparu comme une question vitale quelques jours plus tôt. Entre presque-échec et demi-réussite, nous nous garderons bien de condamner par principe cette heureuse tentative.

Toujours est-il que comme d’habitude (horrible, non ?), l’absence d’engagements clairs met en lumière la complexité et la puissance des forces du monde à l’oeuvre, le déséquilibre Nord/Sud toujours plus saillant, les économies contre les hommes et non pour l’Homme. Et toujours le primat de l’argent et du contrôle des énergies, l’injuste répartition des richesses, et le mépris inhumain de ceux qui paient les pots cassés de notre mode de vie (voir le témoignage poignant de l’émissaire des pays Africains sous-développés dénoncant cette « mascarade » au beau milieu d’un océan de bien-pensance auto-satisfaite)… en attendant que nous les payons nous-mêmes enfin dans un futur qui semble de plus en plus proche.

Nous avons beaucoup posé dans les pages de Cinethinktank la question du sens. Le témoignage du sommet de Copenhague, en tant qu’évènement faisant sens, oblige à constater la supériorité du réel sur le potentiel, d’aujourd’hui sur demain, de maintenant sur après. Après quoi ? Après moi, le déluge ? En démontrant ainsi notre incapacité totale à s’accorder pour prévoir, nous nous ravalons au rang des animaux de notre monde, à celui de la bête dans la satisfaction de nos (faux) besoins et désirs immédiats et perdons ainsi ce qui fait notre humanité : l’empathie. Empathie pour autrui ici et ailleurs, pour autrui demain. Au lieu de prévoir et tenter d’édifier un monde meilleur, nous préférons le caractère destructeur de celui d’aujourd’hui, bien plus enviable suivant notre position occidentale.

Au delà d’une crise économique, il s’agit véritablement d’une crise globale de ce qu’est « être humain » qui étreint nos consciences. Alors comment blâmer ceux qui font de l’apocalyspe le seul événement capable de faire sens dans une société vérouillée et gangrenée courant à sa ruine. Après Le Jour d’après , Roland Emmerich nous offre 2012 , pot-pourri mondialisé de traditions millénaristes à la sauce new-age. On constate encore une fois qu’Hollywwod est à la pointe de la compréhension des ressorts sociaux, accompagnant par l’image du désastre la pensée de plus en plus partagée de ceux qui en viennent à vouloir que le monde s’écroule pour lui permettre de changer, et peut-être faire émerger l’homme nouveau (s’il survit ?), responsable, conscient des erreurs du passé, tout en étant tourné vers l’avenir (incroyable d’ailleurs qu’Hollywood soit capable de mettre en scène sa propre disparition sans y voir le moindre sens, à moins d’admettre que la machine n’ait pas de conducteur, à l’image du capitalisme qu’il promeut ? cf Le Capitalisme est-il moral ? d’André Comte-Sponville)

Comme l’écrit si bien Manuel Rodriguez Rivero dans El Pais : « Obscurité et peur, en définitive, sont le reflet de l’absence d’espoir. [...] Peut-être avons-nous besoin d’organiser notre pessimisme en force ? ». Entre animalité et catastrophisme, je vous souhaite, en 2010, l’espoir d’aller vers le meilleur, et la force, chacun à son échelle, de le réaliser.

"The revolution will not be televised"

« La crise…la crise ! » comme un leitmotiv lancinant, une omniprésence médiatique, une réalité qui touche, frappe, suinte et s’infiltre dans les cœurs. Une réalité qui marque les corps. Bien sûr on lit et on dit (avec raison comme on en a déjà parlé) que tout cela était prévisible, que la situation « à terme » (!) n’était pas tenable. Notons au passage le silence écrasant de culpabilité ou la volte-face mesquine et contingente des anciens tenants de la doxa libérale, dirigeants actuels en tête. Chacun d’entre nous est saisi aujourd’hui, à plus ou moindre échelle, par le fait que cette crise n’est pas simplement une crise économique mais une crise de société, non pas une crise mondiale mais une crise universelle. Surtout, en vérité, une crise non pas des institutions, mais une crise des valeurs qui ont généré ces institutions ou parfois leur coupable absence.

