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Stuart Doyle, le président de Greater Union Theatres, avait le désir d’encourager le développement d’une industrie cinématographique proprement australienne. Greater Union a ainsi racheté en 1925 le rink de patinage à roulettes sur Ebley Street dans le quartier de Bondi Junction à l’Est de Sydney et l’a converti en studio de cinéma destiné à la production de films muets.

Afin de financer leurs films, les promoteurs de l’établissement, Stuart Doyle et son associГ© Ken G. Hall, eurent l’idГ©e de conserver Г l’endroit sa fonction originelle pour un temps afin de financer leurs films. C’est ainsi qu’en fin de journГ©e, dans un pas de deux savamment chorГ©graphiГ© les patineurs reprenaient possession de lieux, le son des roulements sur le parquet remplaГ§ant jusqu’au lendemain le cliquetis des camГ©ras.

En 1931, à cause du surcroît d’activité cinématique, les deux fonctions deviennent incompatibles et les derniers patineurs quittent les lieux. Le studio qui allait devenir une compagnie pionnière du cinéma australien est rebaptisé Cinesound et se spécialise alors dans la réalisation de films populaires à petit budget. Emmenées par le truculent producteur réalisateur Ken G. Hall, showman patenté et visionnaire appointé à la tête de l’établissement par Stuart Doyle, ses films donnent lieu à des campagnes médiatiques hautes en couleur qui étaient devenues sa marque de fabrique. Ken G. Hall aimait à dire qu’il voulait créer le « petit hollywood australien » et a activement contribué au développement d’un système répliquant celui des majors américaines qu’il était allé spécialement étudier de près quelques années auparavant lors d’un voyage d’étude en Californie.

Cinesound se voulait Г la pointe du progrГЁs et s’évertuait Г faire feux de toutes les derniГЁres innovations techniques mais les long-mГ©trages Г©tant jugГ©s financiГЁrement trop risquГ©s, le studio s’est par la suite dГ©diГ© principalement Г la production des revues d’actualitГ© – les Cinesound Reviews – qui Г l’origine devaient ГЄtre prГ©sentГ©es en antipasti des films de la maison. Un sujetВ -В Г vocation avouГ©e de recrutement – sur les combats de 1942 sur la piste de Kokoda, au cЕ“ur de l’enfer gГ©ophysique de Papouasie oГ№ les troupes australiennes ont tenu en Г©chec l’armГ©e impГ©riale japonaise, lui aura mГЄme valu un oscar.

A la fin de la seconde guerre mondiale, J. Arthur Rank, un producteur britannique a acquis la majorité de Greater Union Theatre, la compagnie à l’origine de la création de CineSound, et utilisé le réseau de salles du Studio pour diffuser des films Britanniques en décourageant la production locale qui fut pendant près de vingt ans quasiment inexistante. Ken Hall, qui avait réalisé quasiment tous les long-métrages de la maison, et son équipe furent sonnés par la vente soudaine de leur usine à rêves en 1951, en dépit du succès commercial connu par le dernier film du directeur.

Le studio 1 de Bondi Junction connut une première reconversion en se transformant en usine de production de sodas avant que, par un retour de fortune, l’ancien studio ne connaisse une résurrection temporaire à l’arrivée de la télévision en 1956. Il a alors repris sa vocation première avant de tourner définitivement la page de l’épopée cinématographique en 1973. Il a depuis accueilli un magasin de meubles et héberge aujourd’hui un magasin de décoration d’intérieure. Le rêve du Petit Hollywood Australien s’est évanoui il y a bien longtemps et les salles obscures des Multiplexes de Bondi Junction réservent toujours leur programmation aux superproductions US.

Guillaume L.

