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Haro sur le pauvre ! Haro sur le pauvre ! Qu’a-t-il donc bien pu faire, ce pauvre, pour mériter cela ? Coupable d’être soi, voilà surement une justification suffisante. Coupable d’être né pauvre, coupable de l’être resté, de l’être encore, d’être au fond. Coupable depuis des siècles, quoique. Le système capitaliste libéral a désormais presque achevé la révolution individualiste. Finie la solidarité de classe : le mouvement ouvrier s’est désagrégé, les syndicats sont en lambeaux et l’individu reste seul face à l’entreprise lorsqu’il possède encore la chance de lui être présenté. Finie également la mentalité paternaliste développée à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. Bien que contestable sur le fond, elle possédait au moins l’insigne mérite d’une certaine compréhension de la souffrance et de la condition d’autrui (intérêt bien compris), y apportant quelques solutions pratiques. Fini tout cela, l’homme moderne est un solitaire. La compétition est rude. Ceux qui meurent meurent, mais en silence s’il vous plaît.

Le débat actuel (« Sommes-nous un pays d’assistes ? », « A bas les fraudeurs », « France arnaque ») fige une conception individualiste de la pauvreté et de l’échec social. Comment peut-on en arriver à négliger à ce point l’ensemble des paramètres systémiques qui concourent à cette même pauvreté ? La notion de contrepartie a l’assistance, plus qu’en vogue ces derniers jours, participe de la même logique. Dans un rapport individualiste entre les êtres, il est en effet normal que le gratuit n’ait pas sa place. En conséquence, le don (qui n’en est plus un par définition) se dote d’une contrepartie : la participation à des travaux d’intérêt général* (sémantiquement, on se rapproche des peines de justice données comme alternatives à la prison, ce qui confirme une approche par la contrainte des rapports sociaux). Vous imaginez un peu, donner pour de vrai, par altruisme, gratuitement ? « Non mais sans blague ! » comme dirait le regretté Coluche. La vie est dure, n’est-ce pas ? Surtout pour les autres. Je me souviens de ces films des années 80, Viens chez Moi… ( http://uk.imdb.com/title/tt0083287/ ) et du début des années 1990, Une Epoque formidable ( http://uk.imdb.com/title/tt0103168/ ). Le pauvre y était sympathique au fond, un type malchanceux mais un brave type quand même (Gérard Jugnot, Michel Blanc, un peu filous, tellement attachants). Ces films sont certainement représentatifs dans une certaine mesure de la perception sociale du pauvre à cette époque. Et puis l’air du temps change vers la fin des années 1990 et c’est désormais l’ère du pauvre sauvage dans sa prison de béton, l’animal urbain ( La Haine http://www.imdb.com/title/tt0113247/ ). Il fait peur, c’est l’ennemi. L’Autre incompris. On considère alors que le pauvre est bien à sa place : loin. Loin, en périphérie, loin où on ne le voit pas. Et ce ne sont pas les émeutes des banlieues de 2005 qui ont changé pour un sou le regard des seigneurs. Bien au contraire, on amalgame, on raccourcit à coups de Karcher la vision du pauvre. Point de dialogue avec les animaux, ils ne comprennent que la force. Malheureusement, la force elle-même se trouve peu à peu dépourvue de ses moyens, rationalité économique oblige (sacro-sainte rationalité économique). Alors c’est l’abandon, tout simplement. Abandon des bons et des méchants ensemble, jeunes et vieux, simplement coupables d’être géographiquement là et d’y rester faute de pouvoir en partir.

Le nouveau pauvre est donc par nature en prison. Et le temps est long en prison, un temps immobile, une Г©ternitГ© de frustration. Alors on fume des joints. On en fait tourner, un peu, beaucoup. Qui est-il donc celui qui vient interdire le dernier nuage qui masque l’horreur du rГ©elВ ? Depuis tout jeune, « on nous apprend que rien ne fait un homme Г part des francsВ В» – IAM. Lorsque les valeurs promues par le systГЁme sont en rГ©alitГ© simplement appliquГ©es, lorsque mon nom ne me permet pas de sortir du ghetto, lorsque tous mes efforts sont ruinГ©s d’un regard (franГ§ais), lorsque simplement bouger de A Г B est un enfer, qui oserait encore dicter ma conduiteВ ? Le dГ©sespГ©rГ© ne reconnait plus l’autoritГ©. Et il a philosophiquement raison. La rГ©volte contre l’injustice est le premier pas vers la libertГ©.

Ne pas laisser disparaître la logique du don et de l’entraide en est un autre. Ce n’est pas une justification de la délinquance. Ce n’est pas un éloge de la paresse. C’est de l’humanité. C’est ce qui fait précisément que l’on appelle une société « société ». C’est le niveau minimal de compréhension d’autrui. C’est ce qui distingue au fond l’homme de l’animal : son empathie. La politique en France aujourd’hui est amorale. Elle nie sa propre essence. C’est là son principal défaut, qui menace à terme la survie même de ce que l’on ose encore appeler démocratie.

Mathieu V.

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Comme je me serais tu si j’étais un éléphant. Comme j’aurais attendu, comme un sage, que passent la tempête et la cacophonie. Prendre une route communale quand l’autoroute est bouchée, quel pied, on redécouvre la campagne. « Se moucher » quand on parle, afficher un air grave, quelque retenue du moins, voilà ce que j’aurais fait si j’étais passé ces jours-ci sur les plateaux télé. Et peut-être que si je n’avais pas perdu mon temps à guetter les tweets en provenance de New York j’aurais vu plus de bons films cette semaine (toujours pas été voir le nouveau Malick, que pourtant j’attendais). Jamais j’aurais si peu suivi le passage des stars, si peu vu se salir à mesure le fameux tapis rouge. Billet libre et sans plan, comme la défense d’un homme à cheval sur le Styx.

Michel Denisot, Grand Journal en direct de Cannes, mardi 17 mai : « Et vous, Catherine Deneuve, que pensez vous de cette affaire ? – Euh… Rien »

Ce mois de mai quel bordel : comme si l’affaire Dreyfus était jugée dans la piscine à boules de Disneyland Paris. Tu zappes et tu passes d’un monde à l’autre. Nagui présente soudain Les Mercredis de l’Histoire. Chacun sent que le boom et le bang nous reviendront des jours passés, qu’on devrait plutôt se planquer en attendant que le beau temps succède à la pluie. Intrusion de « l’affaire » sur les plateaux décontractés, mais c’est comme l’entonnoir qui piège la guêpe en été : l’inverse n’est pas vrai, l’attirance est unilatérale. Je ne sais pas si vous le sentez mais cette année la Croisette a la honte. Le journalisme sérieux s’éloigne des festivités et ceux qui couvrent ces dernières ont l’air de suivre un match de football sous des rafales de bombes. C’est moins drôle qu’avant, quand on savait qu’après Cannes, il y aurait Roland-Garros (où l’on verrait Belmondo tout bronzé), puis l’été, puis Intervilles, puis tout ça, la vie cool et les verres de rosé.

Quelques personnes sont en colГЁre, mais la plupart non. La plupart n’y croient pas Г cette histoire mais s’indignent doucement, peu sГ»res de leur instinct. Imaginez que tout d’un coup l’on apprenne que de Gaulle Г©tait une femme travestie ou je ne sais pas, que Zidane Г©tait le pseudonyme de Bernard. Ca fait bizarre. On se dit « quel salaudВ В» mais on repasse devant leur portrait, suspendu dans la salle Г manger, et l’on ne sait plus que croire. On est tout chose et c’est presque bon quand mГЄme, de savoir que la rГ©alitГ© dГ©passe parfois la fiction, que le JT pour une fois divertit plus que Cannes. On redГ©couvre que rien n’est figГ©. Beaucoup s’ennuyaient de savoir dГ©jГ si longtemps Г l’avance le nom du prochain prГ©sident. C’est comme si on nous avait dit en septembre que Lille serait champion. Ca n’aurait plus servi Г rien de se battre ni mГЄme de vivre qui sait, pour certains. Cette affaire nous bouscule. Seuls les FranГ§ais s’en plaignent, quoique pas tous, quoique non : tous au fond s’en dГ©lectent. Ils Г©taient nombreux, comme des vautours cachГ©s, honteux, dГ©guisГ©s en moines amГ©ricanophiles, Г prendre un plaisir refoulГ© Г voir les tours jumelles en cendre. Ils sont nombreux aujourd’hui dГ©guisГ©s en tenants du complot, en amis excГ©dГ©s (BHL et Lang m’ont peinГ© cette semaine…) Г reconnaГ®tre mais seulement pour eux-mГЄmes que nous sommes passГ©s tout prГЁs d’élire un mec tordu. Ils critiquent sans recul une justice Г©trangГЁre qui a au moins pour elle de donner voix aux faibles.

Le spectacle et la politique ne font pas toujours bon ménage. Lars Von Trier l’a compris cette semaine. Je crois qu’il a voulu blaguer mais ce n’était pas le bon moment. Les gens étaient crispés. Ça m’a rappelé Galliano. On n’attend pas de de Niro qu’il parle de la Syrie. Les gens voient beaucoup de meurtres le dimanche soir sans pleurer. Voir un ponte avec des menottes les émeut plus que tout, et pourtant le même soir, dans le même lit, avec le même cafard lorsqu’ils pensent au lundi. Tant mieux. C’est sain. Surtout quand la victime présumée est réelle. Mais je me désole quand tout un peuple pleure un seul homme (est-il à ce point en recherche de messie ?). Un homme aujourd’hui et un seul devrait pleurer tout un peuple, voilà qui serait normal, voilà qui serait bon.

Sans parti pris, ClГ©ment V.

Ne voyez-vous point les larmes,

N’entendez-vous point les crisВ ?

Faudra-t-il encore prendre les armes

Pour vous ramener au rГ©el

Vous sortir hors du nid

Ou, perchГ©, vous battez des ailes

Remuant В le vent

Agitant le nГ©antВ ?

Qu’avons-nous donc fait

Pour mГ©riter tant de mГ©pris

Si ce n’est pour vous d’avoir voté

Lorsqu’à cette heure vous souriiez

Lorsqu’à cette heure même vous avez ri

Des espoirs insufflГ©s ?

Que reste-t-il donc

De ces vertus rГ©publicaines

Que vous appelez de vos vЕ“ux

Pour d’autres que ceux

Dont vous partagez la tableВ ?

A part cette douce haine

A part ces sombres fables

Doucement instillГ©es

Au fil de vos apparitionsВ ?

Avez-vous oubliГ© ces chansons

Qui autrefois guidaient

Les marches de ceux

Que vous reprГ©sentezВ ?

Au lieu de donner

Sans état d’âme vous avez pris

Au lieu de dГ©montrer

Dans l’ombre vous avez ourdi

Au lieu d’être l’exemple

Vous êtes l’écho malheureux

Tel un gardien du temple

DГ©fendant les faux dieux

Ravi d’une simple obole

Messieurs, je ne vous salue pas.

En complГ©ment :

http://cinethinktank.com/2009/06/25/slam-du-gouverne-au-gouvernant/

http://cinethinktank.com/2009/10/30/slam-du-gouverne-au-gouvernant-ep-2/

Retour sur l’actualitГ©. CINETHINKTANK est demeurГ© jusqu’Г prГ©sent bien silencieux sur les rГ©volutions qui animent les pays arabes et nous en sommes dГ©solГ©s. Peut ГЄtre que cela est-il du tout simplement au fait que la force du peuple en marche impose un certaine dГ©fГ©rence que peu ont su respecter. Peut ГЄtre aussi que dans la cacophonie mГ©diatique, il semblait difficile d’apporter quelque chose qui n’ai dГ©jГ Г©tГ© dit, ou alors bien mieux. Et pourtant… ces rГ©volutions qui semblent aujourd’hui ne plus vouloir s’arrГЄter (et quelle force pourrait bien les arrГЄterВ ?) sont riches d’enseignements que beaucoup rechignent Г tirer. Trois points semblent pourtant se dГ©gager nettementВ :

1/ les évènements de Tunisie et d’Egypte valident un modèle de révolution pacifique*

2/ ces rГ©volutions ont pour source une absence de dГ©mocratie mais surtout un Г©cart de rГ©partition des richesses devenu insoutenable

3/ les pays occidentaux se sentent rassurés de voir accomplir ni plus ni moins ce qu’ils prétendent avoir fait eux-mêmes quelques décennies ou siècles plus tôt, et refusent d’accorder idéologiquement à ces mouvements une portée plus large

Cela ne vous rappelle-t-il rienВ ? D’aprГЁs Alexis de Tocqueville, l’idГ©al dГ©mocratique tel qu’exprimГ© dans De la DГ©mocratie en AmГ©rique (1835) trouve sa rГ©alisation dans la tendance Г l’Г©galisation des conditions. Force est cependant de constater que l’Г©volution rГ©cente de nos sociГ©tГ©s va nettement et objectivement en sens contraire, c’est-Г -dire celui de l’aggravation des inГ©galitГ©s.В A titre d’exemple, selon l’Observatoire des inГ©galitГ©sВ : « Au cours des dix derniГЁres annГ©es, les 0,1% les mieux rГ©munГ©rГ©s (environ 13 000 salariГ©s) ont vu leur salaire mensuel brut progresser (inflation dГ©duite) de 19 374 Г 24 000 euros, un gain de 28%, soit 5 426 euros. Pour la plupart des 60% des salariГ©s les moins bien payГ©s, le gain n’a pas dГ©passГ© les 130 eurosВ В» (statistiques INSEE complГЁtesВ : http://www.inegalites.fr/spip.php?article190 ). Cet exemple parmi tant d’autres ne vaut bien Г©videmment pas seulement pour la France, et prend mГЄme des proportions encore plus dramatiques dans d’autres pays (Etats-Unis par exemple). Toute sociГ©tГ© qui consent Г une trop grande hГ©tГ©rogГ©nГ©itГ© sociale met en pГ©ril son propre futur, incapable de rГ©concilier plus avant ses extrГЄmes. Totalement phagocytГ©e par la version la plus libГ©rale du capitalisme, le ver dГ©vore le cocon qui l’a vu naitre. La machine Г rassembler devient la machine Г diviser, et dГ©sormais c’est chacun pour soi. Comment en effet se soucier de l’autre, lorsque l’on est soi-mГЄme tout Г la satisfaction de ses propres dГ©sirs ou dГ©diГ© dГ©jГ Г la protection de ses maigres richessesВ ? En rГ©alitГ©, peu effectuent un calcul aussi conscient tant la pression est parfois diffuse et insidieuse. Les bienfaits de la sociГ©tГ© de consommation attachent l’homme au modГЁle bien plus sГ»rement que n’importe quelle forme de coercition positive. Les discours de peur ressassГ©s par nos Г©lites (peur de l’avenir, peur du dГ©classement, peur de l’étranger, de l’Autre, il y a tant de peurs possibles, si faciles Г activerВ ! Regardez-donc le retour mГ©diatique des peurs instrumentalisГ©es avant 2012В !) parachГЁvent le contrГґle et contribuent Г faГ§onner l’homme moderneВ : В« Les gens vivent au jour le jour. Ils Г©vitent de penser au passГ©, de crainte de succomber Г une « nostalgieВ В» dГ©primanteВ ; et lorsqu’ils pensent Г l’avenir, c’est pour trouver comment se prГ©munir des dГ©sastres que tous ou presque s’attendent dГ©sormais Г affronter В» (Christopher Lasch, Le moi assiГ©gГ©. Essai sur l’érosion de la personnalitГ© , 1984). Entre un passe idГ©alisГ©, un prГ©sent qu’il ne maГ®trise plus et un avenir qui lui fait peur, l’homme moderne occidental est un lГ©thargique qui regarde au travers de son Г©cran ce que d’autres vivent.

