CINETHINKTANK
Don't stop thinking !
Accueil
La ThГ©orie des cordes , de l’auteur espagnol JosГ© Carlos Somoza, est un superbe roman qui, sur fond de physique thГ©orique, donne Г lire 600 pages d’une histoire noire comme la roche. Ce livre donne des frissons dans le dos, au moins autant que la BO spectraleВ de Jonny Greenwood dans le grand film noir qu’est There Will be Blood . Au moins autant que l’albumВ de drone/dark ambient The Betrayal of Light , fait par les norvГ©giens de Nordvargr/Drakh. Un disque magnifique, Г©mouvant, fait de nappes sonores venues d’outre-tombe, qui se situe Г la croisГ©e du black metal et de la musique expГ©rimentale.
Matthieu Z.
Partagez
Imprimer
Black material d’abord, pour le clin d’oeil Г White Material de Claire Denis. Black Moon , naturellement, pour l’hommage Г Louis Malle.В The Eraser de Thom Yorke, pour Black Swan , le superbe et poГ©tique quatriГЁmeВ morceau de l’album solo du leader de Radiohead. Total Life Forever enfin, du groupeВ Foals, pour l’extatique Black Gold qui Г©voque volontiers les meilleurs moments de Talking Heads. Bonne rentrГ©e Г tous,В Г la lumiГЁre de ces pГ©pites d’or noir…
Par cette canicule, rien de tel qu’une bonne plongГ©e dans le noir pour se rafraГ®chir les idГ©es :
Cet album, dont l’amГ©ricain Troy Pierce est l’un des artisans, n’existe Г ma connaissance qu’en vinyle. Et il contient l’un des morceaux les plus noirs de la techno minimale, mais aussi l’un des plus dansants et des plus subtils : Season 6 . Un pur chef d’oeuvre de musique progressive, dont la ryhtmique, grasse, menaГ§ante, obsГ©dante, fait froid dans le dos.
DerniГЁrement, le Forum des images Г Paris avait la bonne idГ©e de cГ©lГ©brer le film noir sous toutes ses formes (cycle « Noir LumiГЁre » - http://rencontres.forumdesimages.fr/fdi/Cycles/Archives-Cycles-saison-2009-2010/Noir-Lumiere ). Vincere , qui dГ©peint l’existence obscure de la premiГЁre femme de Mussolini, aurait eu toute sa place dans cette thГ©matique. Film historique, mais avant tout film noir par son propos (les chemises noires fascistes) et par son esthГ©tique (images d’archives en noir et blanc, contrejours, scГЁnes tournГ©es dans l’obscuritГ© ou en pleine nuit), Vincere (dont la forme cinГ©matographique n’est pasВ sans rappeler celle deВ L’Avvantura d’Antonioni – magnifique premier volet d’une trilogie de la modernitГ©, dont leВ second opusВ s’intitule…В La Nuit ) est la pГ©pite d’or noir du plus grand et du plus engagГ© des rГ©alisateurs italiens actuels, Marco Bellocchio.
« Hammett a Г©tГ© le meilleur des meilleurs » dГ©clarait Jean-Patrick Manchette Г propos du mytique crГ©ateur du roman noir.В La lecture de Moisson Rouge , dont l’action nous plonge dans le pГЁgreВ amГ©ricaine des annГ©es vingt, nous force Г constater que mГЄme mort, Hammett l’est bel et bien restГ©, le meilleur. Sanglant, impitoyable, Г l’Г©criture aussi tranchante qu’une lame de couteau, ce polar d’anthologie n’a pas pris une ride.
© Krol
La journГ©e a bien commencГ© : en descendant les marches du mГ©tro Blanche ce matin, je ne suis pas tombГ© sur l’habituel et irritant encart publicitaire qui me fait quotidiennement face (vantant par exemple les mГ©rites du nouveau forfait SFR 3G-US maxi#2 ou la Sicile pour 29 euros avec Easyjet), mais sur cette affiche artisanale, glissГ©e en remplacement, qui m’a rassurГ© sur l’Г©tat de santГ© de l’underground parisien… L’occasion est toujours bonne d’Г©voquer le philosophe Gilles Deleuze, dont la pensГ©e n’a jamais cessГ©e d’ГЄtre d’actualitГ©, et qui paraГ®t mГЄme prendre davantage de vigueur Г mesure que les annГ©es passent. Les attaques qu’elle subit (je me souviens d’un rГ©cent article de Michel Onfray dansВ Le Monde - en hommage Г Pierre Hadot -В oГ№ le philosophe estimait que la pensГ©e de Deleuze Г©tait inadaptГ©e aux situations du rГ©el…) paraissent mГЄme la renforcer, surtout quand on considГЁre lesВ Г©crits pour le moins douteux de certains de ses dГ©tracteurs. Une chose est en tout cas certaine : CINETHINKTANK n’aurait pas vu le jour sans des ouvrages commeВ Dialogues , co-Г©crit avec Claire Parnet (et qui reprend pas mal de passages de l’excellent et justement renommé AbГ©cГ©daire , documentaire paru aux Editions Montparnasse), ouВ Pourparlers , petit livre dans lequel l’auteur parle de Godard ou Г©crit au regrettГ© critique de cinГ©ma Serge Daney. C’est donc une excellente nouvelle que les hГ©ritiers de la pensГ©eВ deleuzienne s’approprient aujourd’hui en douceВ une lГ©gitime partie de l’espace mГ©diatique !
Dimanche. Dix-huit heures cinq. Il est parti. Elle est passée le récupérer. Elle me l’a arraché. Je suis seul à présent, dans l’appartement soudain devenu trop vaste. Je me rends sur le balcon fraîchement repeint, d’une blancheur éclatante. Accoudé contre le mur en pierre, je fixe les feuilles agitées par le vent. Trois étages plus bas, le trottoir est marqué d’ombres étranges, dont je ne saisis pas l’origine. Les toits des immeubles d’en face sont censées y projeter leur forme stricte et angulaire, mais je n’aperçois que des motifs désordonnés.
C’est la même chose chaque fois qu’il s’en va : je perds une partie de ce que je suis. C’est la même chose chaque fois qu’il revient : je retrouve une partie de moi que je mets trop de temps à reconnaître. Après quinze jours de séparation, il me paraît plus vieux d’un an. Et le temps que je profite de sa présence, quarante-huit heures tout au plus, j’ai seulement le temps de m’habituer à son être soudainement grandi.
Quand ses petites jambes de sept ou huit ans déboulent dans le salon, j’éprouve un sentiment de joie et de tristesse mêlées. Puis un soulagement m’envahit de n’être pas pour rien dans ce qui constituera plus tard l’un de mes plus heureux souvenirs. Plus tard, lorsque je me retrouverai dans la même situation qu’aujourd’hui, mais qu’il ne me sera plus donné d’observer ses fines jambes vives s’élançant à ma rencontre.
Je ne peux décidément me résoudre à croire qu’avec l’âge toutes les images de cet enfant qui est de moi s’effaceront de mon esprit esseulé. Si j’ai du mal à concevoir que ces jambes lisses seront un jour velues, il est bien certain que je ne cesserai de discerner la manière pour le moins singulière dont elles sont faites, de cette élasticité qu’on pourrait dire belle, et dont je me vois, moi aussi, doté.
