“Qualified dreamer”, plaidoyer pour les rêveurs de cinéma (et les autres) 30 septembre, 2010
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Il est des phrases qui s’incrustent dans la tête comme un chewing-gum sur une semelle. Même en grattant très fort (et dieu que c’est sale), il en reste toujours. Jusqu’à ce que d’autres les recouvrent enfin, après moult pas générant autant de réflexions.
« You are a qualified dreamer ». C’est donc la phrase. Ce n’est pas la dernière publicité pour les produits Apple. Ce n’est pas non plus le nom d’un mix house faisant fureur dans les boîtes à pilules. C’est beaucoup plus proche en revanche du fameux discours de Martin Luther King à Washington en 1963.
En réalité, cette phrase vient du pasteur de l’église baptiste de la 116ème rue à Harlem, NY, prononcée lors du sermon dominical du dimanche 12 septembre. J’ai eu la chance de la recevoir comme une offrande, comme un cadeau pour l’âme. Faisons fi cependant de toute dimension religieuse. (encore quelques minutes et je devenais Born Again Christian, comme feu l’autre président)
J’ai d’abord pensé à tous ces discours ambiants, ceux de l’ère du temps, ceux qui disent qu’on ne peut pas, qu’on ne peut plus, qu’on n’est pas assez…, que ce serait bien mais, et puis qu’on ne sait pas tout, qu’on en sait pas assez en fait, et donc qu’on ne peut rien dire vraiment, et encore moins faire quelque chose. Les discours gouvernementaux, les discours économiques, les anti-discours, les intellectuels frustrés et les fourvoyés, les discours des autres qui prétendent naturellement s’imposer à soi. On a déjà parlé sur Cinethinktank de ceux qui opposent une soi-disant réalité à chacune de nos pensées (Cf Pour en finir avec la contrainte du réel ), qui s’impose comme une totalité à laquelle il serait impossible d’échapper. Mais si apparemment nous ne sommes pas qualifiés pour plier cette réalité à notre envie, à notre volonté, nous sommes en revanche parfaitement qualifiés pour le rêve, nous sommes des « qualified dreamers ». Qui pourrait nous enlever cela ? Qui ? Vous n’aurez pas mon rêve, je suis un rêveur professionnel ! Je suis un « Qualified Dreamer ».
Je produis des rêves à la pelle moi, des beaux, des moches, des coloriés, des noirs et blancs, des grands et des petits, des simples et des complexes. Et ils échappent à toute contrainte du réel. Je fabrique des rêves au même titre que tous les autres d’ailleurs. Leurs rêves égalent les miens. Nos rêves ne s’affrontent pas, ils se mélangent. Nos rêves ne détruisent pas, ils créent. Ils révèlent. Ils révèlent la vraie nature du réel, qui est juste un rêve en plus dur non ?
Alors je pense à tous ces autres « Qualified Dreamers » avec majuscules, ces gens de l’art, ces metteurs en scènes, ces comédiens dont la puissance du rêve à pénétré le réel, l’a transfiguré parfois. Je ne vous donnerai pas de noms, car nous n’avons pas forcement les mêmes n’est-ce pas, mais l’idée est commune ! Et bien ces gens, ils ont rêvé, rêvé si fort que leur rêve a remplacé la réalité, que leur rêve est devenu le rêve de quelqu’un d’autre car nous sommes tous des « qualified dreamers » en puissance. Comme disait Gilles Deleuze : « C’est terrible d’être prisonnier du rêve d’un autre ». Mais qu’il est en revanche merveilleux de partager le rêve d’un autre ! Une véritable dialectique du rêve.
Et le rêve a pris la forme réelle d’un film, d’une musique, d’un tableau et de tant d’autres choses. Il n’y a jamais trop de gratitude en moi pour remercier ceux qui m’ont fait partager leur rêve. En touchant l’autre, il ne s’est pas forcement reproduit, il s’est métamorphosé. A partir de l’expérience du rêve d’un autre, j’ai élaboré mon propre rêve. La contamination par le rêve. Alors s’il vous plait, continuez donc de rêver, ne vous laissez pas interdire le rêve par ceux qui oublié les leurs.