S’il faut reconnaГ®tre que la rГ©volution du Jasmin et ses enfants lГ©gitimes tendent vers une dГ©mocratisation parce que les inГ©galitГ©s ne pouvaient ГЄtre rГ©sorbГ©es en l’état, il faut Г©galement constater que certains n’ont pas hГ©sitГ© Г acheter la paix sociale Г coups de pГ©trodollars (Qatar, Arabie Saoudite, Dubai). Il en ressort que la quГЄte de la dГ©mocratie est en rГ©alitГ© sous-tendue par une quГЄte de l’égalitГ© rГ©elle. C’est un exemple magnifique qu’il nous est aujourd’hui donnГ© de voir et dont nous pourrions tirer de multiples enseignements. Si l’on accepte qu’une lutte puisse ГЄtre menГ©e dans un pays dГ©jГ recensГ© comme « dГ©mocratiqueВ В», et que ce caractГЁre n’obГЁre ni la validitГ© ni la lГ©gitimitГ© des exigences formulГ©es, alors, loin de constituer, dans une perspective ethnocentrГ©e et nГ©ocoloniale, une rГ©pГ©tition de notre propre histoire que nous contemplerions avec dГ©dain, les rГ©volutions arabes fournissent un modГЁle concret duquel nous pouvons nous inspirer en disant merci. Les principes qui y sont Г В l’œuvre sont immГ©diatement transposables Г notre situation.

Tout le mérite de ces mouvements est justement d’avoir rendu de nouveau réelle la « possibilité » d’une révolution aux yeux du monde. Le narcisse moderne si parfaitement décrit par Lasch, qui avait perdu « tout espoir de changer la société et même de la comprendre » ( La Culture du narcissisme , 1979) se voit offrir une possibilité unique de reprendre en main son destin et retrouver pour lui-même le sens de la vie qui semblait tant lui faire défaut. L’action, la révolution, replacent l’homme moderne dans le sens de la continuité historique dont il se sentait exclu. Il est aujourd’hui magnifiquement démontré que cette action peut être non-violente* ET couronnée de succès. On a vu fleurir récemment lors des manifestations en France sur les retraites des pancartes énonçant « Métro boulot tombeau » comme un cri de désespoir face à cette perte de sens et cette société, devenue une machine à  broyer les âmes que rien ne semble pouvoir enrayer. On cherche même aujourd’hui des solutions pour « sortir de la souffrance au travail »**. De l’autre coté de la Méditerranée, d’autres nous montrent la voie.

Le masque d’une prospГ©ritГ© en forme de mirage ne suffit pas Г В couvrir les corps et les cЕ“urs meurtris, que l’économie libГ©rale lacГЁre et s’acharne Г В dГ©composer, allant aujourd’hui jusqu’Г menacer le principe mГЄme de fonctionnement dГ©mocratique***. La rГ©volution 3.0 n’est pas la rГ©volution pour la dГ©mocratie. La rГ©volution 3.0 est la rГ©volution qui rГ©habilite l’homme en tant que centre de la dГ©mocratie. La rГ©volution 3.0 est la rГ©volution qui rend l’homme Г lui-mГЄme.

* voir l’essai de Gene Sharp, From Dictatorship to Democracy (à télécharger gratuitement) et l’article passionnant qui lui est récemment consacré par le New York Times :

http://www.aeinstein.org/organizations/org/FDTD.pdf

http://www.nytimes.com/2011/02/17/world/middleeast/17sharp.html

** Le Monde 21/02/2010В :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/21/sortir-de-la-souffrance-au-travail_1483153_3232.html

*** Divers articles sur la question « Is America a plutocracy ? » :

http://www.salon.com/news/feature/2010/10/18/the_perfect_storm

http://www.nytimes.com/2011/02/12/opinion/12herbert.html?ref=bobherbert

http://dissidentvoice.org/2010/01/the-united-states-of-corporate-america-a-plutocracy/

- Articles connexesВ :

du mГЄme auteurВ :

http://cinethinktank.com/2009/03/27/de-revolutionibus-pour-le-pere/

http://cinethinktank.com/2010/01/04/lapocalypse-ultime-utopie/

par Carl Friedrich :

http://cinethinktank.com/2010/06/02/conte-d%E2%80%99ete-pour-cadre-au-bureau/

Je ne sais si Dany Boon a inventé l’avant-première régionale pour des raisons non commerciales, mais ça rapporte gros. Je ne sais à quel point Poelvoorde force son accent, mais ça lui vaut quelques succès. L’essor de la « belgitude » semble coïncider avec la crise de la Belgique. Alors que l’identité de celle-ci fait débat, celle de celle-là fait recette.

Il doit bien y avoir des films belges qui traitent des danseurs du Bolchoï, des éléphants d’Afrique ou des bidonvilles indiens, mais, au vrai, nous ne les connaissons pas. Ceux que nous connaissons sont les films belges qui parlent belge et qui parlent des Belges. Plutôt belge à voir, trendy à souhait, vraiment bon chic depuis la bombe C’est arrivé (Belvaux, Bonzel, Poelvoorde, 1992) , comme on dit pour se l’approprier, depuis Toto le Héros (Jaco Van Dormael, 1991). Pas démenti ce bon genre par d’autres et plus récentes réjouissances que la Croisette a portées, comme Eldorado ou La Merditude des Choses (Felix Van Groeningen, 2009) . Ne parlons pas des frères Dardenne, décorés deux fois par la plus haute distinction Cannoise. A côté de cette identité là , le cinéma français semble avoir perdu la sienne, trop éparse sans doute, trop diluée, et plutôt rare comme sujet. Quelques flops aussi, comme Les Barons , à l’humour sans rires, qui tire trop grossièrement sur la corde locale. Encore que pour un navet, il reçut de bonnes critiques, fort complaisantes, prêtes à voir en tous films belges cette fameuse « belgitude » d’où renaîtrait le phénix. Comme si l’enfant survécu d’une paire de jumeaux pouvait vivre pour deux. Il n’en est rien. Il mérite une vie propre. S’il est fardé comme un clown, c’est qu’il cache un cadavre. On le sent bien d’ailleurs. La « belgitude » c’est toujours un rire mi-jaune, celui de la dérision. C’est toujours une ville immonde, une averse, un noir et blanc où l’on boira des bières en se tapant dans le dos, mais chacun rentrera chez soi par des rues en étoile.

La vérité, c’est qu’il y a plusieurs « belgitudes ». « Ce melting-pot qui génère un imaginaire sociétal . » C’est ainsi que le philosophe wallon Jacques Sojcher définit la culture : elle est ce qui permet à un groupe de fondre tous les courants qui le traversent en un « moule polymorphe et instable » ; elle doit aussi, selon lui, rendre les hommes et les femmes dignes de la société dans laquelle ils vivent en leur donnant l’ouverture d’esprit nécessaire pour faire d’eux des citoyens [1] . Des chefs-d’œuvre remarqués, de temps à autre, mais aucun manifeste. Un style, une tournure, mais pas d’infrastructure qui permette un long terme. Une absence de politique culturelle où fédérer les artistes : une ode bien plutôt au crachat, au spontané, au libertaire. D’où ces films profondément originaux, assurément humains, presque anarchistes, suffisamment inclassables pour former un ensemble sans borne et sans principe. A côté de ces films d’auteurs, il y a aussi la « belgitude » bon teint (devenue uniquement sujet), plus uniforme, celle de Rien à Déclarer, qui elle fonctionne au contraire à partir de clichés. Pour être plus simpliste elle est plus populaire, plus accessible. En effet, qui connaît vraiment chez nous Lanners ou Van Groeningen ? Mais ce n’est dans tout ça que vision de Français. Comment se perçoit-on dans son propre pays ? Prenez déjà les problèmes du doublage, des sous-titres. A chaque communauté sa langue [2] . Prenez la question des marchés : d’un côté le marché français, ses festivals, ses plateaux télé, de l’autre un non marché flamand. Prenez encore les différences culturelles qui font la Belgique moderne et que renforce aujourd’hui le climat politique. La Wallonie semble sans cesse tiraillée entre sa francité et sa « belgitude », tandis que les Flandres, au nord, les législatives de Juin dernier l’ont montré, joue désormais à fond la carte communautaire. La barbe de Poelvoorde ne semble pas suffire à ressouder les camps, même si une partie des belges, notoirement bruxelloise, a pu manifester récemment dans la rue son désir fédéral. Etrange régime que le régime politique belge, unique au monde, comme si dès sa fondation (1830) le pays se devait de faire le trublion : trois communautés, trois régions qui ne recouvrent pas les communautés, trois langues officielles, un fédéralisme « incomplet » qui ne place aucune autorité au dessus des régions [3] , un gouvernement pointillé…

Revenons au cinГ©ma. Comment lui en vouloir d’exploiter cette « belgitudeВ В» qui vaut comme nous le voyons autant par l’artifice que par la nГ©cessité ? Les belges francophones eux-mГЄmes s’y sont facilement laissГ©s prendre, fatalement tournГ©s vers la France. Lorsque Besson produit Dikkenek (Olivier Van Hoofstadt), en 2006, un « faux Poelvoorde, sans le goГ»t, l’humour, la folie, sans le talent В» [4] , beaucoup applaudissent bГЄtement. Sans-doute Г©taient ils trop jeunes en 1992 et n’ont pas vu Poelvoorde exploser l’écran. Souhaitons qu’ils ne connaissent pas seulement de lui cet affligeant Boon enfin sorti cette semaine, ce gentil bouboon balourd et bidon qui croit sauver des rГ©gions entiГЁres de l’oubli. Ceux qui aiment les bons films retiennent d’autres films, des Е“uvresВ : revoyons, arbitrairement, Golden Eighties (Chantal Akerman, 1986) , La Vie sexuelle des belges 1950-1978 (Jan Bucqoy, 1995) , Camping Cosmos (Jan Bucqoy, 1996) , Calvaire (Fabrice Duwelz, 2005) , Komma (Martine Doyen, 2005) ou plus rГ©cemment La Merditude des Choses, souvent Г la fois populaires et profonds, humbles et touchants, toujours originaux. Ils ont peu en commun, sauf d’être belges, vraiment belges, et c’est dГ©jГ beaucoup.

Bien qu’il existe un cinГ©ma espagnol, on ne parle guГЁre d’« hispanitudeВ В», fort peu d’В« ibГ©rité ». Bien qu’il existe un cinГ©ma anglais, on ne parle pas d’« anglitudeВ В», ni mГЄme Г son propos d’« anglicité ». EtВ lorsque l’on parle de « francité », c’est dans un contexte oГ№ elle est menacГ©e, dominГ©e, minoritaire [5] . Historiquement, la notion de « belgitudeВ В» est fondГ©e, dans les annГ©es soixante-dix, en rГ©fГ©rence Г celle de nГ©gritude, aussi l’essence mГЄme du vocable trahit-elle sa fragilité : comme pour la nГ©gritude, on la faГ§onne Г partir d’une menace, en bordure d’un nГ©ant. On dit son nom non pour la dГ©crire, mais pour qu’elle soit dГ©crite. Non pour nommer ce qui est, mais pour appeler ce qui peut encore ГЄtre. Elle se dГ©finit en fauxВ : un belge n’est pas franГ§ais, pas nГ©erlandais, pas allemand, mais il est un peu tout cela. On reproche Г la « belgitudeВ В» d’être surtout un fantasme bruxellois et wallonВ ? Fort bienВ ! Qu’il se dГ©verse encore allГЁgrement dans nos salles et ailleursВ ! La culture est un pays qui n’a pas besoin de frontiГЁres.

ClГ©ment Van de Velde

[1] in Le Monde Diplomatique , dГ©c. 2010

[2] selon les données officielles, depuis les années 80, l’Anglais a supplanté le Français en tant que seconde langue vivante enseignée en Flandre

[3] le fédéralisme belge est bâti sur le concept d’équipollence des normes, c’est-à -dire que le niveau de pouvoir fédéral n’a aucune préséance par rapport aux entités fédérées. Un décret voté au Parlement wallon ne peut ainsi pas être contredit par une loi belge. De plus, comme les entités fédérées ont, pour l’essentiel, des compétences exclusives (y compris sur la scène internationale), une même compétence ne peut pas être détenue à la fois par les entités fédérées et par l’État belge

[4] В« une blague belge avec un faux Poelvoorde et du vrai product placementВ В» in La libre Belgique

[5] les nГ©erlandophones reprГ©senteraient 57% Г 60% de la population belge et les francophones 40% Г 43%

J’étais hier soir chez Madame Jojo (célèbre club trans/trav de Londres) pour sa soirée cinéma mensuelle. James Grant, bel et jeune inverti dont l’accent trahit ses racines Essex, le programmateur de ces sauteries 7ème art, avait pour une fois élargi son horizon. Pas de Priscilla folle du Désert, Pink Flamingo, Trans-Geisha ou autres films « communautaristes ». Nous avions droit à une production de l’éminent Alejandro Jodorowsky. Et pas El Topo . James Grant, par souci d’originalité, nous proposait La Montagne sacrée .

