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Don't stop thinking !
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…dixit Jean-Daniel Vivès, évoquant l’océan de complaisance dans lequel baigne la France, dans un portrait que lui consacrait Libération, le mois dernier. « Indigné tout-terrain », comme le titrait le quotidien, avant de décrire le parcours peu commun de ce fromager (« Fromages et Ramage », rue Ramey, dans le 75018), ex-journaliste chez France 3 (avec qui il est en procès pour une accumulation de 400 CDD en neuf ans), auteur d’un Journal d’un enragé un peu dérangé et très con (préfacé par le cinéaste Thierry Jousse) et réalisateur d’un docu-fiction, Sarkozy et moi .
En lisant l’article, on découvre donc que Jean-Daniel en veut à la terre entière (à Sarko, forcément, aux décideurs télé, forcément, à Stéphane Guillon – pourtant l’auteur de la rigolote affiche ci-dessus… et même à Libération, pas assez radical d’après lui), qu’il écoute logiquement Alain Bashung et Tom Waits, qu’il lit logiquement Céline et Nietzsche… on réfléchit quelques instants, puis on s’interroge : faut-il soutenir ce vent d’indignation contre tout, et tout le monde ? Notre société mérite-t-elle qu’on s’énerve en permanence contre elle ? Regardons autour de nous. Que voyons-nous ? Des inégalités, des conflits d’intérêt, des injustices. Les exemples ne manquent pas (le dernier en date ? Pierre Sarkozy – que dis-je, DJ Mosey – rapatrié en Falcon de l’escadron présidentiel, aux frais de l’Etat donc, pour une minable intoxication alimentaire). Mais acceptons-nous vraiment, au fond, de nous élever contre ça ?
Chacun à sa manière, probablement. Par le ralliement à un parti politique, par la rédaction d’un article sur un blog, par le soutien à une association en dehors du boulot . Mais trop souvent, certainement, les raisons sont trop nombreuses de s’en tenir là, d’éviter d’avoir à affronter les problèmes à bras le corps. Difficile de bouleverser son quotidien. Un engagement total exige des sacrifices. Un don complet de soi, et de son temps. Alors trop souvent, on se laisse rattraper par une pensée qui soulage : changer le monde, c’est un rêve de jeunesse. Et une certaine lassitude finit naturellement par l’emporter. Que les jeunes prennent la relève. Moi je prends de l’âge, ma meuf attend un môme et j’ai un emprunt sur le dos. En plus c’est la crise, le chômage fait des ravages… non sérieusement, je ne peux pas passer ma vie à me battre, surtout par les temps qui courent.
Dans ces conditions, on peut penser ce qu’on veut de l’indignation « tout-terrain » de Jean-Daniel, mais une chose ne peut en tout cas lui être enlevée : le dédain des privilèges. C’est une qualité rare, admirable. Jean-Daniel est énervé, et il le fait savoir, en dépit des conventions, outrepassant la censure. Un peu comme Maurice Pialat à son époque, dans les films duquel sourd une colère incurable. Car il y a mille manières de gueuler. Reste à chacun de trouver celle qui lui est propre.
Gabriel L.
Fatiguant de devoir entonner chaque année la même rengaine n’est-ce pas ? Écœuré peut-être un peu de devoir mentir en souhaitant que les rêves des autres se réalisent ? Chacun sait que cette chance sur 2012 a autant de probabilité de se réaliser que de gagner à l’euromillions avec un flash. Un simple “bonnes fêtes et bonne année” semble plus honnête, peut-être même plus altruiste et objectif. Car elle n’engage effectivement que celui qui la perçoit comme telle. Qu’est-ce qu’une bonne année après tout ? Celle où l’on n’est pas mort ? Celle où l’on a peut être courageusement survécu aux nouvelles catastrophiques annoncées régulièrement et en masse par nos médias préférés ? Celle où l’on a terriblement senti notre sacro-saint pouvoir d’achat s’amenuiser ? Peut-être même que la plus-value faramineuse pourtant annoncée sur mon 21m² n’aura pas lieu, alors c’est vous dire que la bonne année, ce n’est pas gagné. Au fond, une bonne année, c’est une année où il ne s’est rien passé, n’est-ce pas ? De grave. Une année de non-évènement en somme, presque une année de non-vie, une année pour que le temps passe et daigne pointer son aiguille sur l’année suivante. Le désespoir et l’apathie sont les maladies endémiques de l’homme moderne, de la même manière que la vérole et la syphilis étaient celles les plus communes de l’homme du passé. La puissance conjuguée de l’idéologie économique, des modes de consommation et de leur soutien médiatique sans faille achèvent de transformer l’homme moderne en chose consommante. Le « on choisit pour vous » se substitue en permanence au « tu es capable de choisir » et entretient à dessein l’illusion que la capacité d’agir n’appartient plus en propre à l’homme. Il est ainsi dépossédé de ce qui le défini et de sujet devient objet.