Leur forme sera donc mienne, si l’on peut dire, Г jamais. Cette forme qui n’est pasВ celleВ trompeuse des toits d’immeublesВ que j’observeВ sur l’asphalte gorgГ© de soleil. L’implacable trottoir d’une rue vide, qui ne cesse de me narguer dans les minutes qui suivent leur dГ©part, la main dans sa main Г elle qui n’est guГЁre plus qu’un lointain fantasme.
Puisqu’il est d’obscures raisons de croire que la musique sauve, je ne puis m’en remettre qu’au lyrisme de quelques notes de musique. Me voilГ assis dans l’unique fauteuil du salon oГ№ je profite d’un courant d’air permis par l’ouverture simultanГ©e des deux fenГЄtres de l’appartement. L’écoute attentive du piano me fait Г©prouver le drame somme toute relatif de ma situation. Si les visites de mon fils risquent de s’espacer encore davantage avec le temps, il ne me reste plus qu’à me laisser bercer par les images musicales qui se bousculent dans ma tГЄte. Il ne me reste plus qu’à plonger dans l’univers cinГ©matographique qu’elles Г©voquent si spontanГ©ment, si merveilleusement.
Cette histoire courte est dédiée au plus beau et au plus émouvant des films des frères Dardenne : Le Fils . Elle est en outre librement inspirée d’un recueil de nouvelles qui n’est plus malheureusement plus édité aujourd’hui : Histoires diverses de William Faulkner.
Gabriel L.
Albert von Shrenck-Notzing - Le mГ©dium Stanislawa P. avec un voile ectoplasmique, 23 juin 1913
Cadence , le premier roman de Stéphane Velut paru aux éditions Christian Bourgeois, est une livre noir. Très noir. Nous voici plongés dans le quotidien d’un peintre chargé d’exécuter le portrait d’une jeune fille qu’il s’emploiera, dans un délire parfaitement malsain, à transformer en poupée de cuir et de métal. Nous sommes à Munich, en 1933, dans l’appartement où le bourreau séquestre sa victime, tandis que l’horreur nazie se répand à l’extérieur de ce lieu sordide. Stéphane Velut, lui, trace le parallèle entre l’esprit dégénéré du peintre et la société malade qui l’accueille. L’auteur n’en dit jamais trop, suggère, dévoile page à page le caractère sadique de l’artiste. D’une grande sobriété dans le style, l’ouvrage emprunte, dans le propos, à trois ouvrages inoubliables pour leur démence : American Psycho de Bret Easton Ellis, Mort à Crédit de Louis Ferdinand Céline et Un Roman sentimental d’Alain Robbe-Grillet. Trois ouvrages qui ont ceci en commun d’explorer les facettes obscures de la personnalité de l’homme.
Chez Velut, la Cadence est si terrifiante qu’on se pose forcГ©ment, Г un moment ou l’autre de la lecture, les questions suivantesВ : jusqu’à quel point suis-je capable de soutenir la cruautГ© infligГ©e Г la victimeВ ? Suis-je fou de continuer Г lire ce roman effrayantВ ? Pourquoi diable poursuivre ce rГ©cit insoutenableВ ? Suis-je sadique sans le savoirВ ? On devine que Velut (neurochirurgien dans la vie, mais aussi spГ©cialiste de l’anatomie, et auteur d’Г©tudes sur le cerveau) s’est dГ©jГ posГ© ces questions, mesurant les effets que son ouvrage est susceptible de provoquer chez le lecteur. Sans doute se les est-il aussi posГ©es en tant qu’écrivain. L’esquisse d’une rГ©ponse, en effet, se profile dГЁs l’introduction du livre, oГ№ le bourreau confesse au lecteurВ : « Je me suis ouvert. J’ai mis mes tripes Г nu, c’est vrai. D’abord j’en ai souffert (il n’est jamais plaisant de se connaГ®tre) mais j’ai fini par entrevoir mon Гўme. J’ai saisi la raison de ma dГ©rive, et je l’ai acceptГ©e. J’ai admis ma diffГ©rence, et j’en ai joui. J’ai joui de ma solitude et de mon isolementВ В» .
Invité cette année des quatrièmes Assises Internationales du Roman à Lyon, dont la thématique était axée sur la liberté d’expression, l’auteur aura, on l’espère, donné son point de vue sur la question posée aux écrivains conviés pour l’occasion : « Le Roman : tout dire » ? Beaucoup de choses sont effectivement à dire sur ce qui est, ou non, avouable dans la fiction. Beaucoup de choses sont à dire sur ce que l’auteur y révèle de réel sur lui même, ou sur ce qu’il fait mine de révéler. Une réflexion est aussi à mener sur ce que le lecteur décèle, ou fait mine de déceler, à la découverte de tels ouvrages. Quoi qu’il en soit, les questions que le récit amène à se poser sur soi sont généralement un gage de qualité. A défaut d’être plaisant à lire (consciemment en tout cas !) Cadence est donc un ouvrage passionnant car il met l’inconscient à l’épreuve, en interrogeant les volontés obscures et les pulsions inavouables.
Pour complГ©ter ces lectures « darkissimesВ В», voici quelques Е“uvres tГ©moignant de la volontГ© continue des artistes d’explorer les faces sombres de leur personnalité : Antichrist de Lars Von Trier, rГ©alisГ© Г la suite d’une dГ©pression nerveuse, apparaГ®t comme un condensГ© des angoisses du rГ©alisateur. La Comtesse , rГ©cent film de Julie Delpy, s’intГ©resse au sacrifice de jeunes vierges destinГ© Г satisfaire la folie d’une comtesse hongroise, au XVIIВ° siГЁcleВ : le film montre notamment l’emploi d’instruments de torture moyenГўgeux visant Г extraire le sang des victimes, des outils comparables Г ceux qui servent aux sГ©vices corporels dans l’infect Roman sentimental d’Alain Robbe-Grillet (on se souvient que les pages du livre, brochГ©es, devaient ГЄtre dГ©coupГ©es afin de pouvoir ГЄtres lues…). Musicalement, enfin, c’est sans doute Closer de Plastikman, l’album culte le plus glauque de la techno minimaliste, qui illustre le mieux cette dark-esthГ©tique.
Je voue une admiration sans borne Г la plus puissante Г©crivaine de notre Г©poque, Marie NDiaye. Puissante, car dans l’apparente banalitГ© des existences qu’elle dГ©peint, l’auteur rГ©ussit, Г la maniГЁre de Marguerite Duras ou de William Faulkner, Г nous faire Г©prouver la folie des sentiments de ses personnages. Mais Г la diffГ©rence des auteurs prГ©citГ©s, il n’est jamais question, chez NDiaye, de se laisser complГЁtement dГ©border par les sens. Son regard sur la folie est froid et lucide, calme et distant, et c’est cette particularitГ© qui nous fait prendre conscience de la pleine dimension des choses qui nous dГ©passent, Г tel point qu’Г la lecture des mots simplement dits, sobrement alignГ©s sur le papier, on en vient parfois Г douter de la rГ©alitГ© des situations. Est-ce vraiment ce qui est train de se produire, songe-t-on intГ©rieurement, subjuguГ© par le dГ©tachement avec lequel Marie NDiaye exprime ces situationsВ ? Est-ce vraiment cette rГ©alitГ© qui est en train d’avoir cours dans le romanВ ? On en arrive mГЄme, parfois, souvent, Г ne plus vraiment comprendre le sens des phrases, tant on est absorbГ©, non par le rГ©cit lui-mГЄme, mais par l’admiration qu’on voue Г un auteur capable d’évoquer la folie avec une telle sГ©rГ©nitГ©. Il Г©mane en outre des mots de NDiaye, Г un moment donnГ© de chacun de ses rГ©cits, quelque chose d’irrГ©el, d’impalpable, de magique, dont on n’arrive jamais rГ©ellement Г trouver la formule d’écriture. On a beau chercher, tourner les pages dans tous les sens, tenter de s’expliquer les choses, on finit toujours par abandonner ce pГ©rilleux exercice, rassurГ© par le fait qu’aprГЁs tout, c’est de magie qu’il est question.