J’arrivais un peu en avance pour profiter de la sangria qui est généralement offerte lors de ces soirées. Je croisais Coquine, reine autoproclamée de Madame Jojo , qui pour l’occasion avait une moustache. Par contre, elle portait toujours cette même robe en soie rose saupoudrée de paillettes vertes.

« Hello Darling… » Coquine m’embrassa à la commissure gauche de mes lèvres (je fus chatouillé… et quel délice… par quelques petits poils frisés de la moustache) tout en soupesant furtivement, de sa main droite, mon testicule gauche. Coquine voulait justifier cette nouvelle mode.

« Ma moustache, c’est passager Darling. C’est en l’honneur de ce grand artiste… mon JodoВ !В В»

Et Coquine escalada le bar tout en souplesse malgrГ© ses 110 kilos.

« Viva Jodo ! Viva Jodo ! Viva Jodo ! » La soirée était lancée. Les spectateurs en tous genres pouvaient maintenant s’installer dans la salle sombre. Des bâtons d’encens brûlaient aux quatre coins de la pièce.

Alors que sur l’écran, un homme avait des araignГ©es sur tout son corps, je sentis une main sur mon genou. Ma voisine Aline – nymphette au teint pГўle – approcha sa bouche, petit berlingot rose, de mon cou.В Je n’étais pas trop certain de ses intentions mais j’étais prГЄt Г accepter un certain nombre de choses de la part de cette sublime jouvencelle. Je la sentis souffler dans mon oreille. Le souffle se transforma en mots.

Ce Г quoi Jodo pensait en crГ©ant cette Е“uvreп»ї ne m’intГ©resse pas du tout. Je me fous de ses obsessions chamaniques. C’est plutГґt les questions que ce film stimulent en moi qui m’intГ©ressent. C’est lГ la puissance d’un tel film : dГ©passer la simple exГ©cution esthГ©tique ou ludique et de faire de nous, non plus des spectateurs abrutis mais des acteurs en Г©bulition. Je suis sur un trampoline…В oh yes…houuuu… Aline lГ©chouilla mon lobe gauche avant de se reconcentrer sur la projection.

A l’Г©cran, Jodorowsky de profil parlant Г un chevelu/barbu. En fond, des individus nus et figГ©s dans la cire.

« Tu veux connaГ®tre le secret, mais l’homme ne parvient Г rien par lui-mГЄme. Pour parvenir Г l’alchimie suprГЄme, je te donne ces compagnons. Ce sont des voleurs, comme toi, mais Г un autre niveau. Ce sont les gens les plus puissants de la planГЁte. Les industriels et les politiciens. В»

S’ensuit une sГ©rie de portrait (cyniques ?) d’industriels et de politiciens.

Fon, play-boy soignГ©, dirige une « entreprise vouГ©e au confort et Г la beautГ© du corps humain В». Isla, belle lesbienne filiforme, construit et vend des armes. Klen, vieux beau, crГ©ateur d’Е“uvres d’art Г©rotisantes. Sel, rousse sensuelle, possГЁde une usine de construction de jouets (des armes pour enfants). Berg, anglais aux tenues psychГ©dГ©liques mariГ© Г une vieille nymphomane, est ministre des finances. Axon,В chef de police Г coupe iroquoise et collectionneur de testicules. Lut, architecte visionnaire (« L’homme n’a pas besoin d’un foyer mais d’un abri В»).

Je revoyais ce film pour la 5ème fois. Je l’avais vu pour la 1ère fois lorsqu’il était sorti en 1973. Depuis j’organisais une projection privée (ou pas, comme ce soir) tous les dix ans. La remarque d’Aline rejoignait ma démarche. Je n’avais jamais lu aucun entretien donné par Jodorowsky au sujet de La Montagne sacrée . Je n’avais jamais fait de recherches non plus. Ce à quoi Jodo avait pensé en créant cette œuvre ne m’intéressait pas.

Le film ne calque pas une rГ©alitГ©. Il dГ©passe cela, se situe dans un intervalle entre la rГ©alitГ© et l’onirisme. Un espace minuscule dans lequel il est difficile de pГ©nГЁtrer. Ces sphГЁres de l’inconscient sont lointaines. La M ontagne sacrГ©e me permet de m’y rendre, de dГ©couvrir des impressions que j’ai en moi, que je ne soupГ§onnais pas. Ce film permet de dГ©couvrir ce que je suis en dehors de mon conformisme quotidien. A construire une identitГ©. Il fait partie de ces Е“uvres…

Mon propos m’échappait… devenait mousseux. Alors je me tournais vers Aline Г qui j’avais envie de faire l’amour. Mais j’allais certainement finir la nuit avec Coquine et sa nouvelle moustache. Je voyais un trampolineВ devant mes yeux, peut-ГЄtre celui d’Aline. Son image me convenait.

Alors chers amis ? En quête de nouvelles figures aériennes ? Une vrille ? Un saut dorsal ? Ou tout simplement une sieste sur ressorts ? Enfilez vos combinaisons jaunes de gymnastes trapus et sautez sur ce trampoline que vous offre gracieusement Jadorowsky. Mais avant de vous élancer, rejoignons ensemble l’engouement de Coquine pour Jodorowsky et crions joyeusement : « Viva Jodo ! »

Hector

Y’en a marre. Marre de tout ce que l’on entend, tout ce que l’on voit Г chaque publicitГ©, tout ce que l’on nous infligeВ Г longueur de JT. Et cette guerre de l’information oГ№ l’expert se perd, oГ№ l’ignorant ne ressent qu’une seule chose, le degrГ© de manipulation qu’il subit. La crise, ou comment nos Г©lites ont opportunГ©ment tournГ© cela en mesures d’austГ©ritГ© fatalement rendues nГ©cessaires. Et ce bouclier fiscal, qui n’en finit pas de ne pas cГ©der. Un bouclier comme une illustration sГ©mantique de la guerre des classes moderne. Avons-nous dГ©jГ entendu parler d’un bouclier socialВ ? Les reprГ©sentations symboliques et psychologiques s’échappent dans le rГ©el.

A force de jouer avec la puissance des mots, nous en avons perdu le sens. A force de tout dire et contredire, nous avons perdu celui de la vГ©ritГ©. A force de tout politiser, nous avons perdu le sens du juste. A force encore de tout vouloir acheter et vendre, nous avons perdu le sens de l’autre. Alors y’en a marre. Quelle expressionВ ! Marre de se sentir si impuissant, marre de se voir dГ©nier l’accГЁs Г la raison la plus Г©lГ©mentaire. Marre de ne pouvoir rien dire qui ne soit instrumentalisГ©, ou l’exemple lamentable de nos politiques finit par dГ©teindre sur nos vies. Il n’est pas question de chiffres ici, bataille rejouГ©e chaque jour par nos dirigeants pour le contrГґle de la vГ©ritГ© officielle. Et ce n’est pas le franГ§ais rГўleur que l’on se complait Г faire rentrer dans les clichГ©s qui dit cela. Ce n’est pas non plus le sobriquet de « populisteВ В», dont on affuble aussitГґt celui qui s’exprime avec le cЕ“ur, qui dit cela.

C’est un individu comme vous et moi. Un individu lГ©gitime. Un individu quel qu’il soit, nonobstant son origine, sa religion, ses revenus. Un membre de la race. C’est quelqu’un qui se rГ©veille chaque matin avec une rage que les heures passГ©es devant un ordinateur, un comptoir, une machine, ne parviennent que trop mal Г endormir, et qui se rГ©veille la nuit. C’est quelqu’un qui n’abandonnera jamais l’idГ©e qu’autre chose est possible. Jamais car c’est lГ le propre de la nature humaine. Jamais car nul ne peut rester indiffГ©rent devant autant de souffrance, au pas de sa propre porte ou Г l’autre bout du monde. Pas d’apitoiement ici sur notre propre impuissance, parfois si paralysante, et si savamment entretenue, mais une action infime, de chacun, Г sa propre Г©chelle. Une action Г la mesure des possibles.

Il ne nous appartient pas en effet de prendre ces dГ©cisions souvent si complexes, ou de mieux savoir, mais il nous appartient toujours de dГ©finir le cadre dans lequel ces dГ©cisions se prennent, et de sГ©lectionner ceux qui vont les exГ©cuter. Il nous appartient toujours de sanctionner ceux qui manquent Г leurs devoirs, et de faire exГ©cuter la sanction. A cela jamais nous ne devons renoncer, ni sombrer dans la passivitГ© induite volontairement dans notre temps de cerveau disponible. Il nous appartient enfin de modifier les rГЁgles lorsqu’elles sont dГ©tournГ©es de leur fin, lorsque la rГ©publique manque Г ses plus Г©lГ©mentaires principes, lorsque la sociГ©tГ© atteint un tel degrГ© d’hГ©tГ©rogГ©nГ©itГ© qu’elle en perd son sens, et que sa survie mГЄme est menacГ©e.

Le sport a toujours Г©tГ© un vecteur d’assimilation privilГ©giГ© dans une communautГ© nationale. Lorsque le baseball s’est imposГ© comme le passe-temps national aux Etats-Unis Г la fin du XIXВ° siГЁcle, les minoritГ©s du patchwork ethnique US ont toutes envoyГ© leurs meilleurs Г©lГ©ments marteler Г coup de home-runs leur adhГ©sion aux valeurs locales du E Pluribus Unum. Polonais (Bill Mazerocki), italiens (Joe DiMaggio), irlandais (t’en veuxВ ?) et autres rГ©fugiГ©s Г©conomiques sont tous entrГ©s dans le moule en dГ©montrant sur le terrain taillГ© en diamant (Г©galitaire par essence) leurs capacitГ©s Г lutter avec les autres pour leur survie dans un environnement concurrentiel oГ№ nul – sauf les gens pudiquement dits « de couleurВ В» – ne se verra refuser sa part du rГЄve amГ©ricain. Seuls les noirs se virent en effet refuser de jouer professionnellement Г ce jeu sophistiquГ© et un « gentleman’s agreement » entre les propriГ©taires des ligues de baseball concurrentes maintint cette sГ©grГ©gation jusqu’Г ce que le manager iconoclaste des Brooklyn Dodgers,В Branch Rickey, prenne la dГ©cision rГ©volutionnaire de faire jouer le lГ©gendaire Jackie Robinson en premiГЁre base lors d’un match du club dans son fief mythique d’Ebbets Field en 1947.

Cette date nous parle plus particulièrement car elle précède de plus de sept ans l’arrêt de la Cour Suprême américaine Brown vs Board of Education, qui a entraîné la déségrégation des écoles américaines. Les performances de Jackie Robinson ont été appréciées à leur juste valeur par le docteur himself, Martin Luther King, qui lui aura confié peu avant sa mort violente que son passage au travers la barrière raciale aura hâté la venue du mouvement des droits civiques. Pour autant qu’il ait été désagréable aux gentlemen de bonne famille chaussés de knickerbockers de voir des « singes » partager leur playground, en risquant de ruiner la noblesse du jeu, il leur aura bien fallu s’y faire, les performances de ces « créatures de la nuit » étant trop flagrantes pour pouvoir les renier (l’effet Jesse Owens).

Jackie Robinson fut ainsi le premier joueur noir à évoluer en ligue majeure de baseball. En 1947, la décision de Branch Rickey a soulevé un vent de panique chez certains (réalistes) qui y ont vu le début d’un engrenage au terme duquel les noirs allaient finir par revendiquer d’être des hommes (ça n’a pas manqué, l’idée a fait recette et les pancartes « I’m a Man » faisaient un tabac autour du bassin du capitole quelques années plus tard). L’assassinat ciblé du prédicateur porté sur la jaquette a remis les pendules à l’heure et rappelé aux ghetto-ites qu’il ne fallait pas s’emporter si vite et que, s’ils avaient leur place sur les terrains de sport ou le black entertainer est devenu un produit d’appel depuis les éclats de Willy Mays dans les 70’s, ils allaient devoir se battre encore longtemps pour des choses aussi anecdotiques que de pouvoir monter à l’avant du bus (t’es pas bien à l’arrière ? – Syndrome Rosa Parks).

Une fois leurs places au Hall of Fame de Cooperstown assurГ©es dans la catГ©gorie « joueurВ В», les afro-americains ont fait valoir que s’ils pouvaient jouer comme les blancs, il ne serait que logique qu’ils puissent entraГ®ner. LГ encore il aura fallu passer outre le blocage psychologique qui s’inquiГ©tait de ce que les noirs n’avaient peut-ГЄtre pas les capacitГ©s mentales nГ©cГ©ssaires pour manager une Г©quipe de professionnels. Il fallut attendre 1962 pour que les Cubs de Chicago recrutent Buck O’Neill et mettent les sceptiques en dГ©faut. En football amГ©ricain le dГ©bat fut posГ© en termes identiques et il aura fallu la victoire des Colts de Tony Dungy en 2007 (seulementВ !) pour voir un coach noir brandir le Vince Lombardi Trophy. Tony et Barack sont d’ailleurs buddy-buddy avec le manager blacko-hispanique des Chaussettes Blanches de Chicago, club du Southside qui a les faveurs du leader du monde libre. Chacun sa mafia, chacun sa mille-faВ !

