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Avatar est sans aucun doute le film de tous les superlatifs. Instaurant un nouveau business-model pour les studios hollywoodiens, modèle étrennant une nouvelle course au gigantisme en terme d’investissements et du recours aux techniques numériques de pointe, le film nous propulse effectivement dans une dimension non pas inconnue au regard des ses prédécesseurs (LOTR, Narnia, et bien d’autres), mais jamais aussi bien recréée. La puissance des super processeurs en action, la beauté des fonds verts et des capteurs branchés sur un comédien, dont le corps n’est désormais plus qu’un support de son avatar numérique, ont permis à James Cameron de recréer un monde donnant l’impression d’être tout aussi tangible que celui, bien réel celui-là, du spectateur dans son fauteuil. La finesse (remarquable) des détails, les lunettes permettant au public la vision du film en 3D, comme une pénétration de la réalité du film dans notre environnement, accentuent encore cette impression, et participent (à moins que ce ne soit un but en soi ?) à la dissolution des frontières entre ce monde virtuel et le nôtre.
Dissolution, et même inversion pour certains : les médias, informés par des professionnels de la santé et des psychologues, ont récemment fait état d’un syndrome « post-avatar » (http://www.cosmicconservative.com/weblog/?p=65520 ; http://articles.mibba.com/Entertainment/3316/The-Avatar-Syndrome), syndrome se traduisant notamment par des pulsions dépressives et bouffées anxiogènes, une confusion partielle d’identité, une dévaluation dans la valeur du moi et autres… Ces symptômes, raisonnablement passagers espérons-le, sont révélateurs d’un sentiment bien plus profond : notre perception presque innée du décalage entre la dureté presque insupportable d’un quotidien que nous acceptons la plupart du temps sans même y réfléchir, et l’envie soupirante d’un monde « fantasmé » , c’est-à-dire tel que l’on voudrait qu’il soit. Un monde plus harmonieux, symbiotique, dont la compréhension n’est pas scientifique et rationnelle, mais bien plutôt magique, voire métaphysique. Comme Adam et Eve chassés du paradis, nous souffrons de cet Eden perdu, qui en fait n’a jamais existé autrement qu’en tant qu’image symbolique de « ce qui devrait être ». Nous pleurons le désenchantement du monde. La laideur et l’absence de sens de notre réalité, dont les principales lois aujourd’hui sont la précarité et l’aléas de toute situation, nous saute en pleine face à la sortie de la salle du cinéma, émergeant de l’obscurité bleutée d’ Avatar dans le capharnaüm de la rue, et il est dès lors parfaitement compréhensible que certains ne puissent tout simplement pas le supporter.
Cependant, rien ne sert de se lamenter comme un enfant qui découvre que son rêve n’a pas d’emprise dans le réel et ne peut donc le vivre. Bien au contraire, la prise en compte lucide des faiblesses de notre réalité couplée à l’idéal de ce monde onirique nous invite à percevoir la beauté qui se cache dans le réel. Une beauté, un bonheur, un instant d’enchantement, magique dit-on, et ce d’autant plus que nous en connaissons désormais la rareté et l’impermanence. En assumant l’imperfection de notre univers, nous assumons également la nôtre. Alors saisissons-les, ces instants précieux, car le bonheur ne vient que de la conscience de sa fin. Qui sait si même nous n’y trouverons pas un peu de sagesse et de sérénité ?
Mathieu V.
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Chaque film de Hayao Miyazaki est présenté comme son « nouveau chef d’oeuvre ». Je ne l’invente pas, c’est dans la bande-annonce du film. Encore une campagne marketing rondement menée me direz-vous. Et bien « que nenni » cher lecteur, le personnage en question ne fait que des chefs-d’œuvre, et cela depuis très, très longtemps. C’est l’une des rares fois où la publicité est à la hauteur de l’oeuvre et en tant que telle, mérite d’être signalée.
Alors, naturellement, on s’interroge déjà sur l’objet de ce nouvel opus. Si l’animation semble spontanément destinée au jeune public, elle tend de plus en plus à pénétrer le monde des adultes (comme on en a déjà parlé dans « Valse avec Bachir : l’animation du réel » ). La filmographie prolixe de Miyazaki traverse des questions fondamentales : la relation de l’homme à la nature ( Princesse Mononoke ), le sens de l’histoire (L e Tombeau des Lucioles ), la vie en société et les rapports politiques ( Le Château ambulant ) entre autres exemples.
Il advient également de manière récurrente dans ses oeuvres que le questionnement jaillisse du regard des enfants qui la traversent, un bourgeonnement de conscience sincère et lucide, une perception virginale et ô combien plus juste de l’essence des choses.
Dans Ponyo pourtant, le questionnement achoppe. Ce n’est pas un film mais un être à la logique propre. Même si l’hommage au compte d’Andersen est appuyé, Ponyo possède outre les caractéristiques de la fable toutes celles d’ une personnalité. Ce n’est pas un film mais un ami franc et sincère auquel il n’est pas utile de poser de questions. Une douce confiance lui est acquise et c’est en guide qu’il nous emmène avec lui dans le monde des possibles, le monde de Ponyo.
Miyazaki nous offre cette fois le commencement, nous montre le « premier » dans ce qu’il produit ensuite, l’amorce de ce que sera plus tard cette réflexion, comme une régression au seuil de l’enfance, lorsque la candide naïveté se teinte petit à petit de la réalité du monde.