Puissante, aussi, Marie NDiaye, car absolument consciente de ses craintes, de ses frayeurs, de ses qualités, de ses capacités, d’elle en somme, de tout ce qu’elle est, de toutes celles qu’elle est, de toutes ces Maries composant les multiples facettes des personnages présents dans deux de ses plus beaux écrits, l’envoûtante Sorcière (1996) et le terrifiant Rosie Carpe (2001). Le visage de Marie NDiaye nous revient alors en tête : « un si doux visage », impassible, imperturbable, s’exprimant placidement, sans résignation, face à la caméra de Mediapart , lors d’une interview réalisée à l’occasion de la remise, amplement méritée, du dernier prix Goncourt pour son roman Trois Femmes puissantes . Les pauses entre les mots, la sensibilité de la voix, et la puissance qu’évoquent cette douceur et cette sensibilité : on devine aisément que c’est la retenue dans l’expression qui permet à l’auteur de concentrer son immense force dans des histoires qui sont d’une anormale banalité, d’une angoissante magie, d’une insaisissable tragédie. L’écriture de Marie NDiaye est de tremblement. Elle fait bouger les lignes, les met à rude épreuve, à travers une description méticuleuse, patiente, des différentes facettes qui forgent le caractère complexe de l’être humain. Son analyse révèle une multitude de ces sensations ambivalentes et, quelque part, terrifiantes, qui sont le propre de l’homme.
Puissante enfin, Marie NDiaye, car littГ©rairement engagГ©e au travers d’une Е“uvre qui questionne la sociГ©tГ©. Ainsi le trouble identitaire liГ© Г l’abandon est au cЕ“ur de Rosie Carpe , roman qui dГ©crit, notamment, l’inadaptation dans la sociГ©tГ© franГ§aise d’une femme d’origine guadeloupГ©enne. Quant au film White Material , dont Marie NDiaye a coГ©crit le scГ©nario avec la cinГ©aste Claire Denis, il aborde aussi la question d’un trouble identitaire liГ© au dГ©racinement, en dressant le portrait d’une gГ©rante de plantation de cafГ© (interprГ©tГ©e par Isabelle Huppert) qui s’obstine, malgrГ© un violent climat d’insurrection, Г rester sur une terre d’Afrique oГ№ elle a tout bГўti. Dans les deux cas, les personnages semblent nous poser cette questionВ : comment se dГ©finit-on lorsqu’on a le malheur de vivre sur un territoire oГ№ l’on est indГ©sirableВ ? Comme seule rГ©ponse donnГ©e par l’auteur, la folie qui hante les deux rГ©cits, la folie de personnages qui ne savent plus oГ№ ils sont, qui ils sont, ce qu’ils doivent ГЄtre, ce qu’ils doivent faire. La folie comme seule rГ©ponse au malheur d’un monde ravagГ© par les conflits territoriaux, innombrables. La folie, enfin, jetГ©e comme une charge violente contre l’idГ©e selon laquelle la couleur de peau est censГ©e dГ©finir l’appartenance Г un territoire – et une idГ©e qui renvoie, se hasarde-t-on, aux histoires personnelles de deux femmes qui entretiennent un rapport particulier avec l’Afrique, et ne cessent de s’interroger sur les consГ©quences qu’est susceptible d’occasionner le dГ©racinement (Marie NDiaye est originaire d’un SГ©nГ©gal oГ№ elle n’a jamais vГ©cu, Claire Denis a passГ© une partie de son enfance sur le continent).
Terminons la critique de White Material en Г©voquant la splendide bande-originale composГ©e par le groupe Tindersticks. Faite pour l’essentiel de nappes de cordes (on pense immГ©diatement Г l’extraordinaire Box of Writch du groupe A Broken Consort, sorti en 2009 sur le label Tompkins Square – www.tompkinssq.com , petit bijou de musique planante d’un film imaginaire), la mГ©lancolie des morceaux s’allie parfaitement aux plans troubles de la camГ©ra de Claire Denis. Elle s’insinue subtilement dans chaque scГЁne, sonnant le rappel de certains thГЁmes prГ©sents dans les livres de Marie NDiaye, comme, par exemple, cette drГґle de couleur jaune qui, pourrait-on dire, « étalonneВ В» de bout en bout le dГ©mentiel Rosie Carpe . « Aime la MarieВ В», probablement, conviendrait-il plutГґt d’écrire…
Tout est parti du film Barfly (1987) de Barbet Schroeder, dans lequel Mickey Rourke campe le rôle d’un écrivain alcoolique et nous donne à entendre, depuis son trou miteux de Los Angeles, un extrait des superbes Shaker Loops (1978), du compositeur californien John Adams. Tout s’est achevé le week-end dernier à la Cité de la musique, à l’occasion d’un concert dirigé par John Adams, au programme duquel figuraient les mêmes Shaker Loops , données en version septuor. Durant les deux mois qui se sont écoulés entre la vision du film et l’écoute de ce concert, je me suis figuré qu’une sorte de lien unissait ces deux « événements ». Un lien comparable à l’une des couleurs variées, à l’un des motifs subtils, que font naître les rythmes répétitifs des compositions d’Adams, qualifiées chez nous de « minimalistes ». Un lien savoureux, tel la partition imaginaire d’une composition d’Adams : Son of Chamber Symphony (2007), par exemple, présenté en prélude des Shaker Loops , et au terme duquel John Adams me lançait, l’œil brillant, à propos de la rythmique démente de ce morceau : « You like my disco beat ? ».