On aura beau dire, heureusement que nous avons les Etats-Unis pour nous tenir un miroir déformant de la réalité hexagonale, car sans eux nous aurions du mal à nous regarder en face. Alors qu’outre atlantique on a élu un président black/créole et que le débat dans la communauté black consiste à se demander pourquoi aucun afro-americain n’est encore propriétaire d’une équipe (le graal de l’émancipation à la sauce américaine), vous remarquerez que de ce côté-ci de l’océan, il ne nous vient même pas à l’idée de poser le problème en ces termes. Nous en sommes encore au stade de la polémique pitoyable sur le nombre de joueurs noirs en équipe de France et un noir président par génération devrait nous suffire. Je suis prêt à parier que Pape Diouf sera, s’il ne l’est pas déjà , décoré de l’Ordre du Mérite pour services rendus à la Nation.

Votre toujours dГ©vouГ©,

Raoul Duke

J’éviterai ici de tracer des parallèles scabreux entre les « cités » francaises et les « ghettos » américains, vous renvoyant aux travaux de Loic Wacquant sur les évolutions parallèles de ces deux « concepts » issus de ses observations aux 4000 et dans les quartiers Sud de Chicago.

Les cités françaises ne correspondent effectivement pas formellement au modèle du ghetto du South Side qui enserre l’Université de Chicago, car la composante structuro-raciale de son identité est moins rédhibitoire à la sortie de ce bantoustan économique qu’elle ne l’est aux Etats-Unis où les ghettos ont été spécifiquement conçus pour empêcher le métissage et garantir la ségrégation communautaire. Je suis d’accord pour l’essentiel avec ce discours, mais ferai tout de même remarquer (mon sens commun anti-sociologique m’y invitant) que l’on a coutume de dire que la France reproduit les tendances américaines avec 10 ou 20 ans de retard. En observant la réalité hexagonale au travers de ce prisme temporel clarifiant, on pourra concéder aux détracteurs de Loic Wacquant (mais qui connaît Monsieur Wacquant ? me demanderez-vous) que, somme toute, les cités (en dehors du fait qu’elles soient plus multiculturelles que les inner cities américaines ) se rapprochent des ghettos noirs sur nombre d’autres points. Elles tendent à constituer des villages-bulles coupés de l’extérieur par des frontières inscrites, si ce n’est dans le paysage urbain, du moins dans la psyché collective de ses résidents, obéissant à des normes de survie ad hoc et possédant leur propre système d’information.

Chuck D, le Bourdieu noir, a défini le rap comme le « CNN du ghetto ». Si l’on tend l’oreille aux commentaires des présentateurs français de ce réseau mondial, on pourra facilement percevoir ce qui rapproche l’univers des « jeunes des cités » de celui plus ou moins fantasmé de leurs alter-egos américains, et la familiarité qu’ils entretiennent. De fait, nos cités tendent à devenir aussi hermétiques que les ghettos états-uniens, le délabrement y est parfois aussi avancé et psychologiquement la situation hexagonale est paradoxalement pire à vivre pour nos concitoyens de banlieues qui, alors que les cousins américains ont intégré l’idée du ghetto comme un espace de ségrégation inter-raciale, ont été abreuvés d’idéaux républicains et ne s’attendaient pas à se retrouver pris au piège de la cité comme dernier horizon de leur mobilité sociale.

Ce piГЁge s’est refermГ© en deux temps sur leurs espoirsВ : le phГ©nomГЁne de noria qui voyait les travailleurs immigrГ©s effectuer des aller-retours rГ©guliers entre leur pays d’origine et leur colonie d’adoption s’est arrГЄtГ© par dГ©cision publique de rГ©gulation des flux d’immigration en 1974. Ceux qui effectuaient cette noria rГ©guliГЁre ont alors du choisir entre ici et lГ bas, par peur de ne plus pouvoir revenir en France (un pays auquel on s’attache malgrГ© toutВ !). Leur dГ©cision de rester aura conduit leurs enfants – dans ce temps lГ on disait beurs – dans l’impasse identitaire du cul entre deux chaises et fait d’eux des semi-francais/semi-algГ©rien/marocain… dont on conteste la volontГ© de s’intГ©grer et de prendre part dans notre communautГ© nationale. En demandant (le plus souvent sans mГ©nagement) aux jeunes des citГ©s de justifier de leur identitГ©, les contrГґles policiers au faciГЁs apparaissent symptomatiques de ce dГ©ni d’identitГ© irritant.

Personnellement, si j’avais à présenter mes papiers à la maréchaussée plus d’une fois par jour (voire par an) j’en viendrais vraisemblablement à douter moi aussi des intentions du législateur et de ses électeurs à mon encontre et du bien fondé de vouloir « se la jouer » « français ». A ce rythme, je préférerais certainement me revendiquer d’une cité, si délabrée soit elle, voire d’un pays qui n’est pas vraiment le mien (je songe ici aux porteurs de t-shirts/maillots de foot Algérie et Maroc dont on aura bien compris qu’ils ont des papiers français, sinon ce serait trop grillé – autant planter sa tente Quechua modèle DonQuichotte sous les fenêtres du Ministère de l’Identité Nationale.

Pour reprendre un adage populaire auvergnat revenu à la mode: « Il n’en faut (là encore) pas trop », et, si l’on s’est insurgé en France sur la nécessité de mettre en place des quotas de minoritaires visibles (hormis de femmes avec la parité) comme l’ont fait les américains à coups d’actions affirmatives, il apparaît que notre méritocratie n’aura pas permis l’émergence d’une élite aussi métissée que la société, hors des sentiers du sport, de la chanson et des habitudes culinaires (le couscous étant au top 3 des plats préférés des Français), qui ont pu apparaître comme vecteur de progrès mais se sont révélés à l’usage des pis-aller lorsqu’il s’est agi de revendiquer une part plus conséquente du gâteau. Les blocages mentaux ne sautent qu’au prix de luttes renouvelées, c’est une leçon de l’Histoire qui ne lâche pas prise rapidement. Pour préciser mon propos je tracerai ici une chronologie synthétique de l’ouverture du baseball aux afro-américains, qui montrera comment les schémas mentaux et économiques du groupe dominant peuvent heureusement évoluer mais fera apparaître en filigrane la longueur exaspérante du processus.

Votre dГ©vouГ©,

Avatar est sans aucun doute le film de tous les superlatifs. Instaurant un nouveau business-model pour les studios hollywoodiens, modГЁle Г©trennant une nouvelle course au gigantisme en terme d’investissements et du recours aux techniques numГ©riques de pointe, le film nous propulse effectivement dans une dimension non pas inconnue au regard des ses prГ©dГ©cesseurs (LOTR, Narnia, et bien d’autres), mais jamais aussi bien recréée. La puissance des super processeurs en action, la beautГ© des fonds verts et des capteurs branchГ©s sur un comГ©dien, dont le corps n’est dГ©sormais plus qu’un support de son avatar numГ©rique, ont permis Г James Cameron de recrГ©er un monde donnant l’impression d’ГЄtre tout aussi tangible que celui, bien rГ©el celui-lГ , du spectateur dans son fauteuil. La finesse (remarquable) des dГ©tails, les lunettes permettant au public la vision du film en 3D, comme une pГ©nГ©tration de la rГ©alitГ© du film dans notre environnement, accentuent encore cette impression, et participent (Г moins que ce ne soit un but en soi ?) Г la dissolution des frontiГЁres entre ce monde virtuel et le nГґtre.

Dissolution, et mГЄme inversion pour certains : les mГ©dias, informГ©s par des professionnels de la santГ© et des psychologues, ont rГ©cemment fait Г©tat d’un syndrome В« post-avatar В» (http://www.cosmicconservative.com/weblog/?p=65520 ; http://articles.mibba.com/Entertainment/3316/The-Avatar-Syndrome), syndrome se traduisant notamment par des pulsions dГ©pressives et bouffГ©es anxiogГЁnes, une confusion partielle d’identitГ©, une dГ©valuation dans la valeur du moi et autres… Ces symptГґmes, raisonnablement passagers espГ©rons-le, sont rГ©vГ©lateurs d’un sentiment bien plus profond : notre perception presque innГ©e du dГ©calage entre la duretГ© presque insupportable d’un quotidien que nous acceptons la plupart du temps sans mГЄme y rГ©flГ©chir, et l’envie soupirante d’un monde В« fantasmГ© В» , c’est-Г -dire tel que l’on voudrait qu’il soit. Un monde plus harmonieux, symbiotique, dont la comprГ©hension n’est pas scientifique et rationnelle, mais bien plutГґt magique, voire mГ©taphysique. Comme Adam et Eve chassГ©s du paradis, nous souffrons de cet Eden perdu, qui en fait n’a jamais existГ© autrement qu’en tant qu’image symbolique de В« ce qui devrait ГЄtre В». Nous pleurons le dГ©senchantement du monde. La laideur et l’absence de sens de notre rГ©alitГ©, dont les principales lois aujourd’hui sont la prГ©caritГ© et l’alГ©as de toute situation, nous saute en pleine face Г la sortie de la salle du cinГ©ma, Г©mergeant de l’obscuritГ© bleutГ©e d’ Avatar dans le capharnaГјm de la rue, et il est dГЁs lors parfaitement comprГ©hensible que certains ne puissent tout simplement pas le supporter.

Cependant, rien ne sert de se lamenter comme un enfant qui dГ©couvre que son rГЄve n’a pas d’emprise dans le rГ©el et ne peut donc le vivre. Bien au contraire, la prise en compte lucide des faiblesses de notre rГ©alitГ© couplГ©e Г l’idГ©al de ce monde onirique nous invite Г percevoir la beautГ© qui se cache dans le rГ©el. Une beautГ©, un bonheur, un instant d’enchantement, magique dit-on, et ce d’autant plus que nous en connaissons dГ©sormais la raretГ© et l’impermanence. En assumant l’imperfection de notre univers, nous assumons Г©galement la nГґtre. Alors saisissons-les, ces instants prГ©cieux, car le bonheur ne vient que de la conscience de sa fin. Qui sait si mГЄme nous n’y trouverons pas un peu de sagesse et de sГ©rГ©nitГ© ?

Qui n’a pas remarquГ© la prГ©sence de plus en plus Г©vidente des produits Г connotation В« positive В» dans tous les domaines ? Depuis les plus standards, comme le cafГ© ou le chocolat issus du commerce Г©quitable, en passant par les produits en provenance de l’agriculture biologique, et jusqu’aux panneaux solaires et autres matГ©riaux Г faible consommation d’Г©nergie ou fort rendement (isolation, Г©clairage) utilisГ©s dans la construction, on ne compte plus aujourd’hui les champs de notre vie quotidienne dans lesquels ils s’insГЁrent. J’ai mГЄme vu dans un supermarchГ© londonien une pizza В« Г©quitable В». A se demander ce qu’est, ce que contient, et surtout comment est fabriquГ©e la pizza В« non Г©quitable В», non ?

TrГЄve de plaisanteries. Au delГ de l’intГ©rГЄt marchand des ces produits labellisГ©s, la plupart du temps bien compris lorsque l’on dГ©couvre que seule une infime partie du prix dudit produit contribue effectivement a quelque chose d’autre que la marge de son distributeur, tournons-nous un instant vers leur destinataire. Vous, moi, le consommateur lambda.

On pourrait se dire, en premier lieu, que la pulsion d’acheter des produits ayant un caractГЁre В« bon В» pour autre chose que soi-mГЄme (la planГЁte, le paysan de l’autre bout du monde, le В« pauvre В») provient avant tout du sentiment que В« consommer, par principe, c’est mal В», sentiment charriant avec lui toutes les valeurs de l’Г©thique protestante fondant l’esprit originel du capitalisme (cf. Max Weber). MalgrГ© toute cette incitation, que dis-je, toute cette propagande, toute cette tendance totalitarisante (osons le mot) Г consommer sans retenue, la petite voix de la conscience se rappelle Г notre bon souvenir au moment de l’acte d’achat, et nous murmure (oh, trГЁs briГЁvement certes) qu’il y a peut-ГЄtre lГ un problГЁme. Si l’on rajoute Г cela tout un contexte culturel et moral judГ©o-chrГ©tien fondГ© sur le pГЄchГ© originel, nul doute que le consommateur trouve dans l’achat de ces produits une rГ©demption salvatrice, une communion moderne en quelque sorte, qui nous absout symboliquement de ce mГЄme pГЄchГ©.

En second lieu, il apparaГ®t tout aussi clairement que nous espГ©rons, par l’acte d’achat, confГ©rer Г notre ГЄtre un peu du caractГЁre В« bon В» du produit, Г l’exemple de l’interprГ©tation ethnologique des cannibales qui dГ©vorent la chair de leur ennemi pour s’en approprier l’esprit et la force. D’ailleurs, ces produits, nous les ingГ©rons physiquement la plupart du temps. Le produit revГЄt un caractГЁre В« Г©thique В» ou В« positif В», non pas tant par ses caractГ©ristiques objectives que parce que nous lui confГ©rons, symboliquement lГ encore, ce caractГЁre dont nous nous savons a priori dГ©pourvus.

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le bien-fondГ© de l’existence et de l’usage de ces produits qui, somme toute, reprГ©sentent une Г©volution qu’il convient par principe de saluer, mais plutГґt de questionner notre comportement Г leur Г©gard. Acheter В« Г©thique В» ne nous permet en aucun cas de faire l’économie d’une rГ©flexion sur notre maniГЁre d’ГЄtre, sur notre rapport au monde et surtout notre comportement vis-Г -vis d’autrui.

L’Г©thique personnelle est un ensemble, un tout qui habite notre conscience et fournit le cadre dont dГ©coulent nos actes au quotidien. Un systГЁme de comportement. La consommation de produits Г©thiques n’a qu’un caractГЁre incident, pour ne pas dire insignifiant, au regard de ce que peut ГЄtre notre attitude envers autrui quel qu’il soit, ici ou ailleurs. C’est la consГ©quence et non la cause artificiellement justificatrice de notre comportement. L’Г©thique guide nos actes politiques et sociaux. Elle est bien plus qu’une simple Г©tiquette. Elle est en nous, et non au supermarchГ©. Elle est la premiГЁre Г©tape du changement, la premiГЁre Г©tape qui permet d’influer sur le cours du monde.

