Y’en a marre 12 octobre, 2010
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Y’en a marre. Marre de tout ce que l’on entend, tout ce que l’on voit Г chaque publicitГ©, tout ce que l’on nous infligeВ Г longueur de JT. Et cette guerre de l’information oГ№ l’expert se perd, oГ№ l’ignorant ne ressent qu’une seule chose, le degrГ© de manipulation qu’il subit. La crise, ou comment nos Г©lites ont opportunГ©ment tournГ© cela en mesures d’austГ©ritГ© fatalement rendues nГ©cessaires. Et ce bouclier fiscal, qui n’en finit pas de ne pas cГ©der. Un bouclier comme une illustration sГ©mantique de la guerre des classes moderne. Avons-nous dГ©jГ entendu parler d’un bouclier socialВ ? Les reprГ©sentations symboliques et psychologiques s’échappent dans le rГ©el.
A force de jouer avec la puissance des mots, nous en avons perdu le sens. A force de tout dire et contredire, nous avons perdu celui de la vГ©ritГ©. A force de tout politiser, nous avons perdu le sens du juste. A force encore de tout vouloir acheter et vendre, nous avons perdu le sens de l’autre. Alors y’en a marre. Quelle expressionВ ! Marre de se sentir si impuissant, marre de se voir dГ©nier l’accГЁs Г la raison la plus Г©lГ©mentaire. Marre de ne pouvoir rien dire qui ne soit instrumentalisГ©, ou l’exemple lamentable de nos politiques finit par dГ©teindre sur nos vies. Il n’est pas question de chiffres ici, bataille rejouГ©e chaque jour par nos dirigeants pour le contrГґle de la vГ©ritГ© officielle. Et ce n’est pas le franГ§ais rГўleur que l’on se complait Г faire rentrer dans les clichГ©s qui dit cela. Ce n’est pas non plus le sobriquet de « populisteВ В», dont on affuble aussitГґt celui qui s’exprime avec le cЕ“ur, qui dit cela.
C’est un individu comme vous et moi. Un individu lГ©gitime. Un individu quel qu’il soit, nonobstant son origine, sa religion, ses revenus. Un membre de la race. C’est quelqu’un qui se rГ©veille chaque matin avec une rage que les heures passГ©es devant un ordinateur, un comptoir, une machine, ne parviennent que trop mal Г endormir, et qui se rГ©veille la nuit. C’est quelqu’un qui n’abandonnera jamais l’idГ©e qu’autre chose est possible. Jamais car c’est lГ le propre de la nature humaine. Jamais car nul ne peut rester indiffГ©rent devant autant de souffrance, au pas de sa propre porte ou Г l’autre bout du monde. Pas d’apitoiement ici sur notre propre impuissance, parfois si paralysante, et si savamment entretenue, mais une action infime, de chacun, Г sa propre Г©chelle. Une action Г la mesure des possibles.
Il ne nous appartient pas en effet de prendre ces dГ©cisions souvent si complexes, ou de mieux savoir, mais il nous appartient toujours de dГ©finir le cadre dans lequel ces dГ©cisions se prennent, et de sГ©lectionner ceux qui vont les exГ©cuter. Il nous appartient toujours de sanctionner ceux qui manquent Г leurs devoirs, et de faire exГ©cuter la sanction. A cela jamais nous ne devons renoncer, ni sombrer dans la passivitГ© induite volontairement dans notre temps de cerveau disponible. Il nous appartient enfin de modifier les rГЁgles lorsqu’elles sont dГ©tournГ©es de leur fin, lorsque la rГ©publique manque Г ses plus Г©lГ©mentaires principes, lorsque la sociГ©tГ© atteint un tel degrГ© d’hГ©tГ©rogГ©nГ©itГ© qu’elle en perd son sens, et que sa survie mГЄme est menacГ©e.
Mathieu V.
La psychiatrie au cЕ“ur du cinГ©ma franГ§ais 5 octobre, 2010
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A l’heure oГ№ la lutte se poursuit entre le gouvernement franГ§ais et les professionnels de laВ psychiatrie concernant le projet de rГ©forme des soins des malades mentaux (cf leВ collectif des 39 contre la nuit sГ©curitaireВ http://www.collectifpsychiatrie.fr/ auquel s’est derniГЁrement associé le monde de la culture pour dГ©fendreВ les droits des patientsВ http://www.mediapart.fr/club/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/210910/appel-aux-acteurs-du-monde-de-la-culture-qu ), il est intГ©ressant de faire un tour d’horizon de rГ©cents films franГ§ais quiВ abordent la folie et ses traitements, tГ©moignant de l’intГ©rГЄt du cinГ©ma, et de notre culture franГ§aise, pour ce sujet.