A l’instar de Steve Reich, de Terry Riley ou de Philip Glass, le génie de John Adams réside dans son aptitude à abattre les cloisons entre les genres. Le compositeur est ainsi capable de convoquer dans une même œuvre les univers de Richard Wagner, de Charles Ives et des Supremes. Il est aussi l’auteur d’une musique entêtante, de l’ordre de l’obsessionnel, mais dont la base répétitive, précisément, transporte et laisse l’auditeur libre de reconstituer en musique les épisodes de sa propre existence. L’ouverture d’esprit d’Adams se vérifie lorsqu’il met sa musique en perspective d’autres arts, comme la littérature (James, Hemingway, Proust), la peinture ou la photographie. Ces autres disciplines semblent constituer d’importantes sources d’inspiration, comme en témoigne l’album Hoodoo Zephyr (1992), composé à partir d’images prises sur la route du Nouveau Mexique (des murs de graffitis, notamment, photographiés par sa femme, Deborah O’Grady, illustrent le livret du disque, ainsi que le site du compositeur www.earbox.com ). On peut supposer que l’album fait aussi écho aux auteurs de la Beat Generation , et notamment à la littérature de William Burroughs (qu’Adams côtoya) ou à celle de Jack Kerouak (dont il fit remarquer, lors d’une rencontre, que l’on en est tous les héritiers). Les inspirations du compositeur étant extrêmement variées, on ne s’étonne guère de retrouver sa musique ailleurs qu’en concert ou sur disque. Au cinéma, donc, dans Barfly , mais aussi, plus récemment, dans Shutter Island de Martin Scorsese. Et lorsqu’elle n’accompagne pas un film, Adams, comme pour boucler la boucle, compose en référence au cinéma, comme ce fut le cas pour City Noir , morceau dédié aux films noirs hollywoodiens des années cinquante, présenté dernièrement, en création française, à la Salle Pleyel.
D’une manière plus générale, la composition de la musique dite « minimaliste » (appellation quelque peu désuète, tant les textures sonores ont aujourd’hui évolué vers d’autres « territoires » musicaux) apparaît si complexe qu’elle semble se trouver à l’étroit dans la seule catégorie musicale. Pas étonnant, donc, que la musique de Steve Reich s’allie si parfaitement, depuis plusieurs décennies, à la chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker. Pas étonnant non plus, que les Dancepieces de Philip Glass, belles à pleurer, aient constitué le fruit d’une intense collaboration avec la chorégraphe Twyla Harp, pour donner naissance, en 1986, au ballet In The Hupper Room . L’on a décidément affaire à une musique passionnante, pour la raison qu’elle ne se cantonne exclusivement au domaine musical. Bien au contraire, elle interroge, illustre, interagit avec la danse, le cinéma, la littérature ou le théâtre. Passionnante aussi, pour la raison qu’elle révèle à l’auditeur, par la répétition, par l’illusion de la simplicité, des sphères musicales inexplorées. Passionnante enfin, car d’une profondeur salutaire à l’heure où la musique subit les effets uniformisant de la mondialisation.
On avanГ§ait dans la nuit vers le campement, le pack Г portГ©e de mains, la breille d’ I Can’t Stand It du Velvet Underground dans les tympans. On repassait le titre en boucle, hochant furieusement la tГЄte au volant de l’engin qui sillonnait les States depuis New York jusqu’à Memphis. Ce soir lГ , on avait bavГ© devant Rusty James (1983) de Coppola, Г l’affiche d’un cinГ©ma pourri du centre-ville. Matt Dillon et Mickey Rourke ( « The Motorcycle BoyВ !В В» ) nous avaient mis une sacrГ©e claque, en noir et blanc, depuis leur trou paumГ© d’Oklahoma. Tout comme Nicolas Cage en sale profiteur, tout comme Dennis Hopper en sale pГЁre alcoolique, tout comme Tom Waits en serveur tГ©nГ©breux et dГ©glinguГ©. Hey Rusty JamesВ ! Where r u goin’ Rusty JamesВ ? Une histoire de frГЁres, une histoire de gang, une ode Г la fureur de vivre. Ca tombait bien, car avec Anton au volant, on Г©tudiait de prГЁs la questionВ : je dГ©vorais Sur la Route de Kerouac sans mГЄme faire gaffe aux mots, tandis qu’il se laissait happer par le dГ©pouillement et l’humour de Demande Г la poussiГЁre de John Fante. Dans la mГЄme veine d’une Beat Generation dГ©cadente, on entendait aussi parler de Bukowski, mais sans en avoir jamais rien lu. Deux soirs plus tГґt, on s’était juste marrГ© devant Barfly (1987) de Barbet Shroeder, dont Bukowski est le scГ©nariste, soit 1h30 de tГЄte-Г -tГЄte avec un Mickey Rourke alcoolique, Г©crivain magnifique et jamais avide de rГ©pliques qui soulagentВ : Г§a me fatigue de penser Г tout ce que je n’ai pas envie d’être . On avait immГ©diatement adhГ©rГ©. Il faut dire, l’atmosphГЁre convenait assez au petit trip qu’on s’était concoctГ©. Du type LA-New Orleans-Miami du trio Fonda-Hopper-Nicholson de Easy Rider (1969), du type NYC-Miami de Stranger than Paradise (1991) de Jim Jarmush. On brГ»lait, on ressentait, on vivait, se la racontant en Kerouac des temps modernes, griffonnant, dans des positions inconfortables, des bouts de phrases Г©parpillГ©s sur des feuilles volantes. On the road again. Ensuite, comme l’analyse est de mise quand on se la raconte poГЁte, on a Г©voquГ© la route comme remГЁde aux troubles existentiels. Les exemples ont fusé : en compagnie des superbes Keanu Reeves et River Phoenix dans le Portland de My Own Private Idhao (1991) de Gus Van Sant, en compagnie des dГ©tonantes Charlize Theron et Christina Ricci dans le trou pourri de Monster (2003) de Patty Jenkins, en compagnie de Felicity Huffman, d’est en ouest, dans Transamerica (2004) de Dunkan Tucker. Pour se donner de l’entrain, on a dГ©bouchГ© une nouvelle biГЁre, trinquГ© en prenant soin d’en verser la moitiГ© Г cГґtГ©, et balancГ© Crystal Lake de Grandaddy toutes fenГЄtres ouvertes (les mots de Jason Lytle, I Got to get out of here , Г©taient assez appropriГ©s), avant de se laisser bercer par le ton dГ©sinvolte de Jeremy Jay ( Out on the Highway et Wild Orchids – www.myspace.com/jeremyjay). La manie de se barrer, celle d’envoyer tout balader. Enfin, on a envisagГ© d’autres pistes. Et si la fureur de vivre, la vraie, c’était La Ballade Sauvage (1973) le premier film amГ©ricain de Terrence Malick, avec la folie assassine de Martin Sheen en supplГ©mentВ ? Et si c’était la tronche mГ©morable de Marlon Brando dans L’Homme Г la peau de Serpent (1959) de Sydney LumetВ ? (soyons honnГЄtes, Marlon en musicien vagabond, quand il en a sacrГ©ment rien Г foutre, Г§a fait sacrГ©ment du bien). Et si la fureur de vivre, c’était Raoul Duke et MaГ®tre Gonzo dans Las Vegas Parano (1998) de Terry GilliamВ ? Ou mГЄme Nicolas Cage et Laura Dern dans Sailor et Lula (1990) de David LynchВ ? Trop dГ©jantГ©sВ ? Sans doute. Alors plutГґt l’allure mГ©morable de Gene Hackman, mi-doux mi-ultra-violent, dans l’inoubliable Epouventail (1973) de Jerry SchatzbergВ ? Oui, plutГґt Г§a. Les beaux clochards, ces poГЁtes gГ©niaux. L’immГ©diat comme seule perspective. L’oubli de soi comme seule raison de vivre. Ce soir-lГ , on avait dГ©cidГ©ment de pensГ©e que pour cette magnifique dГ©chГ©ance quand Lou Reed s’est remis Г geindre Г bord. Un peu trop fortВ : la bagnole a fait une embardГ©e, percutant violemment le bas-cГґtГ©, et a aussitГґt quittГ© la route. En l’espace d’une seconde, avec Anton, on s’est retrouvГ© dans le fossГ©. Seulement lucides sur le fait que les amГ©ricains dГ©tiennent la bonne mГ©thode pour exporter leur mythe.