La fin d’une annГ©e et le dГ©but d’une autre sont des pГ©riodes propices au bilan, quel qu’il soit. Curieux d’ailleurs, Г ce propos, que l’on ait besoin d’une date artificielle pour susciter un quelconque besoin symbolique de remise en perspective. Aujourd’hui en 2010, ce serait plutГґt une mise en abГ®me, tant le fossГ© qui sГ©pare notre vouloir-ГЄtre de notre existence rГ©elle semble sans fond.

MalgrГ© ce temps qui avance inexorablement, 2009 apparaГ®t comme une annГ©e de rГ©gression. RГ©gression Г©conomique avec la crise, inГ©vitable, attendue, inempГЄchГ©e. RГ©gression sociale Г©galement, en France notamment, mais aussi ailleurs dans le monde, avec l’ajustement vers le bas de notre sociГ©tГ© pour faire face Г В« la rГ©alitГ© de la situation В», comme se plaisent si bien Г le dire nos politiques pour justifier n’importe quelle Г©normitГ©. Un nivellement par le bas donc, prenant la crise comme prГ©texte. Une opportunitГ© de remise en cause si vite effacГ©e par ceux qui auraient trop peur d’y perdre dans ce dГ©bat (Lapalissade : on n’a peur de perdre que lorsqu’on a le sentiment d’avoir. Qu’avons-nous, nous les gens du commun, si ce n’est de maigres possessions matГ©rielles grevГ©es de dettes et d’emprunts Г la consommation qui nous donnent le faux sentiment d’exister ? A mettre en perspective avec ceux qui ont rГ©ellement).

Car si dГ©bat il y a, c’est bien celui-lГ , celui qui engage notre avenir et celui des gГ©nГ©rations futures. La possible remise en cause, ou tout du moins le questionnement de la finalitГ©, d’un modГЁle de sociГ©tГ© a Г©tГ© complГЁtement Г©vacuГ©e par les sophistes politiques qui lui ont prГ©fГ©rГ© l’identitГ© nationale et le port de la burqa, sujets-marionnettes incarnant le repli sur soi et la vue court-termiste de nos dirigeants, indiffГ©rents Г toute la responsabilitГ© qui est la leur et qui devraient en Г©quitГ© ГЄtre punis pour ce refus d’assumer leur charge par le corps Г©lectoral. Si l’on ajoute Г cela une vГ©ritable intention de tromper, des manЕ“uvres dolosives, ce n’est pas devant le peuple qu’ils devraient rГ©pondre de leur actes mais devant la justice. Tiens, c’est Г©trange, la justice est justement en pleine rГ©forme (encore un nivellement par le bas avec la suppression de l’indГ©pendance du juge d’instruction). ArrГЄtons-lГ les exemples, cet article n’y suffirait pas.

Le vrai dГ©bat donc, celui de notre avenir, s’est jouГ© Г Copenhague il y a peu. Une vГ©ritable dГ©ferlante mГ©diatique totalement inappropriГ©e au sГ©rieux de la question et aux divers enjeux. Ce sommet n’Г©tait du point de vue des mГ©dias de masse qu’un Г©vГ©nement parmi d’autres, disparu des Г©crans la premiГЁre grГЁve de RER venue, aussi soudainement qu’il y Г©tait apparu comme une question vitale quelques jours plus tГґt. Entre presque-Г©chec et demi-rГ©ussite, nous nous garderons bien de condamner par principe cette heureuse tentative.

Toujours est-il que comme d’habitude (horrible, non ?), l’absence d’engagements clairs met en lumiГЁre la complexitГ© et la puissance des forces du monde Г l’oeuvre, le dГ©sГ©quilibre Nord/Sud toujours plus saillant, les Г©conomies contre les hommes et non pour l’Homme. Et toujours le primat de l’argent et du contrГґle des Г©nergies, l’injuste rГ©partition des richesses, et le mГ©pris inhumain de ceux qui paient les pots cassГ©s de notre mode de vie (voir le tГ©moignage poignant de l’Г©missaire des pays Africains sous-dГ©veloppГ©s dГ©noncant cette В« mascarade В» au beau milieu d’un ocГ©an de bien-pensance auto-satisfaite)… en attendant que nous les payons nous-mГЄmes enfin dans un futur qui semble de plus en plus proche.

Nous avons beaucoup posГ© dans les pages de Cinethinktank la question du sens. Le tГ©moignage du sommet de Copenhague, en tant qu’Г©vГЁnement faisant sens, oblige Г constater la supГ©rioritГ© du rГ©el sur le potentiel, d’aujourd’hui sur demain, de maintenant sur aprГЁs. AprГЁs quoi ? AprГЁs moi, le dГ©luge ? En dГ©montrant ainsi notre incapacitГ© totale Г s’accorder pour prГ©voir, nous nous ravalons au rang des animaux de notre monde, Г celui de la bГЄte dans la satisfaction de nos (faux) besoins et dГ©sirs immГ©diats et perdons ainsi ce qui fait notre humanitГ© : l’empathie. Empathie pour autrui ici et ailleurs, pour autrui demain. Au lieu de prГ©voir et tenter d’Г©difier un monde meilleur, nous prГ©fГ©rons le caractГЁre destructeur de celui d’aujourd’hui, bien plus enviable suivant notre position occidentale.

Au delГ d’une crise Г©conomique, il s’agit vГ©ritablement d’une crise globale de ce qu’est В« ГЄtre humain В» qui Г©treint nos consciences. Alors comment blГўmer ceux qui font de l’apocalyspe le seul Г©vГ©nement capable de faire sens dans une sociГ©tГ© vГ©rouillГ©e et gangrenГ©e courant Г sa ruine. AprГЁs Le Jour d’aprГЁs , Roland Emmerich nous offre 2012 ,В pot-pourri mondialisГ© de traditions millГ©naristes Г la sauce new-age. On constate encore une fois qu’Hollywwod est Г la pointe de la comprГ©hension des ressorts sociaux, accompagnant par l’image du dГ©sastre la pensГ©e de plus en plus partagГ©e de ceux qui en viennent Г vouloir que le monde s’Г©croule pour lui permettre de changer, et peut-ГЄtre faire Г©merger l’homme nouveau (s’il survit ?), responsable, conscient des erreurs du passГ©, tout en Г©tant tournГ© vers l’avenir (incroyable d’ailleurs qu’Hollywood soit capable de mettre en scГЁne sa propre disparition sans y voir le moindre sens, Г moins d’admettre que la machine n’ait pas de conducteur, Г l’image du capitalisme qu’il promeut ? cfВ Le Capitalisme est-il moral ? d’AndrГ© Comte-Sponville)

Comme l’Г©crit si bien Manuel Rodriguez Rivero dans El Pais : В« ObscuritГ© et peur, en dГ©finitive, sont le reflet de l’absence d’espoir. [...] Peut-ГЄtre avons-nous besoin d’organiser notre pessimisme en force ? В». Entre animalitГ© et catastrophisme, je vous souhaite, en 2010, l’espoir d’aller vers le meilleur, et la force, chacun Г son Г©chelle, de le rГ©aliser.

Fresque commГ©morant la trГЄve des gangs aprГЁs les Г©meutes de 1992

Le récent documentaire Bloods & Crips, Made in America de Stacey Peralta nous donne à voir ce qui pourrait advenir d’ici peu dans nos cités radieuses LeCorbusinennes si l’onde de choc des émeutes de Los Angeles 1992 nous parvient comme prévu avec 20 ans de décalage… soit en 2012, année de l’apocalypse de substitution pour les incroyants de l’an 2000 et autres adeptes d’eschatologie aztèque. (Enfin le grand soir, décongelez Arlette !).

Made in America retrace la déliquescence du ghetto angelino sur trois générations et permet de replacer les choses dans leur contexte et de mieux comprendre un phénomène qui va bien au delà des hymnes gangsta-rap et de la culture du low-ride qui ont dument contribué à mythifier la culture des gangs de LA et à l’inscrire dans l’imaginaire collectif.

On y rappelle avec intérêt que, jusqu’aux années 60, les émeutes raciales américaines ou ce que l’on entendait jusqu’ici par là , n’étaient pas le fait de jeunes noirs passant leurs frustrations d’unter-prolétaires victimisés sur d’innocents blancs des banlieues résidentielles, mais bien le contraire, à savoir les razzia nocturnes de jeunes caucasiens en goguette sur les faubourgs noirs. Époque sortie de la mémoire collective, de laquelle ont récemment ressurgi quelques images oubliées, prises pendant les émeutes raciales de Saint Louis, Illinois qui en 1917 avaient entraîné la mort de près de cent personnes (« afro-américaines », nda).

Alors que les sixties avaient fait souffler sur les ghettos noirs l’espoir d’un renouveau du pacte socio-racial qui libérerait les forces vives du rêve américano-luthérien des entraves de la mémoire esclavagiste, les militants du pouvoir des fleurs ont vite été rattrapés par la réalité et ont vu la fin de leur rêve d’harmonie se briser sous les coups de queues de billard des Hells Angels à Altamont, au son de Sympathy for the Devil (revoir Gimme Shelter ). Les afro-américains ont quant à eux vu la fin de leur rêve de terre promise entrevue au-delà des collines d’Hollywood par le Pasteur humaniste s’écrouler lourdement sur le balcon d’un motel anonyme du Tennessee (pas de vidéo de l’incident).

Une à une, les cibles du programme CointelPro (pour Counter Intelligence Program) du Bureau Fédéral d’Enquête, ont disparu plus ou moins anonymement du paysage médiatique à coup de méthodes barbouzardes d’une efficacité redoutable (relire Ellroy). Martin Luther, Malcom X, Huey P. Newton et leurs supporters ont eu droit au meilleur des techniques de contre-insurrection réservées aux ennemis de la nation (et plus particulièrement aux ennemis de J.Edgar Hoover) et ont été victimes de chantage, discrédités, écoutés, camés, retournés, traqués et si besoin refroidis.

Sur les ruines encore fumantes du Mouvement des Droits Civiques et du Parti des Panthères Noires, dont les fantômes militants hantaient encore les esprits, les enfants des Black Panthers, exclus des Boys Scouts of America et du rêve américain ont commencé à se regrouper en « clubs » qui se sont révélés vecteurs d’une nouvelle identité moins victimaire – mais d’autant plus victimisante pour les clubs adverses. Le processus de dégradation progressive qui fait qu’on est vite passé des poings aux armes de poing, puis aux fusils d’assaut, n’aura fait que s’accélérer après l’apparition du crack et de ses ravages à mesure que les territoires des factions bleues et rouges morcelaient l’inner-city plus sûrement que des barbelés sur la prairie. La politique d’incarcération massive et privatisée entamée sous Bush Sr., et poursuivie sous Clinton, a achevé de briser ce qui restait de normalité dans le paysage apocalyptique de guérilla urbaine qui est le quotidien des soldats urbains, et a définitivement tué le suburbian dream des membres des anciens « clubs » pour lesquels la contestation politique n’est depuis bien longtemps plus à l’ordre du jour, les promesses de rénovation urbaine faites au sortir des émeutes de 92 s’étant rapidement révélées illusoires.

Les émeutes « Rodney King » de 1992 ont poussé la logique insurectionnello- révolutionnaire de Watts 1967 à un paroxysme que d’aucun pourraient qualifier de « progressiste » en propageant pour la première fois le feu de la contestation jusqu’aux portes des quartiers résidentiels. Le progrès était net depuis St Louis 1917 et les émeutiers offrirent pendant plusieurs jours une résistance prometteuse aux cadets de la garde nationale perdus dans la ville noire. Cela étant dit, on devrait à mon sens s’efforcer de considérer avec une bienveillance toute positive le fait que les jeunes peuplant nos cités hexagonales aient l’intelligence, dans leur combat contre les forces de l’ordre, de recourir à des tactiques de guérilla plus évoluées que les marches silencieuses ou les randonnées militantes en mobylette à travers la France (souvenons nous de la Marche des Beurs) et se soient récemment mis aux embuscades concertées et au tir à l’arme de guerre (bien qu’avec parcimonie, leur usage étant plus adapté aux braquages qu’aux luttes d’émancipation prolétaro-immigrées.)

( Pour en finir avec le jeune de banlieue , extrait)

Force est de constater qu’une appropriation approximative des concepts Г©thГ©rГ©s (ГЄtre et avoir – combienВ ?) infusГ©s dans nos Г©coles aux petits Nicolas et Farid, du cours moyen jusqu’aux classes prГ©paratoires, est l’un des signes discriminants permettant l’écrГ©mage social Г tous les Г©tages du processus de la centrifugeuse Г©tatique, etВ pratiquГ© avec la caution de l’évaluation scientifique (« d’essence rГ©publicaine » diront certains).

Les chances sont Г©gales, mais pour transposer le fameux mot d’Orwell dans la France de 2009В : dans la ferme hexagonale, certains sont plus Г©gaux que d’autres ! Au-dessus du marigot social des couches prГ©cipitГ©es de la France d’en Bas, c’est entendu, ne resteront que les meilleurs du lot. Les sigles Г©sotГ©riques pour le profane gravГ©s sous leurs enluminures dans le bottin mondain, parlent d’eux-mГЄmes aux initiГ©s et garantissent une conformitГ© ISO-Г©ducative parfaite aux attentes du clan dominant. X (dГ©clinГ© en Ponts, Mines et autres / ENA / Sciences Po – Paris). Cette triplette d’établissements de renom, avec son quarteron deВ spГ©cialitГ©s Г la carte, offre un nombre quasi infini de combinaisons possibles, toutes Г©galement synonymes de rГ©ussite. EloignГ©s des plus grands prГ©dateurs que sont la pauvretГ©, l’exclusion et leur Г -cГґtГ©s usuels (systГЁme D – criminalitГ© en col bleu), le jeune de centre-ville (nous l’appellerons ainsi par opposition au jeune de banlieue) est – statistiquement – assurГ© de traverser sans encombre le fleuve d’une vie aussi lisse que l’ocГ©an circulaire et pГ©trifiГ© des bassins du jardin du Luxembourg, signes d’un ordre ayant mieux rГ©sistГ© au temps que le Reich millГ©nariste d’un funeste caporal autrichien.

