La psychiatrie au cœur du cinéma français


Isabelle Carré dans "Anna M."

A l’heure où la lutte se poursuit entre le gouvernement français et les professionnels de la psychiatrie concernant le projet de réforme des soins des malades mentaux (cf le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire http://www.collectifpsychiatrie.fr/ auquel s’est dernièrement associé le monde de la culture pour défendre les droits des patients http://www.mediapart.fr/club/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/210910/appel-aux-acteurs-du-monde-de-la-culture-qu), il est intéressant de faire un tour d’horizon de récents films français qui abordent la folie et ses traitements, témoignant de l’intérêt du cinéma, et de notre culture française, pour ce sujet.

Anna M. (2007) tout d’abord, de Michel Spinosa, avec Isabelle Carré et Gilbert Melki. Il est ici question d’érotomanie, une psychose construite autour de la conviction délirante que l’on est aimé par une personne. Dans une ambiance de thriller, Isabelle Carré donne une idée saisissante du trouble dont les érotomanes sont atteints. Un film très abouti, bouleversant, et au suspens constant, maintenu par les conséquences dramatiques que peuvent générer une telle psychose (et pour les amateurs, une fin magnifique, qui se déroule tout en douceur dans une nature apaisée, et qui évoque la fin de l’inoubliable Mother de Joon-ho Bong).

Cortex (2006) de Nicolas Boukhrief (produit par Sylvie Pialat) avec André Dussolier qui joue le rôle d’un ancien flic atteint de la maladie d’Alzheimer. S’il faut retenir le jeu poignant de l’amnésique Dussolier, l’intérêt de ce polar réside avant tout dans la reconstitution de l’ambiance angoissante d’une clinique accueillant les malades et les fous. Y sont notamment pointées les dérives d’un milieu hospitalier hostile, qui enferme sans comprendre. On notera que pour se sortir de la clinique dans laquelle on l’a fourré, Dussolier s’en sort à la fin par la force de son instinct. Une manière de dire que les fous ne sont donc pas toujours ceux qu’on croit…

Dorothy (2007) d’Agnès Merlet avec Carice Van Houten. Dans ce thriller-film horreur évoquant quelque peu le cauchemardesque Rosemary’s baby de Roman Polansky, il est question de personnalité fragmentée et de schizophrénie. Si le film peine parfois dans le cadrage et l’enchaînement des scènes, sa réussite est assurée par le jeu formidable de l’actrice qui retranscrit parfaitement à l’écran la maladie dont elle souffre (il fallait du talent pour interpréter les différentes facettes d’une personnalité schizophrène). Mais ce qui est le plus troublant, c’est d’apprendre (dans les bonus que commente la rigolotte Agnès Merlet, passionnée par le fonctionnement du cerveau) que certains assassins ont pu être acquittés, en raison de leur maladie, pour des crimes qu’ils avaient commis.

Très bien, merci (2007), enfin, d’Emmanuelle Cau, avec (le toujours excellent) Gilbert Melki et Sandrine Kiberlain. Dans un registre différent, c’est peut-être le film le plus marquant des quatre puisqu’il dénonce, dans une ambiance assez farfelue, cette machine médicale sécuritaire qui réduit les libertés individuelles. Gilbert Melki, pour s’être interposé dans une bagarre impliquant les forces de l’ordre, se retrouve ainsi brutalement conduit au poste, puis dans un hôpital psychiatrique où on lui impose de se faire traiter. Quand la machine est lancée, le cauchemar peut commencer. A lire aussi l’article de Jacques Mandelbaum dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/cinema/article/2007/04/24/tres-bien-merci-un-cauchemar-eveille-prend-la-forme-d-une-parabole-politique_901091_3476.html), dans lequel le journaliste conclut son analyse du film en soulignant que « tout appareil répressif justifie son propre délire en l’imputant à ceux qui le combattent ». Brillant.

Ces quatre films, à des degrés divers, permettent au spectateur de mieux appréhender les troubles dont souffrent les malades mentaux. Par la mise en situation, ils réitèrent en outre une évidence : la voie du dialogue, et le temps du dialogue, sont des éléments indispensables au bon soin des internés, et le traitement médicamenteux doit servir de complément, sans se révéler systématique. Enfin ils pointent (Cortex et Très bien, merci notamment) les dérives sécuritaires qui pourraient survenir si la réforme des soins voulue par l’actuel gouvernement était adoptée. Gardons cela à l’esprit : c’est au sein d’une société malade que tout citoyen « sain d’esprit » peut, par l’effet d’une loi répressive et d’une procédure injuste, se retrouver du jour au lendemain déclaré malade, à traiter et à interner.

Matthieu Z.

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2 commentaires pour La psychiatrie au cœur du cinéma français

  1. Ping : | Celebrities Column

  2. CINETHINKTANK dit :

    Ta derniere phrase me rappelle egalement le film « Changeling » d’Eastwood. Mat V.

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