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Si bien interprété qu’il soit par l’irréprochable Isabelle Huppert, Villa Amalia , le film, n’en est pas moins une déception pour les lecteurs de l’inoubliable roman de Pascal Quignard. Certes, le film est très acceptable d’un point de vue esthétique et, dans sa sobriété, il dit plutôt bien les pulsions souterraines, comme les décisions radicales d’Ann Hidden (ce nom superbe de l’effacement…), qui rythment l’écrit. Mais le film pêche pour la raison qu’il n’est, tout simplement, pas le livre. Il pêche car il décrit à l’endroit où le livre suggère, il pêche car il est ancré dans le réel quand le roman s’inscrit dans le rêve, ce rêve représenté par l’illusion d’une vie nouvelle. Très vite, le constat tombe : les images qu’on nous montre, celles du cinéma, ne peuvent rien face à l’imaginaire conçu par l’homme qui lit. Lire, quand l’on voit Villa Amalia le film, nous manque. Car lire, c’est se forger sa vision personnelle du récit, ça n’est pas assister à quelques scènes inappropriables du cinéma. Voir le film, quand on a lu Villa Amalia le livre, est désespérant, tant il y a quelque chose de l’ordre de l’inmontrable dans cette histoire d’Ann Hidden qui rompt avec tout, qui brûle son passé, qui fugue pour une vie solitaire et insulaire, qui compose, créature perdue, à l’abri du bruit et face à l’eau. Et cette chose, ici, ne peut être approchée que par la lecture, puisque l’acte même de lire permet de développer un imaginaire bien plus vaste que celui auquel nous cantonnent les images d’un film. La vie d’Ann Hidden, en la lisant, on la rapporte à sa propre existence, cette vie dont on s’imagine qu’elle pourrait être la notre, cette illusion de la fuite qu’on espère, secrètement, et qui nous fait tenir, quelque part, qui nous fait supporter ce qui nous emmerde dans le quotidien. Michel Foucault, dans son Histoire de la folie à l’âge classique , catégorisait les différents types de folies, et il semble que celle qu’il décrivait comme la plus importante, la folie par identification romanesque, n’ait pas totalement disparu aujoud’hui. C’est à cette folie, qui appartient au domaine du rêve, que fait appel le livre de Quignard, tandis que le film, bien que beau, mais seulement beau, et donc un peu bête, n’est que la matérialisation figée d’un imaginaire trop impalpable pour être porté à l’écran.

Matthieu Z.

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On doit à ces deux ouvrages remarquables l’exploit de faire ressentir au lecteur la disparition par les mots, ce qui n’est pas une mince affaire. En effet, disparaître ne s’explique pas, disparaître ne se justifie pas, disparaître, c’est disparaître, point. L’une des clés du succès doit résider dans l’évocation d’histoires sur lesquelles on tire un trait, de lieux qu’on abandonne, de souvenirs qu’on refoule. D’où l’importance d’un passé tout à la fois rejeté, effacé, oublié, et pourtant nécessaire à toute disparition.

Si l’on devait adapter de tels romans au cinéma, certaines scènes seraient peut-être accompagnées de titres comme Analyse de Thom Yorke (album: The Eraser ) ou Comme le pluie d’Alex Beaupain (album: 33 tours ), mais sans les paroles. La caméra se déplacerait lentement, dans l’ombre, on croirait voir bouger des silhouettes, dans l’obscurité ou à l’aube, on devinerait, on se laisserait aller à la suggestion, on n’aurait pas d’idées arrêtées sur les choses.

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