Gonzo banlieue Ep 4 : de Jackie Robinson Г Barak Obama, la longue marche revisitГ©e 14 juin, 2010
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Le sport a toujours Г©tГ© un vecteur d’assimilation privilГ©giГ© dans une communautГ© nationale. Lorsque le baseball s’est imposГ© comme le passe-temps national aux Etats-Unis Г la fin du XIXВ° siГЁcle, les minoritГ©s du patchwork ethnique US ont toutes envoyГ© leurs meilleurs Г©lГ©ments marteler Г coup de home-runs leur adhГ©sion aux valeurs locales du E Pluribus Unum. Polonais (Bill Mazerocki), italiens (Joe DiMaggio), irlandais (t’en veuxВ ?) et autres rГ©fugiГ©s Г©conomiques sont tous entrГ©s dans le moule en dГ©montrant sur le terrain taillГ© en diamant (Г©galitaire par essence) leurs capacitГ©s Г lutter avec les autres pour leur survie dans un environnement concurrentiel oГ№ nul – sauf les gens pudiquement dits « de couleurВ В» – ne se verra refuser sa part du rГЄve amГ©ricain. Seuls les noirs se virent en effet refuser de jouer professionnellement Г ce jeu sophistiquГ© et un « gentleman’s agreement » entre les propriГ©taires des ligues de baseball concurrentes maintint cette sГ©grГ©gation jusqu’Г ce que le manager iconoclaste des Brooklyn Dodgers,В Branch Rickey, prenne la dГ©cision rГ©volutionnaire de faire jouer le lГ©gendaire Jackie Robinson en premiГЁre base lors d’un match du club dans son fief mythique d’Ebbets Field en 1947.
Cette date nous parle plus particulièrement car elle précède de plus de sept ans l’arrêt de la Cour Suprême américaine Brown vs Board of Education, qui a entraîné la déségrégation des écoles américaines. Les performances de Jackie Robinson ont été appréciées à leur juste valeur par le docteur himself, Martin Luther King, qui lui aura confié peu avant sa mort violente que son passage au travers la barrière raciale aura hâté la venue du mouvement des droits civiques. Pour autant qu’il ait été désagréable aux gentlemen de bonne famille chaussés de knickerbockers de voir des « singes » partager leur playground, en risquant de ruiner la noblesse du jeu, il leur aura bien fallu s’y faire, les performances de ces « créatures de la nuit » étant trop flagrantes pour pouvoir les renier (l’effet Jesse Owens).
Jackie Robinson fut ainsi le premier joueur noir à évoluer en ligue majeure de baseball. En 1947, la décision de Branch Rickey a soulevé un vent de panique chez certains (réalistes) qui y ont vu le début d’un engrenage au terme duquel les noirs allaient finir par revendiquer d’être des hommes (ça n’a pas manqué, l’idée a fait recette et les pancartes « I’m a Man » faisaient un tabac autour du bassin du capitole quelques années plus tard). L’assassinat ciblé du prédicateur porté sur la jaquette a remis les pendules à l’heure et rappelé aux ghetto-ites qu’il ne fallait pas s’emporter si vite et que, s’ils avaient leur place sur les terrains de sport ou le black entertainer est devenu un produit d’appel depuis les éclats de Willy Mays dans les 70’s, ils allaient devoir se battre encore longtemps pour des choses aussi anecdotiques que de pouvoir monter à l’avant du bus (t’es pas bien à l’arrière ? – Syndrome Rosa Parks).
Une fois leurs places au Hall of Fame de Cooperstown assurГ©es dans la catГ©gorie « joueurВ В», les afro-americains ont fait valoir que s’ils pouvaient jouer comme les blancs, il ne serait que logique qu’ils puissent entraГ®ner. LГ encore il aura fallu passer outre le blocage psychologique qui s’inquiГ©tait de ce que les noirs n’avaient peut-ГЄtre pas les capacitГ©s mentales nГ©cГ©ssaires pour manager une Г©quipe de professionnels. Il fallut attendre 1962 pour que les Cubs de Chicago recrutent Buck O’Neill et mettent les sceptiques en dГ©faut. En football amГ©ricain le dГ©bat fut posГ© en termes identiques et il aura fallu la victoire des Colts de Tony Dungy en 2007 (seulementВ !) pour voir un coach noir brandir le Vince Lombardi Trophy. Tony et Barack sont d’ailleurs buddy-buddy avec le manager blacko-hispanique des Chaussettes Blanches de Chicago, club du Southside qui a les faveurs du leader du monde libre. Chacun sa mafia, chacun sa mille-faВ !