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Combien d’airs, de musiques de films ou de sГ©ries TV sommes-nous capables de restituer de mГ©moireВ ?В 10, 20, 100В ? В Etonnante, la dГ©licate maniГЁre dontВ ces airs sonores se glissent en nousВ Г l’instant des plus intenses Г©motions visuelles. Comme un deuxiГЁme enregistrement, elles viennent se graver sur notre disque dur interne, derriГЁre l’image certes, mais avec non moins de force et de rГ©silience. Surprenante Г©galement, la puissance des sentiments gГ©nГ©rГ©s par la simple musique en dГ©pit parfois de l’image elle-mГЄme. A titre d’exemple, un individu court (imaginez-le dans une rue Г©troite et encombrГ©e, le souffle court, progressant rapidement). Sans fond sonore sur la pellicule, c’est juste un individu qui court et l’on focalise naturellement sur le mouvement du corps. Imaginez le mГЄme individu maintenant,В enveloppГ© de la musique de BachВ : il court vers son destinВ ; de la musique de Barry White ou du jazz seventies (ok, je schГ©matise un peu)В : il court vers l’amourВ ; d’une petite ritournelle parisienne accordГ©onisГ©eВ : il rГЁgle ses problГЁmes trГЁs urbains (sans doute une histoire d’amitiГ© ou de travail)В ; de hip-hopВ pour finir : il s’apprГЄte a commettre un acte de rГ©bellion (Г moins qu’il n’ait lui-mГЄme un passГ© violent en phase de rГ©demptionВ ?). La liste est aussi longue qu’on peut bien l’imaginer… intГ©ressant d’ailleurs comment nous associons inconsciemment et tout Г fait naturellement certains types de musiques Г un type de comportement. Peut-ГЄtre l’influence des clipsВ ? Un conditionnement culturelВ de masse ? On s’éloigne quelque peu du propos…

Un son peut parfaitement déclencher une émotion très intense là où l’image seule n’aurait absolument rien provoqué. Vous souvenez-vous particulièrement d’un film que vous avez trouvé parfaitement sans intérêt mais dont la musique vous a enchanté ? Difficile, n’est-ce pas ? En réalité, vous ne vous en souvenez pas, non parce que le film n’était, au fond, pas si mauvais, mais plutôt parce que le film l’était effectivement (mauvais), et que la bande originale l’a sauvé de votre implacable jugement (parfois même à votre insu). On se souvient plus souvent d’un mauvais film que de la composition d’une bande originale réussie.

En usant d’autres ressorts Г©motionnels que l’image, peut-ГЄtre encore plus universels, la musique du film accroГ®t l’adhГ©sion du spectateur Г l’histoire, dГ©multipliant le sentiment d’identification. GrГўceВ Г ces mГ©lodies puissantes et magnifiques, je fus ainsi, le temps d’un film, un Г©vangГ©liste messianique ( Mission ), un aventurier tГ©mГ©raire et irrГ©vГ©rencieux ( Indiana Jones ), un hippie Г la sГ©rГ©nitГ© quasi bouddhique ( The Big Lebowski ), un boxeur affrontant le monde entier de ses poings ( Rocky ). Comme un slogan publicitaire mille fois ressassГ©, aux racines subliminales, ces mГ©lodies sont une part de ce que je suis, gГ©nГ©rant toujours, et aprГЁs parfois des annГ©es, une intensitГ© d’Г©motion qui m’emporte bien au delГ du film lui-mГЄme. Curieusement d’ailleurs, je sautille et me mets encore Г В courir des que j’entends le dГ©but de Survivor The Eye of the Tiger. Pas vous ? ( http://www.deezer.com/listen-6012277 )

Un bon adjuvant donc, souvent des plus salvateurs, pour rendre un peu d’éclat et de tension à un film dont le scenario où le jeu souffre cruellement du même manque. Parfois même, bien plus qu’un simple accompagnement, la tonalité musicale sublime l’image et lui donne cette dimension symbolique, universelle, qu’elle n’aurait pu générer seule : lorsque la pierre étrange apparait au milieu des singes dans 2001 l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, la musique nous en fait saisir l’incomparable puissance et c’est le monde qui s’en trouve changé à  jamais et non la simple tribu de primates qui l’entoure. Regardez encore une fois la même séquence en coupant le son, et c’est un simple bout de métal qui sort de terre, certes curieux me direz-vous, mais en aucun cas transcendant.

Il arrive également que la musique s’exprime a contrario de l’image, impliquant la coopération consciente du spectateur : quand la musique dit le contraire de l’image, elle inscrit cette dernière comme fausse en appelant à  la participation du spectateur : « Je sais que tu sais que ce que je te montre est un artifice » dit le réalisateur grâce à la musique. Ce double niveau de lecture (double-jeu ?) élargit le champ des possibles de l’image, et en fait un matériau malléable, soumis à la subjectivité d’un spectateur devenu interprète de l’histoire.

