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Don't stop thinking !
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Je m’appelle Pierre K. ; je suis réalisateur et j’ai honte de mon dernier film. Non pas qu’il soit raté mais je l’aurais détesté en tant que spectateur : un film propret mais sans tripes. Du mou de veau. J’en suis le premier responsable. Depuis, je rembobine sans arrêt le déroulé des événements qui m’ont amené à réaliser un film aussi éloigné de moi. À force de retourner cette histoire dans tous les sens, j’ai entrevu une réponse à La question qui me taraude : pourquoi les films au cinéma sont-ils si souvent fadasses ? Si mon échec personnel peut servir à trouver cette réponse, je n’aurai pas tout perdu.
Il faut revenir à l’origine du projet. Ce film était l’histoire d’une virée de quatre potes à Londres pour fêter les 30 ans de l’un d’entre eux. Trois jours et deux nuits de fêtes : du rire, de la drague, des confidences, des coups de nerfs, de l’alcool et partout de l’amitié. Je voulais reproduire de manière condensée tous ces moments d’amitié vécus et si mal reproduits au cinéma. J’avais tout en tête : les paroles, le ton, les engueulades, les conneries… J’avais de l’ambition, et pas la moindre : faire un film culte.
Le producteur Grégoire Canvel et sa société Moon Films étaient partants pour ce projet : film économique ; un réalisateur vaguement en vogue et un joli potentiel de succès. Il ne restait plus qu’à organiser le tour de table pour réunir le budget nécessaire. Il nous fallait : un distributeur ; une chaîne de TV ; une aide régionale ; le CNC et une Sofica (Société de financement du Cinéma). C’est précisément ici que tout s’est gâté.
Groupe M6 – 10h30.
« Notre comité a beaucoup aimé ; par contre, il faudra en faire un Very Bad Trip à la française ! Vraiment ils savent faire des comédies eux. Il faut des répliques qui claquent ! »
Département cinéma de la Région Ile-de-France – 12H15.
Nous validons. Par contre, il faudra développer la partie en France : connaître leur vie avant ; suivre leur vie à leur retour du week-end. Avec un message positif sur la région : finalement, Paris c’est mieux que Londres, vous voyez le genre ?
Centre National de la Cinématographie – 14H30.
« Le projet est intéressant, mais vous devez connaître les décrets. En l’état, votre film ne sera pas éligible à l’aide à la production. Il faudrait que les parties intérieures du film (bar, appartement) soient filmées en studio en France – on perd en réalisme mais on gagne en points de production ».
Pathé Distribution – 16h30.
« J’aime ! C’est tendance ; ça peut buzzer ! Par contre, il nous faut du casting. En l’état, c’est invendable. Vous en avez parlé à Laurent Deutsch ? »
Arte Films – 17h45.
« On ne sait pas. C’est frais mais il y des passages franchement misogynes ! Pourquoi le personnage de Julien ne se découvrirait pas homo ce week-end là ? »
Banque Populaire Images 8 (Sofica) – 18h30.
« Nous, on aime mais notre modèle de rentabilité des films, beaucoup moins. Il est formel, vous devez changer votre Climax. Il faut un rebondissement à 12 min de la fin du film »
Aide à la diversité du C.N.C. – 19h20.
« On peut vous accorder une aide à un détail près. Dans le groupe d’amis, il faut un blanc, un beur, un noir, un asiatique. »
Il est 22h, je trinque au bar avec Grégoire. Mon film est financé. Il va pouvoir se faire. Je suis heureux et pourtant, par renoncements successifs, je viens de tout perdre et ma gueule de bois n’en finit pas de durer.
Tous ces conseils, ces changements, étaient bien intentionnés mais guidés par le moins bon des conseillers : la peur de perdre son argent. La peur qui conduit au conformisme qui lui-même ne mène qu’à l’échec. J’aurais sans doute dû plus me battre. Mais après deux ans à convaincre, il arrive qu’on finisse par céder jusqu’à l’essentiel.
Demain, j’ai bien l’intention d’arrêter le mou de veau et manger enfin ce que j’aime : les tripes !
Augustin B.