On aura beau dire, heureusement que nous avons les Etats-Unis pour nous tenir un miroir déformant de la réalité hexagonale, car sans eux nous aurions du mal à nous regarder en face. Alors qu’outre atlantique on a élu un président black/créole et que le débat dans la communauté black consiste à se demander pourquoi aucun afro-americain n’est encore propriétaire d’une équipe (le graal de l’émancipation à la sauce américaine), vous remarquerez que de ce côté-ci de l’océan, il ne nous vient même pas à l’idée de poser le problème en ces termes. Nous en sommes encore au stade de la polémique pitoyable sur le nombre de joueurs noirs en équipe de France et un noir président par génération devrait nous suffire. Je suis prêt à parier que Pape Diouf sera, s’il ne l’est pas déjà , décoré de l’Ordre du Mérite pour services rendus à la Nation.
Votre toujours dГ©vouГ©,
Raoul Duke
Gonzo banlieue Ep 3 : de la citГ© auВ ghetto 10 mai, 2010
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J’éviterai ici de tracer des parallèles scabreux entre les « cités » francaises et les « ghettos » américains, vous renvoyant aux travaux de Loic Wacquant sur les évolutions parallèles de ces deux « concepts » issus de ses observations aux 4000 et dans les quartiers Sud de Chicago.
Les cités françaises ne correspondent effectivement pas formellement au modèle du ghetto du South Side qui enserre l’Université de Chicago, car la composante structuro-raciale de son identité est moins rédhibitoire à la sortie de ce bantoustan économique qu’elle ne l’est aux Etats-Unis où les ghettos ont été spécifiquement conçus pour empêcher le métissage et garantir la ségrégation communautaire. Je suis d’accord pour l’essentiel avec ce discours, mais ferai tout de même remarquer (mon sens commun anti-sociologique m’y invitant) que l’on a coutume de dire que la France reproduit les tendances américaines avec 10 ou 20 ans de retard. En observant la réalité hexagonale au travers de ce prisme temporel clarifiant, on pourra concéder aux détracteurs de Loic Wacquant (mais qui connaît Monsieur Wacquant ? me demanderez-vous) que, somme toute, les cités (en dehors du fait qu’elles soient plus multiculturelles que les inner cities américaines ) se rapprochent des ghettos noirs sur nombre d’autres points. Elles tendent à constituer des villages-bulles coupés de l’extérieur par des frontières inscrites, si ce n’est dans le paysage urbain, du moins dans la psyché collective de ses résidents, obéissant à des normes de survie ad hoc et possédant leur propre système d’information.
Chuck D, le Bourdieu noir, a défini le rap comme le « CNN du ghetto ». Si l’on tend l’oreille aux commentaires des présentateurs français de ce réseau mondial, on pourra facilement percevoir ce qui rapproche l’univers des « jeunes des cités » de celui plus ou moins fantasmé de leurs alter-egos américains, et la familiarité qu’ils entretiennent. De fait, nos cités tendent à devenir aussi hermétiques que les ghettos états-uniens, le délabrement y est parfois aussi avancé et psychologiquement la situation hexagonale est paradoxalement pire à vivre pour nos concitoyens de banlieues qui, alors que les cousins américains ont intégré l’idée du ghetto comme un espace de ségrégation inter-raciale, ont été abreuvés d’idéaux républicains et ne s’attendaient pas à se retrouver pris au piège de la cité comme dernier horizon de leur mobilité sociale.
Ce piГЁge s’est refermГ© en deux temps sur leurs espoirsВ : le phГ©nomГЁne de noria qui voyait les travailleurs immigrГ©s effectuer des aller-retours rГ©guliers entre leur pays d’origine et leur colonie d’adoption s’est arrГЄtГ© par dГ©cision publique de rГ©gulation des flux d’immigration en 1974. Ceux qui effectuaient cette noria rГ©guliГЁre ont alors du choisir entre ici et lГ bas, par peur de ne plus pouvoir revenir en France (un pays auquel on s’attache malgrГ© toutВ !). Leur dГ©cision de rester aura conduit leurs enfants – dans ce temps lГ on disait beurs – dans l’impasse identitaire du cul entre deux chaises et fait d’eux des semi-francais/semi-algГ©rien/marocain… dont on conteste la volontГ© de s’intГ©grer et de prendre part dans notre communautГ© nationale. En demandant (le plus souvent sans mГ©nagement) aux jeunes des citГ©s de justifier de leur identitГ©, les contrГґles policiers au faciГЁs apparaissent symptomatiques de ce dГ©ni d’identitГ© irritant.
