Page blanche, Г©cran noir 23 septembre, 2010
Posted by CINETHINKTANK in L'Envers du dГ©cor , Philosophons .Tags: CinГ©ma , LittГ©rature , Philosophie , SociГ©tГ©
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Page blanche et écran noir. Une dichotomie, un Ying et un Yang peut-être, un monde de possibles, chacun, et pourtant si fondamentalement différents. Deux fascinations, deux peurs. Plaçons-nous du côté des créateurs, le réalisateur et l’écrivain. Pourquoi ces néants nous questionnent-ils tellement, comme les deux déclinaisons possibles d’une même idée en suspension ?
L’une est l’angoisse absolue de celui qui tient dans la main le propulseur à encre. L’autre est la catastrophe non moins terrifiante de celui dont le rêve disparaît. Qu’est-ce donc qui les singularise et, inextricablement, les lie dans un même temps ? A l’origine vient la couleur, qui augure de postures philosophiques radicalement différentes.
En littérature, le noir surgit du blanc. Au cinéma, c’est le blanc qui cette fois surgit du noir. Dans le premier, la blancheur virginale de la page se tâche de l’encre de l’écrivain, une insémination du potentiel que représente la page (son infini des possibles) par le verbe. C’est donc une propulsion, un jaillissement. Le procès d’écrire serait donc un ouvert (blanc) qui se renferme peu à peu, s’atrophie, sous l’emprise du réel (noir) de l’écrit qui vient limiter, encercler le champ des possibles. Et chaque page est un renouvellement de cette infini sur laquelle une seule trajectoire, une seule ligne, est choisie. C’est le fil du récit, la ligne narrative qui conduit le lecteur vers son but. Intéressant d’ailleurs comme le terme de ligne possède ce double sens de direction et de volume.
A l’inverse, l’écran noir n’apparait pas comme une réduction mais bien plutôt une ouverture. De cet espace originaire clos sur lui-même surgit la lumière. De ce néant, noir et vide, subvient tout à coup un simple point d’un blanc, de plus en plus éclatant, qui croit, grossit, se multiplie dans des dimensions gigantesques pour finir par « faire sens » en tant qu’image, peuplant de lumière ce qui était, il n’y a encore qu’un instant, que ténèbres. Il s’agit plus d’un accouchement, d’un dévoilement, d’une ouverture au monde en quelque sorte (la plupart des anciens cinéma étaient d’ailleurs, et sont encore équipés de rideaux coulissants). De là à en déduire que l’écriture est de genre male et le cinéma de genre femelle… , je vous laisse juge. Par ailleurs, le noir de l’écriture renvoie symboliquement (n’en faisons pas une Vérité s’il-vous-plait) à toute la subjectivité possible de l’auteur, comme un résidu témoignant de sa couleur interne, une sécrétion des méandres de son subconscient. C’est d’ailleurs pour cela que je ne crois jamais quelqu’un qui me dit : « Ne vois-tu pas ? C’est écrit noir sur blanc ! ». Ca a beau être couché sur du blanc, c’est quand même du noir, et cela n’emporte que la conviction de son auteur ! Tout aussi trompeur, la blanche et lumineuse image, en s’imposant symboliquement et victorieusement sur le noir, se pare, lors de sa genèse, de tous les atours de la Vérité et du Beau. Pas étonnant dès lors que l’on exploite sans vergogne cet incroyable potentiel dans nos sociétés de consommation modernes. Qui dit société du spectacle ?
Même les angoisses générées par la page blanche et l’écran noir sont différentes. L’angoisse de la page blanche, c’est la paralysie par l’infini des possibles. Difficile de trouver une accroche, un point de départ dans cet océan. L’angoisse de l’écran noir est plutôt celle de « ne pas être », celle de ne pas pouvoir projeter un dessein déterminé sur l’écran. Deux facettes d’un même problème : comment l’espace se rétrécit (pèse) dans la définition d’un coté, et comment la définition agrandit (conforme) l’espace de l’autre ? Au tour de la magie pour finir. Les noirs se rejoignent. On est arrivés « au bout » de l’histoire et du film et de leurs émotions réciproques. Tout l’écran noir du film achevé est contenu dans le seul point final de la narration littéraire.
Mathieu V.
Conte d’été pour cadre au bureau 2 juin, 2010
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons , Politique & SociГ©tГ© .Tags: Alain Badiou , Friedrich Nietzsche , Philosophie , RГ©volution , Slavoj Zizek , Sociologie , Travail
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Il ne se passe pas une seule journГ©e (une seule heure, une seule minute ?) sans pouvoir mesurer l’ennui profond, insondable (irrГ©mГ©diable) qui assomme l’homme moderne assis Г son bureau. Le bruit des touches que ses doigts agitent sur le clavier a remplacГ© celui des machines industrielles. Un doux chant lancinant, perpГ©tuel, lettre aprГЁs lettre, chiffre aprГЁs chiffre, parfois martelГ©, parfois rapide, qui nous ramГЁne immГ©diatement Г la condition d’insectes. Chacun y va de son petit bruit. Criquets et cigales travailleuses, dГ©vorant tout sur leur passage comme dans les dГ©serts africains, sans conscience du lendemain. Survivre. Survivre jusqu’Г s’épuiser et mourir enfin. Tant de tics et clics parfaitement reconnaissables pour les autres membres de l’espГЁce, familiers de ce langage, mais absolument incomprГ©hensibles Г ceux qui lui sont Г©trangers. Tous diffГ©rents, tous identiques pourtant. Travailler dans la fourmiliГЁre est un devoir bien plus qu’une envie. Une contrainte bien plus qu’un Г©panouissement, mГЄme enrobГ©e du marketing prestigieux du titre poste ou de la confiserie salariale qui se rГ©vГЁle amГЁre en hiver. Insectes oui. Interchangeables, reproductibles et reproduits, le corps entier avance mГЄme lorsqu’un de ses membres faiblit ou manque Г l’appel, car il est dans sa nature intrinsГЁque de ne pouvoir s’arrГЄter. Alors peu importe le nom ou la race au fond, si ce n’est l’apparence peut-ГЄtre, la volontГ© fallacieuse de vouloir paraГ®tre plus que ce que l’on est rГ©ellement, un corps anonyme, maГ®tre de la ruche aujourd’hui, abandonnГ© et donnГ© en pГўture Г ses pairs demain dans une mГ©canique carnivore implacable.