Ce monde de nouveaux signifiants créé par le son emporte l’adhésion du public (et le succès du film) en procurant à  l’image toute son intensité dramatique, l’inscrivant dans un champ, dans une perspective  bien plus vaste que ce que l’image signifie réellement. En d’autres termes, la composition musicale du film établit le lien entre le « relatif » de l’image et « l’absolu » de ce que à quoi cette image se rapporte. Là se trouve l’essence de la musique de film, sa finalité. Là se trouve également son articulation magique avec le silence, la musique du réel. Un autre absolu que ce silence, un Ying et un Yang qui se complètent et s’émeuvent réciproquement. Un silence parfois bien plus assourdissant que toutes les symphonies, un silence spectral, un silence au sein duquel chaque son devient bien plus que lui-même, comme un caillou jeté dans l’eau dont l’onde continue de se propager bien après qu’il soit englouti. La puissance des compositions se retrouve dans la maîtrise du bruit et du non-bruit.

On ne peut donc terminer sans rendre hommage à ces ténors de l’émotion sur commande, à ces maîtres de l’ordonnancement du bruit, capables de dérouler du mètre larmoyant ou martial. Un petit hommage s’impose : les anciens comme Alfred Newman ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Newman ), Maurice Jarre ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Jarre ), Mickael Kamen ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Kamen ), ou encore Bernard Herrmann ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Herrmann ), compositeurs monumentaux aux biographies encore plus incroyables, à consommer sans modération. Et peut-être plus récents et plus célèbres encore, Eric Serra (qui a fait tous les films de Luc Besson), Danny Elfman (la plupart des films de Tim Burton, les Simpsons , Desperate Housewives , Batman )…

On peut aussi louer la beautГ© brute apportГ©e par des musiciens reconnus qui nous ont fait l’offrande de bandes originales fabuleuses et mГЄme parfois encore plus envoutantes que les bandes-son composГ©es par les purs professionnels du cinГ©ma (Iggy pop sur Arizona Dream de Kusturica, Neil Young sur Dead Man de Jim Jarmusch, Tom Waits sur The End of Violence de Wim Wenders…). Ces performances dГ©livrГ©es horsВ des contraintes classiques de la crГ©ation cinГ©matographique ont indГ©niablement densifiГ© les Е“uvres auxquelles elles sont accolГ©es, leur ont parfois donnГ© jusqu’Г leur identité et peuvent prГ©tendre Г une vie autonome, qui explique leur succГЁs sur support CD. CoupezВ ! Ne reste que le son. Merci Г lui.

Mathieu V.

Steven Soderbergh sort la semaine prochaine The informant ! avec Matt Damon. La filmographie pléthorique de ce réalisateur est un mystère aussi épais que le brouillard anglais. Soderbergh enchaîne les films en rotation lourde. Aucun lien de style, de ton, de genre. Deviner la paternité d’un film de Soderbergh est un exercice bien plus pointu qu’une dégustation à l’aveugle de vins bordelais. Nous nous étions arrêtés à l’hypothèse évidente qu’il est un touche à tout génial, un surdoué épris de liberté. Cette thèse officielle nous paraissait trop simple et l’investigation a été menée jusqu’à découvrir l’inimaginable : le « Soderbergh Global Agreement ». Revenons une poignée d’années en arrière à Los Angeles…

Rien n’avait jamais filtré de cette réunion secrète. Une agitation inhabituelle règne dans le célèbre restaurant Morton’s de Los Angeles. Les services de sécurité sont à cran. Les clauses de confidentialité sont signées à tour de bras par le personnel du restaurant jusqu’au cuisinier indien qui ne comprend pas le moindre mot d’anglais. La tension est forte car le moment est unique. Dans l’arrière-salle sont réunis les hauts représentants des Big Six : Paramount, Warner, Columbia, Universal, Fox et Disney. Dans une ambiance glaciale, sont assis autour de la table les ennemis jurés acceptant de faire la paix le temps d’une signature. Le contrat est paraphé par chacun des membres.

A cette époque, les Studios font face à un mouvement inhabituel : une volonté des réalisateurs célèbres de faire des films loin de leur genre et qu’ils rechignent à assumer, et donc à signer. Il est inenvisageable de renoncer à ces scénarios et à ces juteuses promesses de profits. C’est à ce moment-là que le diabolique projet a été imaginé : rien de moins que la création d’un réalisateur ex-nihilo.

Steven Soderbergh est donc né dans une odeur de cigare cubain au fond d’un restaurant californien.

Ils lui ont inventé une jeunesse, un parcours et surtout un physique. Le choix s’est dirigé vers un timide étudiant en cinéma, dénué de tout talent et, par la force des choses, d’ambition. Le pacte secret est conclu. Il abandonnera sa vie et incarnera celle d’un faux réalisateur. Il jouera le jeu de la promotion et du making-of en échange de son silence et d’une confortable rétribution.