Là où le gamin des faubourgs rêverait de laisser filer le dernier modèle de vedette télécommandée, on constate que les enfants de ce microcosme doré prennent un plaisir tout snob à s’inscrire dans la tradition de leurs aïeux en recyclant un modèle réduit de voilier aux lignes épurées hérité de génération en génération. Eh bien oui, vous dirais-je, quand on peut aller naviguer des îles anglo-normandes au Cap Nègre sur un vrai voilier, que n’a-t-on à faire de l’esbroufe ! Il en va de même des adeptes de « tunning » qui, gageons-le, s’ils pouvaient se payer une Bentley, ne verraient pas l’utilité d’y rajouter des néons bleus (quoique, me direz-vous).

Le « jeuneВ В» de banlieue – qui sera vieux avant que l’on ait fini de l’appeler ainsi – n’aura lui qu’une chance rГ©siduelle de s’affranchir des obstacles qui l’attendent au travers des rouages du moloch Г©ducatifВ (que d’aucun ont qualifiГ© de Mammouth – l’image Г©tant, il est vrai, plus accommodante pour les syndicats d’enseignants qui vivent – littГ©ralement – sur la bГЄte) et de son gymkhana intellectuel pour bГЄtes Г concours. Sans conscience Г©co-Г©ducative particuliГЁre, et en dГ©pit d’un zonage acadГ©mique prГ©cisГ©ment pensГ© pour favoriser la mixitГ© sociale – mais auquel il est aussi facile de se soustraire que d’acheter une barrette de « shitВ В» Г la Courneuve – l’éducation nationale rejette de son mГ©canisme de tri infernal et saisonnier, les items mal calibrГ©s, et, sauf exceptions confirmant utilementВ la rГЁgle, s’oppose mГ©caniquement Г toute rГ©gularisation ex-post dans le cirque social.В

Certains portent la marque ENA ou HEC en bandouillère, les autres portent les stigmates des SES et de leur ZUP et ZAC en cartouchière, se les appropriant pour en faire autant de signes de leur rejet de l’ordre ségrégatoire qui les confine aux aléas de la pression périphérique et préserve la stratification jurassique du grand corps social malade. J’en veux pour preuve exemple la multiplication des panoplies communautaristes associant t-shirt « truand 2 la galère » et casquette « reuf de tess ». Notre jeune Français (qu’il y mette des guillemets ou non) aura compris, aussi sûrement qu’un cadet de notre future élite en math-sup à Louis le Grand, que la vie est une lutte, une compétition. Il en constate plus que d’autres dans son quartier, sa cité, sa banlieue, son ghetto, l’amère réalité.

To be continued…

Encore un poГЁme pour conjurer l’ГЁre du temps

quelques mots qui sГЁment tout simplement

la douceur, la franchise, le sens et l’Г©motion,

la colГЁre authentique qui ne vise aucun pardon

tous ces sentiments interdits dans le rГ©el froid

celui que nous opposent les prГЄtres de la nouvelle foi

la religion de l’argent, la compassion comme faiblesse,

elle n’appartient qu’aux perdants cette sombre tristesse

de la mauvaise direction, de ces basses actions,

de la terrible absence, meurtre par omission В

ou par indiffГ©rence. J’ai froid. Mal Г la conscience.

Comme tant d’entre nous, je ne reconnais pas,

je ne me reconnais plus, dans tant de dГ©fiance

Г l’Г©gard de l’humain et de ses espГ©rances

Chaque jour plus de mГ©pris, chaque jour plus de poids,

Comme autant de dГ©fis, Г notre intelligence.

La vГ©ritГ© sciemment brouillГ©e, maltraitГ©e, tiraillГ©e,

battue en brГЁche par le mensonge d’Г©tat

Г en perdre la raison non ? (silence)

le double discours de ceux qui se permettent tout,

les Lefebvre les Besson, balanГ§ons donc des noms

cet immonde ragoГ»t dans lequel la fange bout.

Г” non Messieurs, la peur n’est pas chez nous

Mais bel et bien dans ce qui vous sert de cЕ“ur.

Veuillez donc chercher d’abord en vous l’erreur

avant de nous amener tГЄte baissГ©e dans le piГЁge

du repli, du petit. Vous n’y perdrez pas votre siГЁge

peut-ГЄtre mГЄme en sortirez-vous grandi

AprГЁs tout, l’impossibleВ prend vie

lorsqu’il Г©mane de votre bouche !

Assumez vos erreurs, ne bottez pas en touche

Et un soir enfin, face Г votre glace

prononcez ce mot honni : « Autrui » en face

Peut-ГЄtre alors vous commencerez

Г nous ressembler, nous les gens du commun

les gens du quotidien, les humains,

ceux qui tentent jour aprГЁs jour

d’insuffler quelque espoir, quelques gouttes d’amour

pour aller vers demain sans arriГЁre-pensГ©es

avec la spontanГ©itГ©, le rГЄve bien accrochГ©

d’un monde meilleur ici, ailleurs.

Il n’appartient qu’Г ceux-lГ l’univers de demain

agitateurs de Toile, arpenteurs de scГЁnes

acteurs de nos propres vies, la faim

chevillГ©e au corps d’avaler les peines

surmonter les obstacles et progresser toujours.

N’est-ce donc pas naГЇf un simple poГЁme

ou n’est-ce pas l’essence de notre diffГ©rence ?

SemГ©s, les mots s’aiment, ils vous aiment.

ExtГ©rieur nuit / Plan large

Il fait froid et le vent souffle depuis la côte. Un sifflement perpétuel entre les arbres sous lesquels se situe le campement. Quelques tentes éparses faites de bric et de broc, un sol jonché de détritus. Quelques braseros dispensent une chaleur qui semble bien insuffisante aux hommes affaiblis qui l’entourent, jeunes pour la plupart. L’ombre des flammes éclaire à peine les habits, les corps meurtris et les visages sombres déjà irrémédiablement marqués par une vie de souffrance. Des bribes de dialogues inintelligibles, quelques longs soupirs et des cris au loin dont personne ne se soucie habitent la nuit, portés deçà delà par le vent.

Travelling avant

La caméra suit le dos d’un homme qui quitte la chaleur des flammes pour l’une des tentes informes. Lorsqu’il y pénètre, l’odeur ne traverse pas l’image mais l’homme marque un mouvement de recul dont on perçoit clairement la cause. Au fond, on distingue à peine une forme enfouie sous les couvertures sales, à même le sol. L’homme s’adresse à la forme en Afghan : « Comment te sens-tu ? ». La forme d’abord immobile s’anime quelque peu et une tête au teint olivâtre, les cheveux en bataille, émerge après quelques instants du fatras de couvertures et de vêtements. « Mal » répond-il dans la même langue. « J’ai de la fièvre » ajoute-t-il d’une voix à peine plus assurée. « Je vais te faire chauffer un peu d’eau, tu iras mieux » dit le premier homme, farfouillant dans un sac de supermarché à la recherche d’une tasse qu’il finit par trouver.

Noir

IntГ©rieur tente quelques instants aprГЁs

L’homme est accroupi, une tasse fumante à la main qu’il tend à l’autre homme allongé. Un bras tremblant sort des couvertures pour s’en emparer. « Merci » « On m’a prêté du thé, tu vas voir comme c’est bon » tente t-il d’une voix faussement enjouée où perce la fatigue des batailles insignifiantes mille fois répétées. « Merci » répète l’autre. Un long silence s’installe entre les deux hommes, seulement rythmé par les voix atténuées du dehors et les aspirations maladroites du malade pour avaler le liquide brûlant. Une question brise soudain ce silence: « Que fais-tu demain ? » « Demain ? » répond le malade. « Oui demain. Ils ont dit qu’ils allaient nous faire partir » « Partir où ? » « On est déjà nulle part » « Alors ? » « Je pense pas à demain. Parce que demain c’est loin »*

ExtГ©rieur jour / Plan large sur un paysage bucolique

On perçoit d’abord le toit des multiples tentes blanches immaculées, puis l’agitation qui règne au dessous. Le tintement des verres qui s’entrechoquent, le bruit de la musique et les éclats de voix et de rires qui meublent l’espace baignent cette douce après-midi de fin d’été.

Travelling avant en plongГ©e

Sous les tentes, les hommes et les femmes « bien comme il faut » en tenue décontractée et bras de chemise se saluent et s’embrassent, échangent sourires et clins-d’œil. L’atmosphère est décidément à la fête aujourd’hui. La journée a été longue. Sous l’influence de la bonne chère et des boissons, et grâce à la réconfortante certitude d’être entre amis, les langues se délient. On cogite, on ingurgite, on s’agite. On parle fort, on a le verbe haut, soudain. On est tellement bien entre nous.

Plan rapproché sur un homme au crâne luisant et l’œil torve

Il a l’air important. Un cercle de personnes l’entoure et suit le moindre de ses mouvements, s’attache au moindre de ses pas. La ronde des courtisans. Car c’est du ministre de l’Intérieur qu’il s’agit. Ce n’est quand même pas n’importe qui. C’est la république ! Alors on l’encercle, on le marque à la trace, on cherche un regard, une complicité, on guette une approbation, on assaille d’amabilité. La caméra suit cette sarabande effrénée. On le félicite : « Objectif tenu ! » « Rendez-vous compte ! 24000 ! Ca fait beaucoup » « 24000 ? Vous êtes sûr ? » « C’est dire s’ils sont nombreux » « Heureusement que vous êtes là  »

La camГ©ra tourne autour du cercle en plan amГ©ricain, saisissant les visages et le langage des corps

« M. le ministre, laissez nous vous présenter quelqu’un » demande un courtisan. « Ah ça, Amin, c’est l’intégration » entonne un autre. « Il est beaucoup plus grand que nous en plus » [à propos du jeune homme] s’étonne le Ministre. « Lui, il parle arabe » dit encore un participant. (Rires de l’assemblée) « Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés » répond l’ami du Ministre au jeune homme. « Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière » dit une participante, toute fière de sa trouvaille. « Il ne correspond pas du tout au prototype » rajoute le Ministre, encore surpris. (A nouveau rires de l’assemblée) « C’est notre petit arabe… » rajoute la participante. « Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Allez, bon courage…» salue le Ministre.

*Petit emprunt à l’album L’Ecole du Micro d’Argent (1996) d’IAM

Open letter of support to the demonstrators in Iran

Friday 19 June 2009

This morning Ayatollah Ali Khamenei demanded an end to the massive and forceful demonstrations protesting the controversial result of last week’s election. He argued that to make concessions to popular demands and ‘illegal’ pressure would amount to a form of ‘dictatorship’, and he warned the protestors that they, rather than the police, would be held responsible for any further violence.

Khamenei’s argument sounds familiar to anyone interested in the politics of collective action, since it appears to draw on the logic used by state authorities to oppose most of the great popular mobilisations of modern times, from 1789 in France to 1979 in Iran itself. These mobilisations took shape through a struggle to assert the principle that sovereignty rests with the people themselves, rather than with the state or its representatives. ‘No government can justly claim authority’, as South Africa’s ANC militants put it in their Freedom Charter of 1955, ‘unless it is based on the will of all the people.’

Needless to say it is up to the people of Iran to determine their own political course. Foreign observers inspired by the courage of those demonstrating in Iran this past week are nevertheless entitled to point out that a government which claims to represent the will of its people can only do so if it respects the most basic preconditions for the determination of such a will: the freedom of the people to assemble, unhindered, as an inclusive collective force; the capacity of the people, without restrictions on debate or access to information, to deliberate, decide and implement a shared course of action. Years of foreign-sponsored ‘democracy promotion’ in various parts of the world have helped to spread a well-founded scepticism about civic movements which claim some sort of direct democratic legitimacy. But the principle itself remains as clear as ever: only the people themselves can determine the value of such claims. We the undersigned call on the government of Iran to take no action that might discourage such determination.

Peter Hallward Middlesex University, UK. Alberto Toscano Goldsmiths College, UK. This letter is also signed by: Alenka Zupancic, Institute of Philosophy of the Slovenian Academy of Sciences and Arts Alexander Garcia Duttmann, Goldsmiths College Etienne Balibar, Paris X, Nanterre, and University of California, Irvine Eyal Weizman, Director, Centre for Research Architecture, Dept. of Visual Cultures Goldsmiths, University of London Judith Butler, University of California, Berkeley Noam Chomsky, Institute Professor (retired), MIT, Cambridge MA USA Philip Pettit, University Center for Human Values, Princeton University Rada Ivekovic, Prof., CollГЁge international de philosophie, Paris. Slavoj ЕЅiЕѕek, University of Ljubljana, Slovenia and the European Graduate School

Le vent de l’époque, l’air du temps,

L’ère du temps immédiat, imposant,

Qui Г trop vouloir frapper Г©chappe.

Sentez-vous les mots qui tapentВ ?

Le matraquage quotidien

Pour les objets des hommes, pour leur bien,

Pour la beautГ© des femmes, sur leur sein.

Les emplГўtres bien rГ©els du paradis artificiel,

Qui voudrait s’en détourner ?

Ils se proclament tous liberté ! Confort

Sans effort et rГ©confort de notre sort,

LibertГ© en paravent derriГЁre lequel

S’effacent nos convictions,

Enfouies si profond,

Qu’elles en sont presque oubliées.

Pas de culpabilitГ©,В Г peine un regret,

Juste un picotement,

Une fois la conscience Г©cornГ©e,

Par une image plus rГ©elle que le rГ©el.

Un rГ©veil du sommeil Г©veillГ©,

Douloureux mais pas assez

Il en faudrait bien plus

Pour nous faire changer,

La carapace Г©rodГ©e rodГ©e

Aux Г©raflures de la rГ©alitГ©

Aujourd’hui vient pour nous

A la faveur de cette crise, un

Appel d’air fou, une possible

Emprise ; ne laissons pas

Passer une telle occasion,

Qui cette fois nous rendrait

A notre propre nom. Tellement

De nons prononcГ©s pour de

Mauvaises raisons

De politique on se perd

Dans l’arctique des idГ©es

A peine Г©noncГ©es

DГ©jГ oubliГ©es, seule reste

L’image, celle qui nous permet

De tourner la page et

Accepter sans sourciller,

Que subsistent les erreursВ

D’un passГ© dГ©fait,

Histoire sans cesse réécrite,

InstrumentalisГ©e,

Par les hommes

Qui, je cite, « n’ont peur que de la vГ©rité »

Politique conjoncturelle aveugle

Au monde de ses crГ©ateurs

Qui nous prend sous son aile

Pour mieux nous faire peur.

