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- Françoise Brion (La Grande) & Marlène Jobert (Agathe)
Quand la télévision s’intéresse aux difficultés de rencontres hétérosexuelles dans les campagnes, cela donne L’Amour est dans le pré sur M6, émission de téléréalité qui se gausse de ruraux « authentiques » tombant dans les pièges du cynisme audiovisuel. Sur le net, les sites de rencontres agricoles fleurissent : rencontre-agriculteur.com, atraverschamps.com ou encore vachement.fr. Le cadre rural perçu comme l’espace fantasmé des libertés spatiale et temporelle, laisse accroire qu’une vie sentimentale peut commencer sous les meilleurs auspices. Au cinéma, deux films se sont intéressés aux agriculteurs déjà mariés et qui, devenus veufs, se trouvent devant la perspective d’un deuxième choix de conjointe et donc d’une seconde chance.
C’est ainsi qu’à 37 ans d’intervalle, Alexandre le Bienheureux (d’Yves Robert, 1968) et Je vous trouve très beau (d’Isabelle Mergault, 2005) dressent des portraits peu reluisants du mariage en général et des premières épouses en particulier. C’est ainsi que La Grande (Françoise Brion), la première femme d’Alexandre (Philippe Noiret), véritable patronne, inscrit quotidiennement sur un tableau les travaux à effectuer et passe sont temps à claquer des doigts pour rappeler à l’ordre son mari. Quant à Huguette (Agnès Boury), première femme d’Aymé (Michel Blanc), elle passe de l’entretien de la maison où le téléviseur est toujours allumé à celui des animaux.
Dans les deux films, la relation matrimoniale est toute entière conditionnée par le travail. La Grande pousse au labeur perpétuel et Huguette se fait reprendre par Aymé, car, dans sa comptabilité, « Tu mets des barres à tes 7, on dirait des 1 ! ». D’ailleurs quand Huguette meurt, Aymé lâche : « Le chagrin je vais m’en arranger, par contre le boulot… ». Peu importe si, comme le raconte Marie-Thérèse Lacombe dans Pionnières ! (Editions du Rouergue, 2009), les femmes ont été les véritables actrices de la comptabilité, des élevages, du confort et du tourisme à la ferme. Les épouses de cinéma sont réduites à des caricatures discréditées dont le rapport au sexe est soit minuté (pour La Grande), soit improbable (pour Huguette). Autre trait commun, dans les deux films, la mécanisation possède un caractère fatal. La Grande meurt dans un accident au volant de sa toute nouvelle DS, signant là son complet asservissement à la machine et à la modernisation. Huguette meurt électrocutée par une trayeuse achetée d’occasion. Qu’elle soit du dernier cri ou traditionnelle, la technologie pourrit la campagne et tue les compagnes. Seul le tracteur ultra moderne d’Aymé, sonorisé et donc plus vraiment d’utilisation seulement agricole, est un outil positif.
Les femmes de la seconde chance que choisissent Alexandre et Aymé se caractérisent en premier lieu par leur beauté. Elena (Medeea Marinescu) est, selon Aymé, un « soleil dans sa vie », elle l’initie à la beauté gratuite des fleurs. Alexandre est séduit par les affinités qu’il croit déceler chez Agathe (Marlène Jobert) : elle aime, comme lui, se reposer et faire la sieste.
La différence vient de la fin. Dans Alexandre le Bienheureux , les 120 hectares montent très vite à la tête d’Agathe qui oublie le sens du repos et projette aussitôt un poulailler en batterie, des cochons, des fleurs coupées, de la pisciculture, un terrain de location de caravanes pour Parisiens en vacances… autant de projets qui font fuir Alexandre préférant se retrouver seul, mais heureux à paresser dans les champs. Dans Je vous trouve très beau , Elena vient, avec sa petite fille, retrouver Aymé et fonder une famille. En 1968, le compromis synonyme d’enfer, était impossible, même dans une comédie. En 2005, le compromis est redevenu classiquement la voie du happy end .
