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Steven Soderbergh sort la semaine prochaine The informant ! avec Matt Damon. La filmographie pléthorique de ce réalisateur est un mystère aussi épais que le brouillard anglais. Soderbergh enchaîne les films en rotation lourde. Aucun lien de style, de ton, de genre. Deviner la paternité d’un film de Soderbergh est un exercice bien plus pointu qu’une dégustation à l’aveugle de vins bordelais. Nous nous étions arrêtés à l’hypothèse évidente qu’il est un touche à tout génial, un surdoué épris de liberté. Cette thèse officielle nous paraissait trop simple et l’investigation a été menée jusqu’à découvrir l’inimaginable : le « Soderbergh Global Agreement ». Revenons une poignée d’années en arrière à Los Angeles…
Rien n’avait jamais filtré de cette réunion secrète. Une agitation inhabituelle règne dans le célèbre restaurant Morton’s de Los Angeles. Les services de sécurité sont à cran. Les clauses de confidentialité sont signées à tour de bras par le personnel du restaurant jusqu’au cuisinier indien qui ne comprend pas le moindre mot d’anglais. La tension est forte car le moment est unique. Dans l’arrière-salle sont réunis les hauts représentants des Big Six : Paramount, Warner, Columbia, Universal, Fox et Disney. Dans une ambiance glaciale, sont assis autour de la table les ennemis jurés acceptant de faire la paix le temps d’une signature. Le contrat est paraphé par chacun des membres.
A cette époque, les Studios font face à un mouvement inhabituel : une volonté des réalisateurs célèbres de faire des films loin de leur genre et qu’ils rechignent à assumer, et donc à signer. Il est inenvisageable de renoncer à ces scénarios et à ces juteuses promesses de profits. C’est à ce moment-là que le diabolique projet a été imaginé : rien de moins que la création d’un réalisateur ex-nihilo.
Steven Soderbergh est donc né dans une odeur de cigare cubain au fond d’un restaurant californien.
Ils lui ont inventé une jeunesse, un parcours et surtout un physique. Le choix s’est dirigé vers un timide étudiant en cinéma, dénué de tout talent et, par la force des choses, d’ambition. Le pacte secret est conclu. Il abandonnera sa vie et incarnera celle d’un faux réalisateur. Il jouera le jeu de la promotion et du making-of en échange de son silence et d’une confortable rétribution.
Aux hasards de notre enquête et des langues qui se sont lentement déliées, nous avons retrouvé la parenté de ces quelques films nés sous X : Ocean’s Eleven a en fait été réalisé par Jim Jarmusch, Che a été réalisé par Sylvester Stallone et Girlfriend Experience par Robert Emmerich.
Cette exclusivité signée CINETHINKTANK fera sans doute l’effet d’une bombe à Hollywood et nous serons accusés d’affabulation. Une chose est sûre : nous ne cèderons devant aucune pression et nous protègerons toujours nos sources.
Augustin B.
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La lourdeur et la pesanteur de la production d’un film rendent le cinéma incapable de réagir à l’actualité la plus chaude. Pourtant, l’intuition ou le hasard nous offrent ces temps-ci deux films qui rencontrent une actualité, un sujet.
Mon premier s’appelle Andreas Baader. Un film, L a bande à Baader , de Uli Edel, retrace les années de plomb, de la RAF, l’œdipe impossible d’une génération qui doit accepter une parenté nazi. Andreas Baader est un rebelle sans cause (réelle) ou un gros con, selon l’humeur. Le film est excellent, passionnant.
Mon second s’appelle Ernesto Guevarra. Un film, Che – L’argentin , de Steven Soderbergh, retrace la lente conquête du pouvoir par une bande de guerrieros cubains, dont Guevarra. Le film est lent, étouffant comme une guerrilla. Reste ce personnage, l’image éternelle, absolue et indépassable de l’être engagé. Guevarra est entré en rébellion comme un prêtre dans les ordres : vœu de pauvreté, vœu de chasteté, vœu d’obéissance. C’est un saint les mains pleines de sang.
Mon troisième s’appelle Julien Coupat. Mi-philosophe, mi-gourou, J. Coupat a repris, le panache et le courage en moins, le flambeau de la lutte armée. Il a eu au cours de l’année 2008 ce tout petit moment de gloire où il a, comble du courage, osé saboter des catenaires de la SNCF.
Mon tout est l’engagement.
Ces trois personnes se seraient sans doute détestées. Le troisième reprocherait au premier son inculture, celui-ci lui rétorquant sa frilosité. Tout cela sous le regard plein de reproches et de déconsidérations paternalistes du second. 3 personnes, 3 époques, 3 engagements absolus.
Mais d’où vient l’engagement ? Pourquoi un citoyen attentif aux « choses du monde » se met-il à vouloir agir ? Une injustice devenue insupportable ? Non, ce n’est pas le point de départ. Plutôt que de parler de marxisme, de dictature à renverser, de système totalitaire, d’injustice insupportable, de fonte des glaces, pourquoi ne pas s’avouer la raison première et profonde de tout engagement : l’ennui.
Un être humain s’engage, se révolte, par un besoin de sortir de sa petite histoire pour embrasser la grande. Vivre le frisson de participer et d’influencer le monde. Une promesse d’inattendus et d’excitations. Désir inavouable d’orgueil. L’engagement, c’est se voir beau et se trouver fort, puissant. Je pense que le point de départ est l’ennui ou plutôt l’envie de briser un quotidien qui s’endort. La révolte est une promesse d’accélération de sa vie, de participer collectivement à une aventure.
Il n’est pas ici question de critiquer tout engagement. Mais l’engagement souvent présenté comme un don de sa personne, comme un geste purement philanthropique, revêt à mon sens une dimension égoïste qu’il faut savoir connaître, reconnaître.
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