Personnellement, si j’avais à présenter mes papiers à la maréchaussée plus d’une fois par jour (voire par an) j’en viendrais vraisemblablement à douter moi aussi des intentions du législateur et de ses électeurs à mon encontre et du bien fondé de vouloir « se la jouer » « français ». A ce rythme, je préférerais certainement me revendiquer d’une cité, si délabrée soit elle, voire d’un pays qui n’est pas vraiment le mien (je songe ici aux porteurs de t-shirts/maillots de foot Algérie et Maroc dont on aura bien compris qu’ils ont des papiers français, sinon ce serait trop grillé – autant planter sa tente Quechua modèle DonQuichotte sous les fenêtres du Ministère de l’Identité Nationale.
Pour reprendre un adage populaire auvergnat revenu à la mode: « Il n’en faut (là encore) pas trop », et, si l’on s’est insurgé en France sur la nécessité de mettre en place des quotas de minoritaires visibles (hormis de femmes avec la parité) comme l’ont fait les américains à coups d’actions affirmatives, il apparaît que notre méritocratie n’aura pas permis l’émergence d’une élite aussi métissée que la société, hors des sentiers du sport, de la chanson et des habitudes culinaires (le couscous étant au top 3 des plats préférés des Français), qui ont pu apparaître comme vecteur de progrès mais se sont révélés à l’usage des pis-aller lorsqu’il s’est agi de revendiquer une part plus conséquente du gâteau. Les blocages mentaux ne sautent qu’au prix de luttes renouvelées, c’est une leçon de l’Histoire qui ne lâche pas prise rapidement. Pour préciser mon propos je tracerai ici une chronologie synthétique de l’ouverture du baseball aux afro-américains, qui montrera comment les schémas mentaux et économiques du groupe dominant peuvent heureusement évoluer mais fera apparaître en filigrane la longueur exaspérante du processus.
Votre dГ©vouГ©,
Raoul Duke
Gonzo banlieue Ep 2 : « Made in America », chronique d’une guerre incivile 2 dГ©cembre, 2009
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Le récent documentaire Bloods & Crips, Made in America de Stacey Peralta nous donne à voir ce qui pourrait advenir d’ici peu dans nos cités radieuses LeCorbusinennes si l’onde de choc des émeutes de Los Angeles 1992 nous parvient comme prévu avec 20 ans de décalage… soit en 2012, année de l’apocalypse de substitution pour les incroyants de l’an 2000 et autres adeptes d’eschatologie aztèque. (Enfin le grand soir, décongelez Arlette !).
Made in America retrace la déliquescence du ghetto angelino sur trois générations et permet de replacer les choses dans leur contexte et de mieux comprendre un phénomène qui va bien au delà des hymnes gangsta-rap et de la culture du low-ride qui ont dument contribué à mythifier la culture des gangs de LA et à l’inscrire dans l’imaginaire collectif.
On y rappelle avec intérêt que, jusqu’aux années 60, les émeutes raciales américaines ou ce que l’on entendait jusqu’ici par là , n’étaient pas le fait de jeunes noirs passant leurs frustrations d’unter-prolétaires victimisés sur d’innocents blancs des banlieues résidentielles, mais bien le contraire, à savoir les razzia nocturnes de jeunes caucasiens en goguette sur les faubourgs noirs. Époque sortie de la mémoire collective, de laquelle ont récemment ressurgi quelques images oubliées, prises pendant les émeutes raciales de Saint Louis, Illinois qui en 1917 avaient entraîné la mort de près de cent personnes (« afro-américaines », nda).
Alors que les sixties avaient fait souffler sur les ghettos noirs l’espoir d’un renouveau du pacte socio-racial qui libérerait les forces vives du rêve américano-luthérien des entraves de la mémoire esclavagiste, les militants du pouvoir des fleurs ont vite été rattrapés par la réalité et ont vu la fin de leur rêve d’harmonie se briser sous les coups de queues de billard des Hells Angels à Altamont, au son de Sympathy for the Devil (revoir Gimme Shelter ). Les afro-américains ont quant à eux vu la fin de leur rêve de terre promise entrevue au-delà des collines d’Hollywood par le Pasteur humaniste s’écrouler lourdement sur le balcon d’un motel anonyme du Tennessee (pas de vidéo de l’incident).
Une à une, les cibles du programme CointelPro (pour Counter Intelligence Program) du Bureau Fédéral d’Enquête, ont disparu plus ou moins anonymement du paysage médiatique à coup de méthodes barbouzardes d’une efficacité redoutable (relire Ellroy). Martin Luther, Malcom X, Huey P. Newton et leurs supporters ont eu droit au meilleur des techniques de contre-insurrection réservées aux ennemis de la nation (et plus particulièrement aux ennemis de J.Edgar Hoover) et ont été victimes de chantage, discrédités, écoutés, camés, retournés, traqués et si besoin refroidis.