Marc Gauchée
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Contrairement à ce qu’a affirmé Yann Barthès sur Canal+ , ce n’est pas deux fois que Nicolas Sarkozy a répété certains éléments de son discours sur l’agriculture, mais trois : le 11 septembre 2007, le 19 février et le 27 octobre 2009. Le président de la République a assené que les Français avaient un « lien charnel avec la terre » et que le monde rural était porteur de « valeurs profondes ». Il faut au moins connaître son Philippe Pétain sur le bout du bras pour comprendre immédiatement le sens de ces expressions, quand la France corrompue des villes devait être régénérée par l’authenticité des campagnes. Au cinéma, seule la pornographie peut livrer des images concrètes de ces « valeurs » et les incarner précisément. Il suffit d’entrer les mots-clés « campagne », « paysan » et « rural » dans le moteur de recherche du supermarché du sexe www.concorde.fr . Les films qui en sortent, permettent aussitôt de préciser la pensée présidentielle.
Dans ces films, la campagne est évidemment d’abord célébrée comme un environnement. Mais, si elle autorise le sexe en plein air, elle n’empêche jamais que de diaboliques désirs s’épanouissent au milieu des bêtes à bon Dieu. La tranquillité de la nature permet même d’oublier tout comportement vertueux. Dans Journal intime de campagne , Laurence profite ainsi du calme pour coucher sa vie sur le papier et ailleurs. Comme l’ennui guette bientôt et que l’horizon est borné, l’entourage et le choix des partenaires sont restreints. Toujours dans Journal intime de campagne , Christine à la chance de pouvoir profiter de la vigueur de deux campeurs. Mais les touristes sont rares dans la « France profonde » des films pornographiques. Les partouzes se font donc entre voisins ou avec le curé et sa bonne (ici, point de facteur, car cette ruralité est oubliée des services publics).
Seules comptent les transgressions. C’est pourquoi l’inceste y est même fréquent ( Les Paysans et leur salope de fille 1 , 2 et 3 ). La proximité avec les animaux donne des idées : les femmes sont « telles des juments indomptables face à des étalons fougueux » dans La belle paysanne . D’autres rapprochements sont plus triviaux. Rejouant la porcherie, deux paysannes humilient un fermier en le couvrant d’excrément et d’urine dans No Limits 4 . Et quand les filles rurales ne taquinent pas « le pénis d’un cheval » dans Horse Story 2 , l’une d’elles s’occupe de la « grosse quéquette de son chien » dans Animal Series 3 .
C’est ainsi que « le lien charnel avec la terre » peut recouvrir des « valeurs profondes » de perversion et de lubricité, bien éloignées de celles complaisamment citées par Nicolas Sarkozy dans un autre discours le 9 février 2010 : « le respect de l’autre », « l’entraide », « le travail »… Sans doute parce qu’attribuer des « valeurs » à un territoire ne relève que du fantasme et jamais de la réalité.
L’œuvre peinte par Pierre Mortez (Thierry Lhermitte) dans Le Père Noël est une ordure est devenue suffisamment culte, surtout après le film de Jean-Marie Poiré (1982), pour avoir enfin droit à quelques commentaires « critiques ».
Le soir de Noël, à la permanence de « SOS détresse-amitié », Pierre Mortez offre un tableau peint de sa main à sa collègue Thérèse (Anémone). Selon son auteur, ce tableau s’inscrit dans sa « série charcuterie ». Il explique à Thérèse : « N’y voyez surtout pas le fantasme de l’homme mais plutôt, si vous voulez, la recherche créative, le délire de l’artiste, n’est-ce-pas ». Pierre Mortez est un homme à la libido contrariée et ce qu’il dit n’est jamais ce qu’il pense. C’est pourquoi son œuvre cumule précisément la plupart des fantasmes ruraux.