Produire, mieux, plus vite, peu importe ce que c’est, aucune importance, car le produit lui-même échappe au regard du producteur, le laissant indifférent à autre chose que lui-même. Non plus participer à l’édification d’un but commun mais travailler pour que passe le temps, que s’accumule l’argent (si peu, souvent), que s’écoule la vie et que viennent les successeurs sur lesquels se reporteront nos espoirs déchus. Là réside pourtant la différence d’avec ces nobles compagnons aux pattes plurielles. C’est à dire la conscience de l’ennui et du sentiment insaisissable (mais ô combien réel) que tout cela au fond ne fait pas sens, fait plutôt survivre que progresser, et régresser intellectuellement bien plus que réfléchir. Lorsque le regard se porte involontairement vers l’au dehors et le coin de ciel qu’il contient, quels animaux en cage ne sommes-nous pas ! Dressés pour l’intérieur, le corps trop grand et l’esprit à l’étroit, ayant recours à toutes sortes de techniques et substances comme support de notre condition prisonnière, la bête se languit d’un destin fantasmé, qui a défaut d’être réel, possède l’insigne mérité de l’alternatif. Quel désespoir savamment caché, d’un cerveau à qui l’on ne demande que l’inutile et qui s’atrophie sous le poids du temps et des fausses responsabilités.
Il serait pour autant trop facile d’en dГ©duire qu’il est impossible d’échapper Г ces chaГ®nes plus ou moins tangibles, et parfois si insidieuses. Il n’appartient qu’à l’homme de sortir Г la lumiГЁre du jour et cesser de respirer un air conditionnГ© (le terme lui-mГЄme est rГ©vГ©lateur), un air qu’il a lui-mГЄme conditionnГ©. Plus facile Г dire qu’à faire, mais il faut bien poser la premiГЁre pierre, dire non, se lever, mais pour autre chose cette fois. Un matin, se lever pour soi, sans apitoiement et sans colГЁre, mais avec dГ©termination. Regarder en face cette lumiГЁre dont on s’est tant privГ©. Se lever autrement. Penser le soi et penser les autres. Penser la vie. Penser.
Carl Friedrich
Le problème d’Alice 26 mars, 2010
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons , The Movie Library .Tags: ActualitГ© , CinГ©ma , Philosophie , Psychologie , Tim Burton
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Reconnaissons d’emblée au film de Tim Burton une certaine qualité esthétique, habilement mise en valeur par l’usage désormais presque commun de la 3D. Ces plantes étranges qui s’agitent et paraissent réellement vivantes et ces jolis papillons qui virevoltent devant nos yeux ébahis nous plongent dans le monde onirique de Lewis Carroll revisité. Tim Burton nous offre une Alice à la frontière de l’âge adulte, encore tiraillée par ses rêves d’enfants tout en étant devenue une femme au caractère bien affirmé. Alice, pourtant, a un problème. Ou peut être est-ce Tim Burton ? Je ne sais pas. Il a, dans sa filmographie prolixe, traité le regard de l’enfant sur le monde ( James et la pêche géante , Charlie et la chocolaterie ), et également de la quête de l’adulte inadapté pour être accepté ( Edward aux mains d’argent ).
La question abordée dans cet Alice semble cette fois différente, à cheval (pour ne pas dire écartelée). Qu’est-ce qu’être adulte ? Alice retourne une dernière fois au pays de l’enfance et ce qu’elle y découvre (sur elle-même), l’aide à prendre des décisions (devenir soi-même de manière autonome) dans le monde réel. Elle repousse ainsi sans ménagement son prétendant, qui semble lui promettre une vie de malheur, au profit d’une carrière à l’aventure de par le monde, toujours accompagnée de ses rêves enfantins résiduels. Elle s’affranchit sans plus de contrainte que son propre questionnement intérieur de cette société anglaise corsetée et conservatrice, symbolisant la figure de la femme libérée.
Pourtant, que veut dire « être adulte » ? Par définition, c’est ne plus être son contraire, à savoir être enfant. Si nul ne peut nier l’enfant (ou ce qu’il en reste pour le meilleur et pour le pire) qui sommeille en chacun de nous, l’adulte est celui qui prend conscience et interagit avec le monde extérieur. L’enfant égoïste ne voit que lui-même. Il est son propre monde, son univers. C’est ce que l’on retrouve dans le roman original de Lewis Carroll : une autarcie du moi, un monde clos dans lequel s’épanouissent mes fantasmes. C’est cette indifférence à autrui qui cesse avec le passage à l’âge adulte, ou l’individu cherche sa place dans la société, et prend conscience de questions qui le dépassent. L’adulte est un acteur du monde. Un responsable (sémantiquement, un individu capable d’apporter une réponse) et non un enfant qui questionne. Notre Alice de Tim Burton reste une enfant. Elle choisit la fuite pour prolonger (vainement ?) la part d’enfance qui subsiste encore en elle. Comme un caprice, elle embarque sur un navire en partance pour des contrées inexplorées (encore un monde féerique et fantasmé !).
En réalité, Tim Burton dépeint l’enfant-adulte des temps modernes, qui refuse la société au lieu de l’affronter, qui campe dans un univers de rêve qui lui permet de ne pas voir le réel. Cet individu des sociétés occidentales développées, qui a la chance infinie (sans en avoir une once de conscience) de pouvoir agir (de par les richesses et l’éducation dont il est entouré) et qui choisit finalement… de ne pas choisir ! Drôle de conclusion, qui présente comme une fin en soi des individus non-adultes, non-finis en quelque sorte, à la poursuite perpétuelle de leur propre jouissance. Oui vraiment, Alice a un problème.