Photo d'Andreas Gursky
« Ca empeste Joyce, bien sûr, en dépit de très sérieux efforts pour l’imprégner de mes odeurs à moi » ; « Je jure de me défaire de J.J. avant de mourir, oui m’sieur ». Tels sont les mots de Samuel Beckett, repris par Nathalie Léger dans Les Vies silencieuses de Samuel Beckett , paru en 2006 aux éditions Allia (p53-54). Notons que les citations, qui datent des premiers écrits de l’auteur, répondent à des accusations pour le moins assassines d’« imitation servile et assez incohérente » ou d’« affectation détestable et indécente ».
Dans les bonus du Direktør , film réalisé en 2006 par Lars Von Trier, l’auteur évoque la recherche d’un humour proche de The Shop Around the Corner d’Ernst Lubitsch. A la sortie, difficile de savoir si Von Trier a atteint son objectif : si le film est réussi d’un point de vue technique (après le dogme, l’automavision…), on ne peut accorder le même crédit humoristique au Direktør qu’au film de Lubitsch. Hypothèse : Von Trier est si tourmenté qu’il lui est impossible d’accéder à l’humour simple et génial qui fit le succès du génie américain des années quarante.
Quand James Gray cite, dans les bonus de Two Lovers , les films d’Akira Kurosawa et de Francis Ford Coppola comme sources d’inspiration, l’on reconnaît d’évidentes corrélations entre l’art du réalisateur et celui de ses inspirateurs. Little Odessa , The Yards , La Nuit nous appartient et Two Lovers sont effectivement d’une ambiance noire comparable à celle, par exemple, du Parrain de Coppola. Techniquement, par l’utilisation du ralenti, ces quatre films rendent aussi hommage au réalisateur d’ Apocalypse Now , bien que Gray parvienne à tracer sa propre voie en insufflant une dose de sensibilité rarement atteinte dans le film du genre noir.
Quand Jérôme Bel présente Cédric Andrieux au Théâtre de la Ville, son nouveau spectacle en hommage à Merce Cunningham, on ignore s’il s’agit d’une pièce de danse, d’une pièce de théâtre ou d’une conférence. Peu importe. Ce qui importe, c’est de constater à quel point le « chorégraphe » sait respectueusement s’affranchir de ses références (de Cunningham à William Forsythe en passant par Trisha Brown) par un spectacle mélangeant singulièrement toutes les formes de représentation.
Ces quelques exemples permettent de comprendre le rГґle manifeste de l’influence dans le processus de crГ©ation. Beckett, Von Trier, Gray et Bel seraient-ils devenus, dans leur discipline respective, les monstres qu’ils sont sans l’art de ceux qui les ont inspirГ©sВ ? D’autres questions, rapidement, se posent. Jusqu’à quel point la crГ©ation existante permet-elle de faire naГ®tre, indirectement, de nouvelles Е“uvresВ ? Le mГ©canisme d’influence est-il toujours propice Г la crГ©ation ou peut-il au contraire, dans certains cas, s’avГ©rer dГ©lГ©tГЁreВ ? En d’autres termes, l’accumulation peut-elle avoir pour effet de brider l’inspiration et d’empГЄcher, par le constat qu’il existe dГ©jГ tant de choses bien faites , la crГ©ation d’une Е“uvre d’art additionnelleВ ? Dans les cas de Beckett et Van Trier, on est d’ailleurs en droit de se demander si les Е“uvres de Joyce et de Lubitsch ne reprГ©sentaient pas pour eux une sorte d’idГ©al impossible Г atteindre.
L’analyse de divers ouvrages permet en outre de poser une nouvelle question, liée à celles qui précèdent : la pure inspiration existe-t-elle libérée de tout mécanisme d’influence ? Citons Céline, tout d’abord, qui, lorsqu’il révolutionne l’écriture en 1936, dans sa suprêmement glauque autobiographie Mort à Crédit , paraît n’être influencé par aucun autre auteur, mais seulement par sa propre et misérable expérience. Qu’en est-il de Franz Kafka, qui écrivait en 1919 une amère Lettre au père de 72 pages, et de Peter Handke dressant en 1972, dans les 72 pages de A Sorrow beyond Dreams , le portrait suicidaire de sa mère ? Ces trois-là étaient-ils sous l’emprise d’une influence quelconque à l’heure d’écrire, où ne se fiaient-ils qu’à la douleur de l’expérience propre ?
En observant les raisons qui motivent la création, les événements qui déclenchent son processus, il est difficile d’aboutir à une conclusion valable sur la manière dont l’œuvre se crée. Aucune règle n’est applicable en la matière, tant l’œuvre paraît puiser indistinctement entre influence et inspiration. Certains exercent sous influence , d’autres non, et ceux qui le sont n’aboutissent jamais au même résultat que celui de ceux qui les inspirent. Cela permet de penser que l’œuvre, échappant à toute tentative de classification, se construit de manière aléatoire, selon une logique indicible propre à son auteur, pour aboutir à un résultat que l’on apprécie variablement, selon nos dispositions de moment.
Exposition Xavier Veilhan - ChГўteau de Versailles
L’une des consГ©quences les plus Г©videntes de l’accГЁs immГ©diat Г la musique, au cinГ©ma et Г la littГ©rature sur le web est la frustration liГ©e Г l’impossibilitГ© de tout assimiler. Le web, il est vrai, s’apparente un peu au restau oГ№ la bouffe est Г volonté : concerts disponibles gratuitement, vidГ©o et musique en streaming (spotify, deezer, myspace,В europafilmtreasures.com, ubu.comВ etc), livres numГ©riques. Et quand c’est Г volontГ©, pointe souvent le risque d’indigestion. A tel point que l’on finit par regretter le temps oГ№ il fallait endurer avant de rГ©colter le fruit de ses efforts. Un temps oГ№ l’on Г©conomisait des mois pour s’offrir le vinyle ou le livre de ses rГЄves, un temps oГ№ l’attention Г©tait dГ©cuplГ©e Г l’écoute de ce disque, Г la lecture de ce livre. Outre la difficultГ© de choix dans la diversitГ©, nous devons donc composer avec une difficultГ© de gestion de la quantitГ©, propre Г cette Г©poque oГ№ tout est disponible Г portГ©e de clic, et oГ№ l’esprit se voit en permanence sollicitГ© et incitГ© Г zapper d’une Е“uvre Г l’autre. RГ©sultat : c’est l’essence mГЄme de l’œuvre qui a tendance Г se diluer face au choix infini qui s’offre Г nous. Quand le nombre d’œuvres augmente, forcГ©ment, l’impact de l’œuvre diminue.