Je sais déjà que bientôt, assis dans la pénombre de la salle, au milieu des chuchotements et des bruits de popcorn, je serai prêt à appuyer sur le bouton REVE. I am a qualified dreamer.
Mathieu V.
Underground is not dead ! [part I : Deleuze] 21 juin, 2010
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© Krol
La journée a bien commencé : en descendant les marches du métro Blanche ce matin, je ne suis pas tombé sur l’habituel et irritant encart publicitaire qui me fait quotidiennement face (vantant par exemple les mérites du nouveau forfait SFR 3G-US maxi#2 ou la Sicile pour 29 euros avec Easyjet), mais sur cette affiche artisanale, glissée en remplacement, qui m’a rassuré sur l’état de santé de l’underground parisien… L’occasion est toujours bonne d’évoquer le philosophe Gilles Deleuze, dont la pensée n’a jamais cessée d’être d’actualité, et qui paraît même prendre davantage de vigueur à mesure que les années passent. Les attaques qu’elle subit (je me souviens d’un récent article de Michel Onfray dans Le Monde - en hommage à Pierre Hadot - où le philosophe estimait que la pensée de Deleuze était inadaptée aux situations du réel…) paraissent même la renforcer, surtout quand on considère les écrits pour le moins douteux de certains de ses détracteurs. Une chose est en tout cas certaine : CINETHINKTANK n’aurait pas vu le jour sans des ouvrages comme Dialogues , co-écrit avec Claire Parnet (et qui reprend pas mal de passages de l’excellent et justement renommé Abécédaire , documentaire paru aux Editions Montparnasse), ou Pourparlers , petit livre dans lequel l’auteur parle de Godard ou écrit au regretté critique de cinéma Serge Daney. C’est donc une excellente nouvelle que les héritiers de la pensée deleuzienne s’approprient aujourd’hui en douce une légitime partie de l’espace médiatique !
Matthieu Z.
Buena notte Cinecittà 6 octobre, 2009
Posted by CINETHINKTANK in L'Envers du décor , Politique & Société .Tags: Berlusconi , Cinecittà , Gilles Deleuze , Internet
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La vision actuelle de l’Italie est terrible. Un peuple qu’on oblige tous les matins à prendre son café avec de nouvelles révélations sur leur roi-bouffon, Berlusconi. Entre ses partouzes, ses déclarations sur le bronzage d’Obama, ses liftings et son rire permanent en guise de toute pensée, la patience des italiens est infinie. Tout a été dit sur l’Italie de Berlusconi : une télévision publique et privée à sa botte et qu’il utilise à ses propres fins.
Plusieurs cadavres gisent sur la route de Berlusconi et notamment un qui nous intéresse, le Cinéma. Le cinéma italien en tant qu’industrie n’existe plus, ou presque. Il a pourtant été le plus grand, le plus drôle et le plus avant-gardiste du monde. Gilles Deleuze disait que le cinéma, la littérature, la philosophie, par leurs seules existences, empêchent la bêtise de régner complètement. Au regard du spectacle actuel, nous saisissons à quel point Deleuze nous lançait un appel à résister. La pensée et la création comme acte de résistance à la bêtise.
La France n’a pas spécialement à bomber le torse et nous avons largement de quoi balayer devant notre porte. Reste qu’en France, il existe un cinéma certes inégal mais vivant. Pourquoi s’est maintenu ici ce qui s’est effondré là-bas ?
Hypothèse personnelle : tout s’est joué au moment de l’arrivée en force de la télévision privée. La France a sans doute mieux compris que la télévision changerait totalement la donne et aurait en elle le pouvoir de tuer le cinéma. Des mesures simples ont été prises : les chaînes ont eu des obligations d’investissement dans le cinéma ; l’interdiction de diffuser des films à la télévision le vendredi et le samedi soir (pour conserver la « sortie » cinéma) ; un système de mutuelle entre les films a été mis en place (en clair, les films américains financent les productions françaises). Ce petit Meccano a permis, sans passer par la case subvention, de maintenir une industrie du cinéma en France. L’Italie, en revanche, a laissé le chat manger la souris et a dit buena notte à Cinecittà, Fellini, Rosi et tutti quanti.