Mathieu V.
Achetez-moi, je suis Г©thique ! 11 janvier, 2010
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons , Politique & SociГ©tГ© .Tags: Engagement , Philosophie , PolГ©mique , Sociologie
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Qui n’a pas remarquГ© la prГ©sence de plus en plus Г©vidente des produits Г connotation В« positive В» dans tous les domaines ? Depuis les plus standards, comme le cafГ© ou le chocolat issus du commerce Г©quitable, en passant par les produits en provenance de l’agriculture biologique, et jusqu’aux panneaux solaires et autres matГ©riaux Г faible consommation d’Г©nergie ou fort rendement (isolation, Г©clairage) utilisГ©s dans la construction, on ne compte plus aujourd’hui les champs de notre vie quotidienne dans lesquels ils s’insГЁrent. J’ai mГЄme vu dans un supermarchГ© londonien une pizza В« Г©quitable В». A se demander ce qu’est, ce que contient, et surtout comment est fabriquГ©e la pizza В« non Г©quitable В», non ?
TrГЄve de plaisanteries. Au delГ de l’intГ©rГЄt marchand des ces produits labellisГ©s, la plupart du temps bien compris lorsque l’on dГ©couvre que seule une infime partie du prix dudit produit contribue effectivement a quelque chose d’autre que la marge de son distributeur, tournons-nous un instant vers leur destinataire. Vous, moi, le consommateur lambda.
On pourrait se dire, en premier lieu, que la pulsion d’acheter des produits ayant un caractГЁre В« bon В» pour autre chose que soi-mГЄme (la planГЁte, le paysan de l’autre bout du monde, le В« pauvre В») provient avant tout du sentiment que В« consommer, par principe, c’est mal В», sentiment charriant avec lui toutes les valeurs de l’Г©thique protestante fondant l’esprit originel du capitalisme (cf. Max Weber). MalgrГ© toute cette incitation, que dis-je, toute cette propagande, toute cette tendance totalitarisante (osons le mot) Г consommer sans retenue, la petite voix de la conscience se rappelle Г notre bon souvenir au moment de l’acte d’achat, et nous murmure (oh, trГЁs briГЁvement certes) qu’il y a peut-ГЄtre lГ un problГЁme. Si l’on rajoute Г cela tout un contexte culturel et moral judГ©o-chrГ©tien fondГ© sur le pГЄchГ© originel, nul doute que le consommateur trouve dans l’achat de ces produits une rГ©demption salvatrice, une communion moderne en quelque sorte, qui nous absout symboliquement de ce mГЄme pГЄchГ©.
En second lieu, il apparaГ®t tout aussi clairement que nous espГ©rons, par l’acte d’achat, confГ©rer Г notre ГЄtre un peu du caractГЁre В« bon В» du produit, Г l’exemple de l’interprГ©tation ethnologique des cannibales qui dГ©vorent la chair de leur ennemi pour s’en approprier l’esprit et la force. D’ailleurs, ces produits, nous les ingГ©rons physiquement la plupart du temps. Le produit revГЄt un caractГЁre В« Г©thique В» ou В« positif В», non pas tant par ses caractГ©ristiques objectives que parce que nous lui confГ©rons, symboliquement lГ encore, ce caractГЁre dont nous nous savons a priori dГ©pourvus.
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le bien-fondГ© de l’existence et de l’usage de ces produits qui, somme toute, reprГ©sentent une Г©volution qu’il convient par principe de saluer, mais plutГґt de questionner notre comportement Г leur Г©gard. Acheter В« Г©thique В» ne nous permet en aucun cas de faire l’économie d’une rГ©flexion sur notre maniГЁre d’ГЄtre, sur notre rapport au monde et surtout notre comportement vis-Г -vis d’autrui.
L’Г©thique personnelle est un ensemble, un tout qui habite notre conscience et fournit le cadre dont dГ©coulent nos actes au quotidien. Un systГЁme de comportement. La consommation de produits Г©thiques n’a qu’un caractГЁre incident, pour ne pas dire insignifiant, au regard de ce que peut ГЄtre notre attitude envers autrui quel qu’il soit, ici ou ailleurs. C’est la consГ©quence et non la cause artificiellement justificatrice de notre comportement. L’Г©thique guide nos actes politiques et sociaux. Elle est bien plus qu’une simple Г©tiquette. Elle est en nous, et non au supermarchГ©. Elle est la premiГЁre Г©tape du changement, la premiГЁre Г©tape qui permet d’influer sur le cours du monde.
Mathieu V.
Ponyo : l’essence de la perception 20 avril, 2009
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons , The Movie Library .Tags: Animation , CinГ©ma , Miyazaki , Philosophie
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Chaque film de Hayao Miyazaki est prГ©sentГ© comme son В« nouveau chef d’oeuvre В». Je ne l’invente pas, c’est dans la bande-annonce du film. Encore une campagne marketing rondement menГ©e me direz-vous. Et bien В« que nenni В» cher lecteur, le personnage en question ne fait que des chefs-d’Е“uvre, et cela depuis trГЁs, trГЁs longtemps. C’est l’une des rares fois oГ№ la publicitГ© est Г la hauteur de l’oeuvre et en tant que telle, mГ©rite d’ГЄtre signalГ©e.
Alors, naturellement, on s’interroge dГ©jГ sur l’objet de ce nouvel opus. Si l’animation semble spontanГ©ment destinГ©e au jeune public, elle tend de plus en plus Г pГ©nГ©trer le monde des adultes (comme on en a dГ©jГ parlГ© dans « Valse avec Bachir : l’animation du rГ©el » ). La filmographie prolixe de Miyazaki traverse des questions fondamentales : la relation de l’homme Г la nature ( Princesse Mononoke ), le sens de l’histoire (L e Tombeau des Lucioles ), la vie en sociГ©tГ© et les rapports politiques ( Le ChГўteau ambulant ) entre autres exemples.