Anna M. В (2007) tout d’abord, de Michel Spinosa, avec Isabelle CarrГ© et Gilbert Melki. Il est ici question d’Г©rotomanie, une psychose construite autour de la conviction dГ©lirante que l’on est aimГ© par une personne.В Dans une ambiance de thriller, Isabelle CarrГ© donne une idГ©e saisissante du trouble dont les Г©rotomanes sont atteints. Un film trГЁs abouti, bouleversant, et au suspens constant, maintenu par les consГ©quences dramatiques que peuvent gГ©nГ©rer une telle psychose (et pour les amateurs, une fin magnifique, qui se dГ©roule tout en douceur dans une nature apaisГ©e, et qui Г©voque la fin de l’inoubliableВ Mother В deВ Joon-ho Bong).
Cortex В (2006)В deВ Nicolas Boukhrief (produit par Sylvie Pialat) avec AndrГ© Dussolier qui joue le rГґle d’un ancien flic atteint de la maladie d’Alzheimer. S’il faut retenir le jeu poignant de l’amnГ©sique Dussolier, l’intГ©rГЄt de ce polar rГ©side avant tout dans la reconstitution de l’ambiance angoissante d’une clinique accueillant les malades et les fous. Y sont notamment pointГ©es les dГ©rives d’un milieu hospitalier hostile, qui enferme sans comprendre. On notera que pour se sortir de la clinique dans laquelle on l’a fourrГ©, Dussolier s’en sort Г la fin par la force de son instinct. Une maniГЁre de dire que lesВ fous ne sont donc pas toujours ceux qu’on croit…
Dorothy В (2007) d’AgnГЁs Merlet avec Carice Van Houten. Dans ce thriller-film horreur Г©voquant quelque peu le cauchemardesqueВ Rosemary’s baby В de Roman Polansky, il est question de personnalitГ© fragmentГ©e et de schizophrГ©nie. Si le film peine parfois dans le cadrage et l’enchaГ®nement des scГЁnes, sa rГ©ussite est assurГ©e par le jeu formidable de l’actrice qui retranscrit parfaitement Г l’Г©cran la maladie dont elle souffre (il fallait du talent pour interprГ©ter les diffГ©rentes facettes d’une personnalitГ© schizophrГЁne). Mais ce qui est le plus troublant, c’est d’apprendre (dans les bonus que commente la rigolotte AgnГЁs Merlet, passionnГ©e par le fonctionnement du cerveau) que certains assassins ont pu ГЄtre acquittГ©s,В en raison de leur maladie,В pour des crimes qu’ils avaient commis.
TrГЁs bien, merci В (2007), enfin, d’Emmanuelle Cau, avec (le toujours excellent) Gilbert Melki et Sandrine Kiberlain. Dans un registre diffГ©rent, c’est peut-ГЄtre le film le plus marquant des quatre puisqu’il dГ©nonce, dans une ambiance assez farfelue, cette machine mГ©dicale sГ©curitaireВ qui rГ©duit les libertГ©s individuelles. Gilbert Melki, pour s’ГЄtre interposГ© dans une bagarre impliquant les forces de l’ordre, se retrouve ainsi brutalement conduit au poste, puis dans un hГґpital psychiatrique oГ№ on lui impose de se faire traiter. Quand la machine est lancГ©e, le cauchemar peut commencer. A lire aussi l’article de Jacques Mandelbaum dansВ Le Monde В ( http://www.lemonde.fr/cinema/article/2007/04/24/tres-bien-merci-un-cauchemar-eveille-prend-la-forme-d-une-parabole-politique_901091_3476.html ), dans lequel le journalisteВ conclut son analyse du film en soulignant que « tout appareil rГ©pressif justifie son propre dГ©lire en l’imputant Г ceux qui le combattent ». Brillant.