2011 a été une non-année pour la majorité d’entre nous. A l’heure où le mouvement Occupy remplissait les rues (voire les médias presque à leur corps défendant), nous nous sommes repus de scandales sexuels, de conflits arabes en jeux vidéo et de rétro commissions comme dans un bon Tom Clancy, avec une passivité qu’on pourrait au mieux appeler “léthargie profonde” pour ne pas nommer la véritable a-socialisation qui nous guette. Les faux appels ont été entendus et les vrais ignorés. Le repli sur soi au niveau individuel, national et européen a laissé des traces durables et dangereuses, que d’autres se prennent encore à monter en épingle. En 2012, ayons le courage de nos espoirs, de ceux qui donnent envie de vivre tout à la fois ensemble et pour demain. Une grande élection est organisée, à laquelle nous pouvons encore participer en toute liberté. Il sera temps de montrer que l’on est, enfin, réveillé, que l’on est, enfin, des citoyens, que l’on est, enfin, des hommes tout simplement. Nous n’appartenons à aucun parti.
Mathieu V.
Marc Gauchée, chroniqueur à CINETHINKTANK , a eu la chance de rencontrer Nathalie Kosciusko-Morizet le 25 octobre 2011. Ils ont pu échanger sur l’actualité politique.
MG : Comment jugez-vous le quinquennat de Nicolas Sarkozy ?
NKM : Je le trouve un petit peu désespérant…
MG : Vous pensez à sa campagne où il promettait d’être le « président du pouvoir d’achat » puis, moins d’un an plus tard, le 8 janvier 2008, il est obligé d’avouer « S’agissant du pouvoir d’achat, qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ? Qu’il faut que je donne des ordres à des entreprises à qui je n’ai pas à donner d’ordres » ?
NKM : On ne comprend pas vraiment quelle est sa motivation. D’où cette impression de tristesse, de vide, de désespérance. Pour faire ce travail, il faut être porté par une vision qui dépasse tel ou tel sujet ponctuel.
MG : C’est sûr que les Français ont du mal à voir quelle est sa vision. Les exemples de brouillages abondent. Par exemple : d’un côté en 2007, il demande que la dernière lettre de Guy Môquet soit lue dans les lycées et, d’un autre côté en 2009, il laisse son ministre de l’éducation nationale rendre l’histoire optionnelle en terminale scientifique. Où est le sens en effet ?
NKM : Que les choix politiques soient durs, qu’il y ait de la violence dans le monde politique, certes, mais il y a un sens derrière les décisions.
MG : À chaque fois que vous revenez au sens, vous butez sur la réalité du quinquennat de Nicolas Sarkozy, fait de déclarations intempestives suivies de voltefaces. Il a même carrément dit en mars 2010 : « Au second semestre 2011, le gouvernement marquera une pause pour que le Parlement puisse, s’il le souhaite, délégiférer », comme s’il savait déjà qu’il avait eu tout faux. Et puis il y a l’entourage…
NKM : Il y a toujours en politique des égarés qui, dans la pratique, finissent toujours par s’avouer à eux-mêmes et à révéler aux autres qu’ils n’ont rien à faire là.
MG : Mais cela fait quand même beaucoup d’« égarés » qu’il a fallu recaser. Citons quelques exemples : la nomination, en mai 2007, de Laurent Solly, son ex-directeur adjoint de campagne électorale, à la Direction générale de TF1 ; la nomination, en octobre 2008, de Pierre Mariani, son ex-directeur de cabinet au ministère du budget, directeur exécutif de la banque franco-belge Dexia et la nomination, en février 2009, de François Pérol, son ex-secrétaire général-adjoint de l’Élysée, à la tête de la banque issue de la fusion entre la Caisse d’Épargne et la Banque Populaire.
NKM : Il est vrai qu’il y a beaucoup de simulacres et de mensonges en politique. Mais la vérité finit toujours par sortir !