Il advient Г©galement de maniГЁre rГ©currente dans ses oeuvres que le questionnement jaillisse du regard des enfants qui la traversent, un bourgeonnement de conscience sincГЁre et lucide, une perception virginale et Гґ combien plus juste de l’essence des choses.
Dans Ponyo pourtant, le questionnement achoppe. Ce n’est pas un film mais un ГЄtre Г la logique propre. MГЄme si l’hommage au compte d’Andersen est appuyГ©, Ponyo possГЁde outre les caractГ©ristiques de la fable toutes celles d’ une personnalitГ©. Ce n’est pas un film mais un ami franc et sincГЁre auquel il n’est pas utile de poser de questions. Une douce confiance lui est acquise et c’est en guide qu’il nous emmГЁne avec lui dans le monde des possibles, le monde deВ Ponyo.
Miyazaki nous offre cette fois le commencement, nous montre le В« premier В» dans ce qu’il produit ensuite, l’amorce de ce que sera plus tard cette rГ©flexion, comme une rГ©gression au seuil de l’enfance, lorsque la candide naГЇvetГ© se teinte petit Г petit de la rГ©alitГ© du monde.
Un retour donc vers la source du bonheur, vers cet Г©tat ou le merveilleux est acceptГ© au mГЄme titre que le rГ©el (on notera comme exemple l’attitude rГ©vГ©latrice des adultes de ce film, qui, Г l’instar des peuplades indigГЁnes, accorde autant de consistance au surnaturel qu’Г son envers), lorsqu’un simple objet possГЁde autant de vie que n’importe quel corps animГ©, lorsque l’imagination dГ©bridГ©e sert d’Г©talon pour Г©valuer le rГ©el. Le regard sans prГ©jugГ©s, le regard immГ©diat, l’essence de la perception, voilГ ce que nous offre Miyazaki. A travers ce film, Il ouvre de nouveau au spectateur adulte la porte du regard de l’enfant sur l’infini des choses et des ГЄtres, comme une madeleine bien connue, un parfum de ce que l’on a Г©tГ©, qui rГ©enchante notre perception du monde. Mieux que cela, il rГ©introduit le rГЄve, le lyrisme le sublime, le mГ©taphysique, dans cet univers froidement dГ©terministe et soi-disant dГ©terminГ© que l’on se plaГ®t Г dГ©crire comme le nГґtre.
Paradoxalement, en utilisant l’image extrГЄmement forte de la perception authentique du monde par l’enfant, Miyazaki rejoint la sphГЁre du message bouddhiste, ou mГЄme chrГ©tien, pour qui l’essence du bonheur, l’infini de la joie se trouve lГ oГ№ le regard daigne se poser, de la plus petite Г la plus fragile des choses… comme Ponyo par exemple. Tout est dans tout, il suffit de savoir l’extraire. Avec le regard comme clГ© ? A chacun de se le prouver.
Mathieu V.
Sortir de l’autoroute 25 janvier, 2009
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons .Tags: CinГ©ma , Gilles Deleuze , Maurice Pialat , Philosophie
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Il arrive qu’une rГ©flexion nous soit donnГ©e, sans prГ©venir, par la vie elle-mГЄme. Deux Г©vГЁnements rГ©cents, sans rapport mais rapprochГ©s l’un de l’autre, m’ont apportГ© un mince Г©clairage sur notre condition humaine.
Le hasard m’a conduit dans le village de Cunlhat en Auvergne. Une place centrale au nom du rГ©alisateur Maurice Pialat et un vague souvenir de la personne m’accompagnant ont Г©veillГ© ma curiositГ©. Pialat aurait vГ©cu dans ce village de 300 habitants. L’enquГЄte commence. Rencontre avec la boulangГЁreВ : chou blancВ ; au Petit CasinoВ : un indice, Mireille du В« cafГ©-juste-dans-la-rue-plus-hautВ В» aurait connu Pialat. Et lГ , une rencontre d’abord et aussi des anecdotes sur son pГЁre qui battait et trompait sa femme, le petit commerce familial, le retour de Maurice Pialat pour le tournage du GarГ§u . Plus tard, chez Madame Bonnefoy, les anecdotes sur le passage de GГ©rard Depardieu Г Cunlhat et enfin l’adresse de la maison d’enfance de Maurice Pialat.
En plus de mieux comprendre Pialat, il y a eu ces rencontres improbables, humaines, qui sont finalement le grand intГ©rГЄt de la vie. Maintenant imaginons que ce jour-lГ , j’eus avec moi un tГ©lГ©phone 3G ou un accГЁs Г InternetВ : j’aurais Г©tГ© sur Wikipedia, aurais eu toutes mes informations dans la seconde et retour Г la maison. Une perte.
RГ©cemment, je me suis fait voler Г la piscine mes affaires dont les clГ©s d’appartement et de moto, mon passeport, ma carte bleue, bref, que du compliquГ© et des galГЁres. L’emmerdomГЁtre vire au rouge. En apparence finalement. J’ai rencontrГ© des gens et des situations que ma vie prenait soin de m’Г©viterВ : un maГ®tre-nageur, la directrice du centre sportif, un serrurier, un garagiste, un avocat, deux heures dans le commissariat du 19 ГЁme arrondissement, apprendre Г monter une serrure, le fonctionnement des objets trouvГ©s dans le 15 ГЁme arrondissement, couper les fils d’un dГ©marreur moto, faire sauter la serrure d’un top case. Ce jour -lГ , le cours habituel des choses m’a Г©chappГ©, j’en ai perdu le contrГґle et du coup, j’ai eu le droit Г une bouffГ©e de vie.
