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La jeunesse ne dépend pas forcément du nombre des années. Il arrive que la relation soit même inversement proportionnelle. Agnès Varda (81 ans) avec Les Plages d’Agnès ; Clint Eastwood (79 ans) avec Gran Torino et aujourd’hui Woody Allen (74 ans) avec Whatever works nous ont offert parmi les films les plus frais des six derniers mois.
La vieillesse est souvent décrite comme une chute, une décadence voire un naufrage. Du point de vue de la santé, c’est assez incontestable, mais d’un point de vue spirituel, si on traverse la vie avec curiosité, c’est une période où l’être s’épure et se libère. À ce titre, les dernières œuvres des artistes sont passionnantes. Miro purifie et minimalise à l’extrême sa peinture, Céline pousse toujours plus loin son style jusqu’à nous y perdre et Ford filme un premier western du point de vue des Indiens.
Deleuze a dit des choses sublimes sur la vieillesse (voir la vidéo) :
« Quand on est vieux, on est beaucoup plus désintéressé, on aime les gens vraiment pour eux-mêmes. J’ai l’impression que ça affine la perception des choses que je n’aurai pas vues avant, des élégances auxquelles je n’aurai pas été sensible, là je les vois mieux car je regarde quelqu’un pour lui-même (…) et puis la merveille, c’est que la société vous lâche, alors ça, être lâché par la société c’est un tel bonheur ! (…) Il suffit de se secouer un peu pour que ça tombe, tous les parasites que vous avez eu sur le dos toute la vie tombent, et il reste plus qu’autour de vous, des gens que vous aimez et qui vous supportent. (…) Un vieux qui n’est rien que vieux, c’est l’Etre pur. »
Revenons à Woody Allen et son dernier film Whatever works . Il est drôle et c’est déjà ça.
Ce film dit aussi quelque chose de simple et donc assez génial, « Whatever works ». En clair et sans rien dévoiler du film : peu importe, si ça marche. Avoir 20 ans et vivre avec quelqu’un de 60 ans ? Peu importe, si ça marche. Je vis avec 2 femmes qui elles-mêmes vivent avec 2 hommes ? Peu importe, si ça marche…
Cette petite phrase de rien du tout fait un bien fou. W. Allen nous libère d’un seul coup de tout besoin de normalité que nous impose la société. Il nous dit que la seule norme pour un être humain, c’est d’être bien là où il est. Ce n’est pas si simple. Cela impose d’avoir le courage de partir ou de changer.
Malheureusement, toute bonne nouvelle arrive accompagnée de son cortège de mauvaise. Whatever works signe la mort des émissions de Jean-Luc Delarue. Un véritable drame…
Augustin B.
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L’apaisement éprouvé durant la période des fêtes, au cours desquelles certains auront cherché à se défaire du flux envahissant de l’information, n’aura pas duré bien longtemps. Dès la rentrée, en effet, la nécessité de se tenir à la page de l’actualité aura vite repris le dessus. Tout comme la fatigue consécutive à la quantité d’informations déprimantes à digérer. Tout comme l’irritation ressentie face aux annonces d’un gouvernement qui, loin d’être le précurseur qu’il désire incarner, colle bêtement à l’époque d’une insupportable compétition entre les hommes.
Mais ce qui irrite d’avantage, c’est que cette compétition est vendue par le pouvoir en place, avec ses opportunités, ses promotions, ses carrières, ses ambitions, comme une sorte de Graal à décrocher, tant il tient pour acquis que l’unique préoccupation du citoyen moyen, dorénavant, est la recherche du « plus haut niveau », sans le moindre égard pour des collaborateurs perçus comme de simples concurrents. Des rivaux, en somme, pour une conception bien peu évoluée de la vie en société. On assiste à un déplacement du système de l’entreprise en politique comme dans les autres secteurs de l’économie ou les milieux universitaires, et l’on est en droit de soupçonner que les ententes du gouvernement avec le patronat, qu’il n’a d’ailleurs jamais cherché à dissimuler, contribuent à cet état de fait.
La compétitivité largement répandue aujourd’hui en France va de pair avec une forte pression exercée sur les concitoyens face à l’urgence d’un mal à résoudre. C’est à ce niveau que les médias interviennent, multipliant les annonces autour de mesurettes lancées à tout va, dans la précipitation, et qui heurtent l’indépendance des institutions dans tous les domaines (économie, justice, éducation, audiovisuel, culture… en 15 jours à peine !). Et tout cela afin de résoudre une crise dont on subit, certes, les effets, mais que le climat d’anxiété généré par l’information à outrance ne fait qu’aggraver. Bref, il ne s’agit que de communication dirigée, celle-ci même qui conduit les masses à éprouver un sentiment d’insécurité. Et qui les pousse à se sentir redevables d’acquis pour lesquels elles se sont battues, tout en leur faisant croire à la nécessité de réformer pour qu’elles puissent en conserver une partie des bénéfices.
Ce constat m’amène à me poser la question suivante : l’homme, à force d’être sans cesse dérangé par une information nouvelle, ne met-il pas en danger sa capacité de réflexion, à long terme, sur un sujet donné ? Je pense en tout cas que cette réalité exige d’une part une réelle prise de conscience et la dénonciation qui s’ensuit, tout comme elle exige au quotidien un rôle actif d’isolement, par quelque moyen que ce soit. Le cinéma, dans cette perspective, joue un rôle essentiel.
Je pense au dernier film d’Agnès Varda qui, sans le vouloir, évoque la nostalgie d’une période où l’on prenait le temps. Je recommande vivement d’aller voir Les Plages d’Agnès car le film fait la promotion, sans le vouloir encore, de l’étonnement de la nature humaine, de la naïveté, de l’authenticité, contre la méchanceté, valeurs basiques qui paraissent aujourd’hui, à tort, dépassées voire méprisables. La sensibilité de la cinéaste est une poche d’oxygène dans un monde de la compétitivité et de la réussite à tout prix : c’est une valeur qui à tendance à se perdre, à l’image de celles du monde agricole que décrit La Vie moderne , le dernier film de Raymond Depardon. Et dire qu’il ne tient qu’à nous que de tels bijoux tiennent la dragée haute, au box-office, aux productions formatées, made-in TF1, qui mettent en scène le couple nauséabond Boon-Marceau… Mais d’abord faudrait-il reconnaître que si le cinéma est un art, la télévision, elle, n’est, pour l’heure, guère davantage qu’un meuble.
Matthieu Z.
Le plus beau cadeau de noël que vous pourriez faire et vous faire, c’est d’aller au cinéma voir Les Plages d’Agnès d’Agnès Varda. C’est un bijou-génial-drôle-poétique-magnifique… Je pourrais vous en faire des tartines de compliments… Je peux aussi me contenter de vous dire d’aller voir ce film. Ca raconte quoi ? Vous verrez… Le meilleur film de l’année ? Sans doute… On en sort ? Heureux… C’est déjà pas si mal…
Petite précision : Agnès Varda a 80 ans et a toujours eu une drôle de tête.
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