Ces quatre films, Г des degrГ©s divers, permettent au spectateur de mieux apprГ©hender les troubles dont souffrent les malades mentaux. Par la mise en situation, ils rГ©itГЁrent en outre une Г©vidence : la voie du dialogue, et le temps du dialogue, sont des Г©lГ©ments indispensables au bonВ soin des internГ©s, etВ le traitement mГ©dicamenteux doit servir de complГ©ment, sans se rГ©vГ©ler systГ©matique. Enfin ils pointent ( Cortex В etВ TrГЁs bien, merci В notamment) les dГ©rives sГ©curitaires qui pourraient survenir si la rГ©forme des soins voulue par l’actuel gouvernement Г©tait adoptГ©e. Gardons cela Г l’esprit :В c’est au sein d’une sociГ©tГ© malade queВ tout citoyen « sain d’esprit »В peut, par l’effet d’une loi rГ©pressive et d’une procГ©dure injuste, se retrouver du jour au lendemain dГ©clarГ© malade, Г traiter et Г interner.
Matthieu Z.
Le problème d’Alice 26 mars, 2010
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Reconnaissons d’emblée au film de Tim Burton une certaine qualité esthétique, habilement mise en valeur par l’usage désormais presque commun de la 3D. Ces plantes étranges qui s’agitent et paraissent réellement vivantes et ces jolis papillons qui virevoltent devant nos yeux ébahis nous plongent dans le monde onirique de Lewis Carroll revisité. Tim Burton nous offre une Alice à la frontière de l’âge adulte, encore tiraillée par ses rêves d’enfants tout en étant devenue une femme au caractère bien affirmé. Alice, pourtant, a un problème. Ou peut être est-ce Tim Burton ? Je ne sais pas. Il a, dans sa filmographie prolixe, traité le regard de l’enfant sur le monde ( James et la pêche géante , Charlie et la chocolaterie ), et également de la quête de l’adulte inadapté pour être accepté ( Edward aux mains d’argent ).
La question abordée dans cet Alice semble cette fois différente, à cheval (pour ne pas dire écartelée). Qu’est-ce qu’être adulte ? Alice retourne une dernière fois au pays de l’enfance et ce qu’elle y découvre (sur elle-même), l’aide à prendre des décisions (devenir soi-même de manière autonome) dans le monde réel. Elle repousse ainsi sans ménagement son prétendant, qui semble lui promettre une vie de malheur, au profit d’une carrière à l’aventure de par le monde, toujours accompagnée de ses rêves enfantins résiduels. Elle s’affranchit sans plus de contrainte que son propre questionnement intérieur de cette société anglaise corsetée et conservatrice, symbolisant la figure de la femme libérée.
Pourtant, que veut dire « être adulte » ? Par définition, c’est ne plus être son contraire, à savoir être enfant. Si nul ne peut nier l’enfant (ou ce qu’il en reste pour le meilleur et pour le pire) qui sommeille en chacun de nous, l’adulte est celui qui prend conscience et interagit avec le monde extérieur. L’enfant égoïste ne voit que lui-même. Il est son propre monde, son univers. C’est ce que l’on retrouve dans le roman original de Lewis Carroll : une autarcie du moi, un monde clos dans lequel s’épanouissent mes fantasmes. C’est cette indifférence à autrui qui cesse avec le passage à l’âge adulte, ou l’individu cherche sa place dans la société, et prend conscience de questions qui le dépassent. L’adulte est un acteur du monde. Un responsable (sémantiquement, un individu capable d’apporter une réponse) et non un enfant qui questionne. Notre Alice de Tim Burton reste une enfant. Elle choisit la fuite pour prolonger (vainement ?) la part d’enfance qui subsiste encore en elle. Comme un caprice, elle embarque sur un navire en partance pour des contrées inexplorées (encore un monde féerique et fantasmé !).
En réalité, Tim Burton dépeint l’enfant-adulte des temps modernes, qui refuse la société au lieu de l’affronter, qui campe dans un univers de rêve qui lui permet de ne pas voir le réel. Cet individu des sociétés occidentales développées, qui a la chance infinie (sans en avoir une once de conscience) de pouvoir agir (de par les richesses et l’éducation dont il est entouré) et qui choisit finalement… de ne pas choisir ! Drôle de conclusion, qui présente comme une fin en soi des individus non-adultes, non-finis en quelque sorte, à la poursuite perpétuelle de leur propre jouissance. Oui vraiment, Alice a un problème.
Mathieu V.
L’Apocalypse : ultime utopie ? 4 janvier, 2010
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La fin d’une annГ©e et le dГ©but d’une autre sont des pГ©riodes propices au bilan, quel qu’il soit. Curieux d’ailleurs, Г ce propos, que l’on ait besoin d’une date artificielle pour susciter un quelconque besoin symbolique de remise en perspective. Aujourd’hui en 2010, ce serait plutГґt une mise en abГ®me, tant le fossГ© qui sГ©pare notre vouloir-ГЄtre de notre existence rГ©elle semble sans fond.