DestinГ©e : Quelle idГ©eВ !

Espoir : il est trop tard.В

N »as tu pas vu ton monde ?

Joie : rГ©jouis-toi,

Il ne te reste que cela,

L’unique rГ©signation Г livrer

Aux gГ©nГ©rations

(Mais comment les nommer ?)

Qui viendront succГ©der.

Assez de ce discours,

Qui nous enterre vivants.

Il y en aura toujours,

De niais gouvernants,

Faisant croire Г la chute,

Dans leur pleine ascension.

Tant qu’il est encore temps,

Ranimons donc les braises

De ce que furent nos rГЄves

Paradoxe de ce monde irrГ©el

Qui a rendu nos songes

Aussi lГ©gitimes que l’illusion

Qu’il produit. Quelques

Changements infimes, un peu de

Chacun, suffit. Un oui

Au possible, une ombre qui sourit

Un bonheur Г©ligible,

Une responsabilitГ©,

AnimГ©e par le sens,

Par l’incroyable idГ©e,

Qu’en autrui est ma chance

"The revolution will not be televised"

« La crise…la crise !В В» comme un leitmotiv lancinant, une omniprГ©sence mГ©diatique, une rГ©alitГ© qui touche, frappe, suinte et s’infiltre dans les cЕ“urs. Une rГ©alitГ© qui marque les corps. Bien sГ»r on lit et on dit (avec raison comme on en a dГ©jГ parlГ©) que tout cela Г©tait prГ©visible, que la situation « à termeВ В» (!) n’Г©tait pas tenable. Notons au passage le silence Г©crasant de culpabilitГ© ou la volte-face mesquine et contingente des anciens tenants de la doxa libГ©rale, dirigeants actuels en tГЄte. Chacun d’entre nous est saisi aujourd’hui, Г plus ou moindre Г©chelle, par le fait que cette crise n’est pas simplement une crise Г©conomique mais une crise de sociГ©tГ©, non pas une crise mondiale mais une crise universelle. Surtout, en vГ©ritГ©, une crise non pas des institutions, mais une crise des valeurs qui ont gГ©nГ©rГ© ces institutions ou parfois leur coupable absence.

Aussi, il est aujourd’hui facile de dГ©signer un bouc Г©missaire, suivant la thГ©orie exposГ©e par RenГ© Girard, et dont le mГ©canisme mis en lumiГЁre par ce dernier (notamment dans son livre Le Bouc Emissaire (1982)) permet ainsi la rГ©gulation sociale (sommairement dans cet ordreВ : crise – dГ©signation arbitraire du coupable – exГ©cution symbolique ou rГ©elle du coupable – expulsion de la tension sociale – retour Г la normale). Mais si les abus de certains dirigeants et cadres de la finance, Г©videmment condamnables, monopolisent actuellement l’attention (on voit bien toute la tension autour de l’obligation ou non d’encadrer la rГ©munГ©ration des dirigeants), il n’en reste pas moins que la solution apportГ©e Г cette question, qu’elle soit politique, morale ou juridique, n’a pas vocation Г rГ©soudre fondamentalement les problГЁmes soulevГ©s par la situation actuelle.

Cet exemple du patronat, vu comme une institution, nous oblige Г questionner les valeurs qui ont autorisГ© voire encouragГ© son comportement dГ©viant, coupable et responsable, oui. Bouc-Г©missaire, certainement pas. On ne peut donc plus penser la sociГ©tГ© et son Г©volution en termes « relatifsВ В» comme c’est le cas aujourd’hui. On entend systГ©matiquement, par les plus grandes instances, l’annonce « du dГ©but de la repriseВ В» pour 2010… ce qui signifie le redГ©marrage du systГЁme Г l’identique hormis quelques corrections considГ©rГ©es comme inГ©vitables (parce que dГ©sormais lГ©gitimes, ironie du discours!)В mais tellement trop modestes. C’est comme si votre PC avait attrapГ© un virus qui l’empГЄche de fonctionner et que vous vous contentiez de rallumer votre ordinateur en changeant le mot de passe… ridicule non ?

Car la situation exige une remise en cause bien plus radicale du point de vue de la posture intellectuelle. J’ai lu il y a peu dans un grand hebdomadaire FranГ§ais que les Г©conomistes (et oui… on redГ©couvre que l’Г©conomie n’est pas une science !) et autres penseurs technocratiques Г©taient aujourd’hui Г©trangement absents des dГ©bats, car les outils qui leur permettaient si sГ»rement et sereinement de prГ©voir le fonctionnement du systГЁme Г©taient dГ©sormais caduques, faisant apparaГ®tre de maniГЁre Г©clatante leur incapacitГ© d’en crГ©er de nouveauxВ capables d’apprГ©hender la situation actuelle.

Nos politiques, Г gauche comme Г droite Г©galement, s’agitent dans le court-termisme, eux qui ont oubliГ© la question du sens et de la finalitГ© depuis bien trop longtemps. Effectivement, chacun en conviendra, il faut avant tout Г©viter que la situation dГ©jГ catastrophique ne devienne irrГ©mГ©diable. Mais en mГЄme temps, pourquoi ? On constate dans quasiment toute l’histoire de l’humanitГ© (de la chute de Rome Г la crГ©ation des Etats-Unis) que les puissances gouvernantes n’ont rГ©ussi Г Г©voluer qu’au travers de crises majeures qui ont menacГ© jusqu’Г leur survie. Pour polГ©miquer quelque peu, ne devient-il pas alors souhaitable de dГ©sirer une chute Г la hauteur de la prise de conscience et des actions qu’elle gГ©nГ©rera ensuite ?

Celle que nous vivons est-elle « suffisanteВ В» pour permettre un retour des valeurs (et donc des institutions et des comportements) qui accordent Г l’homme la premiГЁre place (et non Г l’Г©conomie, avec toutes les consГ©quences que cela implique en matiГЁre de rГ©partition des richesses, de protection sociale et d’Г©quitГ©) ? Celles Г©galement qui placent le sort des gГ©nГ©rations futures (et non le credo individualo-hГ©doniste des 40 derniГЁres annГ©es) comme prioritaire ? Celles qui placent l’harmonie de l’homme et de son environnement (et non l’exploitation irrГ©flГ©chie de ressources limitГ©es)В au premier plan ?

Chacun constate que cette prise de conscience tarde Г se manifester, et que l’on ne se dГ©fait pas aussi facilement de valeurs si bien inculquГ©es par de si puissantes instances (la publicitГ©, le politique etc..) et ce depuis si longtemps. A tel point qu’il est largement possible de douter de la possibilitГ© du changement espГ©rГ©, tantВ l’inertie et le laisser-faire qui ont conduit Г la situation actuelle perdurent, tant les tenants du pouvoir en place s’y accrochent au nom d’une lГ©gitimitГ© qui n’en a plus que le nom.В Cependant, ce refus Г©goГЇste, ou cette absence de remise en cause ne passent pas inaperГ§us aux yeux des « gens du commun » que nous sommes, ce qui se traduitВ donc en pratique par la montГ©e des tensions sociales (de la sГ©questration des dirigeants d’entreprises par les salariГ©s Г l’augmentation spectaculaire de la participation aux diverses manifestations publiques…). La lГ©gitimitГ© des institutionsВ se transfГЁre aujourd’hui, maintenant, au profit de la lГ©gitimitГ© duВ ressenti populaire. Il ne s’agit pas de populisme cette fois, surfant sur le mal-ГЄtre du corps social, mais bien de la priseВ enВ compte de la vГ©ritГ© du vГ©cu et de la perception du monde. On parle mГЄme de la grande peur au sommet d’une agrГ©gation des revendications qui pourrait mener Г … Ah, Histoire… quand tu te rГ©pГЁtes sans que jamais les hommes ne tirent la leГ§on. Faudra t-il que l’on meure encore une fois pour comprendre ?

Alors Г nous de se battre, Г nous d’aider Г imposer ces questions primordiales dans l’ordre du jour de notre sociГ©tГ©, Г nous de leur faire retrouver le rang qu’elles n’auraient jamais du quitter, Г nous encore de se battre pour nous car personne d’autre ne le fera, mais surtout pour les autres, pour tous ceux qui ne le peuvent pas pour tant de raisons, Г nous d’utiliser nos mots, nos bras, nos tГЄtes, nos corps et nos tripes. A nous de se battre encore, encore plus, pour pouvoir dire un jour aux gГ©nГ©rations futures : « Vois, nous te laissons un monde meilleur.В В»

Hollywood vient de consacrer lors de la cГ©rГ©monie des Oscars la victoire Г©crasante de Danny Boyle (pas moins de 6 rГ©compenses) avec le film Slumdog Millionnaire . Cette victoire est significative Г plus d’un titre. En dehors de toute apprГ©ciation de la valeur artistique du film, elle entГ©rine le rapprochement des deux plus grosses Г©conomies cinГ©matographiques mondiales, Hollywood et Bollywood, le premier attirГ© en ces temps de crise par le formidable marchГ© que reprГ©sente le second, et le second tout heureux d’accГ©der Г une renommГ©e enfin mondiale, monopolisГ©e jusque lГ par le premier, en dГ©pit des barriГЁres culturelles. On pourrait donc en dГ©duire un peu simplement que les Oscars de cette annГ©e ne sont encore une fois qu’В« une affaire de de gros sous В» et une opГ©ration marketing de premier plan dans une industrie mondialisГ©e. Mais au dela de la finalitГ© financiГЁre Г©vidente, que voyons-nous vraiment dans ce film ?

ObГ©issant aux canons BHollywoodiens dГ©sormais communs, on ne pouvait d’abord faire sans l’inГ©vitable happy end, devinГ© aprГЁs seulement quinze minutes, et qui marque une finalitГ© insidieusement rassurante au regard du monde plus que jamais incertain dans lequel nous vivons. Cependant, ce qui apparaГ®t par dessus tout dans cette oeuvre, et qui rassemble vraiment les deux industries, c’est la simplicitГ© et l’unilatГ©ralitГ© rГ©ductrice des personnages dans leur relation Г la vie. Le hГ©ros Jamal Malik possГЁde un double en nГ©gatif, son frГЁre. Compagnon d’infortune, ce grand frГЁre protecteur absorbe pour notre hГ©ros toute la noirceur du rГ©el Г laquelle le terrible quotidien indien les confronte. RГ©ceptacle de tout ce noir (en vГ©ritГ©, le rГ©el) jusqu’Г la mort, il permet Г Jamal de rester dans le domaine du rГЄve et d’accГ©der Г la lumiГЁre des projecteurs. Noir disparaГ®t inГ©vitablement, ne reste donc que le pur blanc. Par ce truchement (un destin, deux personnages), Danny Boyle Г©vite les Г©cueils de la description d’une personnalitГ© complexe au profit d’un personnage monolithique attachant mais dГ©connectГ© du rГ©el. En d’autres termes, il sert une vision de la vie fantasmГ©e et binaire au dГ©pens de la complexitГ© irrГ©ductible de l’existence.

Lors de cette mГЄme cГ©rГ©monie des Oscars lui Г©tait opposГ© le film de Darren Aronofoski, The Wrestler. The Wrestler, c’est d’abord l’histoire d’une vie, de la vie. Celle de Randy В« The Ram В» le catcher au bout du rouleau, celle de Mickey Rourke, l’acteur magnifique Г la vie sinusoГЇdale, celle de chacun enfin, dans les gloires et les chutes, les heurts et les peurs que nous rencontrons tous. Une vie bien plus difficile Г apprГ©hender en somme, bien plus rГ©elle. Randy s’apparente Г В« la bГЄte В» au sens le plus pur des films de Walt Disney. Un monstre physique au coeur fragile (au propre comme au figurГ©), Г l’heure du bilan. Randy n’a pas toujours fait les bons choix, et tente de les corriger avant qu’il ne soit trop tard. Randy est d’une humanitГ© bouleversante, car ni blanc ni noir mais bel et bien gris, avec des fulgurances vers une couleur ou vers l’autre, qui incarnent l’ambiguГЇtГ© fondamentale de chacune de nos actions lorsqu’elles sont rГ©alisГ©es. Randy est fort et faible du corps et du coeur, bon et mauvais dans l’esprit et le comportement. Il se bat contre des adversaires monstrueux mais c’est la vie qui l’emporte au dernier round. La vie Г la fois rude et sublime, avec les actes en suspens, le gГґut des choses inachevГ©es qui fait que notre destin nous Г©chappe.

Ni The Wrestler ni Mickey Rourke n’ont gagnГ© d’Oscar. Randy : trop humain, trop rГ©el ?

Nous sommes aujourd’hui submergГ©s par un flux d’informations bien trop vaste pour ГЄtre correctement apprГ©hendГ© par un seul homme, qui, y passerait-il tout son temps, que cela ne lui permettrait en rien d’y voir plus clair. Mais la difficultГ© se pose aussi bien du point de vue du volume que de celui du contenu. N’importe quel В« fait В» ou В« Г©vГ©nement В» (parfois mГЄme un non-Г©vГ©nement) peut faire l’objet d’interprГ©tations diamГ©tralement opposГ©es en fonction du but recherchГ©. L’essor des technologies numГ©riques dans une sociГ©tГ© libГ©rale met ce volume et cette diversitГ© Г la portГ©e de quiconque et achГЁve de plonger dans le brouillard le pauvre candidat Г la vГ©ritГ©.

