Je veux parler de cinéma coréen


– Lee Jung-jae & Jeon Do-Yeon, The Housemaid

Au départ, j’étais parti pour écrire un long article sur le cinéma coréen, basé sur la description de trois films : The Host (2006) de Joon-ho Bong, The Chaser (2007) de Hong-jin Na et The Housemaid (2010) de Im Sang-soo. J’avais l’ambition de démontrer à quel point ces longs-métrages révèlent, par leur esthétique et par leur folie, certaines techniques dont le cinéma occidental gagnerait à s’inspirer. Pour finir, je voulais aboutir au constat que le cinéma coréen est aujourd’hui le plus excitant, le plus palpitant et le plus abouti de tous les types de cinémas (nul besoin de préciser que de nombreux autres adjectifs auraient achevé de convaincre mon potentiel lectorat).

Pourtant, ce soir face à mon écran, je n’ai pas eu le courage d’entamer une telle réflexion. Ni le courage, ni la force de me lancer dans la description des scènes d’anthologie, sublimes, de ces trois films puissants, terrifiants. Que m’arrive-t-il ? Suis-je fatigué de parler de cinéma ? Suis-je fatigué de convaincre les gens de l’intérêt de tel ou tel film ? A moins que ce ne soient d’autres choses indicibles qui occupent mon esprit, l’empêchant de se concentrer sur ce sujet cinématographique majeur ?

En écrivant (ou plutôt en essayant d’écrire), je me suis alors rendu compte que ce qui m’empêchait d’aller au bout de l’exercice (dans le salon étriqué de mon appartement parisien, il est minuit, le silence est devenu presque total), c’était la peur de voir disparaître les phrases que je m’échinerais à concocter. Je me suis senti angoissé à l’idée qu’elles se voient submergées dans la seconde, lors de leur publication sur le net, par la masse d’informations qui y circulent en permanence. Et aussi, me suis-je dit, à quoi bon se répandre de la sorte, de la même manière que tous ces millions d’individus qui éprouvent la quotidienne (et à la longue insupportable) nécessité de nous abreuver de leur pensée ?

Me voilà désorienté tout à coup. Un peu mal à l’aise aussi, ressentant comme une vague envie de disparaître, mais pas complètement. C’est compliqué. Allez, je m’y remets tiens, envie d’écrire à nouveau, oui, un peu mais pas trop, juste pour voir, comme ça, au passage, histoire de, l’air de rien, pour tester, voir l’effet que ça fait. Demi-mesure, donc, on commence un truc, un machin, une sorte de, et on ne finit pas tout à fait. Une fausse note résonne soudain dans ma tête, un goût amer rend ma bouche pâteuse. Ai-je bien fait d’écrire ce soir ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que j’ai été incapable de parler de ce cinéma coréen qui me passionne autant qu’il me hante. La démence du propos, l’humour glacial, la plastique apaisante de ces films se sont éclipsés lorsqu’il a été question d’en parler. A présent j’ai tendance à croire que l’opportunité (chaque jour plus répandue) de s’exprimer sur le net neutralise parfois toute pensée consistante. Peut-être. Probablement. Je ne sais pas ce soir. Je ne sais rien.

Gabriel L.

 

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8 commentaires pour Je veux parler de cinéma coréen

  1. Lady Lae dit :

    Grande fan de ciné coréen j’aurais bien aimé lire ton avis sur ces 3 oeuvres que j’ai adoré même si Housemaid m’a laissé bizarrement bizarre !! ^^
    Une prochaine fois pê ?!!

    • CINETHINKTANK dit :

      bizarre est un mot qui correspond bien au cinéma coréen pour le spectateur français.
      l’étrangeté est le dénominateur commun de ces 3 films, mais il s’agit d’une étrangeté plaisante, très surprenante. Cela est du, il me semble, au décalage culturel immense qui existe avec la Corée. Je pense que nous n’en sommes qu’au début de nos surprises: le rapport à la mort, au corps, à la matière, aux textures et à ce qui nous compose est si différent dans l’approche coréenne… mais cette plastique, cette esthétique, cette manière de filmer font appel je crois à des choses que la société occidentale refoule, d’où notre très forte attraction pour le cinéma coréen.

  2. Christophe Diaz dit :

    Une manière de filmer fortement influencée par le cinéma US.

  3. Lady Lae dit :

    le cinéma marche sur influence mais quand on voit que les US passent plus de temps à remaker des films coréens/japonais et chinois je me demande si l’influence aujourd’hui n’a pas changé de continent?

  4. Christophe Diaz dit :

    La machine à recycler est transnationale, c’est vrai.

  5. Lady Lae dit :

    et très créative aussi il ne faut pas l’oublier ^^ !!

  6. CINETHINKTANK dit :

    Le meilleur exemple (honkongais) : Infernal Affairs (et son pauvre remake de scorsese, les infiltrés… enfin, pauvre, je m’entends… mais bon…)

  7. Lady Lae dit :

    c le plus révélateur je trouve !! rien ne vaut l’original et même la trilogie !!!

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