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Lu sur un quart de pages du supplément télé-ciné du Nouvel obs, les pronostiques du Hollywood reporter pour le prochain festival de Cannes. L’important n’est évidemment ni le Nouvel obs , ni le Hollywood reporter , ni le festival de Cannes . L’important c’est cette liste : seule, nue, brute…
- Pedro Almodovar pour Les Etreintes brisées
- Lars Von Trier pour Antechrist
- Francis Ford Copolla pour Tetro
- Jim Jarmusch pour The Limits of control
- Jane Campion pour Bright Star
- Michael Haneke pour Le Ruban blanc
- Ken Loach pour Looking for Eric
- Alejandro Amenabar pour Agora
- Steven Soderbergh pour The Informant
- Johnny To pour Vengeances
- Les frères Coen pour Serious man
- Quentin Tarantino pour Inglorious basterds
- Christophe Honoré pour Non, ma fille
- Gaspard Noé pour Soudain le vide
- Claude Miller pour Je suis heureux que ma mère soit vivante
- Jacques Audiard pour Un Prophète
Un nom, un titre, plus ou moins énigmatique, cette liste est une promesse. Je la relis. Je me dis que la vie sera ce qu’elle sera dans les mois à venir mais il y aura au moins tous ces rendez-vous avec ces artistes devenus avec le temps des amis. À travers leurs films, nous reprendrons avec plaisir notre dialogue, nous échangerons sur la vie, le monde et notre géniale mais dérisoire condition d’humain.
Il faut voir les films de Chris Marker plutôt que de lire ce qui suit. Discours délicat tant la vision de ses films touche au personnel. Regardez ces deux vidéos, elles vous donneront, je l’espère, envie d’en voir puis savoir plus sur cet homme.
Chris Marker est un jeune homme de 87 ans. Il n’a jamais été pris en photo, il n’a jamais accordé d’interview, il travaille seul, il filme le monde, revient avec ses images, les monte, les démonte, les rapproche, les oppose et nous donne, ce qui est très rare avec un film, des morceaux de poésie d’1h30.
Ce qui me touche avec Chris Marker, c’est sa modestie. Dans ses films court une petite musique : « si tu veux faire du cinéma, vas-y. Prends une caméra légère, parcours le monde, regarde, filme, reviens et propose-nous ton regard, ta sensibilité ». C’est tellement rare qu’un réalisateur nous dise, « toi aussi tu peux ». Il faut voir La jetée .
Ce qui me touche avec Chris Marker, c’est sa modernité. Ses films cherchent toujours à casser les codes. Il rencontre un ingénieur japonais qui crée une machine qui modifie les images en fonction des fréquences du son. Il l’utilise. Il faut voir Sans soleil .
Ce qui me touche avec Chris Marker, c’est son engagement. Auprès des ouvriers, des syndicats, à Cuba, en Chine, en Sibérie. Il a crée le groupe Medvedkine qui créait des ateliers de cinéma dans les usines. Il a crée une œuvre qu’il complète, modifie depuis 30 ans sur les engagements révolutionnaires dans le monde. Il faut voir Le fond de l’air est rouge .
Ce qui me touche avec Chris Marker, c’est son intelligence sensible. Tout le long de ses films, une voix-off, intelligente mais pas cultivée. Une intelligence qui fait un détour par le cœur et qui s’y frotte et atteint donc un degré élevé de l’âme humaine. Il faut voir Le joli mai .
Ce qui me touche avec Chris Marker, c’est son amour de l’image. Il aime la caméra, la pellicule, le montage et plus que tout l’Image. Il en démontre les limites et les possibilités. Il capture des regards. Il observe et nous comprenons. Il faut voir Lettres de Sibérie .
Ce que j’aime chez Chris Marker, c’est qu’il m’a fait découvrir des territoires artistiques inconnus et qu’il m’a appris qu’en Art, rien n’a encore été fait et que tout restera toujours à faire. Il faut voir les films de Chris Marker.
Il est des événements qui dispensent de tout long commentaire tant leur signification est évidente. Il est également des idées qu’on aurait voulu avoir et concrétiser. Il est des moments où le cheminement d’une pensée aboutit à une entreprise, une action. Cet événement, cette action, cette pensée, cette entreprise est www.mymajorcompany.com . Un récent site qui propose tout simplement aux gens de financer les groupes qu’ils aiment et les aider à se lancer en leur permettant de réaliser leur premier disque et clip. En bonne logique financière, les retombées de ventes de disques, de tournée et du reste seront reversées aux internautes sur le modèle des royalties. Big Money en vue ? Mieux qu’un placement boursier, il y a, aussi ou surtout, le sentiment d’aider un artiste, de permettre la création.