MalgrГ© ce temps qui avance inexorablement, 2009 apparaГ®t comme une annГ©e de rГ©gression. RГ©gression Г©conomique avec la crise, inГ©vitable, attendue, inempГЄchГ©e. RГ©gression sociale Г©galement, en France notamment, mais aussi ailleurs dans le monde, avec l’ajustement vers le bas de notre sociГ©tГ© pour faire face Г В« la rГ©alitГ© de la situation В», comme se plaisent si bien Г le dire nos politiques pour justifier n’importe quelle Г©normitГ©. Un nivellement par le bas donc, prenant la crise comme prГ©texte. Une opportunitГ© de remise en cause si vite effacГ©e par ceux qui auraient trop peur d’y perdre dans ce dГ©bat (Lapalissade : on n’a peur de perdre que lorsqu’on a le sentiment d’avoir. Qu’avons-nous, nous les gens du commun, si ce n’est de maigres possessions matГ©rielles grevГ©es de dettes et d’emprunts Г la consommation qui nous donnent le faux sentiment d’exister ? A mettre en perspective avec ceux qui ont rГ©ellement).
Car si dГ©bat il y a, c’est bien celui-lГ , celui qui engage notre avenir et celui des gГ©nГ©rations futures. La possible remise en cause, ou tout du moins le questionnement de la finalitГ©, d’un modГЁle de sociГ©tГ© a Г©tГ© complГЁtement Г©vacuГ©e par les sophistes politiques qui lui ont prГ©fГ©rГ© l’identitГ© nationale et le port de la burqa, sujets-marionnettes incarnant le repli sur soi et la vue court-termiste de nos dirigeants, indiffГ©rents Г toute la responsabilitГ© qui est la leur et qui devraient en Г©quitГ© ГЄtre punis pour ce refus d’assumer leur charge par le corps Г©lectoral. Si l’on ajoute Г cela une vГ©ritable intention de tromper, des manЕ“uvres dolosives, ce n’est pas devant le peuple qu’ils devraient rГ©pondre de leur actes mais devant la justice. Tiens, c’est Г©trange, la justice est justement en pleine rГ©forme (encore un nivellement par le bas avec la suppression de l’indГ©pendance du juge d’instruction). ArrГЄtons-lГ les exemples, cet article n’y suffirait pas.
Le vrai dГ©bat donc, celui de notre avenir, s’est jouГ© Г Copenhague il y a peu. Une vГ©ritable dГ©ferlante mГ©diatique totalement inappropriГ©e au sГ©rieux de la question et aux divers enjeux. Ce sommet n’Г©tait du point de vue des mГ©dias de masse qu’un Г©vГ©nement parmi d’autres, disparu des Г©crans la premiГЁre grГЁve de RER venue, aussi soudainement qu’il y Г©tait apparu comme une question vitale quelques jours plus tГґt. Entre presque-Г©chec et demi-rГ©ussite, nous nous garderons bien de condamner par principe cette heureuse tentative.
Toujours est-il que comme d’habitude (horrible, non ?), l’absence d’engagements clairs met en lumiГЁre la complexitГ© et la puissance des forces du monde Г l’oeuvre, le dГ©sГ©quilibre Nord/Sud toujours plus saillant, les Г©conomies contre les hommes et non pour l’Homme. Et toujours le primat de l’argent et du contrГґle des Г©nergies, l’injuste rГ©partition des richesses, et le mГ©pris inhumain de ceux qui paient les pots cassГ©s de notre mode de vie (voir le tГ©moignage poignant de l’Г©missaire des pays Africains sous-dГ©veloppГ©s dГ©noncant cette В« mascarade В» au beau milieu d’un ocГ©an de bien-pensance auto-satisfaite)… en attendant que nous les payons nous-mГЄmes enfin dans un futur qui semble de plus en plus proche.
Nous avons beaucoup posГ© dans les pages de Cinethinktank la question du sens. Le tГ©moignage du sommet de Copenhague, en tant qu’Г©vГЁnement faisant sens, oblige Г constater la supГ©rioritГ© du rГ©el sur le potentiel, d’aujourd’hui sur demain, de maintenant sur aprГЁs. AprГЁs quoi ? AprГЁs moi, le dГ©luge ? En dГ©montrant ainsi notre incapacitГ© totale Г s’accorder pour prГ©voir, nous nous ravalons au rang des animaux de notre monde, Г celui de la bГЄte dans la satisfaction de nos (faux) besoins et dГ©sirs immГ©diats et perdons ainsi ce qui fait notre humanitГ© : l’empathie. Empathie pour autrui ici et ailleurs, pour autrui demain. Au lieu de prГ©voir et tenter d’Г©difier un monde meilleur, nous prГ©fГ©rons le caractГЁre destructeur de celui d’aujourd’hui, bien plus enviable suivant notre position occidentale.