Aussi, il est aujourd’hui facile de désigner un bouc émissaire, suivant la théorie exposée par René Girard, et dont le mécanisme mis en lumière par ce dernier (notamment dans son livre Le Bouc Emissaire (1982)) permet ainsi la régulation sociale (sommairement dans cet ordre : crise – désignation arbitraire du coupable – exécution symbolique ou réelle du coupable – expulsion de la tension sociale – retour à la normale). Mais si les abus de certains dirigeants et cadres de la finance, évidemment condamnables, monopolisent actuellement l’attention (on voit bien toute la tension autour de l’obligation ou non d’encadrer la rémunération des dirigeants), il n’en reste pas moins que la solution apportée à cette question, qu’elle soit politique, morale ou juridique, n’a pas vocation à résoudre fondamentalement les problèmes soulevés par la situation actuelle.

Cet exemple du patronat, vu comme une institution, nous oblige à questionner les valeurs qui ont autorisé voire encouragé son comportement déviant, coupable et responsable, oui. Bouc-émissaire, certainement pas. On ne peut donc plus penser la société et son évolution en termes « relatifs » comme c’est le cas aujourd’hui. On entend systématiquement, par les plus grandes instances, l’annonce « du début de la reprise » pour 2010… ce qui signifie le redémarrage du système à l’identique hormis quelques corrections considérées comme inévitables (parce que désormais légitimes, ironie du discours!) mais tellement trop modestes. C’est comme si votre PC avait attrapé un virus qui l’empêche de fonctionner et que vous vous contentiez de rallumer votre ordinateur en changeant le mot de passe… ridicule non ?

Car la situation exige une remise en cause bien plus radicale du point de vue de la posture intellectuelle. J’ai lu il y a peu dans un grand hebdomadaire Français que les économistes (et oui… on redécouvre que l’économie n’est pas une science !) et autres penseurs technocratiques étaient aujourd’hui étrangement absents des débats, car les outils qui leur permettaient si sûrement et sereinement de prévoir le fonctionnement du système étaient désormais caduques, faisant apparaître de manière éclatante leur incapacité d’en créer de nouveaux capables d’appréhender la situation actuelle.

Nos politiques, à gauche comme à droite également, s’agitent dans le court-termisme, eux qui ont oublié la question du sens et de la finalité depuis bien trop longtemps. Effectivement, chacun en conviendra, il faut avant tout éviter que la situation déjà catastrophique ne devienne irrémédiable. Mais en même temps, pourquoi ? On constate dans quasiment toute l’histoire de l’humanité (de la chute de Rome à la création des Etats-Unis) que les puissances gouvernantes n’ont réussi à évoluer qu’au travers de crises majeures qui ont menacé jusqu’à leur survie. Pour polémiquer quelque peu, ne devient-il pas alors souhaitable de désirer une chute à la hauteur de la prise de conscience et des actions qu’elle générera ensuite ?

Celle que nous vivons est-elle « suffisante » pour permettre un retour des valeurs (et donc des institutions et des comportements) qui accordent à l’homme la première place (et non à l’économie, avec toutes les conséquences que cela implique en matière de répartition des richesses, de protection sociale et d’équité) ? Celles également qui placent le sort des générations futures (et non le credo individualo-hédoniste des 40 dernières années) comme prioritaire ? Celles qui placent l’harmonie de l’homme et de son environnement (et non l’exploitation irréfléchie de ressources limitées) au premier plan ?