Mais pourquoi s’intéresser à ce passé ? Parce qu’aujourd’hui, internet pose les mêmes questions que la télévision hier. À ces mêmes questions, le même choix possible : laisser faire au nom de la liberté ou réguler et contraindre quitte à protéger les acteurs en place ? Le tout est d’éviter de commettre à notre tour l’«erreur italienne».
Réfléchissons aujourd’hui pour ne pas subir demain.
Augustin B.
Jean-Luc Delarue prend sa retraite 12 juillet, 2009
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons , The Movie Library .Tags: Agnès Varda , Gilles Deleuze , Woody Allen
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La jeunesse ne dépend pas forcément du nombre des années. Il arrive que la relation soit même inversement proportionnelle. Agnès Varda (81 ans) avec Les Plages d’Agnès ; Clint Eastwood (79 ans) avec Gran Torino et aujourd’hui Woody Allen (74 ans) avec Whatever works nous ont offert parmi les films les plus frais des six derniers mois.
La vieillesse est souvent décrite comme une chute, une décadence voire un naufrage. Du point de vue de la santé, c’est assez incontestable, mais d’un point de vue spirituel, si on traverse la vie avec curiosité, c’est une période où l’être s’épure et se libère. À ce titre, les dernières œuvres des artistes sont passionnantes. Miro purifie et minimalise à l’extrême sa peinture, Céline pousse toujours plus loin son style jusqu’à nous y perdre et Ford filme un premier western du point de vue des Indiens.
Deleuze a dit des choses sublimes sur la vieillesse (voir la vidéo) :
« Quand on est vieux, on est beaucoup plus désintéressé, on aime les gens vraiment pour eux-mêmes. J’ai l’impression que ça affine la perception des choses que je n’aurai pas vues avant, des élégances auxquelles je n’aurai pas été sensible, là je les vois mieux car je regarde quelqu’un pour lui-même (…) et puis la merveille, c’est que la société vous lâche, alors ça, être lâché par la société c’est un tel bonheur ! (…) Il suffit de se secouer un peu pour que ça tombe, tous les parasites que vous avez eu sur le dos toute la vie tombent, et il reste plus qu’autour de vous, des gens que vous aimez et qui vous supportent. (…) Un vieux qui n’est rien que vieux, c’est l’Etre pur. »
Revenons à Woody Allen et son dernier film Whatever works . Il est drôle et c’est déjà ça.
Ce film dit aussi quelque chose de simple et donc assez génial, « Whatever works ». En clair et sans rien dévoiler du film : peu importe, si ça marche. Avoir 20 ans et vivre avec quelqu’un de 60 ans ? Peu importe, si ça marche. Je vis avec 2 femmes qui elles-mêmes vivent avec 2 hommes ? Peu importe, si ça marche…
Cette petite phrase de rien du tout fait un bien fou. W. Allen nous libère d’un seul coup de tout besoin de normalité que nous impose la société. Il nous dit que la seule norme pour un être humain, c’est d’être bien là où il est. Ce n’est pas si simple. Cela impose d’avoir le courage de partir ou de changer.
Malheureusement, toute bonne nouvelle arrive accompagnée de son cortège de mauvaise. Whatever works signe la mort des émissions de Jean-Luc Delarue. Un véritable drame…
Augustin B.
Sortir de l’autoroute 25 janvier, 2009
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons .Tags: Cinéma , Gilles Deleuze , Maurice Pialat , Philosophie
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Il arrive qu’une réflexion nous soit donnée, sans prévenir, par la vie elle-même. Deux évènements récents, sans rapport mais rapprochés l’un de l’autre, m’ont apporté un mince éclairage sur notre condition humaine.