Sur les ruines encore fumantes du Mouvement des Droits Civiques et du Parti des Panthères Noires, dont les fantômes militants hantaient encore les esprits, les enfants des Black Panthers, exclus des Boys Scouts of America et du rêve américain ont commencé à se regrouper en « clubs » qui se sont révélés vecteurs d’une nouvelle identité moins victimaire – mais d’autant plus victimisante pour les clubs adverses. Le processus de dégradation progressive qui fait qu’on est vite passé des poings aux armes de poing, puis aux fusils d’assaut, n’aura fait que s’accélérer après l’apparition du crack et de ses ravages à mesure que les territoires des factions bleues et rouges morcelaient l’inner-city plus sûrement que des barbelés sur la prairie. La politique d’incarcération massive et privatisée entamée sous Bush Sr., et poursuivie sous Clinton, a achevé de briser ce qui restait de normalité dans le paysage apocalyptique de guérilla urbaine qui est le quotidien des soldats urbains, et a définitivement tué le suburbian dream des membres des anciens « clubs » pour lesquels la contestation politique n’est depuis bien longtemps plus à l’ordre du jour, les promesses de rénovation urbaine faites au sortir des émeutes de 92 s’étant rapidement révélées illusoires.
Les émeutes « Rodney King » de 1992 ont poussé la logique insurectionnello- révolutionnaire de Watts 1967 à un paroxysme que d’aucun pourraient qualifier de « progressiste » en propageant pour la première fois le feu de la contestation jusqu’aux portes des quartiers résidentiels. Le progrès était net depuis St Louis 1917 et les émeutiers offrirent pendant plusieurs jours une résistance prometteuse aux cadets de la garde nationale perdus dans la ville noire. Cela étant dit, on devrait à mon sens s’efforcer de considérer avec une bienveillance toute positive le fait que les jeunes peuplant nos cités hexagonales aient l’intelligence, dans leur combat contre les forces de l’ordre, de recourir à des tactiques de guérilla plus évoluées que les marches silencieuses ou les randonnées militantes en mobylette à travers la France (souvenons nous de la Marche des Beurs) et se soient récemment mis aux embuscades concertées et au tir à l’arme de guerre (bien qu’avec parcimonie, leur usage étant plus adapté aux braquages qu’aux luttes d’émancipation prolétaro-immigrées.)
Raoul Duke
( Pour en finir avec le jeune de banlieue , extrait)
Odetta : straight to paradise 8 dГ©cembre, 2008
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Odetta nous a quittГ©e, et au delГ de l’artiste, de la personne, c’est un peu de notre histoire qui s’est envolГ©. Quand on parle d’Odetta, c’est un peu Г l’image d’une relation amoureuse. La premiГЁre fois qu’on s’est rencontrГ©s, c’Г©tait sur la compilation SOUL GOSPEL , de Souljazz Records ( http://www.souljazzrecords.co.uk/releases/?id=219 ). D’abord c’Г©tait toi, ce visage illuminГ© sur la pochette, Mona Lisa des temps modernes, la guitare Г la main, Г©nigmatique, souriante, si proche et si lointaine Г la fois, comme si dГ©jГ , tu n’avais qu’un pied en ce monde, que tu ne lui appartenais pas vraiment, que tu n’Г©tais lГ que pour nous В« dire В». Ensuite, aprГЁs avoir succombГ© au charme de ton visage, j’ai entendu ta voix. Une explosion de sentiments, une avalanche d’Г©motions, un flux dГ©bordant et rocailleux qui emporte tout sur son passage. D’ailleurs, la plupart de ceux qui t’Г©coutent pour la premiГЁre fois pensent que tu es un homme, tant la force de ton chant dГ©passe celle de ta nature. Je me suis senti petit, tout petit.
Car si c’Г©tait bien toi qui chantais, indubitablement, tu n’Г©tais pas seule. Il y a avec toi la peine et la souffrance de tous ceux qui sont morts avant toi, dans ce Sud esclavagiste, rugueux et dur comme ta voix, un pays mort pour l’homme et pour le coeur, mais qui n’est pas parvenu Г briser l’espoir que tu nous restitues (pour se passer de mots, Г©couter avant tout le monumental TIN ANGEL chez Original Blues Classics). MГ©dium d’une histoire dГ©sormais connue mais trop vaste pour ГЄtre racontГ©e, tu en dГ©gages l’essence. Une parcelle de ta voix et de tes paroles ramГЁne l’auditeur Г sa totalitГ©. C’est un pont que tu bГўtis pour nous et que nous traversons avec toi pour rencontrer l’histoire.
