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« Le cinéma est plus fort que la vie » (courant tout le long de l’œuvre de Truffaut, cette phrase lui sera arbitrairement attribuée).
Avant même d’aborder le sens de cette phrase, le plus frappant est qu’un jour, quelqu’un de tout à fait respectable et sensé a émis cette idée ou plus exactement a posé cette question, obligeant toute une génération de cinéphiles à prendre le pouls de leur amour du cinéma.
« Je pourrai quitter un mec pour un film mais je ne quitterai jamais un film pour un mec » : Nathalie Baye dans le rôle de l’assistante réalisateur dans la Nuit américaine de Truffaut.
Ce fut donc une époque. Epoque de la Cinémathèque et de la Nouvelle vague… Il n’y a pas lieu à la nostalgie, cette époque a sans doute été excitante mais très mythifiée et réduite à quelques arrondissements parisiens. La France entière ne se précipitait pas pour voir le dernier Godard… Mais, il faut bien reconnaître que cette phrase qui a été prise (trop?) au sérieux à une époque, ferait (trop?) rire tout le monde aujourd’hui…
Que reste-t-il de cette affirmation…
La vie marche mieux au cinéma ou la magie du montage.
La vie de chacun est faite de moments d’attentes, de perte de temps, de fausses pistes, d’ennuis… Grâce au montage, le cinéma saute, comme des haies, les ratures de la vie. Un exemple simple: un homme décide de prendre sa voiture pour aller voir quelqu’un. Dans la vie : il cherche sa clé, ouvre la porte, s’installe, il démarre, tombe sur un embouteillage, attend, un feux, un autre, il attend…. Il arrive enfin, cherche à se garer, fait son créneau, coupe le contact, marche, sonne, et là, la rencontre peut commencer. Même idée au cinéma: plan sur la personne en train de claquer la porte -cut- plan sur la voiture qui démarre en trombe –cut- plan sur le doigt sur la sonnette… Et là en 3 plans et autant de secondes, la rencontre peut commencer… La vie fonctionne mieux au cinéma que dans la réalité.
« La vie privée est boiteuse pour tout le monde, les films sont plus harmonieux que la vie, il n’ y a pas d’embouteillage, il n’y a pas de temps morts, les films avancent comme des trains dans la nuit »: François Truffaut jouant son propre rôle de réalisateur dans la Nuit américaine.
Bigger than life.
On peut s’éloigner un peu de Truffaut pour se rapprocher de Vincente Minelli et plus globalement de la vision Hollywoodienne du cinéma. Pour résumer, le modèle Hollywoodien considère que la vie au cinéma c’est la vie en mieux ou du moins en plus fort. Les hommes ont de l’humour, sont beaux et élégants; les femmes sont belles, charmeuses et intelligentes. Le livre Le royaume de leurs rêves de N. Gabler explique très bien, à travers l’histoire des fondateurs de Hollyood, la naissance du « bigger than life » et de son corolaire comme modèle de société : « l’American way of life ».
Les courants réalistes, néo-réalistes (de Rosselini à Pialat en passant par Scorsese et Fassbinder) ont salutairement réveillé un cinéma Hollywoodien qui était en train de sombrer dans une chimère surannée et avilissante. Le choc du réel frappa la conscience des spectateurs de l’époque (Nouvelle vague – Nouvel Hollywood).
Reste que fondamentalement, le cinéma se situera toujours un cran au dessus de la réalité.
Plusieurs vies dans une vie.
Je reste toujours fasciné par le côté magique du cinéma. Assis dans le noir, le cinéma nous transporte dans le temps, dans les lieux, dans les sentiments… Lorsque le film est réussi, en quelques secondes on devient une femme, un juif, un chauffeur de taxi à New York… Tout cela nous rend riche d’expériences certes non vécues, mais réellement ressenties.
Cette dernière idée qui finit par donner raison à l’ami Truffaut… C’est de toute façon toujours un plaisir, Cher Monsieur, de vous donner raison…
Augustin B.
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Quelques bouts de phrases de François Truffaut piochés au hasard au cours de la grande série de France Culture dédiée à François Truffaut. Manque évidemment le son et le ton de sa voix.
« On fait des films probablement parce qu’on n’est pas content des choses telles qu’elles sont… Soit on fait des films pour montrer la vérité, on montre comment sont les choses et pourquoi on est révolté ou alors, au contraire, on invente, on assemble les choses comme on aimerait qu’elles soient… »
« Le cinéma donne un pouvoir prodigieux parce qu’à un moment, on crée de la vie. On en profite, mais on n’en abuse pas parce que ça ne fait de mal à personne. Je trouve que ce pouvoir immense et en même temps inoffensif est quelque chose de très beau. D’un autre côté, il ne faut pas abuser de ce pouvoir parce qu’il peut y avoir cette tentation. Un exemple: si je montre un homme qui se lève le matin, prend son petit déjeuner, dit au revoir à sa femme et ses enfants, prend sa voiture et en chemin, il écrase accidentellement un gosse… On est très embêté pour lui parce que c’est un homme qu’on connaît depuis 5 minutes. Maintenant, si je commence le film autrement, je commence avec le petit garçon qui range ses cahiers dans son cartable, sa mère lui dit au revoir, il traverse la rue et se fait écraser et là, j’amène toute une salle à vouloir lyncher un automobiliste. J’ai donc un pouvoir énorme et je n’ai pas le droit d’en abuser, c’est trop facile. »
« Je suis pour une douceur dans les relations humaines. Je suis pour partir du principe que nous sommes tous des grands malades et que nous devons nous ménager les uns les autres. »
En plus de ses films, Truffaut, toujours d’une intelligence et modeste, est passionnant à écouter et à lire.
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