Ces deux Г©vГЁnements n’ont rien d’exceptionnel, mais ils ont tous les deux quelque chose en communВ : la perte de contrГґle. L’homme moderne, agenda Г la main, cherche Г tout contrГґlerВ : son temps, ses relations, sa carriГЁre, ses soirГ©es, ses amis, mais cette Г©nergie ne sert finalement qu’Г poser, un par un, les barreaux de sa propre prison, connue, agrГ©able et rassurante, mais oГ№ il n’arrivera pas grand-chose. Par dГ©finition, nous ne pouvons ГЄtre surpris que par ce qui n’Г©tait pas prГ©vu. L’absence d’Internet et le vol de mes affaires Г©taient non seulement imprГ©vus mais non dГ©sirГ©s, et pourtant ces deux moments m’ont apportГ© des moments de vie. Ces moments ne peuvent ГЄtre provoquГ©s volontairementВ ; nous pouvons seulement crГ©er des conditions favorables Г leur existence. Quelques exemplesВ : prendre le 1 er train venuВ ; aller voir un film au hasardВ ; voyager sans tout prГ©voirВ ; sortir seul …
Et le cinГ©ma dans tout Г§aВ ? Justement, les films ne parlent que de Г§a. Les films n’existent que par ces moments de perte de contrГґle. La plupart des films nous montre une situation ordinaire et sous contrГґle qui bascule dans l’imprГ©vu. Je pense que le cinГ©ma assouvit inconsciemment un dГ©sir qui nous attire et nous effraie, voir notre vie que nous cherchons Г gГ©rer, contrГґler, nous Г©chapper.
Le philosophe Gilles Deleuze a discernГ© la fin des sociГ©tГ©s disciplinaires dГ©finies par l’enfermement (Г©cole, caserne, usine, prison, hГґpital) et l’avГЁnementВ des sociГ©tГ©s de contrГґle dГ©finies par la surveillance (bracelet Г©lectronique, tГ©lГ©phone portable, autoroute, pass navigo). Il nous dГ©crivait dans ce cas comme des « animaux en rГ©serveВ В». Et voici une demande que Deleuze nous a adressГ© Г propos du passage des sociГ©tГ©s disciplinaires Г celles de contrГґleВ : « Il n’y a pas lieu de craindre ou d’espГ©rer, mais de chercher de nouvelles armes ; c’est Г vous de dГ©couvrir ce Г quoi on vous fait servir dans les sociГ©tГ©s de contrГґle, comme vos aГ®nГ©s ont dГ©couvert non sans peine la finalitГ© des disciplinesВ В». Au boulot !
Augustin B.
Le noir constat & l’espoir de l’Autre 1 janvier, 2009
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons , Politique & SociГ©tГ© .Tags: Christopher Lasch , Economie , Philosophie , Politique
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L'essence du dialogue... espoir pour 2009
Evidemment, inГ©vitablement presque, on ne pouvait finir cette annГ©e 2008 catastrophique et commencer la suivante sans un conflit armГ© de grande ampleur, afin de rappeler Г tous que l’espoir semble parfois si vain. Tant de peine et de douleur, Г travers ces images qui, malgrГ© la rГ©pГ©tition et la censure nous atteignent toujours (Les salauds, ils nous en ont presque gГўchГ© NoГ«l ! On Г©tait si bien autour du sapin symboliquement rassurant !). Tant d’incomprГ©hension et d’absence dans le fanatisme partagГ© que la conscience qui fait de nous des hommes apparaГ®t comme un accessoire inutile, un appendice atrophiГ© de ces corps qui ne pensent qu’Г se dГ©truire. Tant de mГ©pris enfin, de cette civilisation plurimillГ©naire envers sa propre histoire inextricablement mГЄlГ©e, dans la reproduction de ces tragГ©dies, fondatrices de l’inconscient collectif, et dans l’ignorance des leГ§ons qu’elles apportent.
Il ne s’agit pas ici de dГ©noncer un combat inique et sans issue, ce qui au mieux engendrerait la polГ©mique dans la logique du В« pour ou contre В» ou В« qui de l’Е“uf ou de la poule a commencГ© le premier ? В», mais plutГґt de chercher les Г©lГ©ments et les signes permettant le retour de l’homme vers sa propre nature, une nature fondamentalement empathique, consciente de l’autre, une nature dont il s’est tellement Г©loignГ© qu’il en a perdu la notion du sens pour ne plus tourner qu’Г vide.
Ce noir constat s’applique aussi bien dans ce conflit que dans la sphГЁre Г©conomique par exemple. La financiarisation de l’Г©conomie l’a dГ©tachГ©e de la production rГ©elle de biens et services, pour ne plus vivre que par et pour elle-mГЄme, et par lГ elle a dГ©truit le lien physique qui l’unissait Г l’activitГ© de l’homme, Г l’unitГ© de travail, tangible et mesurable. Ce que nous subissons aujourd’hui n’est que la consГ©quence de ce dГ©tachement entre la performance et l’activitГ© rГ©elles d’une part, et la valorisation dГ©viante, trompeuse, qui en est faite par les agents du marchГ© d’autre part. De la mГЄme maniГЁre que l’homme a perdu le lien qui l’unissait Г la planГЁte, il a dГ©truit dГ©sormais le lien, comprГ©hensible par tous, qui pouvait unir l’homme au systГЁme qu’il a lui mГЄme instituГ©, au profit de fils cachГ©s dont on ne sait qui rГ©ellement les tire (cf. la question de la traГ§abilitГ© des flux financiers, centrale dans cette dГ©connexion). En d’autres termes, l’homme moderne s’Г©chappe Г lui-mГЄme, par le fanatisme d’un point de vue religieux et politique, par le consumГ©risme d’un point de vue Г©conomique.