La tienne se confond avec celle de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis tout d’abord, puis avec celle de la guerre au Vietnam Г laquelle tu t’opposas tant. A la fin de ta carriГЁre, en fauteuil roulant, tu donnais encore de toi et de cette force qui te possГ©dait, une force presque surnaturelle, Г tel point qu’on se demandait si tu n’Г©tais pas tout simplement immortelle. Mais la vie t’a rattrapГ©, enfin. Nul doute que tu reposes dГ©sormais lГ ou dorment ceux qui ont accompli pleinement leur destin. Le New-York Times te consacre un documentaire magnifique que je vous invite Г regarder ici et maintenant Г travers CINETHINKTANK comme un dernier hommage. Ton corps a cessГ© d’ГЄtre, mais ton esprit sera toujours avec nous chaque fois que nous t’Г©couterons. Odetta mГ©rite tout l’amour du monde, bien maigre retour de celui qu’elle aura donnГ©.
http://video.nytimes.com/video/2008/12/02/arts/music/1194832844841/last-word-odetta.html
Mathieu V.
« Fat Possum » : real people from Oxford, Mississippi 19 novembre, 2008
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Il faut conseiller Г tous les fans de blues primaire, sauvage et sale (ceux qui ont assistГ© au concert de Seasick Steve du 15 novembre dernier Г la Cigale, dans le cadre du festival des Inrocks, en font sans doute partie) de jeter un oeil Г ce prГ©cieux DVD qui retrace l’histoire du label Fat Possum et de ses artiste dГ©mentiels du Sud des Etats-Unis. Une compilation de visages rugueux, tous plus improbables les uns que les autres, « real people » auteurs de morceaux courts et bruts, qui vous flinguent en trois accords. Si le label s’est aujourd’hui ouvert Г de plus jeunes artistes (dont les excellents Black Keys : 1 batterie, 1 guitare, jamais plus), la plupart des « stars » Г©tant dГ©cГ©dГ©es (Junior Kimbrough) ou mal en point (T-Model Ford), il n’en reste pas moins mythique pour les amateurs d’un style direct et dГ©pouillГ©, d’un art sans concession.
Matthieu Z.
Obama : le retour du sens 10 novembre, 2008
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Il serait intГ©ressant de mesurer le nombre de mots, d’articles, de documents visuels qu’a suscitГ© La victoire de Barack Obama cette semaine, celle qui fait de lui le premier mГ©tis prГ©sident de la plus grande puissance mondiale. Un flux globalement concordant sur deux points : le constat d’une situation conjoncturelle nГ©gative, fruit d’une politique dГ©sormais idГ©ologiquement en deshГ©rence, et l’espoir partagГ©e au nord comme au sud d’une gouvernance mondiale plus juste et respectueuse des hommes comme des peuples. Au risque de la rГ©pГ©tition, on peut affirmer que l’espoir gГ©nГ©rГ© par cette Г©lection est immense. Il dГ©passe les antagonismes de race, de religion, de hiГ©rarchie sociale, que l’on aurait pu croire immuables. L’exemple amГ©ricain a, sans conteste possible, parlГ©. Cette Г©lection, et le consensus international dont elle fait pour l’instant l’objet, dГ©montre la prise de conscience aujourd’hui globale de problГЁmes exigeant une solution de mГЄme dimension : climat, Г©conomie et rГ©partitions des richesses, flux migratoires, conflits armГ©s… Г‰trangement, dans un monde qui promeut l’ individualisme comme finalitГ©, ainsi que son corollaire l’ argent, Г©mergent de nouvelles valeurs / volontГ©s communes qui dГ©passent l’individu et nous engagent tous. La re-prise de conscience, en quelque sorte, que le bonheur individuel ne peut se trouver exprimГ© qu’au sein d’un minimum d’ harmonie collective. C’est donc la prise en compte de l’Autre comme un Г©lГ©ment indispensable de l’accomplissement du bonheur personnel. C’est donc Г©galement une pensГ©e qui Г©volue dans les cercles plus vastes de la communautГ©, de la nation et du monde. En permettant Г la pensГ©e de s’ Г©chapper d’un cheminement Г©gocentrique, la rhГ©torique de Barack Obama rГ©introduit la notion de transcendance, celle des pГЁres fondateurs et de l’Histoire, celle des hommes acteurs de leur destin futur. La romanciГЁre amГ©ricaine Toni Morrisson dit de lui: В« C’est un poГЁte В». Il rompt avec le discours autoproclamГ© В«expertВ» et technocratique devenu la rГЁgle de notre temps (le pays n’est qu’une entreprise comme les autres Г manager) pour rГ©introduire et produire du sens, de la verticalitГ©. D’oГ№ l’espoir gГ©nГ©rГ© partout, une notion bien Г©loignГ©e des rГ©alitГ©s mГ©caniques de la logique de marchГ©. Cela ne sonnera pourtant pas de glas de la politique des experts en tous domaines, qui confisquent la vГ©ritГ© de la parole derriГЁre un discours incomprГ©hensible et dГ©magogique (В« nous savons pour vous ! В»). Mais le discours transcendant possГЁde aussi pour particularitГ© de rendre aux individus qui y adhГЁrent le sentiment d’ГЄtre de nouveau des acteurs de leur destin, et non plus infantilisГ©s par la dГ©possession du savoir. Il en rГ©sulte un Г©lan, une force mobilisatrice et collective immense, que l’on a pu voir Г l’ oeuvre dans cette Г©lection. EspГ©rons dГ©sormais que ce ne soit lГ que les simples prГ©mices d’un changement plus profond rendu possible par une volontГ© et une implication collective. L’avenir est de nouveau envisagГ© non pas sous l’angle de la peur, sur laquelle nos hommes politiques aiment tant jouer, mais bien sur l’espoir rГ©solument positif d’un futur В« Г faire В». Nous avons suffisamment le regard au sol, alors relevons la tГЄte, comme les poГЁtes, vers le ciel et ses promesses. Ne refusons pas cet espoir sous prГ©texte de naГЇvetГ©, ou de passer pour un doux rГЄveur, car c’est aussi et surtout le rГЄve qui fait de nous des hommes. Merci Barack Obama.