Le hasard m’a conduit dans le village de Cunlhat en Auvergne. Une place centrale au nom du réalisateur Maurice Pialat et un vague souvenir de la personne m’accompagnant ont éveillé ma curiosité. Pialat aurait vécu dans ce village de 300 habitants. L’enquête commence. Rencontre avec la boulangère : chou blanc ; au Petit Casino : un indice, Mireille du « café-juste-dans-la-rue-plus-haut » aurait connu Pialat. Et là, une rencontre d’abord et aussi des anecdotes sur son père qui battait et trompait sa femme, le petit commerce familial, le retour de Maurice Pialat pour le tournage du Garçu . Plus tard, chez Madame Bonnefoy, les anecdotes sur le passage de Gérard Depardieu à Cunlhat et enfin l’adresse de la maison d’enfance de Maurice Pialat.
En plus de mieux comprendre Pialat, il y a eu ces rencontres improbables, humaines, qui sont finalement le grand intérêt de la vie. Maintenant imaginons que ce jour-là, j’eus avec moi un téléphone 3G ou un accès à Internet : j’aurais été sur Wikipedia, aurais eu toutes mes informations dans la seconde et retour à la maison. Une perte.
Récemment, je me suis fait voler à la piscine mes affaires dont les clés d’appartement et de moto, mon passeport, ma carte bleue, bref, que du compliqué et des galères. L’emmerdomètre vire au rouge. En apparence finalement. J’ai rencontré des gens et des situations que ma vie prenait soin de m’éviter : un maître-nageur, la directrice du centre sportif, un serrurier, un garagiste, un avocat, deux heures dans le commissariat du 19 ème arrondissement, apprendre à monter une serrure, le fonctionnement des objets trouvés dans le 15 ème arrondissement, couper les fils d’un démarreur moto, faire sauter la serrure d’un top case. Ce jour -là, le cours habituel des choses m’a échappé, j’en ai perdu le contrôle et du coup, j’ai eu le droit à une bouffée de vie.
Ces deux évènements n’ont rien d’exceptionnel, mais ils ont tous les deux quelque chose en commun : la perte de contrôle. L’homme moderne, agenda à la main, cherche à tout contrôler : son temps, ses relations, sa carrière, ses soirées, ses amis, mais cette énergie ne sert finalement qu’à poser, un par un, les barreaux de sa propre prison, connue, agréable et rassurante, mais où il n’arrivera pas grand-chose. Par définition, nous ne pouvons être surpris que par ce qui n’était pas prévu. L’absence d’Internet et le vol de mes affaires étaient non seulement imprévus mais non désirés, et pourtant ces deux moments m’ont apporté des moments de vie. Ces moments ne peuvent être provoqués volontairement ; nous pouvons seulement créer des conditions favorables à leur existence. Quelques exemples : prendre le 1 er train venu ; aller voir un film au hasard ; voyager sans tout prévoir ; sortir seul …
Et le cinéma dans tout ça ? Justement, les films ne parlent que de ça. Les films n’existent que par ces moments de perte de contrôle. La plupart des films nous montre une situation ordinaire et sous contrôle qui bascule dans l’imprévu. Je pense que le cinéma assouvit inconsciemment un désir qui nous attire et nous effraie, voir notre vie que nous cherchons à gérer, contrôler, nous échapper.
Le philosophe Gilles Deleuze a discerné la fin des sociétés disciplinaires définies par l’enfermement (école, caserne, usine, prison, hôpital) et l’avènement des sociétés de contrôle définies par la surveillance (bracelet électronique, téléphone portable, autoroute, pass navigo). Il nous décrivait dans ce cas comme des « animaux en réserve ». Et voici une demande que Deleuze nous a adressé à propos du passage des sociétés disciplinaires à celles de contrôle : « Il n’y a pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de chercher de nouvelles armes ; c’est à vous de découvrir ce à quoi on vous fait servir dans les sociétés de contrôle, comme vos aînés ont découvert non sans peine la finalité des disciplines ». Au boulot !
Augustin B.
CINETHINKTANK, espace de réflexion libre 1 août, 2008
Posted by CINETHINKTANK in Uncategorized .Tags: Actualité , Antonin Artaud , Arts plastiques , Cinéma , Danse , Gilles Deleuze , John Zorn , Littérature , Marguerite Duras , Michel Foucault , Musique , Philosophie , Photographie , Sonic Youth , Stanley Kubrick , William Faulkner
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CINETHINKTANK, le cinéma au centre du débat
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