Exotisme nordique


L’Origine du monde, Gustave Courbet

Certains films n’ont pas la chance d’être mondialement distribués et de rencontrer leurs publics. C’est le cas du dernier film de Thor Gravussen, réalisateur formé à la petite école de cinéma de Trondheim. Je rappelle que cette école fut à l’origine du mouvement PURA qui a permis au cinéma norvégien de sortir de son espace national dans les années 80.

Heureusement pour les cinéphiles en quête de curiosités, le dynamique centre Southbank à Londres avait prévu une séance hier. J’ai eu la chance d’être mis au courant par la newsletter quotidienne de Southbank. Je decidai de m’y rendre, motivé par la douteuse nostalgie d’une lointaine expérience en Norvège. Je ne pouvais préparer cette excursion car le peu d’informations disponibles à propos de Gravussen est en norvégien. Cela m’ennuyait car j’aime avoir avec moi mes habituels préjugés. Donc je m’installai confortablement dans mon siège avec comme seule indication sur le spectacle à venir son titre, Poets.

Générique sur Sea, Sex and Sun (version anglaise avec un texte épuré de Gainsbourg par rapport à la version originale). Très sobre. Le nom des acteurs (neuf au total) défile sur fond noir.

L’histoire est simple. Quelques individus se retrouvent chaque année dans la maison du couple Smith pour y produire de la poésie médiocre. Toujours les mêmes personnes depuis cinq ans. Parmi eux, Aldo, qui fantasme sur Aline. Je n’en dirai pas plus sur la trame.

La construction du film est simple. Les scènes de soirées durant lesquelles les protagonistes récitent les productions oniriques (scènes dignes du burlesque Fellinien, je pense notamment à certains passages de Fellini Roma ou de La Cité des femmes) sont parfois entrecoupées de scènes érotiques. Aline couche tour à tour avec les divers protagonistes à l’exception d’Aldo. Ce dernier observe toujours ces représentations friponnes, à peine caché pour qu’Aline l’aperçoive. Il est un voyeur volontairement démasqué. Le jeu est clair entre les deux « complices » et semble se poursuivre d’années en années. Jusqu’à l’explosion d’Aldo ?

C’est d’ailleurs le travail de Gravussen sur l’érotisme sur lequel je voudrais partager quelques impressions. J’ai appris lors de l’interview post séance (Gravussen et deux autres acteurs étaient présents) qu’il avait adapté sous format de courts métrages quelques nouvelles de Pierre Louys. Et que son intérêt pour l’érotisme n’était pas nouveau. Je confirme que le viking est très doué pour ce type de cinéma. Il y a une maîtrise totale des couleurs (étonnants pastels qui donnent un aspect désuet et chimérique à l’acte), de l’organisation des corps dans l’espace (l’orgasme final et puissant d’Aline est provoqué par un missionnaire. Quelle femme, de nos jours, jouit sur un missionnaire ? Et bien Gravussen a osé et on est tenté de rendre au missionnaire ses heures de gloire) et du son (les gémissements d’Aline sont délicieux, une performance sonore exceptionnelle ! Cette habituelle gésine de l’orgasme étant une dédicace au fidèle Aldo. La manière dont les petits cris sont dirigés vers Aldo, tout en étant spontanés, est troublante. Il semble les cueillir dans la paume des mains comme des pétales de rose. Ma poésie est douteuse elle aussi…).

Félicitons aussi Gravussen pour la qualité de son casting. Même Mocky (dans La Saison des plaisirs) n’avait pas osé exposer une touffe si touffue. Car le con du personnage Madame Smith est une trouvaille fabuleuse. Une forêt démentielle sur laquelle, à mon plus grand plaisir, Gravussen s’attarde longuement. Sans effet photographique. Aucun son. Juste un zoom délicat qui offre au spectateur ébahi un tête à tête avec la fouffe magique. Mais celui qui en parle le mieux, c’est Monsieur Smith : « J’étais sur ma serviette de bain et regardais les diverses anatomies défiler sous mes yeux ébahis. C’est alors que je vis la plus belle chatte que Dieu ait pu créer. Un sexe incroyablement fourni, une prodigieuse jungle indomptable, d’une épaisseur extraordinaire. Je lui ai ensuite fait la cour et nous nous sommes aimés. Tout simplement, serais-je tenté de dire. »

Je me posais la question suivante il y a peu de temps : qu’est-ce que le sensuel ? Je ne voulais pas de la définition du Robert. Je cherchais une réponse plus colorée, plus olfactive, plus sonore. Et Gravussen me l’a donnée. Poet est un film sensuel. Et énigmatique. C’est ma conclusion. Je vous invite tous à voir ce film. (Si vous le trouvez) Aucune de vos références ne vous sera utile. Skoäl !

Hector

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