Mathieu V.
“Les Maçons du coeur / Extreme Makeover Home Edition” : deux autres facettes de l’Amérique 28 octobre, 2008
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Comme le dit si bien Augustin B., chroniqueur dans ces pages, il existe deux AmГ©riques : l’AmГ©rique rГЄvГ©e et l’AmГ©rique vГ©cue. A fortiori lorsque la vision vient d’un observateur extГ©rieur, europГ©en par exemple. Mais une autre dualitГ© coexiste Г©galement avec cette vision et la complГЁte, celle d’une AmГ©rique de fiction et d’une AmГ©rique rГ©elle, entre le Way of Life supromu de la tГ©lГ©vision nationale amГ©ricaine et le vГ©cu de populations si hГ©tГ©rogГЁnes, une distance donc, une mise en abГ®me de ce dГ©calage entre le rГ©el et le fantasmГ©. Le meilleur et le pire sont ainsi offerts dans une similitude de valeurs et d’intensitГ© sur le petit Г©cran. L’Г©mission Les MaГ§ons du coeur , diffusГ©e sur TMC via la TNT pour notre plus grand bonheur franГ§ais incarne Г la perfection cette apparente dualitГ©. Le titre lui-mГЄme tel que traduit est un appel au commentaire sans fin de cette AmГ©rique qui nous fascine par sa richesse humaine, et nous effraie de sa froideur toute Orwellienne. Le concept de l’Г©mission consiste Г dГ©truire puis construire et Г©quiper entiГЁrement en sept jours une maison dont les occupants ont Г©tГ© choisis pour avoir Г©tГ© particuliГЁrement confrontГ©s aux rigueurs de la vie ou, pour ne citer personne, « aux coups de hГўche du destin ». Les heureux Г©lus donc, souvent en grande dГ©tresse financiГЁre voire sanitaire, se voient ainsi offrir une deuxiГЁme chance en recevant un cadre Г mГЄme de les promouvoir en tant qu’individus. L’originalitГ© de cette tГ©lГ©-rГ©alitГ© « sociale » tient Г la combinaison, totalement naturelle aux yeux d’un amГ©ricain, mais toujours surprenante pour un autre, de l’initiative privГ©e et de la solidaritГ© sociale. La maison est construite par des entrepreneurs qui contribuent gratuitement Г la construction, souvent aidГ©s de la police ou des pompiers locaux. Une aide symbolique (ex: planter quelques arbres du jardin) vient Г©galement du voisinage et des amis. La chaГ®ne de supermarchГ©s Sears fournit gratuitement l’Г©lectromГ©nager et les Г©lГ©ments intГ©rieurs. Voisins, producteurs de l’Г©mission, officiels, travaillent main dans la main pour fournir Г la famille les clГ©s d’un nouveau bonheur. Le prГ©sentateur parle systГ©matiquement de communautГ© pour dГ©signer indiffГ©remment les individus gravitant autour de la famille. Cette derniГЁre peut ГЄtre, suivant les cas, et parfois conjointement, la communautГ© de race, d’origine gГ©ographique, de religion, de quartier. L’Г©mission montre la rГ©alitГ© tangible de ce niveau social intermГ©diaire, entre l’individu et la sociГ©tГ©, comme palliatif naturel Г l’absence de l’Г©tat. A titre d’exemple, c’est le maire de la commune lui-mГЄme qui vient inaugurer le parc municipal rГ©novГ© du quartier, laissГ© Г l’abandon par les pouvoirs publics et que l’Г©mission a permis de rГ©nover en plus de la maison ! Peut-ГЄtre l’europГ©en traditionnel que je suis y verra une manifestation Г©clatante et surtout navrante du libГ©ralisme dГ©gГ©nГ©rГ©, Г moins que la communautГ© ne soit en fait le ciment de ce mode de fonctionnement sociГ©tal, avec une activitГ© rГ©elle et une trГЁs forte emprise sur le quotidien, bien plus significative que dans nos vieux pays occidentaux. Peut-ГЄtre mГЄme aussi une rГ©flexion sur sa nature