L’accumulation conditionne en outre notre rapport au temps. Rendons-nous Г l’Г©videnceВ : jamais nous ne pourrons tout voir, tout Г©couter, tout lire. C’est d’autant plus vrai dans une sociГ©tГ© oГ№ s’Г©largit sans cesse l’offre culturelle. SociГ©tГ© du divertissement et de la dГ©mocratisation de la culture. SociГ©tГ© oГ№ chacun se reconnaГ®t une sensibilitГ© artistique. D’oГ№ la nГ©cessitГ© d’opГ©rer les bons choix. Faut-il accorder davantage d’attention aux Е“uvres du patrimoine, sans cesse remises au goГ»t du jour grГўce Г leur numГ©risation systГ©matique, ou aux Е“uvres contemporaines dont l’actualitГ© n’a de cesse de nous abreuverВ ? Faut-il, par exemple, se replonger dans les nouvelles de l’immense William Faulkner ou partir Г la dГ©couverte d’écrivains de la revue McSweeney’s, issus de la bouillonnante scГЁne littГ©raire de San FranciscoВ ? Faut-il prГ©fГ©rer la pop atmosphГ©rque de The XX Г la musique baroque de John Elliot GardinerВ ? Faut-il privilГ©gier le dubstep de Digital Mystikz au minimalisme de Steve Reich, ou plutГґt se retrancher sur le rock abrasif de The Jesus LizardВ ? Questions complexes, que les auteurs contemporains complexifient encore. On apprendra que les Г©crivains de McSweeney’s ont la fГўcheuse tendance de dГ©terrer des formes enfouies de la littГ©rature du XVIIВ° siГЁcle. Quant aux musiciens d’aujourd’hui, ils ne se gГЄnent pas pour remixer Г l’infini Г partir de matГ©riaux anciens. Une nouvelle Г©quation apparaГ®t dans un monde oГ№ se mГЄlent l’ancien, le rГ©cent, et le rГ©cent actualisant l’ancien.
Nous vivons cette Г©poque cruciale oГ№ passГ© et prГ©sent se confondent pour constituer un nouvel ensembleВ : un remix de l’histoire en constante Г©volution, un assemblage d’ancien sans cesse actualisГ©, et de contemporain puisant sans cesse dans le passГ©. Une multitude d’évГ©nements du prГ©sent et du passГ© qui surgissent, de maniГЁre anarchique, dans la seconde. Alors qu’est ce que l’histoire, aujourd’huiВ ? Quelle sera-t-elle demainВ ? Quel usage faire de cette grande fresque numГ©risГ©eВ ? Et surtout, quelle place accorder Г l’homme dans ce dispositif pour lui permettre de dГ©passer l’accumulation pure et simple des connaissancesВ ? Il convient de commencer par organiser et agencer cette nГ©buleuse complexe. Si nous en sommes encore au stade de la numГ©risation Г tout-va et de la dГ©couverte des possibilitГ©s du systГЁme, il faut dГ©jГ concevoir ce qui adviendra ensuite. Inutile de lГ©gifГ©rer au moyen de lois comme Hadopi, obsolГЁtes avant mГЄme leur application, face Г la vague technologique qui dГ©ferlera perpГ©tuellement sur nous. Ne pas combattre la technologie, donc, mais aller dans son sens, pour mieux la supporter. L’aisance face Г la dГ©matГ©rialisation des supports et Г la proximitГ© d’œuvres composГ©es Г plusieurs siГЁcles d’écart est un dГ©fi. Relever ce dГ©fi passera par la quГЄte d’un sens qui doit ГЄtre trouvГ© Г un double niveauВ : le sens dans le processus de crГ©ation (nГ©cessaire pour exister durablement dans la quantitГ©) et le sens dans la maniГЁre de s’approprier l’œuvre (nГ©cessaire pour qu’elle soit efficacement identifiГ©e par ses lecteurs et auditeurs).
Encore un poГЁme pour conjurer l’ГЁre du temps
quelques mots qui sГЁment tout simplement
la douceur, la franchise, le sens et l’Г©motion,
la colГЁre authentique qui ne vise aucun pardon
tous ces sentiments interdits dans le rГ©el froid
celui que nous opposent les prГЄtres de la nouvelle foi
la religion de l’argent, la compassion comme faiblesse,
elle n’appartient qu’aux perdants cette sombre tristesse
de la mauvaise direction, de ces basses actions,
de la terrible absence, meurtre par omission В
ou par indiffГ©rence. J’ai froid. Mal Г la conscience.
Comme tant d’entre nous, je ne reconnais pas,
je ne me reconnais plus, dans tant de dГ©fiance
Г l’Г©gard de l’humain et de ses espГ©rances
Chaque jour plus de mГ©pris, chaque jour plus de poids,
Comme autant de dГ©fis, Г notre intelligence.
La vГ©ritГ© sciemment brouillГ©e, maltraitГ©e, tiraillГ©e,
battue en brГЁche par le mensonge d’Г©tat
Г en perdre la raison non ? (silence)
le double discours de ceux qui se permettent tout,
les Lefebvre les Besson, balanГ§ons donc des noms
cet immonde ragoГ»t dans lequel la fange bout.
Г” non Messieurs, la peur n’est pas chez nous
Mais bel et bien dans ce qui vous sert de cЕ“ur.
Veuillez donc chercher d’abord en vous l’erreur
avant de nous amener tГЄte baissГ©e dans le piГЁge
du repli, du petit. Vous n’y perdrez pas votre siГЁge
peut-ГЄtre mГЄme en sortirez-vous grandi
AprГЁs tout, l’impossibleВ prend vie
lorsqu’il Г©mane de votre bouche !
Assumez vos erreurs, ne bottez pas en touche
Et un soir enfin, face Г votre glace
prononcez ce mot honni : « Autrui » en face
Peut-ГЄtre alors vous commencerez
Г nous ressembler, nous les gens du commun
les gens du quotidien, les humains,
ceux qui tentent jour aprГЁs jour
d’insuffler quelque espoir, quelques gouttes d’amour
pour aller vers demain sans arriГЁre-pensГ©es
avec la spontanГ©itГ©, le rГЄve bien accrochГ©
d’un monde meilleur ici, ailleurs.
Il n’appartient qu’Г ceux-lГ l’univers de demain
agitateurs de Toile, arpenteurs de scГЁnes
acteurs de nos propres vies, la faim
chevillГ©e au corps d’avaler les peines
surmonter les obstacles et progresser toujours.
N’est-ce donc pas naГЇf un simple poГЁme
ou n’est-ce pas l’essence de notre diffГ©rence ?
SemГ©s, les mots s’aiment, ils vous aiment.
Mathieu V.
Michael Pitt - "Funny Games US" de Michael Haneke
Rares sont les Е“uvres qui font renaГ®tre l’Г©tat d’esprit d’une rГ©gion sans verser dans le clichГ©. S’agissant du nord de la France, par exemple, mieux vaut ne pas se fier Г Bienvenue chez les Chti’s pour se faire une idГ©e de la vie lГ -bas, mais plutГґt se tourner vers des longs-mГ©trages moins accessibles, comme Flandres de Bruno Dumont, le « 6-2″ Passe ton bac d’abord de Maurice Pialat ou le « 5-9″ Karnaval de Thomas Vincent. Leurs rГ©cits, nourris d’un respect des traditions du lieu, reflГЁtent de meilleure maniГЁre la richesse des contrГ©es septentrionales. De plus, elles ont le mГ©rite d’Г©viter de capitaliser sur la dГ©rision des accents locaux.