Lui que l’on a tournГ© vers la culture du В« toujours plus В» Г©ternellement insatisfait, vers l’individualisme sans frein collectif, vers la vГ©nГ©ration du principe d’un futur meilleur, il en a perdu son sens et sa place. Dans sa quГЄte d’accomplissement du moi, il en est venu Г considГ©rer l’autre comme un moyen, par principe. C’est cette transgression, cette mГ©prise encore que l’on voit Г l’Е“uvre dans la politique ou dans l’Г©conomie. C’est le В« Moi В» Г©tatique, aveugle Г la souffrance, d’IsraГ«l Г ceux qui ne sont pas de son peuple ; c’est le В« Moi В» Г©galement aveugle du trader sur la place, qui joue avec les matiГЁres premiГЁres et plonge le monde dans la famine. La suprГ©matie du В« Moi В» au fond, c’est la nГ©gation de la conscience, c’est la fin de l’Г©thique, ce que traduisait magnifiquement Christopher Lasch dans La culture du narcissisme.
Lorsque Emmanuel Kant nous demande de traiter toujours autrui comme une fin et non comme un moyen, il aspire en fait Г nous faire considГ©rer autrui comme un autre soi en puissance, avec peut-ГЄtre des aspirations on ne peut plus contraires, mais avec la mГЄme lГ©gitimitГ© Г la parole et Г l’action. L’impossibilitГ© du dialogue israГ©lo-arabe aujourd’hui ne vient-elle pas du fait que de chaque cГґtГ©, l’autre, l’adversaire, est instrumentalisГ© dans sa propre argumentation, qu’il n’est pas considГ©rГ© comme un humain en Г©gal, susceptible de recevoir, d’accepter de promouvoir le dialogue et y apporter une rГ©ponse valable ? Lorsque les acteurs du systГЁme financiers n’accordent plus leur confiance qu’Г eux mГЄmes en tant qu’agents individuels et non plus au systГЁme, autrui n’est plus qu’un instrument de sauvetage du В« Moi В», le systГЁme panique, dГ©truit la valeur ajoutГ©e de la confiance accordГ©e, et s’effondrerait sur lui-mГЄme sans action concertГ©e (qui reste souvent insuffisante), comme on l’a vu cette annГ©e.
Puisque l’autre est un moyen, sa parole n’est qu’un instrument sans valeur qu’on ne peut considГ©rer. On ne peut espГ©rer d’autrui qu’il prenne en compte nos propres considГ©rations, Г partir du moment oГ№ nous lui refusons ce droit. Oui, l’homme s’Г©chappe alors Г lui-mГЄme et, sans le garde-fou que reprГ©sente la lГ©gitimitГ© accordГ©e Г l’existence d’Autrui comme fin, la dialectique est rompue, et l’homme Г©volue sans autre but que l’accomplissement vain du soi par soi, et menace ainsi la survie de l’espГЁce toute entiГЁre. Comme un individu les yeux bandГ©s, il ne peut savoir si ce qu’il touche est l’inoffensif bonbon-rГ©compense ou le dГ©tonateur de la bombe qui nous dГ©truira tous car la piГЁce-monde est remplie des objets les plus divers, des plus sensibles aux plus vils, des plus innocents aux plus ultimes qu’on ne peut connaГ®tre qu’en les touchant. Il ne dispose plus des moyens d’apprГ©cier ces caractГЁres en refusant la parole (avertissement, encouragement, conseil) de celui, tout aussi aveugle, qui perГ§oit la chose sous un autre angle.
On voit ici que seule l’approche duale permet la rГ©solution du problГЁme. Alors, avant mГЄme le dialogue, qui constitue l’unique chemin vers la solution, qu’elle soit Г©conomique, religieuse ou politique, repensons d’abord notre rapport Г l’autre et Г la maniГЁre dont nous le considГ©rons, interrogeons-nous sur la place qu’il convient de lui donner et la lГ©gitimitГ© que nous lui accordons comme interlocuteur. Essayons de retrouver en 2009 ce qui fait de nous des hommes, tout simplement. Et cela commence avec ceux qui nous entourent.
Mathieu V.
Jacques Brel : quand on a que l’amour… 21 novembre, 2008
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2 comments
Quand on Г©voque Jacques Brel, on ne peut que se projeter dans le registre Г©motionnel. A l’Г©cran comme sur scГЁne, c’est l’homme d’abord et non le comГ©dien ou l’interprГЁte qui apparaГ®t immГ©diatement. A l’Г©cran comme sur scГЁne encore, la voix et le corps, indissociables, participent d’une seule et mГЄme harmonie. Il n’est pas seulement l’homme d’une rГ©gion, d’une Г©poque, il y serait trop Г l’Г©troit. Non.
Il Г©tait l’homme tout simplement, tellement lui-mГЄme, unique par sa personnalitГ© et son talent, mais il Г©tait un peu aussi tous les hommes, chacun de nous en vГ©ritГ©, dans ses chansons et dans ses rГґles. Faible, lГўche, dГ©sespГ©rГ© ; flamboyant, magnifique et drГґle, tour Г tour et tout Г la fois. Le voir ou l’Г©couter encore aujourd’hui est comme de se contempler dans un miroir : il nous renvoie Г nous-mГЄmes et nous frappe au coeur. Ce n’est pas tant le sien qu’il dГ©voile que le nГґtre. Au delГ de son incroyable acuitГ© et sensibilitГ© Г dГ©crire une fraction du monde et de ses habitants, la Belgique et les Flandres tant aimГ©es, il met en exergue leurs particularitГ©s pour mieux les faire tomber et en dГ©voiler l’essence qui nous habite tous.