constitue, non forcГ©ment une solution, mais bien une piste de rГ©flexion sГ©rieuse pour notre propre solidaritГ© sociale en dГ©rГ©liction ? La diminution de l’emprise de l’Г©tat dans la sociГ©tГ© franГ§aise actuelle et des organismes sociaux n’est malheureusement pas encore aujourd’hui compensГ©e par l’essor de structures intermГ©diaires de solidaritГ© sociale. Du fait de l’inadaptation culturelle Г l’Г©volution du systГЁme, le vide apparaГ®t chaque jour plus bГ©ant. L’on redГ©couvre cependant en ces temps de crise, les vertus de l’entraide par le voisinage et l’on s’Г©change mutuellement les bons tuyaux permettant de s’en sortir « pour moins cher », signe que cette solidaritГ© ne demande qu’Г ГЄtre encadrГ©e, favorisГ© et dГ©veloppГ©e par de micro-actions concrГЁtes au niveau du quartier ou de la ville.
Les MaГ§ons du coeur apparaГ®t donc comme une Г©mission paradoxale et intrigante au premier abord, avant de devenir un axe original pour observer cette AmГ©rique infiniment diverse, riche de sa complexitГ©, malgrГ© la grille de lecture souvent unilatГ©rale et rГ©ductrice que nous lui imposons. Pour information, ExtrГЄme Makeover est Г©galement le nom d’origine d’une autre Г©mission, beaucoup plus trash celle lГ , et Г©galement diffusГ©e sur Teva : Relooking extrГЄme , qui montre dans les moindres dГ©tails les multiples interventions chirurgicales (une dizaine en moyenne) qui vont Г©galement changer la vie des cobayes humains Г©lus. Formidable AmГ©rique.
Mathieu V.
Images d’AmГ©riques: « no good way, just one way » 12 octobre, 2008
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Tout le monde doit un jour faire Son voyage aux Etats-Unis. Un rite initiatique. Une obligation. Pourtant il y a plus dépaysant, plus beau, plus sauvage, plus riche culturellement que de traverser les Etats-Unis. Mais c’est comme visiter la maison de son enfance… Avant même d’y avoir mis les pieds, ce pays nous a été montré, raconté, fantasmé par tous les films que nous avons vus.
Voyager aux Etats-Unis, c’est vérifier. Ouvrir l’album de ses images mentales piquées dans les films et vérifier qu’elles collent avec la réalité. Un album personnel d’images non vécues mais qui nous ont construit. Vérifier et enquêter. Une Highway, je coche ; un Motel, ok c’est bien ça ; un Diner, ça se tient aussi ; Brooklyn Bridge, pas tant que ça ; la Musique, toujours et partout ; la Liberté, oui mais non ; la Déglingue, on nous l’avait caché ça…
Voyager en voiture Г©videmment. Etonnante similitude que la position du spectateur regardant un film et celle du voyageur dГ©couvrant les Etats-Unis : assis en train de regarder un Г©cran (la toile/le pare-brise).
Les plus mystiques considèrent que ce pays a été crée pour être filmé et que le cinéma ne pouvait développer que là -bas toute son ampleur. Sur place, cette boutade d’illuminés lasse de faire rire et laisse place à l’intrigue : il n’y a pas plus photogénique que les Etats-Unis. Puissance et Déclin jaillissent à chaque coin de rue, ce binôme est aussi la matrice de tous les grands récits.
Ce voyage originel marque aussi le passage de l’enfant qui fantasme, rêve ou haït, à l’adulte qui comprend, modère et analyse. Ce continent du rêve forgé par le cinéma, cette possibilité du nouveau départ, devient une terre peuplée d’hommes plus ou moins aimables, pas plus envoûtante mais pas moins non plus que toute terre étrangère. En cela, ce voyage est aussi une perte.
Augustin B.