La plupart des crГ©ations venues de l’Autriche contemporaine ne s’embarrassent, elles, pas de clichГ©s. DГ©voilant ouvertement leurs maux, elles transpirent une rГ©alitГ© qu’il apparaГ®t difficile de dГ©tourner. De ce cГґtГ©-ci de l’Europe, en effet, cinГ©ma, littГ©rature et théâtre tГ©moignent du malaise d’une nation qui semble avoir tout perdu de la splendeur dont elle jouissait autrefois, Г une Г©poqueВ oГ№ Vienne Г©tait la capitale de la musique dite classique (Schubert, Strauss, Mahler… bref, le bon vieux temps).
La colГЁre, tout d’abord, est une constante que l’on retrouve notamment chez l’immense rГ©alisateur autrichien Michael Haneke. A l’image de l’Г©nigmatique et trГЁs violent Funny Games US ,В qui s’achГЁve avec le cri deВ saxophone du new-yorkais John Zorn (Г noter que le choix duВ jazzman semble n’ГЄtre pas un hasard puisque « zorn », en allemand,В signifie « colГЁre »). On peut Г©galement citer La Pianiste ou Le temps du loup , deux filmsВ d’Haneke dans lesquels Isabelle Huppert s’illustre par des attitudes extrГЄmes, des Г©tats psychologiques nГ©vrosГ©s. Quant au Ruban blanc , le dernier film du cinГ©aste qui remporta cette annГ©e la Palme d’or Г Cannes, il s’intГ©resse, semble-t-il, au rituel punitif (…)
La haineВ de la nation est aussi un thГЁme rГ©currentВ chez pas mal d’auteurs autrichiens. Outre Thomas Bernhard, qui fut l’un des grands penseurs misanthropes de son pays, il y a aujourd’hui Elfriede Jelinek (auteur de laВ fameuse Pianiste adaptГ©e Г l’Г©cran par M. Heneke) qui, dans son roman AviditГ© , ne s’en prend pas seulement Г l’Autriche, mais, dans le fond, Г la nature humaine toute entiГЁre. Un rГ©cit pleinВ de rage et de ressentiment (difficiles Г digГ©rer) dГ©versГ©s Г l’encontre de l’homme.
On a le mГЄmeВ sentiment de malaise en lisant Peter Handke, dont le tГ©nГ©breux A Sorrow beyond dreams , Г©crit en deux mois de l’hiver 1972, revient sur l’existence dГ©pressive et les circonstances du suicide de la mГЁre de l’auteur. Le rГ©cit est d’une tristesse sans nom, d’un dГ©sespoir abyssal. Un peu Г l’image du tourment que l’on retrouveВ dans LesВ Ailes du DГ©sir de Wim Wenders, dont Handke fut le scГ©nariste.
L’ analyse du cas autrichien serait incomplГЁte si l’on oubliait de citer l’influence, sans doute immense, de la psychanalyse de Sigmund Freud sur les crГ©ations artistiques actuelles. Ou encore celle d’auteurs tels qu’Arthur Schnitzler, Robert Musil ou Stephan Zweig. Mais cet article ne prГ©tend pas Г l’exhaustivitГ©. Il cherche seulement Г donner des clГ©s de comprГ©hension d’une culture et d’un Г©tat d’esprit radicalement diffГ©rents des nГґtres.
En introduction de A Sorrow… , on apprend qu’en allemand, il y a deux mots pour traduire « suicide » : « Selbstmord » et « Freitod » (qui signifie « mort libre »). Cette mort libre, cette libertГ© de refuser la vie, contient chez les germaniques une connotation courageuse, hГ©roГЇque. Il faut peut-ГЄtre voir dans cette double signification l’une des raisons qui poussent les autrichiens Г sonder, de maniГЁre assez systГ©matique, le mal-ГЄtre qui les anime.
Michael Kenna Kussharo "Lake Tree, study 2"
Qui n’a jamais rêvé de tout plaquer  ? Troquer son quotidien pour une existence plus aventureuse, plus palpitante, moins contraignante. Travail, famille, amis et tout ce que cela peut engendrer de concessions, de sacrifices, de contraintes : il arrive toujours un temps où les raisons sont bonnes de vouloir tourner la page. Tourner la page, thème de prédilection de pas mal d’auteurs. Fuir, partir, quitter… autant de verbes qui servent à titrer films et romans. Dans les faits, c’est une autre histoire : le projet d’une nouvelle vie se révèle souvent difficile à concrétiser. L’idée germe dans l’esprit, s’y balade un temps, pour finalement se cantonner au rêve. La réalité, quoi. Mais qu’on se console : le thème de la fuite n’est jamais mieux servi que lorsqu’il est traité à rebours des idées reçues. La fuite n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle n’est pas réalisée, jamais aussi intense que lorsqu’elle ne prend la tournure escomptée.
Se faire un roman
L’envie de tout plaquer est une idée que nos écrivains ne cessent de dépeindre. A croire que le malaise est véritable de vivre peinard en société. En témoignent une multitude de romans où les gens s’en vont : le très beau Je m’en vais (au moins c’est clair) de Jean Echenoz, la superbe Villa Amalia de Pascal Quignard. Mais surtout, et avant tout, la Disgrâce de John Maxwell Coetzee. Un livre passionnant qui raconte une fuite forcée. Un professeur tombe en disgrâce à cause d’une aventure avec l’une de ses élèves et part se réfugier chez sa fille dans une campagne d’Afrique du sud en proie aux violences. La beauté du roman se situe à l’endroit où le personnage éprouve ce décalage total avec ce qu’il avait imaginé trouver dans cet ailleurs . La descente aux enfers est remarquable, tant elle anéantit tout espoir d’apaisement.
Se faire un film
Le thème de la fuite n’est pas que l’apanage de la littérature. Au cinéma, le récent Partir , de Catherine Corsini, est un exemple de film sur le désir de fuir parmi tant d’autres. Un long-métrage, surtout, se situe à contre-courant : Les Noces rebelles de Sam Mendes (adapté à partir du roman de Richard Yates). Un couple d’américains en crise imagine le projet, génial sur le papier, d’une vie nouvelle à Paris. En filmant les différentes phases psychologiques (enthousiasme, décision, désillusion) autour de l’idée du départ qui tombera progressivement à plat, le réalisateur réussit l’exploit de filmer (acte artificiel) la réalité (situation naturelle). Et le film de marquer les esprits en évitant la situation chimérique d’un couple plaquant tout pour vivre un rêve au bout du monde. On est dès lors en droit de s’interroger : la qualité d’un film ne serait-elle pas fonction, avant tout, de son degré d’appropriation, d’identification, par le spectateur ? Les situations du réel ne permettraient-elles pas de décupler son adhésion ?
Face au rГ©el
Tendre vers une condition meilleure est un trait inhГ©rent Г la personnalitГ© de l’homme. Si l’on raisonne de maniГЁre rationnelle, il est naturel de croire que l’être humain est intrinsГЁquement animГ© par l’amГ©lioration de sa condition. Mais rГЄver une vie meilleure se situe ailleurs, loin d’une simple tendance Г vouloir s’amГ©liorer. Il s’agit d’une volontГ© de changement, qui varie selon le degrГ© d’instabilitГ© et d’insatisfaction de chacun. Il s’agit d’imaginaire. De fantasme. C’est une chose impalpable (l’homme nourrit l’espoir d’un inconnu qui le ferait vibrer) mais vitale (la possibilitГ© de fuir permet de supporter les contraintes de sa propre condition).