Si l’on peut se rГ©jouir de l’Г©mergence d’une telle diversitГ© (encore que cela doive ГЄtre relativisГ© Г l’image de l’accГЁs Г internet en Chine) qui favoriserait le postulat selon lequel plus d’information = plus de rГ©flexion = plus de libertГ©, on occulte pour autant une des consГ©quences les plus dramatiques de cette prolifГ©ration : le relativisme. Le premier et naturel rГ©flexe de l’esprit saturГ© face Г une somme d’information qu’il ne peut analyser en mГЄme temps est en effet de les mettre toutes Г Г©gale distance afin de se protГ©ger. Dans ce processus, vГ©ritГ©s et mensonges, informations authentiques et propagande se retrouvent mГЄlГ©s sur un pied d’Г©galitГ©, tenues en respect Г la mГЄme distance du cerveau qu’elles cherchent Г atteindre.

Slavoj Zizek s’interrogeait d’ailleurs sur le cГґtГ© dГ©mocratique d’une telle approche. Est-ce en effet dГ©mocratique d’accorder la mГЄme valeur d’expression Г un groupuscule d’extreme droite qu’Г un parti rГ©publicain par exemple ? … et de poser la contradiction entre libГ©ralisme et dГ©mocratie. AprГЁs cette mise Г distance, la recherche du vrai impose ensuite un travail de re-hiГ©rarchisation des informations extrГЄmement difficile oГ№ les probabilitГ©s d’erreur sont multipliГ©es.

Le temps que nous pouvons raisonnablement consacrer Г cette tГўche Г©tant le plus souvent limitГ©, il se produit que nous ne parvenons pas la plupart du temps Г une interprГ©tation des faits comme fruit de notre analyse, mais bien Г une opinion aussi inverifiГ©e et instable que celle que nous combattons dans nos discussions.

Alors aujourd’hui, Г l’exemple du conflit israГ©lo-palestinien, c’est un vГ©ritable cri d’indignation et de colГЁre contre ceux qui font leur miel de ce relativisme, qui sciemment le promeuvent (ne parlons mГЄme pas des imbГ©ciles qui reprennent les arguments tous faits !), qui s’acharnent encore Г diminuer la portГ©e de ces actes barbares que nous voyons (et encore si peu !) chaque jour Г la tГ©lГ©vision. Une colГЁre contre ceux qui, devant les morts enterrГ©s deux par deux faute de place, devant la proportion inhumaine de femmes et d’enfants touchГ©s, devant le manque de soins dans cette prison Г ciel ouvert, ne pensent qu’a dire В« c’est la faute du Hamas, ils mettent les enfants en premiГЁre ligne В», ou encore В« et qui pense aux israГ©liens victimes de roquettes ? В».

Ont-ils oubliГ©s qu’ils sont humains eux aussi ? Est-ce le petit Г©cran qui rend leur massacre supportable, voire pour certains, justifiГ©s ? Je suis scandalisГ© des commentaires que l’on peut trouver sur les titres des plus grands quotidiens franГ§ais et internationaux comme Le Monde par exemple. Ces lecteurs n’ont de lecteurs que le nom et dissimulent leur vГ©ritables identitГ©s sous des pseudos trompeurs, masques derriГЁre lesquels ils peuvent assГ©ner les contre-veritГ©s les plus inhumaines sous le coup d’une feinte indignation de В« gens du commun В».

Je voudrais demander de maniГЁre gГ©nГ©rale la publication des identitГ©s de ceux qui se cachent derriГЁre ces pseudos. De la mГЄme maniГЁre qu’un journaliste signe son article, qu’ils aient le courage de leur propagande. Peut-ГЄtre l’intervention d’un modГ©rateur plus efficace sur ces commentaires est Г©galement souhaitable.

De la mГЄme maniГЁre que la puce s’accroche Г son hГґte de maniГЁre illГ©gitime, le commentateur s’accroche Г l’article sur lequel se greffe sa rГ©flexion sommaire et biaisГ©e, lui pompant toute Г©nergie et toute force. Tout le travail de recherche et de construction du journaliste ou de l’Г©crivain se trouve aujourd’hui rГ©duit Г nГ©ant par le commentaire propagandiste des aveugles au sort de cette population civile (CIVILE !) qui meurt Г petit feu de notre indiffГ©rence savamment entretenue.

Comme le disait aujourd’hui dans un article magnifique (et non encore polluГ©) Nomika Zion, israГ©lienne et membre de l’association Kol-Aher (Une autre voix) : В« Une tonne de plomb durci me pГЁse sur le cЕ“ur, et cela, il ne peut le contenir В».

http://www.lemonde.fr/la-guerre-de-gaza/article/2009/01/13/a-sderot-cette-guerre-ne-m-aura-offert-ni-calme-ni-securite-par-nomika-zion_1141408_1137859.html

Gaza. 287 morts. Images d’un empilement de corps Г peine recouverts d’un drap ensanglantГ©.

Gaza. 287 morts. Images de bousculades Г l’hГґpital, d’enfants blessГ©s, inconscients ou morts. Leurs mГЁres pleurent et pleureront. Leurs pГЁres pleurent et dГ©sespГ©reront. Leurs frГЁres pleurent et se vengeront.

Gaza. 287 morts. Une personne Г cГґtГ© de moi me ditВ : « Je n’arrive pas ГЄtre Г©mu, Г§a ne me touche pasВ В». QuoiВ ?! Des morts, une injustice, la fatalitГ© et ne pas ГЄtre touché !! Qui est ce monstre d’Г©goГЇsme ? PassГ©es ces quelques secondes de rГ©flexes bien-pensants, une question Г moi-mГЄmeВ : que ressens-tu vraimentВ ? Je l’avoue, une Г©motion d’habitude, un brin artificielle. Le journal TV est informatif et non pas Г©motif. L’Г©motion ne peut naГ®tre en 30 secondes. Il faut connaГ®tre pour ГЄtre touchГ©. Ces hommes, femmes, enfants morts ou blessГ©s sont des corps sans vie, de la chaire ensanglantГ©e. Je ne connais pas ces gens, je ne connais pas ce pays, l’Г©motion est difficile. C’est une information, point. De cette information peut naГ®tre une rГ©flexion, une colГЁre, une action, un engagement.

Un film, un documentaire, un livre permettent enfin de ressentir l’Г©motion, la colГЁre d’un tel Г©vГ©nement. On aurait connu chacune de ces personnes, ce pays. Le bombardement israГ©lien, tuant certains, nous aurait touchГ©. L’art peut Г©mouvoir, scandaliser, car le lecteur, le spectateur se met « à la place deВ В», il est dans l’empathie.

La vraie Г©motion est rare, prГ©cieuse, n’en abusons pas. Les journaux TV jouent avec l’Г©motion en permanence mais Г en mettre partout, on la vide de sa beautГ©, de sa substance et surtout on annihile son principe actif. A l’image de quelqu’un d’Г©motif, paralysГ© devant chaque obstacle, une sociГ©tГ© qui vit dans l’Г©motion permanente se condamne au conservatisme, Г l’immobilisme.

Si l’Г©motion Г©tait sincГЁre, comment 10 millions de tГ©lГ©spectateurs pourraient tranquillement aller dГ®ner aprГЁs: Gaza. 287 morts ?

Augustin B.

Comme ils nous regardent derriГЁre l'Г©cran...

En cette pГ©riode de fГЄtes, un petit coup de gueule, une saine colГЁre, contre ce qu’on nous inflige chaque annГ©e Г la mГЄme pГ©riode. A titre d’exemple, allumons la tГ©lГ© ce dimanche. TF1 propose Г 20h50 (enfin 21H aprГЁs les 10mn de publicitГ© bonus qui ne sont pas prГЄtes de s’arrГЄter grГўce Г la nouvelle loi) Les bronzГ©s font du ski . Zappons sur la France 2 (dГ©but Г 21h05 cette fois, France 2 pire que TF1, « ouf c’est bientГґt fini ? »), et lГ , attention, tenez bien la zapette, France 2 a choisi la concurrence frontale avec Le pГЁre NoГ«l est une ordure ! Г” la bienveillante impression de ces films vus et revus chaque NoГ«l, annГ©e aprГЁs annГ©e, de maniГЁre automatique, avec les mГЄmes acteurs dans les mГЄmes rГґles, et dont chacun connaГ®t par coeur les rГ©pliques Г force de rГ©pГ©tition.

Le cГґtГ© Orwellien (encore !) dans la similitude de programmation entre les chaГ®nes, la lobotomisation dominicale assГ©nГ©e sans coup fГ©rir ne mГ©rite mГЄme plus que l’on s’y attarde tant le combat semble perdu contre les forces avides de cerveau disponibles, et dont les pouvoirs se retrouveront bientГґt renforcГ©s par l’absence de concurrence, si piГЁtre fut-elle. Comment en effet attendre du spectateur ainsi manipulГ© depuis des annГ©es qu’il se tourne spontanГ©ment vers l’approche В« qualitative В» de la tГ©lГ©vision par le service public ? Ce serait faire preuve d’un optimisme irraisonnГ©. La rГ©pГ©tition donc, Г chaque annГ©e, de cette vague d’images rassurantes et qui semblent immuables dans ce monde en perpГ©tuel changement, comme une bouГ©e pour un nageur Г la dГ©rive au milieu de nulle part. Le visage salvateur de Michel Blanc, plus moche que nous, et celui de GГ©rard Jugnot, plus mГ©chant, toute cette galerie de personnages qui, figГ©s dans leur rГґles de noГ«l semblent Г l’abri perpГ©tuel du mouvement du monde derriГЁre l’Г©cran de verre, tels des poissons dans le bocal qui s’agitent en rond alors que nous les contemplons le regard vide.

Par leur cyclique prГ©sence, ils prolongent le piГЁge en nous assurant de la fausse immobilitГ© du monde, en nous Г©vitant de penser le changement, d’intГ©grer Г notre rГ©flexion de nouveaux Г©lГ©ments, d’autres Г©lГ©ments, qui, peut-ГЄtre dans un geste fou, peut ГЄtre, nous feraient lever ce dimanche et actionner enfin le bouton В« stop В». Car cela va bien plus loin que le simple programme tГ©lГ©visГ© du dimanche soir, pourtant devenu un pilier de l’immobilisme et de l’apathie sociale, et qui prend Г l’approche des fГЄtes une tournure particuliГЁre, encore plus signifiante que d’habitude dans son absurditГ© et sa vacuitГ©. Par un acte citoyen et responsable, Г l’image du tri sГ©lectif, allions au comportement Г©co-responsable celui de tГ©lГ©-responsable.

La technologie nous offre aujourd’hui les moyens de refuser l’image de masse, l’image avilissante et abrutissante qu’on nous offre en pГўture, au profit des images cachГ©es, des images dГ©voilГ©es par le simple individu, Г l’opposГ© des images institutionnelle promues par l’establishment mГ©diatique, images Гґ combien plus Г©loquentes souvent, de la rГ©elle RГ©alitГ©. Alors jetons-les, ces programmes imposГ©s, dans l’oubli de l’Г©cran noir, et remplaГ§ons-les alors par tout ce qui nous ouvre au monde et Г sa complexitГ©, sa richesse et sa beautГ©, ce sera dГ©jГ le premier pas. Promis, j’arrГЄte le programme du dimanche soir, c’est mon premier vЕ“u pour 2009.

France, pays bГ©ni pour les Г©crivains au cinГ©ma! Beckett, Duras, Robbe Grillet, tout rГ©cemment Philippe Claudel et bientГґt Michel Houellebecq… Les exemples ne manquent pas. Bizarrerie nationale. Aucun autre pays n’accorde un tel crГ©dit Г ses Г©crivains pour faire du cinГ©ma. Ceci s’explique en partie par le fait qu’en France un Livre a toujours Г©tГ© plus sacrГ© qu’un Film. Le livre correspond mieux Г l’idГ©e qu’on se fait de l’artiste: solitaire, pauvre, travaillant nuit et jour. Le cinГ©ma est trop clinquant et trop collectif pour bien rГ©pondre au clichГ© de l’artiste. Audiard disait d’ailleurs que « si on a du gГ©nie, on ne fait pas du cinГ©ma, on Г©crit un livre ». Donc, quand un Г©crivain accepte de se tourner vers le cinГ©ma, le cinГ©ma lui fait un pont d’or, tout honorГ© Г l’idГ©e qu’un Г©crivain puisse s’intГ©resser Г lui.

Mais est-ce opportun? CinГ©aste est un mГ©tier, Г©crivain un autre. Tout part d’une question: qui fait de l’ART? l’ARTiste ou l’ARTisan?В En France, on a tranchГ©. C’est un ARTiste. Quel que soit son instrument, un pinceau, un stylo, une camГ©ra, peu importe, il s’exprime. Mais, c’est aussi un ARTisan qui maГ®trise un savoir-faire, son outil. Si on l’entend ainsi (ce qui est le cas notamment aux Etats Unis ou en Asie), il est inconcevable qu’un Г©crivain rГ©alise un film. En France, on confie une camГ©ra et des millions d’euros pour faire un film Г Michel Houellebecq (passionnant Г©crivain par ailleurs) et on va s’Г©tonner que son film soit un flop retentissant… On aurait bien fait de se demander s’il maГ®trise le cadre, la lumiГЁre… Pour faire de l’art, il faut ГЄtre artiste et artisan… L’un sans l’autre, Г de rares exceptions prГЁs, c’est pas fameux…

Grosse dГ©ception ? Il n’y a rien derriГЁre ? Eh bien non, mais toi, tu te jettes sur le premier titre polГ©mique, histoire d’avoir Г raconter cela aux autres…В AppГўté par le goГ»t du sang, visiblement… Quand tu seras « brandГ© » all over the world, tu feras moins le malin… J’ai Hollywood chewing-gum qui m’a appelГ©… (blanc) (silence) (rires) Il va nous parler une heure et demi du sГ©rieux… Oh c’est chaud, oh Г§a bloque d’un coup (soupir). Bon. Et Platon dans tout Г§a ? Et au fait Platon ? Bon… Qu’aurait-il dit en voyant cette bouteille ? Elle est extrГЄmement vide… Sarah Palin le prochain ? Non, vous m’avez tellement ennuyГ© avec cette histoire. Pas mal. Joli. Le truc sans fin.

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