Chacun constate que cette prise de conscience tarde à se manifester, et que l’on ne se défait pas aussi facilement de valeurs si bien inculquées par de si puissantes instances (la publicité, le politique etc..) et ce depuis si longtemps. A tel point qu’il est largement possible de douter de la possibilité du changement espéré, tant l’inertie et le laisser-faire qui ont conduit à la situation actuelle perdurent, tant les tenants du pouvoir en place s’y accrochent au nom d’une légitimité qui n’en a plus que le nom. Cependant, ce refus égoïste, ou cette absence de remise en cause ne passent pas inaperçus aux yeux des « gens du commun » que nous sommes, ce qui se traduit donc en pratique par la montée des tensions sociales (de la séquestration des dirigeants d’entreprises par les salariés à l’augmentation spectaculaire de la participation aux diverses manifestations publiques…). La légitimité des institutions se transfère aujourd’hui, maintenant, au profit de la légitimité du ressenti populaire. Il ne s’agit pas de populisme cette fois, surfant sur le mal-être du corps social, mais bien de la prise en compte de la vérité du vécu et de la perception du monde. On parle même de la grande peur au sommet d’une agrégation des revendications qui pourrait mener à… Ah, Histoire… quand tu te répètes sans que jamais les hommes ne tirent la leçon. Faudra t-il que l’on meure encore une fois pour comprendre ?

Alors à nous de se battre, à nous d’aider à imposer ces questions primordiales dans l’ordre du jour de notre société, à nous de leur faire retrouver le rang qu’elles n’auraient jamais du quitter, à nous encore de se battre pour nous car personne d’autre ne le fera, mais surtout pour les autres, pour tous ceux qui ne le peuvent pas pour tant de raisons, à nous d’utiliser nos mots, nos bras, nos têtes, nos corps et nos tripes. A nous de se battre encore, encore plus, pour pouvoir dire un jour aux générations futures : « Vois, nous te laissons un monde meilleur. »

Harvey Milk , le dernier film de Gus Van Sant, est passionnant pour au moins deux raisons :

La première, c’est qu’il permet de constater que l’histoire, tristement, se répète. Et qu’il ne faudra jamais cesser de se battre pour des acquis qui seront sans cesse remis en cause. Question d’avancées et de reculs. Dans le film, Sean Penn est un homme qui, entre 1970 et 1978, va se battre pour une nécessité : la reconnaissance des droits des homosexuels, considérés alors aux Etats-Unis comme des individus dangereux, délinquants, malades. La manière dont l’acteur se saisit du rôle est extraordinaire. Sean Penn se transcende dans le contexte d’une injustice insupportable : la volonté de supprimer les droits de certains en raison de leur préférence sexuelle. Par son engagement, l’homme va briller en réussissant à faire progresser l’acceptation de la condition gay. Il est donc important, aujourd’hui, de voir Harvey Milk , à l’heure où la Californie dit non au mariage homosexuel. Comme il est important, dans une optique plus large, de voir Harvey Milk dans une société où l’église lève l’excommunication d’évêques intégristes qui nient l’Holocauste. Voir Harvey Milk , c’est précisément garder en mémoire que l’homme n’apprend pas des erreurs commises par le passé.