Un retour donc vers la source du bonheur, vers cet état ou le merveilleux est accepté au même titre que le réel (on notera comme exemple l’attitude révélatrice des adultes de ce film, qui, à l’instar des peuplades indigènes, accorde autant de consistance au surnaturel qu’à son envers), lorsqu’un simple objet possède autant de vie que n’importe quel corps animé, lorsque l’imagination débridée sert d’étalon pour évaluer le réel. Le regard sans préjugés, le regard immédiat, l’essence de la perception, voilà ce que nous offre Miyazaki. A travers ce film, Il ouvre de nouveau au spectateur adulte la porte du regard de l’enfant sur l’infini des choses et des êtres, comme une madeleine bien connue, un parfum de ce que l’on a été, qui réenchante notre perception du monde. Mieux que cela, il réintroduit le rêve, le lyrisme le sublime, le métaphysique, dans cet univers froidement déterministe et soi-disant déterminé que l’on se plaît à décrire comme le nôtre.
Paradoxalement, en utilisant l’image extrêmement forte de la perception authentique du monde par l’enfant, Miyazaki rejoint la sphère du message bouddhiste, ou même chrétien, pour qui l’essence du bonheur, l’infini de la joie se trouve là où le regard daigne se poser, de la plus petite à la plus fragile des choses… comme Ponyo par exemple. Tout est dans tout, il suffit de savoir l’extraire. Avec le regard comme clé ? A chacun de se le prouver.
Justement salué par la critique et plébiscité par le public, Valse avec Bachir illustre de la plus belle des manières, après Persépolis de Marjane Satrapi (et peut-être pourrait-on ajouter à la liste les films du précurseur Miyazaki ?), l’arrivée de l’image animée et du dessin dans le monde des adultes. Certains justifieront les thèmes graves et tristes abordés dans ces films par la volonté d’introduire auprès des plus jeunes une sensibilité sur les questions politique et sociales. Pourtant, en revisitant les massacres de Sabra et Chatila de 1982 au Liban, Valse avec Bachir s’adresse bien à des spectateurs responsables en éclairant d’un jour particulier cette période noire de l’histoire moderne. La plupart du temps, l’animation simplifie la réalité au travers de personnages clairement définis, souvent figés (ami/ennemi, héros/méchant), et dont les traits sont inévitablement l’exacte matérialisation physique de leur nature (le personnage est de caractère néfaste, il est donc représenté de manière agressive : couleur, forme, voix…). Mais les films qui nous sont donnés à voir aujourd’hui, dont Valse avec Bachir est l’illustration la plus parlante, rivalisent de complexité dans la retranscription de notre monde. Ils ne cherchent plus un univers fantasmagorique particulier mais plutôt l’essence du réel. Ils ne visent pas plus à satisfaire le regard éberlué du spectateur qu’à susciter chez lui le questionnement et la curiosité. Valse avec Bachir a été en partie tourné en images réelles, ensuite numérisées et transformées en animation. Un paradoxe puisque l’animation provient par nature de l’esprit de son créateur pour s’adapter ensuite dans une forme organisée (story-board, arrière-plans, code couleur…). Il semblerait donc que le réalisateur Ari Folman, qui joue également le personnage principal, ait cru ajouter par l’animation un élément à une histoire qu’il aurait pu produire avec ses personnages de chair. La réponse est ce qui fait la force insurpassable de l’animation : le symbolique. La logique binaire (bien/mal) des mauvais mangas japonais (certains sont cependant formidables !), laisse ici la place à toute la richesse du réel, dont la signification est ainsi sublimée par le truchement de l’animation. Le spectateur perçoit avec d’autant plus de lucidité le fond derrière la forme et le signifié derrière le signifiant. Les enjeux stratégiques de la situation au Liban avec le rôle d’Ariel Sharon, l’ambiguïté du comportement et l’absence de réflexion du narrateur, alors soldat de Tsahal chargé de surveiller les camps pendant le massacre, apparaissent avec d’autant plus de force qu’ils sont accentués par les possibilités techniques et artistiques qu’offre l’animation et qui équivalent à une liberté absolue que ne peut offrir le réel, si perfectionné soit-il. Au lieu de réduire la vérité et de la simplifier, le symbolisme de l’animation est ici utilisé pour dévoiler les tensions et les forces qui s’entrechoquent, et former un « vrai » historique complexe et équivoque. Valse avec Bachir apparaît donc comme une œuvre « coup de poing ». Le retour aux images d’archives pour les derniers instants achève de lui donner le caractère légitime de « film cinématographique », brise définitivement les frontières entre le réel et l’animation en les faisant collaborer dans une même vision humaine de l’histoire. A voir donc, absolument, et non pas seulement pour une esthétique par ailleurs superbe.
Dans le cas de Reckoner , chanson de Radiohead sur laquelle se calque le film ci-dessus, réalisé par Clément Picon, c’est autant l’image qui s’adapte au son que l’inverse. Cela augure un bel avenir pour les technologies qui mêlent brillamment ces deux disciplines. Cela permet aussi d’être plus à l’aise pour parler de cinéma lorsqu’on évoque le clip ou l’animation.
Matthieu Z.
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