Que dire de plus, qui n’aurait dГ©jГ Г©tГ© dit, sur la disparition de Michael Jackson ? Le nombre de rГ©actions Г l’annonce de sa mort, dans les mГ©dias ou les rГ©seaux sociaux, est Г l’image du disparu, phГ©nomГ©nal : des rassemblements spontanГ©s, des veillГ©es funГЁbres aux chandelles, des minutes de silence au coeur des plus grandes institutions. Alors pourquoi Г©crire encore ? Et bien c’est peut-ГЄtre le besoin de rendre un hommage personnel, de faire aussi acte d’humilitГ© devant ce qu’il fut, de participer par une modeste pierre Г cette communion des hommes et des peuples qui ressemble Г la musique qu’il a créée.
Un rГЄve d’enfant, cette musique des dГ©buts, qui touche l’enfant en chacun de nous, une musique de joie et de spontanГ©itГ©, d’espoir et de fiГЁvre derriГЁre la rudesse d’une Г©ducation Г la dure et l’absence de repГЁres (Г réécouter absolument, les titres de la pГ©riode Motown http://www.deezer.com/#music/album/213087 ). Une musique irrГ©sistible sous l’Г©gide paternelle de Berry Gordy et qui constitue un Г©lГ©ment fondateur de la culture amГ©ricaine amГ©ricaine des annГ©es 70.
Puis vient la musique mature, celle de la perfection, celle de Thriller et de Billie Jean ; une musique absolue, prГ©cise, pointue, implacable dans son rythme, intenable dans son Г©motion, irrГ©sistible dans on entrain. Il serait tellement facile d’enchainer ainsi des lignes d’adjectifs et de superlatifs. LГ rГ©side l’essence de la pop dont il Г©tait le maГ®tre, dans cette universalitГ© du rythme, dans le paradoxe d’une musique ultra-moderne mais qui pourtant parle Г В chacun quel que soit sa culture et sa race, comme la musique des premiers temps des hommes.
Alors, juste pour la perfection, juste pour l’Г©motion, de ces chansons Г©coutГ©es et rГ©pГ©tГ©es mille fois qui parviennent toujours Г nous arracher des larmes et nous donner tant de joie, soit bГ©ni Michael : les diamants de ton gant brillent haut dans le ciel.
search
Mots-clefs ActualitГ© AgnГЁs Varda Animation Arts plastiques CinГ©ma Contre-culture Danse Economie Engagement Erik Satie FranГ§ois Truffaut Gilles Deleuze Hollywood Image Lars Von Trier LittГ©rature Marguerite Duras Maurice Pialat Michel Houellebecq Minimalisme Musique Nouvelle vague Obsession Pascal Quignard Philosophie Photographie Politique PolГ©mique PoГ©sie Producteur Psychologie Radiohead RuralitГ© RГ©alisateur RГ©volution Sam Mendes Slavoj Zizek Sociologie SociГ©tГ© Stanley Kubrick Steven Soderbergh Thom Yorke TГ©lГ©vision USA William Faulkner
Articles rГ©cents Lille engagГ©e Quand la publicitГ© flingue la cause Je veux parler de cinГ©ma corГ©en PremiГЁres femmes et secondesВ chances Tendance bobeaufs Exotisme nordique Y’en a marre La brГЁve histoire du capitalisme de Michel Houellebecq La psychiatrie au cЕ“ur du cinГ©ma franГ§ais Nos hГ©ros sont des salauds (part I)
Lille engagГ©e
Quand la publicitГ© flingue la cause
Je veux parler de cinГ©ma corГ©en
PremiГЁres femmes et secondesВ chances
Tendance bobeaufs
Exotisme nordique
Y’en a marre
La brГЁve histoire du capitalisme de Michel Houellebecq
La psychiatrie au cЕ“ur du cinГ©ma franГ§ais
Nos hГ©ros sont des salauds (part I)
New comments helena Novak on Quand la publicitГ© flingue la… Pierre Perelmuter on Quand la publicitГ© flingue la… Christophe Diaz on Family Jewels frederic contГ© on Family Jewels
helena Novak on Quand la publicitГ© flingue la…
Pierre Perelmuter on Quand la publicitГ© flingue la…
Christophe Diaz on Family Jewels
frederic contГ© on Family Jewels
Articles les plus consultГ©s Lille engagГ©e Quand la publicitГ© flingue la cause Richard Avedon, photographies interdites s'il vous plaГ®t PremiГЁres femmes et secondesВ chances Exotisme nordique
Richard Avedon, photographies interdites s'il vous plaГ®t
CatГ©gories Gros son (16) L'Envers du dГ©cor (30) Les mots du cinГ©ma (3) Passerelles entre les arts (36) Philosophons (27) Politique & SociГ©tГ© (56) The Movie Library (46) Uncategorized (20)
Gros son (16)
L'Envers du dГ©cor (30)
Les mots du cinГ©ma (3)
Passerelles entre les arts (36)
Philosophons (27)
Politique & SociГ©tГ© (56)
The Movie Library (46)
Uncategorized (20)
Archives Choisir un mois novembre 2010 (4) octobre 2010 (6) septembre 2010 (7) aoГ»t 2010 (3) juillet 2010 (4) juin 2010 (7) mai 2010 (5) avril 2010 (4) mars 2010 (6) fГ©vrier 2010 (3) janvier 2010 (4) dГ©cembre 2009 (3) novembre 2009 (4) octobre 2009 (5) septembre 2009 (6) aoГ»t 2009 (2) juillet 2009 (4) juin 2009 (8) mai 2009 (6) avril 2009 (7) mars 2009 (8) fГ©vrier 2009 (4) janvier 2009 (6) dГ©cembre 2008 (11) novembre 2008 (12) octobre 2008 (11) septembre 2008 (5) aoГ»t 2008 (11)
Blogroll Alain Delorme Alejandro Sosa Sound Prod. Assises Internationales du Roman‏ Cassandre/Horschamp Joseph Ghosn La Règle du Jeu La République des Lettres La Vie des Idées Le Blog de Vingt et Un Le Panda déchaîné Le Tigre Maxime Brygo Mc Sweeney's Mediapart Mediastorm Mouvement Newsmap No Big Story Ubuweb Vacarme
Alain Delorme
Alejandro Sosa Sound Prod.
Assises Internationales du Roman‏
Cassandre/Horschamp
Joseph Ghosn
La RГЁgle du Jeu
La RГ©publique des Lettres
La Vie des IdГ©es
Le Blog de Vingt et Un
Le Panda dГ©chaГ®nГ©
Le Tigre
Maxime Brygo
Mc Sweeney's
Mediapart
Mediastorm
Mouvement
Newsmap
No Big Story
Ubuweb
Vacarme
Recherche pour:
Flux
Complet
Commentaires
ThГЁme: Regulus par Binary Moon .
Bloguez sur WordPress.com .
Haut