Une femme nue et naturelle
D’abord la femme. Sa nudité au milieu de la nature rappellerait Eve au jardin d’Eden, l’innocence avant le péché. Soit. Mais le volume de ses seins et son activité chorégraphique évoquent plutôt les créatures de Supervixens (1975) : Shari Eubank, Uschi Digard, Christy Hartburg, Sharon Kelly ou encore Deborah McGuire. Comme souvent chez Russ Meyer, le film tient du road movie où chaque étape dans la campagne américaine est le lieu d’une rencontre, souvent déchainée, mêlant érotisme et violence.
La fleur que tient la danseuse nue ancre toutefois le tableau de Pierre Mortez du côté du flower power et du pacifisme, bien loin des violences à la Russ Meyer. La femme à la pâquerette est comme Jane Rose Kasmir saisie en 1967 par Marc Riboud. Le 21 octobre de cette année-là, les pacifistes manifestent devant le Pentagone contre la guerre au Vietnam. Jane Rose s’avance face aux soldats qui ont mis la baïonnette au fusil. La pâquerette est une fleur commune, sensible au soleil. Dans le langage des fleurs, elle symbolise l’innocence et la jeunesse. Mais surtout, elle est la représentation de l’amour partagée. Elle résume à elle seule la campagne simple et naturelle.
Un paysage à la Charles Trenet
Le décor du tableau est particulièrement bucolique : un chemin, des prairies, un bout de forêt et un village avec son clocher. Il condense tous les clichés anciens que seul Charles Trenet avait été capable d’accumuler dans ses chansons de l’Occupation : Que reste-t-il de nos amours ? (1942) ou Douce France (1943). Chez Pierre Mortez, la civilisation symbolisée par le village et surtout la censure morale symbolisée par le clocher sont lointains et mineurs. Pas étonnant puisque le dernier élément du tableau est un cochon.
Un porc qui trahit le désir de l’homme
Pierre Mortez s’est représenté en porc. « Malheureusement, je vous ai moins bien réussie que le porc » confie-t-il d’ailleurs à Thérèse. Il précise qu’il n’y a cependant aucune raison de se formaliser puisque « le porc n’est pas nu » et porte, il est vrai, un large slip blanc kangourou. On savait déjà que le porc avait quelques accointances avec l’homme : omnivore, rose de peau, proche physiologiquement, il sera également érigé en symbole de la luxure masculine à la Renaissance selon Michel Pastoureau dans Le cochon, histoire d’un cousin mal aimé (Gallimard, 2009). C’est d’ailleurs cette représentation en porc qui trahit les désirs les plus secrets de Pierre Mortez, désirs qu’il assouvira avec Thérèse quelques temps après profitant d’un moment d’égarement en commun. Pierre, malgré son dévouement à la cause de « SOS détresse-amitié », malgré ses propos toujours lénifiants, sa « tolérance » et ses « gentillesses », se révèle bien être un « porc » au sens moral du terme. En 1982, soit la même année que celle de la sortie du film de Jean-Marie Poiré, Reiser n’a pas besoin d’incarnation animalière pour raconter l’histoire de son Gros dégueulasse (Albin Michel) étonnamment proche de la représentation visuelle du porc du Père Noël est une ordure . Le personnage de gros dégueulasse fut, ensuite, interprété au cinéma par Maurice Risch dans un film de Bruno Zincone en 1985.
Dans le tableau de Pierre Mortez, cette version négative du porc relève d’une lecture moralisante des animaux et vient conclure la projection fantasmée du monde rural. Projection qui est loin d’être seulement hexagonale. C’est ainsi qu’en 1939, le bureau de la censure américain renvoya le scénario de Zaza , film de King Vidor, en demandant que l’héroïne (Claudette Colbert) supprime deux fois le mot « porc » lorsqu’elle insulte le méchant : « Espèce de porc ! Porc ! Porc ! Porc ! Porc ! ». Trop, c’est trop. On peut avoir une femme dans chaque port, mais pas un cochon dans chaque homme.
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