Le site permet uniquement de financer de la musique. Il est évident et même sûr que ce modèle pourra se décliner pour le cinéma, le théâtre, les peintres. Dans le cas du cinéma, cela permettra dans un premier temps d’obtenir de nouveaux financements pour les films. Financements d’autant plus intéressants qu’ils se dirigeront plutôt vers de jeunes réalisateurs. Cela permettra également aux sociétés de production de faire à nouveau leur métier : fabriquer des films et non chercher à longueur de temps des financements.
Il est facile et excitant d’imaginer ensuite les possibilités de développement de ces moyens de financement : participation des internautes aux choix marketing (affiches, salles, bonus) en tant que producteurs. Ils pourraient aussi donner leurs avis par vote sur Internet sur le choix du casting, faire des remarques sur le scénario ou plus simplement (et pour laisser le réalisateur faire aussi ses choix) assister aux avants première, aller sur le tournage… Les possibilité sont nombreuses et restent à inventer.
L’intérêt de ce site réside également dans la pertinence de son analyse sociologique. Le « consommateur » de « biens » « culturels » évolue profondément. Pendant des siècles, le lecteur, le spectateur, lisait, regardait, écoutait ce qu’on lui disait de lire, regarder, écouter. L’arrivée du numérique a remis cela en cause. La facilité d’utilisation de nouveaux moyens de filmer, notamment, fait que chaque cinéphile a pu devenir réalisateur. Le goût et le désir de créer, de s’exprimer a été attisé et ne s’éteindra plus. Un état passif de pure esthète ne suffit plus. L’étape suivante ou plutôt complémentaire s’ouvre avec MyMajorCompany.
Postulat : tout changement part d’une situation jugée mauvaise qui elle-même fût le fruit d’un changement jugé à ce moment-là comme opportun (en clair, chaque idée sera, un jour, mauvaise).
La situation donc.
Un « petit » producteur déniche un jeune réalisateur. Il produit son premier film. C’est un pari. C’est un geste noble. Sans doute l’aspect le plus excitant du métier de producteur : la découverte d’un jeune talent, la naissance d’un réalisateur. Le problème est que le risque a peu de chance d’être récompensé. En cas de succès de son premier film, le réalisateur ne résistera pas aux sirènes des « grands producteurs » qui proposeront une avalanche de moyens à sa disposition et promettront la consécration. Quand on connaît la rareté d’un succès au cinéma, il paraît anormal de se faire voler la poule aux œufs d’or juste après la première ponte. Le Club des 13 dans leur livre (à lire) le martèle à longueur de pages ; leur démonstration est implacable : il faut renforcer le couple réalisateur/producteur. Le rouge de la contestation pâlit franchement lorsqu’ils apportent leurs remèdes : un peu plus d’argent du CNC pour les producteurs. Pschitt…
Comment pérenniser la relation entre un réalisateur et son producteur ?
L’idée serait donc de contractualiser la fidélité ; mettre sous contrat les réalisateurs. Un réalisateur s’engage à faire tel nombre de films pour le compte d’une société de production. Cette idée est sulfureuse car ce fut le modèle Hollywoodien tant combattu en France. Les Grands Studios avaient les acteurs et les réalisateurs sous contrat. Des carrières ont été brisées, les acteurs étaient échangés comme du bétail et le tout a nourri l’idée que la France était un eldorado qui respecte ses artistes. Je pense que ce qui ne fonctionnait pas dans le cadre d’un marché oligopolistique tels que les Grands Studios serait efficient pour le secteur atomisé des sociétés de production françaises. C’est une situation gagnant-gagnant : en cas de succès, le producteur pourra bénéficier de la notoriété de son réalisateur et en cas d’échec, le réalisateur aura la possibilité de faire un autre film, de construire son œuvre et de ne pas être définitivement lourdé (ceci constitue la peur principale des jeunes réalisateurs, ce qui les rend si frileux et académiques).
Le producteur pourra faire son vrai travail : accompagner dans le temps, rendre possible la construction de l’œuvre d’un réalisateur et récolter le fruit de ce travail.
Le réalisateur pourra faire son vrai travail : créer sans frilosité, sans peur d’être black-listé, mûrir son art, acquérir un savoir-faire.
Petit détail, cette idée est aujourd’hui hors la loi… Au nom de la sacro-sainte « politique des auteurs », les auteurs français ne peuvent pas être salariés. Mais une loi, on le sait, ça se détourne, ça se change, ça se transgresse…
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