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Disons le sans traîner, le livre La carte et le territoire de Michel Houellebecq est une bombe. Un livre important écrit par un écrivain qui l’est tout autant. Houellebecq d’habitude si « clivant » (il aura même le Goncourt – c’est dire) provoque avec ce livre une étonnante unanimité qui aurait pu augurer de la mollesse d’une panacotta laissée trop longtemps dehors. Rien de tout ça ici. A la mélancolie, à la modernité et à l’intelligence habituelles de ces précédents livres, Houellebecq a ajouté une dose de douceur et un humour – presque – joyeux qui font de La carte et le territoire , à mes yeux, un livre génial.
« Plus généralement, la France sur le plan économique, se portait bien. Devenue un pays surtout agricole et touristique, elle avait montré une robustesse remarquable lors des différentes crises qui s’étaient succcédées, à peu près sans interruption, au cours des vingt dernière années. Ces crises avaient été d’une violence croissante, d’une imprévisibilité burlesque – burlesque tout du moins du point de vue d’un Dieu moqueur, qui se serait amusé sans retenue de convulsions financières plongeant subitement dans l’opulence, puis dans la famine, des entités de la taille de l’Indonésie, de la Russie ou du Brésil. N’ayant guère à vendre que des hôtels de charme, des parfums et ses rillettes, ce qu’on appelle un art de vivre -, la France avait resisté sans difficultés à ces aléas. D’une année sur l’autre la nationalité des clients changeait, et voilà tout. » M.H.
Houellebecq ne nous change pas sur tel ou tel sujet ; c’est l’ensemble de nous-même qui dévie légèrement et il nous fait observer notre monde sous un regard (un peu) différent. Il est trop fataliste pour en faire un maître à penser ou un guide de vie. Il a en revanche un regard sans colère et clinique qui déniaise et qui arme pour mieux comprendre – derrière le bruit – la lente direction que nous prenons collectivement. La prise de conscience est toujours la première étape de tout engagement futur. Houellebecq se charge de la prise de conscience ; pour la suite, il faudra clairement faire sans lui.
« Une famille de Chinois à quelques mètres d’eux, se goinfrait de gaufres et de saucisses. Les saucisses au petit déjeuner avaient été originellement introduites au château de Vault-de-Lugny pour complaire aux désirs d’une clientèle anglo-saxonne traditionaliste, attachée à un breakfast protéique et gras ; elles avaient été mises en débat, au cours d’une brève mais décisive réunion d’entreprise ; les goûts encore incertains, maladroitement formulés, mais se portant apparemment vers les saucisses, de cette nouvelle clientèle chinoise, avaient conduit à conserver cette ligne d’approvisionnement. D’autres hôtels de charme bourguignons, ces mêmes années parvenaient à un conclusion identique, et c’est ainsi que les Saucisses et Salaisons Martenot, installés dans la région depuis 1927, échappèrent au dépôt de bilan, et à la séquence « Social » du journal de FR3. » M.H.
Michel Houellebecq nous refait prendre conscience avec douceur et distance, de l’immense danger qui nous guette lorsque nous ouvrons un livre.
« Il avait, quelques fois, l’hypermarché pour lui tout seul – ce qui lui paraissait être un assez bonne approximation du bonheur » M.H.
Je vous envie de lire de la page 189 à 193 la description du tableau peint par Jed Marin (le personnage principal) : « Bill Gates et Steve Jobs s’entretenant du futur de l’informatique » sous-titres : « La conversation de Palo Alto », auquel est ajouté un second sous-titre, « Une brève histoire du capitalisme », et que son livre semble illustrer.
Augustin B.
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France, pays béni pour les écrivains au cinéma! Beckett, Duras, Robbe Grillet, tout récemment Philippe Claudel et bientôt Michel Houellebecq… Les exemples ne manquent pas. Bizarrerie nationale. Aucun autre pays n’accorde un tel crédit à ses écrivains pour faire du cinéma. Ceci s’explique en partie par le fait qu’en France un Livre a toujours été plus sacré qu’un Film. Le livre correspond mieux à l’idée qu’on se fait de l’artiste: solitaire, pauvre, travaillant nuit et jour. Le cinéma est trop clinquant et trop collectif pour bien répondre au cliché de l’artiste. Audiard disait d’ailleurs que « si on a du génie, on ne fait pas du cinéma, on écrit un livre ». Donc, quand un écrivain accepte de se tourner vers le cinéma, le cinéma lui fait un pont d’or, tout honoré à l’idée qu’un écrivain puisse s’intéresser à lui.
Mais est-ce opportun? Cinéaste est un métier, écrivain un autre. Tout part d’une question: qui fait de l’ART? l’ARTiste ou l’ARTisan? En France, on a tranché. C’est un ARTiste. Quel que soit son instrument, un pinceau, un stylo, une caméra, peu importe, il s’exprime. Mais, c’est aussi un ARTisan qui maîtrise un savoir-faire, son outil. Si on l’entend ainsi (ce qui est le cas notamment aux Etats Unis ou en Asie), il est inconcevable qu’un écrivain réalise un film. En France, on confie une caméra et des millions d’euros pour faire un film à Michel Houellebecq (passionnant écrivain par ailleurs) et on va s’étonner que son film soit un flop retentissant… On aurait bien fait de se demander s’il maîtrise le cadre, la lumière… Pour faire de l’art, il faut être artiste et artisan… L’un sans l’autre, à de rares exceptions près, c’est pas fameux…
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