MG : Quelle vérité ? Celle qui fait se succéder, en octobre 2007, l’augmentation de 172% du salaire du président puis, en novembre 2007, qui fait déclarer au même président : « Les Français savent très bien qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses » ? Il y a de quoi s’interroger sur le rôle du politique !
NKM : Le travail du politique est de produire du sens, d’être utile.
MG : Encore le sens ! Mais tout le quinquennat n’est que subversion du langage et du sens. Les seuls pour qui le sens est resté le même, ce sont les privilégiés. Là, les réformes vont en effet toujours le même sens : de 2007 avec le « paquet fiscal » et le « bouclier fiscal », qui sont des cadeaux d’au moins 12 milliards d’euros, jusqu’en 2011 avec la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune qui est un cadeau de 2 milliards d’euros… Pour les autres, pour l’écrasante majorité des Français, l’État coule.
NKM : On ne peut pas dire que l’État prenne l’eau.
MG : Je suis plus pessimiste que vous. Regardez ce qui s’est passé avec le site d’Arcelor-Mittal à Gandrange. Le 4 février 2008, Nicolas Sarkozy prend l’engagement suivant : « L’État est prêt à prendre en charge tout ou partie des investissements nécessaires ». Mais quand il revient en Lorraine en octobre 2009, il évite les ouvriers de Gandrange. Et pour cause ! Depuis, le site a été fermé et 575 emplois ont été supprimés. Là, l’État n’a pas pris l’eau, il a carrément bu la tasse !
Post-scriptum : toutes les citations de Nathalie Kosciusko-Morizet sont extraites des propos recueillis par Louis Guichard et Vincent Rémy dans Télérama , 26 octobre 2011… à propos du film L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller.
“Sarkozy’s Baby” fonctionne aussi, me direz-vous… Bref. Espérons seulement que notre président Nicolas, à l’instar de John Cassavetes dans le Rosemary’s Baby de Roman Polanski (1968), n’ait pas pactisé avec les adorateurs de Satan avant la naissance de la petite Giulia !
Il est possible d’imaginer deux scénarios extrêmes pour les vœux du 31 décembre 2011.
1er scénario : le président confirme qu’il ne s’est pas mis en ordre de bataille pour rien, il est bien candidat à sa propre succession. Pour ses vœux, il tire les leçons de sa communication plus sobre et plus économe en effets d’annonces. François Fillon, l’idéologue, continue de mettre en œuvre le néo-conservatisme à la française ; « La Droite populaire » continue à jouer la voiture-balai de l’extrême-droite et Jean-Louis Borloo celle du centre ; les amis du président continent à s’enrichir et le président continue dans le registre sauveur-du-monde-de-l’Europe-de-la-France, compassion pour les gentils et fermeté pour les méchants.
Et ça donne :
2e scénario : le président laisse le soin à François Fillon de poursuivre la destruction de la France pour 2012-2017, il se retire du jeu. Nicolas Sarkozy profite alors d’un pantouflage généreusement rémunéré dans l’une des entreprises dirigées par l’un de ses amis ou l’un de ses obligés. Enfin libre, comme Dominique Strauss-Kahn qui n’a plus besoin de cacher sa queutardise, Nicolas Sarkozy peut se livrer à sa passion du fric, de la grande vie, en envoyant balader toute forme de contrainte sociale et surtout ce peuple français qui s’obstine à refuser de parler d’une seule voix, d’être rangé dans une seule case.
Pour votre propre scénario, merci d’écrire à la rédaction qui transmettra (cinethinktank@cinethinktank.com)
Marc Gauchée
L’année 2010 commence avec les derniers feux de la politique d’« ouverture ». Nicolas Sarkozy nomme ainsi Michel Charasse au Conseil constitutionnel et Didier Migaud à la Cour des comptes en février. Mais le pouvoir présidentiel s’émousse et le groupe de « La Droite populaire » emmené par Thierry Mariani, nommé ministre des transports, donne de plus en plus de la voix au nom d’une droite « décomplexée » qu’avait revendiqué Nicolas Sarkozy. La droite tient d’autant plus le discours des « valeurs » que, dans les faits, elle oublie ce qui fonde la République et se livre à l’affairisme le plus éhonté.