La seconde, c’est qu’il permet de réfléchir à notre capacité d’agir en société. Que faisons-nous, aujourd’hui, dans le contexte d’inégalités toujours insupportables ? Quels sont nos moyens d’action ? A la vision du film, et du combat vital d’un homme engagé pour la défense de ses droits, s’est juxtaposée la lecture d’une interview de Serge Tayssot-Gay, dans laquelle le guitariste de Noir Désir s’exprimait à l’occasion de la sortie de l’album L’Angle Mort , du collectif Zone Libre (monté, entre autres, avec Hamé de La Rumeur et Cyril Bilbeaud, ex-batteur du groupe Sloy – www.myspace.com/librezone). Tayssot-Gay y indique la position du collectif : « contre le divertissement qui prend toute la place, contre le monde marchand qui abîme tout ». Je partage cette position. Et ce constat est, en partie, à l’origine de la création de CINETHINKTANK. Car le cinéma est trop reconnu pour sa seule capacité à divertir, alors qu’il permet le plaisir de la réflexion et le dialogue entre les arts. Dans ces colonnes, dans cet espace de réflexion libre, non censurée, nous dénonçons les films qui, selon nous, sont les symptômes d’une déviance de notre société. Une société inégalitaire, rongée par un capitalisme à outrance. Et nous encourageons les films qui nous semblent porteurs d’un message, d’une pensée, d’un plaisir : des films qui viennent s’opposer aux productions hypra-formatées d’une économie cinématographique ronronnante, pourrissante par endroits. Harvey Milk disait : « My name is Harvey Milk and I’m here to recruit you ». Nous disons : « Nous sommes CINETHINKTANK et chacun de nos articles est écrit pour vous mobiliser ». Dans cette optique, nous sommes naturellement à l’écoute d’idées qui permettraient d’accorder une part plus importante aux productions qui ne sont pas dédiées, à tout prix, au seul divertissement.

Matthieu Z.

La lourdeur et la pesanteur de la production d’un film rendent le cinéma incapable de réagir à l’actualité la plus chaude. Pourtant, l’intuition ou le hasard nous offrent ces temps-ci deux films qui rencontrent une actualité, un sujet.

Mon premier s’appelle Andreas Baader. Un film, L a bande à Baader , de Uli Edel, retrace les années de plomb, de la RAF, l’œdipe impossible d’une génération qui doit accepter une parenté nazi. Andreas Baader est un rebelle sans cause (réelle) ou un gros con, selon l’humeur. Le film est excellent, passionnant.

Mon second s’appelle Ernesto Guevarra. Un film, Che – L’argentin , de Steven Soderbergh, retrace la lente conquête du pouvoir par une bande de guerrieros cubains, dont Guevarra. Le film est lent, étouffant comme une guerrilla. Reste ce personnage, l’image éternelle, absolue et indépassable de l’être engagé. Guevarra est entré en rébellion comme un prêtre dans les ordres : vœu de pauvreté, vœu de chasteté, vœu d’obéissance. C’est un saint les mains pleines de sang.

Mon troisième s’appelle Julien Coupat. Mi-philosophe, mi-gourou, J. Coupat a repris, le panache et le courage en moins, le flambeau de la lutte armée. Il a eu au cours de l’année 2008 ce tout petit moment de gloire où il a, comble du courage, osé saboter des catenaires de la SNCF.

Mon tout est l’engagement.

Ces trois personnes se seraient sans doute détestées. Le troisième reprocherait au premier son inculture, celui-ci lui rétorquant sa frilosité. Tout cela sous le regard plein de reproches et de déconsidérations paternalistes du second. 3 personnes, 3 époques, 3 engagements absolus.

Mais d’où vient l’engagement ? Pourquoi un citoyen attentif aux « choses du monde » se met-il à vouloir agir ? Une injustice devenue insupportable ? Non, ce n’est pas le point de départ. Plutôt que de parler de marxisme, de dictature à renverser, de système totalitaire, d’injustice insupportable, de fonte des glaces, pourquoi ne pas s’avouer la raison première et profonde de tout engagement : l’ennui.

Un être humain s’engage, se révolte, par un besoin de sortir de sa petite histoire pour embrasser la grande. Vivre le frisson de participer et d’influencer le monde. Une promesse d’inattendus et d’excitations. Désir inavouable d’orgueil. L’engagement, c’est se voir beau et se trouver fort, puissant. Je pense que le point de départ est l’ennui ou plutôt l’envie de briser un quotidien qui s’endort. La révolte est une promesse d’accélération de sa vie, de participer collectivement à une aventure.

Il n’est pas ici question de critiquer tout engagement. Mais l’engagement souvent présenté comme un don de sa personne, comme un geste purement philanthropique, revêt à mon sens une dimension égoïste qu’il faut savoir connaître, reconnaître.

Augustin B.

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