Aux hasards de notre enquГЄte et des langues qui se sont lentement dГ©liГ©es, nous avons retrouvГ© la parentГ© de ces quelques films nГ©s sous XВ : Ocean’s Eleven a en fait Г©tГ© rГ©alisГ© par Jim Jarmusch, Che a Г©tГ© rГ©alisГ© par Sylvester Stallone et Girlfriend Experience par Robert Emmerich.

Cette exclusivité signée CINETHINKTANK fera sans doute l’effet d’une bombe à Hollywood et nous serons accusés d’affabulation. Une chose est sûre : nous ne cèderons devant aucune pression et nous protègerons toujours nos sources.

Augustin B.

Hollywood vient de consacrer lors de la cГ©rГ©monie des Oscars la victoire Г©crasante de Danny Boyle (pas moins de 6 rГ©compenses) avec le film Slumdog Millionnaire . Cette victoire est significative Г plus d’un titre. En dehors de toute apprГ©ciation de la valeur artistique du film, elle entГ©rine le rapprochement des deux plus grosses Г©conomies cinГ©matographiques mondiales, Hollywood et Bollywood, le premier attirГ© en ces temps de crise par le formidable marchГ© que reprГ©sente le second, et le second tout heureux d’accГ©der Г une renommГ©e enfin mondiale, monopolisГ©e jusque lГ par le premier, en dГ©pit des barriГЁres culturelles. On pourrait donc en dГ©duire un peu simplement que les Oscars de cette annГ©e ne sont encore une fois qu’В« une affaire de de gros sous В» et une opГ©ration marketing de premier plan dans une industrie mondialisГ©e. Mais au dela de la finalitГ© financiГЁre Г©vidente, que voyons-nous vraiment dans ce film ?

ObГ©issant aux canons BHollywoodiens dГ©sormais communs, on ne pouvait d’abord faire sans l’inГ©vitable happy end, devinГ© aprГЁs seulement quinze minutes, et qui marque une finalitГ© insidieusement rassurante au regard du monde plus que jamais incertain dans lequel nous vivons. Cependant, ce qui apparaГ®t par dessus tout dans cette oeuvre, et qui rassemble vraiment les deux industries, c’est la simplicitГ© et l’unilatГ©ralitГ© rГ©ductrice des personnages dans leur relation Г la vie. Le hГ©ros Jamal Malik possГЁde un double en nГ©gatif, son frГЁre. Compagnon d’infortune, ce grand frГЁre protecteur absorbe pour notre hГ©ros toute la noirceur du rГ©el Г laquelle le terrible quotidien indien les confronte. RГ©ceptacle de tout ce noir (en vГ©ritГ©, le rГ©el) jusqu’Г la mort, il permet Г Jamal de rester dans le domaine du rГЄve et d’accГ©der Г la lumiГЁre des projecteurs. Noir disparaГ®t inГ©vitablement, ne reste donc que le pur blanc. Par ce truchement (un destin, deux personnages), Danny Boyle Г©vite les Г©cueils de la description d’une personnalitГ© complexe au profit d’un personnage monolithique attachant mais dГ©connectГ© du rГ©el. En d’autres termes, il sert une vision de la vie fantasmГ©e et binaire au dГ©pens de la complexitГ© irrГ©ductible de l’existence.

Lors de cette mГЄme cГ©rГ©monie des Oscars lui Г©tait opposГ© le film de Darren Aronofoski, The Wrestler. The Wrestler, c’est d’abord l’histoire d’une vie, de la vie. Celle de Randy В« The Ram В» le catcher au bout du rouleau, celle de Mickey Rourke, l’acteur magnifique Г la vie sinusoГЇdale, celle de chacun enfin, dans les gloires et les chutes, les heurts et les peurs que nous rencontrons tous. Une vie bien plus difficile Г apprГ©hender en somme, bien plus rГ©elle. Randy s’apparente Г В« la bГЄte В» au sens le plus pur des films de Walt Disney. Un monstre physique au coeur fragile (au propre comme au figurГ©), Г l’heure du bilan. Randy n’a pas toujours fait les bons choix, et tente de les corriger avant qu’il ne soit trop tard. Randy est d’une humanitГ© bouleversante, car ni blanc ni noir mais bel et bien gris, avec des fulgurances vers une couleur ou vers l’autre, qui incarnent l’ambiguГЇtГ© fondamentale de chacune de nos actions lorsqu’elles sont rГ©alisГ©es. Randy est fort et faible du corps et du coeur, bon et mauvais dans l’esprit et le comportement. Il se bat contre des adversaires monstrueux mais c’est la vie qui l’emporte au dernier round. La vie Г la fois rude et sublime, avec les actes en suspens, le gГґut des choses inachevГ©es qui fait que notre destin nous Г©chappe.