Côté oubli, le discours de Grenoble, le 30 juillet, multiplie les effets d’annonce de mesures contre la grande délinquance et les agressions contre les forces de l’ordre, envisageant même la déchéance de la nationalité française. L’été qui suit est marqué par de nombreuses expulsions de Roms en situation irrégulière. Côté affairisme, alors que la réforme des retraites impose un nouvel effort aux Français, Eric Woerth, ministre du travail, est considérablement affaibli par les affaires Bettencourt et de la vente de l’hippodrome de Compiègne.
La cote de popularité du président ne décolle toujours pas. Les effets de la crise financière perdurent et les belles déclarations sur la « moralisation » du capitalisme sont restées lettres mortes. La réforme des retraites, les affaires et le bouclier fiscal plombent la majorité.
Pour celui qui ne peut sortir de son palais sans un dispositif policier surdimensionné, il est important de présenter ses vœux, le 31 décembre 2010, devant sa maison, rappelant la photographie officielle de Jacques Chirac, président en 1995 pourtant affublé du quolibet de « roi fainéant ».
Complètement intégrée à l’OTAN, la France de Nicolas Sarkozy s’est alignée sur les Etats-Unis en politique extérieure. Reste à s’aligner sur l’Allemagne en politique économique, mais ça, ce sera pour 2011. Une France et un président alignés, pas étonnant que l’opération de “re-présidentialisation” patine. Les vœux témoignent aussi de cet alignement sur des grands : la mise en scène et la mention “elysee.fr” copient définitivement celles de la Maison blanche avec l’apparition d’un sceau comme celui du président américain.
Et pour les Français, toujours cette musique lancinante d’un président compatissant sadiquement envers les oubliés de… sa politique : « L’année 2010 s’achève, je sais qu’elle fut rude pour beaucoup d’entre vous ».
[À suivre]
L’année s’ouvre avec les mouvements sociaux : l’Outre-mer se met en grève générale contre la vie chère à partir du 20 janvier en Guadeloupe puis du 5 février à la Martinique. Dans l’Hexagone les manifestations contre la politique économique et sociale rassemblent toujours plus d’un million de personnes les 29 janvier et 19 mars.
Les réformes avancent pourtant : la généralisation du revenu de solidarité active (RSA) la 1 er juin est même salué au-delà de la majorité et la première loi Grenelle de l’environnement est adoptée le 23 juillet. Mais plusieurs travers demeurent : la frénésie d’annonces avec, le 7 janvier, la prochaine suppression du juge d’instruction ; la valse des fonctionnaires pas assez serviles avec, le 28 janvier, la mutation du préfet de la Manche pour avoir mal « géré » une manifestation contre la venue de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô ; la saga des pantouflages de copains avec, le 26 février, la nomination de François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Elysée, à la tête du futur groupe Caisse d’Epargne-Banque populaire ; le clientélisme fiscal avec, en avril, la baisse de la TVA dans la restauration…
Côté politique, l’affaiblissement se poursuit. À l’extérieur, l’alignement complet sur les Américains se concrétise par la réintégration de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN en mars et, le 2 avril, le G20 de Londres se livre à une mascarade pour faire croire à un renforcement de la régulation financière. À l’intérieur, le 15 janvier, la nomination du dégoulinant Xavier Bertrand au secrétariat général de l’UMP se révèle bientôt catastrophique et le remaniement sans cesse annoncé est enfin effectif le 23 juin… mais les parlementaires UMP arrivent à imposer le maintien de François Fillon à Matignon.
Le basculement se produit d’ailleurs en milieu d’année. Après le remaniement, le 26 juillet, alors qu’il fait du sport, Nicolas Sarkozy est victime d’un malaise vagal… dès lors l’opération, commencée en 2008, de re-présidentialisation est renforcée, il faut aussi faire moderne.
Pour les vœux de fin d’année, croyant donc faire moderne, le président au malaise vagal et à la gestion coûteuse de l’épidémie de grippe A, tombe dans le virtuel complet. Tout fait toc : le décor, le drapeau qui flotte en mélangeant celui de la France avec celui de l’Union européenne. La mention change avec celle du site « elysee.fr » dont l’agencement et le look sont tout simplement copiés sur le site de la Maison Blanche. L’inspiration est la synthèse -illisible- entre le giscardisme triomphant et réformateur de 1974 et le chiraquisme déclinant de 2006.
Reste le désormais leitmotiv de 2008 que Nicolas Sarkozy répète le 31 décembre 2009 : « L’année qui s’achève a été difficile pour tous ». On va finir par croire qu’il y est pour quelque chose.