Les sentiments qui nous assaillent Г sa vue, Г son Г©coute, sont multiples et contradictoires, un torrent de В« j’Г©prouve В», un flot de В« je vis donc j’existe В» en tГ©moignage. Un influx Г l’aune de la vie, si dense parfois que l’on en reste suffoquГ©, abasourdi, car la chose est tout simplement trop vaste pour ГЄtre apprГ©hendГ©e. Autant de forces contraires qui, entre s’entrechoquant, nous rendent infiniment diffГ©rents et pourtant tellement semblables Г la fois. Jacques Brel interroge le paradoxe, le dГ©cortique, le fait vivre et le vit lui mГЄme en s’offrant comme une formidable Г©tude. Il use du verbe le plus juste, le travaille au corps, le ploie dans son sens et en retire l’harmonie de ses textes, autant chansons que poГЁmes, dramatiquement théâtrales, si rГ©elles qu’on pourrait les voir jouer devant nous. Il marmonne, murmure, parle, chante, crie tous les sentiments et nous les offre en Г©ventail, un spectre ou se composer soi. Il nous offre un/des vГ©cu(s) de substitution, nous interrogeant ainsi sur notre propre expГ©rience de la vie et notre rapport au monde. В« Vois tout ce qu’il y a. Comment veux-tu ГЄtre ? В»
Un incroyable talent qui provient avant tout de sa profonde empathie pour le genre humain, une comprГ©hension intime et partagГ©e de l’homme comme une fin en soi, absolument. Un regard respectueux de l’autre, un Г©gal en peine comme en joie. C’est pour cela que son oeuvre demeure intemporelle, aussi rГ©elle et poignante aujourd’hui que dans les annГ©es 1970. Presque plus tangible mГЄme, tant ce qu’il dГ©nonГ§ait semble avoir pris de l’emprise dans le rГ©el, et ce qu’il aimait tout autant en pГ©ril : le mГ©pris profond de l’Г©goГЇsme et de la petitesse du quotidien, qui nous ravale peu Г peu au rang de bГЄtes Г force d’individualisme, et la passion pour la grandeur de l’homme, sa transcendance et son universalitГ©, son amour. Le combat d’une vie, avec le chant et le geste pour armes.
Alors pour se prouver que l’on vit, pour se convaincre d’exister, pour pouvoir dire oui, cela vaut la peine, pour rencontrer l’Autre ou pour В« ressentir В» parfois, tout simplement, regardons, Г©coutons Jacques Brel l’Humaniste.
Mathieu V.
Tous les films et la musique de Jacques Brel : http://www.jacquesbrel.com.fr/
L’origine du monde-Г©cran 5 novembre, 2008
Posted by CINETHINKTANK in Uncategorized .Tags: CinГ©ma , Gustave Courbet , Philosophie , TГ©lГ©vision
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Si aujourd’hui, Gustave Courbet nous faisait l’extrême amabilité de reprendre le pinceau pour donner une suite à son tableau « l’origine du monde », il demanderait peut-être à son charmant modèle de se rhabiller et il entreprendrait la peinture d’un objet : la Caméra. Il faut bien reconnaître que vu comme ça, l’origine du monde perdrait en émotion…
La caméra est un objet totalement invisible mais pourtant à la source de toutes les images. Au hasard d’un article sans réel intérêt, Jonathan Littell a eu cette phrase qui compensa les quelques minutes d’ennuis qu’il m’avait précédemment causé : « Aucun phénomène ne peut être analysé sans comprendre les mécanismes qui le sous-tendent ».
Comment analyser les images filmées (reportage, film, clip…) sans se poser la question de ce que dit, transmet la caméra. Il faut donc penser cet outil, l’interroger pour lui faire avouer ses limites et ses idées.
L’objet Caméra présente à mon sens deux limites : l’incapacité à montrer le non visible et sa fascination exclusive pour les destins individuels.
В« Qui est votre reprГ©sentant ? В»
Le mécanisme de la caméra oblige à faire le point. Cette manipulation peut se résumer à rendre net « quelqu’un » en laissant donc « les autres » dans un flou relatif. La caméra est donc incapable de faire comprendre le collectif. Elle fera toujours ressortir un individu en le séparant du groupe. Lors d’un mouvement étudiant, les journalistes confessent le besoin de trouver au plus vite un porte-parole sans quoi le mouvement deviendrait infilmable et serait donc oublié. Il faut dans ce cas-là trouver un corps de chair qui incarnera le corps social (Augustin Legrand pour les enfants de Don Quichotte).
Zone interdite : В« ils touchent le RMI et mГЁnent la grande vie В»
Les solidarités sociales. L’assurance-chômage ou la sécurité sociale, qui sont des avancées sociales majeures voire historiquement incroyables, sont tout simplement infilmables. Dans une société de l’image, ce qui n’est pas filmable n’existe pas. Par contre, leurs dérives, un fraudeur, un individu donc qui abuse de l’assurance-chômage est au contraire un excellent sujet de reportage.
Ce ne sont que deux exemples. La démonstration peut paraître courte, mais je vois un lien direct entre l’avènement de la caméra avec sa conséquence, une société de l’image et un déplacement mental et mondial vers une philosophie individualiste, dominée par la volonté de puissance. Je pense même qu’aucune révolution (qui par définition doit être collective et populaire) ne sera jamais possible dans une société de l’image. Jamais. Ce n’est en aucun cas un regret, bien au contraire, mais simplement je prends acte.
Lorsqu’on utilise un outil, aussi neutre puisse-t-il paraître, il est important de l’apprivoiser… N’est-ce pas Dave ?
Augustin B.