Ni The Wrestler ni Mickey Rourke n’ont gagnГ© d’Oscar. Randy : trop humain, trop rГ©el ?

В« La diffГ©rence entre les autres producteurs et moi, c’est que je m’intГ©resse aux mille et un dГ©tails qui entrent dans la fabrication d’un film. C’est leur ensemble qui fait un grand film ou qui le dГ©molit. Personnellement, je considГЁre qu’il m’appartient d’ГЄtre responsable de tout. В»

Cet extrait est tirГ© du plus passionnant livre sur le cinГ©ma. Ce livre est unique, son titre, lui, ne l’est pasВ : David O. Selznick – CinГ©ma MГ©mos .

PrГ©sentons rapidement le roi David. Il fait parti de ces immenses producteurs qui ont fondГ© Hollywood et qui ont fait du cinГ©ma amГ©ricain le premier du monde. Il a fait ses classes en travaillant pour tous les Grands Studios avant de fonder, en toute modestie, la « Selznick InternationalВ В». Il a produit des centaines de films et parmi eux un film assez confidentiel et expГ©rimental, Autant en emporte le vent …

En quoi ce livre est exceptionnelВ ? Selznick avait plusieurs pathologies dont celle de passer ses nuits Г dicter des mГ©mos qu’il adressait Г la terre entiГЁre. Des Г©quipes entiГЁres de secrГ©taires prenaient le relais pour noter cet inГ©puisable monologue intГ©rieur. La mention « DictГ©es mais non relues par David O. SelznickВ В» Г©tait ajoutГ© puis transmis Г son destinataire. Un double Г©tait conservГ©. Rudy Belhmer eut le courage de s’atteler aux 2000 boГ®tes d’archives contenant les lГ©gendaires mГ©mos, et d’en ressortir le nectar le plus savoureux. La lecture de ces mГ©mos est passionnante. Comparaison n’est pas raison, mais c’est un peu comme avoir accГЁs Г la boГ®te mail de Luc Besson.

Selznick est maladivement perfectionniste, orgueilleux, colГ©rique, impatient, bref, un bon producteur. Il s’occupe de tout, tout le temps et toujours. Imaginez la pire personne avec qui vous ayez travaillé : multipliez-la par 10, divisez par 2, puis multipliez par 1000В : David O. Selznick. Dieu merci pour le cinГ©ma, le harcГЁlement moral n’existait pas Г cette Г©poque.

Ces notes sont de vГ©ritables bijoux. Aucune mention aux courants esthГ©tiques, au gГ©nie d’un rГ©alisateur, Г la magie du cinГ©ma. Ce qu’on y apprend, en plus de nous Г©clairer sur le mystГ©rieux mГ©tier de producteur, c’est comment se fabrique un film et comment se gГЁre une compagnie qui fait des filmsВ : les costumes, l’histoire, les budgets Г tenir, le choix des acteurs, la publicitГ©, les dГ©cors, la couleur de l’image…

« Les costumes dont je me suis plaint prГ©cГ©demment sont des chefs d’Е“uvre de coupe, comparГ©s aux horribles costumes que je lui ai vu essayer samedi. Encore un tas de vГЄtements mal coupГ©s et peu seyants que je n’avais jamais vu porter Г un ouvrier, et encore moins Г une vedette… В»

Cerise sur le gГўteau, ce livre est aussi une vГ©ritable leГ§on pour apprendre Г dire « va te faire foutreВ В» dans un mail tout en restant courtois et raffinГ©. Г‡a peut servir…

« Monsieur Hitchcock, je couche cela par Г©crit car il semble que le service de production Г©prouve quelques difficultГ©s Г exprimer clairement nos dolГ©ances, et je veux qu’il n’y ait aucun malentendu Г aucun niveau, s’il devenait en dГ©finitive nГ©cessaire d’en parler, soit Г cause de votre incapacitГ©, soit (et je deteste penser cela) de votre refus de comprendre ceВ dont nous nous plaigons… » SacrГ© David…

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