La belle machine se détraque, les Français ne marchent plus, ce qui libère également les critiques de la presse. Motivé par l’ouvrage Storytelling. La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits de Christian Salmon (La découverte, 2007), le commentaire des trucs et des ficelles présidentiels devient un sport national. En réaction le bel ordonnancement stratégique se brouille, la girouette s’affole : le 17 janvier, Nicolas Sarkozy, pourtant divorcé, ose un discours particulièrement cul-béni, met à mal la laïcité tout en se re-remariant le 2 février ; le 8 août, il assiste à l’ouverture des jeux olympiques à Pékin mais réussit à fâcher la Chine en rencontrant le Dalaï Lama le 6 décembre.
En fait, les Français ne digèrent pas le « Casse-toi, pauv’con ! » adressé le 23 février à un quidam qui refusait de lui serrer la main au Salon international de l’agriculture de Paris.
Pour s’en sortir, le président cherche à prendre de la hauteur, il adopte la posture internationale. La présidence française de l’Union européenne de juillet à décembre fournira le cadre, les crises qui se succèdent les occasions. C’est ainsi que le 8 août, il fait croire qu’il résout la crise géorgienne alors que les troupes russes ne se retirent pas et que les 200 observateurs européens sans armes se retrouvent spectateurs déprimés de la mise en scène de l’impuissance européenne. En octobre, il fait croire qu’il sauve l’Europe alors qu’il ne fait que sauver les banques en sacrifiant les services publics et les systèmes de protection sociale des Etats membres.
Pour ses vœux, le 31 décembre 2008, il lui faut à tout prix continuer à se présidentialiser. La mention « Palais de l’Élysée » apparait, les Français apprécient le mot « Palais ». Des livres, pleins de livres en fond, comme un vrai président sensible à l’esthétique littéraire, lui qui n’a cessé de réduire La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette à des blagues d’almanach Vermot. Les mains disparaissent pour éviter de trahir la moindre nervosité, le moindre tic. L’inspiration est celle des photographies officielles, de de Gaulle à lui-même en passant par Pompidou et Mitterrand.
En vain. Le mauvais pli demeure : le 14 juillet le président syrien Bachar el-Assad est invité à assister au défilé du 14 Juillet sur les Champs-Elysées et le 3 septembre le coordonnateur de la sécurité de Corse est limogé suite à l’occupation par des nationalistes de la villa de l’ami Christian Clavier. Nicolas Sarkozy reste le président de ses seuls copains, riches ou dictateurs. Pour les Français, il réserve dans ses vœux le leitmotiv compassionnel qu’il entonnera toutes les années suivantes : « L’année 2008 s’achève, elle a été rude ». Tu l’as dit bouffi.
Le quinquennat, dès le 6 mai 2007, sombre dans le bling-bling. Nicolas Sarkozy commence sa carrière de président des riches et le fait savoir : nuit au Fouquet’s, séjour en yacht de luxe prêté par Vincent Bolloré puis vacances aoutiennes dans la station balnéaire de Wolfeboro aux frais d’Agnès Cromback et de Roberto Agostinelli. En novembre, il montre qu’il s’intéresse d’abord à son pouvoir d’achat en s’augmentant de 172%. Côté famille, le 14 juillet, l’exhibition du bonheur avec sa femme tourne au grotesque avec le divorce en octobre. Quelque chose se détraque dans la machine à gagner. D’autant plus que le nouveau président choque par son attitude : il répond comme un voyou à un pêcheur breton qui l’insulte le 6 novembre ; le 10 décembre il accueille avec tous les honneurs le dictateur Mouammar Kadhafi et 5 jours plus tard, il se fait photographier à Disneyland avec Carla Bruni puis en Egypte… En fin d’année, la France a le tournis.
Il faut donc rassurer ces Français qui doutent déjà de l’homme venant pourtant de se faire brillamment élire. Le décor de ses vœux le 31 décembre 2007 est donc le plus chargé possible de signes qui renvoient à la tradition et à la continuité : bureau à l’Élysée, encrier, sous-main, statuette ancienne sur la cheminée, lustre en cristal… Il ne manque que la pendule. Enfin, le président se veut protecteur et les handicapés ne sont donc pas oubliés, mais ce sera uniquement pour ces premiers vœux. L’inspiration de l’ensemble puise dans les sources résolument pompidoliennes et mitterrandiennes.
Quant à Nicolas Sarkozy, il voulait être le président de la rupture, il commence à craindre d’être celui de la rupture… avec les Français.
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