L’entre-deux de Duras 27 octobre, 2008
Posted by CINETHINKTANK in Passerelles entre les arts .Tags: CinГ©ma , Musique , Philosophie , LittГ©rature , Marguerite Duras , 1969
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A la lecture du « plus Г©trange des livres de Marguerite Duras », nous nageons en plein dГ©lire et c’est, presque quarante ans aprГЁs 69, tout aussi agrГ©able qu’effrayant, tout aussi logique qu’absurde. Duras, tour Г tour Г©crivain ou cinГ©aste, mais toujours auteur de l’entre-deux, adoratrice du contraste. Maurice Blanchot, quand Duras rГ©alisait son premier film Г©ponyme: « est-ce un livre, un film ? l’intervalle des deux ? ». Il est lГ©gitime de n’avoir aucune rГ©ponse Г ces questions. Tant mieux, on s’en passe, de rГ©ponses, privilГ©giant les Г©lГ©ments romanesques qui ramГЁnent Г l’expГ©rience propre, Г l’enfance : le parc, la forГЄt, l’hГґtel, la baie et parmi eux, les ombres d’Elisabeth Alione, de Stein, de Max Thor, d’Alissa Thor, ces sujets vГ©hiculant l’obsession dans les dialogues dГ©sarticulГ©s de l’inconscient. Leurs noms sont rГ©pГ©tГ©s Г l’infini dans le rГ©cit. L’obsession : ce qui revient. Le dГ©tail : ce qu’on retient. Le parc de DГ©truire, dit-elle , c’est le mГЄme que celui deВ Blow-up d’Antonioni : noir et blanc, filmГ©, Г©crit, photographiГ©, saisi. Il s’y passe des choses qu’on est libre de deviner ou dont on est libre de se foutre. Les mots de Duras sont ceux d’une phrase revenue Г la normale. Les mots ont parcouru plusieurs Г©tats. Ils ont Г©tГ© dissimulГ©s avant de revenir Г leur nature descriptive. Il est probable qu’il aient effectuГ© cela, ces trajets, de nombreuses fois. Ils se sont prostituГ©s et personne ne le sait.
Matthieu Z.
Ceux par qui les choses arrivent 12 octobre, 2008
Posted by CINETHINKTANK in Passerelles entre les arts .Tags: Arts plastiques , CinГ©ma , Musique , Obsession , Philosophie , Richard Strauss , Stanley Kubrick
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D’oГ№ vient l’idГ©e ? Qui la provoque ?В Existe-t-il des dГ©tenteurs d’idГ©es ? Quelle est l’identitГ© de ceux par qui les choses arrivent ?В Quand l’idГ©e est-elle suffisamment « mure » pour ГЄtre exprimГ©e ? Quand cesse-t-on de conserver « cela » pour soi ?В Quand est-ce que cela « dГ©borde » ? DГЁs lors qu’on croit dГ©tenir l’idГ©e, comment la formule-t-on ? Quels sont les indices d’une idГ©e correctement formulГ©e ? Quelles sont les maniГЁres ? Les codes de comprГ©hension sont-ils respectГ©s ? La rupture de comprГ©hension dГ©clenche-t-elle l’idГ©e comme concept novateur, Г la diffГ©rence de l’idГ©e rГ©pandue, sur laquelle on s’aligne, qui assure la rГ©ussite facile ?
Parmi le champ infini des rГ©ponses, la chance de ces questions : comment met-on en scГЁne l’idГ©e ? L’idГ©e, est-ce la manie du dГ©tail ou l’importance accordГ©e au fond ? L’art comme procГ©dГ© ou l’art comme finalitГ© ? La domination de l’obsession ou la volontГ© de se laisser tenter par l’opportunitГ© ?В Comment Kubrick a-t-il pu rГ©aliser un film pareil ? 2001, L’OdyssГ©e de l’espace , Г jamais avant-gardiste et classique pour toujours. Comment allie-t-on, justement,В concepts classiques (l’humanitГ©, l’Г©volution, la dualitГ© des hГ©ros) et idГ©es novatrices (sentiment pГ©nГ©trant du vide, silence quasi palpable, gГ©nie plastique des formes) ? A regarder de prГЁs les chefs d’oeuvres de Kubrick ( Barry Lyndon , Lolita , Les Sentiers de la Gloire , Eyes Wide Shut , Shining… ), on pourrait se hasarder Г « dualitГ© du cinГ©ma de Kubrick ». Dans 2001 , on pourrait aussi rГ©compenser, pour la mise en condition, Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Mais mieux vaut laisser le champ ouvert Г cela que nous n’expliquons pas, cela queВ nous concevons, apprГ©hendons, ressentons vivement par les tripes : le mystГЁre, tout aussi admirable qu’inquiГ©tant, qui traverse l’oeuvre entiГЁre du gГ©nie Kubrick.
Matthieu Z.
Ceci n’est pas une critique de « Splendor in the Grass » 16 septembre, 2008
Posted by CINETHINKTANK in The Movie Library .Tags: CinГ©ma , Elia Kazan , Philosophie
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Splendor in the Grass В d’Elia Kazan (1961) mГ©rite d’ГЄtre vu, ne serait-ce que pour la scГЁne finale des retrouvailles entre Bud (Warren Beatty) et Deany (Natalie Wood). Cette scГЁne est un hommage Г l’absence et au temps qui a passГ© sans l’ГЄtre aimГ©, une parfaite reprГ©sentation de la vie amoureuse et des manques qu’elle occasionne, une source de rГ©flexion inГ©puisable pour toute crГ©ation artistique. Il faudrait dГ©battre du manque, de l’absence, de la nostalgie, de l’illusion, du rГЄve, il faudrait exploiter ces ressentis, les faire travailler, les vider de leur substance, de leur appellation, les incarner en principes de rГ©flexion, en contenants Г mГЄme de rГ©vГ©ler les multiplicitГ©s dont ils regorgent. Elia Kazan filme l’indicible et nous donne la voie pour explorer la richesse des sentiments mais surtout la source intarissable des possibles qu’ils constituent. Elia Kazan, en sachant suggГ©rer le malaise de Deany, tant dans la folie due Г l’absence que dans le constat d’un amour perdu, rГ©vГЁle les distances infinies dans lesquelles baigne notre cerveau. Il prГ©sente, en douceur, un territoire sans limite, un Г©vГ©nement sans histoire, une capacitГ© au fondement mГ©connu, la perception humaine.
Matthieu Z.
CINETHINKTANK, espace de rГ©flexion libre 1 aoГ»t, 2008
Posted by CINETHINKTANK in Uncategorized .Tags: CinГ©ma , Musique , Photographie , Philosophie , Arts plastiques , LittГ©rature , ActualitГ© , Danse , Sonic Youth , Stanley Kubrick , Gilles Deleuze , William Faulkner , Marguerite Duras , John Zorn , Michel Foucault , Antonin Artaud
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CINETHINKTANK, le cinГ©ma au centre du dГ©bat
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