Sarah Palin ou le droit Г la critique 1 octobre, 2008
Posted by CINETHINKTANK in Politique & SociГ©tГ© .Tags: Image , Politique , USA
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Que se cache-t-il donc derriГЁre le visage de Sarah Palin, derriГЁre ce visage Г©clairГ©, imperturbable de la sГ©nateur-mГЁre de famille, sГ»re de sa force (sГ»re de ses certitudes pourrait-on dire avec malice)? Avec le choix de Sarah Palin, le parti rГ©publicain nous offre en rГ©alitГ© non pas le visage rassurant et souriant de la mГЁre de famille mais bien la face sombre de l’AmГ©rique cynique et froide dans un systГЁme ou la forme prime le fond, l’instant sur la mГ©moire, et le dire sur le faire. Cependant, la suprГ©matie de l’un ne signifie pas pour autant l’inexistence de l’autre. Tapies ou brandies suivant les occasions et le public, les idГ©ologies les plus fermГ©es trouvent avec les Г©lections un moyen de se rГ©aliser dans la sphГЁre du rГ©el. La droite chrГ©tienne amГ©ricaine, et plus particuliГЁrement les Г©vangГ©listes ont trouvГ© dans Georges W Bush un fervent support, en mГЄme temps que le parti rГ©publicain se rГ©jouissait de la conquГЄte de cette base Г©lectorale prГ©pondГ©rante. Mais la mission divine qu’ils se sont assignГ©e ne peut se rГ©aliser en seulement 8 ans, et ils entendent donc logiquement trouver dans le nouveau ticket prГ©sidentiel le bras armГ© nГ©cessaire Г la poursuite de leur Е“uvre et garant de leurs valeurs. Pour ces В« born again В», comme dans les westerns de la grande Г©poque, le monde se divise en deux catГ©gories: ceux qui sont sauvГ©s et les pauvres pГЄcheurs dans l’erreur qu’il convient de convertir. PersuadГ©s d’ГЄtre les dГ©tenteurs de la vГ©ritГ© suprГЄme, ils aveuglent et Г©crasent de leur foi bien-pensante les damnГ©s qui n’ont pas la chance de percevoir le monde comme eux. Il est inutile de rappeler combien cette vision binaire du monde et du rapport humain (В« qui n’est pas avec moi est contre moi В») a dГ©jГ provoquГ© de terribles ravages, depuis la rГ©volution franГ§aise jusqu’au temps des rГ©publiques socialistes soviГ©tiques, et donc plus rГ©cemment dans le domaine des dogmes religieux. Cette attitude a pour but/consГ©quence de dГ©nier Г autrui la possibilitГ© d’une argumentation construite, Г©quilibrГ©e, dialectique, puisque l’issue en est dГ©jГ connue (В« de toutes faГ§ons nous dГ©tenons la vГ©ritГ© В»). En enfermant l’autre derriГЁre ce mur dressГ© par la foi inГ©branlable, elle le transforme de sujet en objet sur le quel se pose le regard du maitre sur la chose. C’est cette attitude que l’on voit chez Sarah Palin, persuadГ©e que son fils est parti en Irak pour poursuivre la mission divine qui lui est assignГ©e, et dont la ville, Wasilla, est celle qui a rГ©sistГ© le plus longtemps a prendre en charge les examens de victimes de viol, sans parler de la nГ©gation droit Г l’avortement y compris justement en cas de viol. A travers ces signes, que penser alors de sa relation avec les pays Г©trangers, en particulier de tradition musulmane? PersuadГ©s que la lutte finale est engagГ©e, les Г©vangГ©liques avec Sarah Palin ne reculeront devant rien au nom de la vГ©ritГ© divine pour assurer leur victoire (voir Г ce sujet le magnifique documentaire de Jeudi Investigation du mois de mai sur Canal+). Alors a ceux qui nient le droit au dialogue dans tout ce qui touche Г leur foi et les champs immenses qu’elle investit dГ©sormais, on est tentГ© d’opposer le mГЄme non ferme mais comprГ©hensif. Un non ferme Г la pensГ©e unique, fut-il au nom de principe divin, non Г cette perception de la religion qui est au fond si froide, si inhumaine envers le reste de la communautГ©, si incomprГ©hensive, non Г cette logique d’affrontement plutГґt que de dialogue. Non Г la religion comme principe de В« dГ©cision massive В» ! DГ©jГ tant de victimes dans notre histoire lorsque le spirituel s’empare du temporel et prГ©tend le guider. La fermetГ© de ce non sera donc Г la mesure de l’obstination aveugle qui lui est opposГ©e. En revanche, ce sera un non dialectique, un non ouvert Г la discussion et ouvert Г l’autre, prГЄt a dГ©battre en toute В« bonne foi В» et permettre Г©ventuellement Г la religion quelle qu’elle soit d’inspirer le rГ©el, de lui fournir une piste de rГ©flexion originale, sans cesse en mouvement, vers l’espoir d’un futur meilleur.
Mathieu. V