Au delГ d’une crise Г©conomique, il s’agit vГ©ritablement d’une crise globale de ce qu’est В« ГЄtre humain В» qui Г©treint nos consciences. Alors comment blГўmer ceux qui font de l’apocalyspe le seul Г©vГ©nement capable de faire sens dans une sociГ©tГ© vГ©rouillГ©e et gangrenГ©e courant Г sa ruine. AprГЁs Le Jour d’aprГЁs , Roland Emmerich nous offre 2012 ,В pot-pourri mondialisГ© de traditions millГ©naristes Г la sauce new-age. On constate encore une fois qu’Hollywwod est Г la pointe de la comprГ©hension des ressorts sociaux, accompagnant par l’image du dГ©sastre la pensГ©e de plus en plus partagГ©e de ceux qui en viennent Г vouloir que le monde s’Г©croule pour lui permettre de changer, et peut-ГЄtre faire Г©merger l’homme nouveau (s’il survit ?), responsable, conscient des erreurs du passГ©, tout en Г©tant tournГ© vers l’avenir (incroyable d’ailleurs qu’Hollywood soit capable de mettre en scГЁne sa propre disparition sans y voir le moindre sens, Г moins d’admettre que la machine n’ait pas de conducteur, Г l’image du capitalisme qu’il promeut ? cfВ Le Capitalisme est-il moral ? d’AndrГ© Comte-Sponville)
Comme l’Г©crit si bien Manuel Rodriguez Rivero dans El Pais : В« ObscuritГ© et peur, en dГ©finitive, sont le reflet de l’absence d’espoir. [...] Peut-ГЄtre avons-nous besoin d’organiser notre pessimisme en force ? В». Entre animalitГ© et catastrophisme, je vous souhaite, en 2010, l’espoir d’aller vers le meilleur, et la force, chacun Г son Г©chelle, de le rГ©aliser.
Mathieu V.
Gonzo banlieue Ep 2 : « Made in America », chronique d’une guerre incivile 2 dГ©cembre, 2009
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Le récent documentaire Bloods & Crips, Made in America de Stacey Peralta nous donne à voir ce qui pourrait advenir d’ici peu dans nos cités radieuses LeCorbusinennes si l’onde de choc des émeutes de Los Angeles 1992 nous parvient comme prévu avec 20 ans de décalage… soit en 2012, année de l’apocalypse de substitution pour les incroyants de l’an 2000 et autres adeptes d’eschatologie aztèque. (Enfin le grand soir, décongelez Arlette !).
Made in America retrace la déliquescence du ghetto angelino sur trois générations et permet de replacer les choses dans leur contexte et de mieux comprendre un phénomène qui va bien au delà des hymnes gangsta-rap et de la culture du low-ride qui ont dument contribué à mythifier la culture des gangs de LA et à l’inscrire dans l’imaginaire collectif.
On y rappelle avec intérêt que, jusqu’aux années 60, les émeutes raciales américaines ou ce que l’on entendait jusqu’ici par là , n’étaient pas le fait de jeunes noirs passant leurs frustrations d’unter-prolétaires victimisés sur d’innocents blancs des banlieues résidentielles, mais bien le contraire, à savoir les razzia nocturnes de jeunes caucasiens en goguette sur les faubourgs noirs. Époque sortie de la mémoire collective, de laquelle ont récemment ressurgi quelques images oubliées, prises pendant les émeutes raciales de Saint Louis, Illinois qui en 1917 avaient entraîné la mort de près de cent personnes (« afro-américaines », nda).
Alors que les sixties avaient fait souffler sur les ghettos noirs l’espoir d’un renouveau du pacte socio-racial qui libérerait les forces vives du rêve américano-luthérien des entraves de la mémoire esclavagiste, les militants du pouvoir des fleurs ont vite été rattrapés par la réalité et ont vu la fin de leur rêve d’harmonie se briser sous les coups de queues de billard des Hells Angels à Altamont, au son de Sympathy for the Devil (revoir Gimme Shelter ). Les afro-américains ont quant à eux vu la fin de leur rêve de terre promise entrevue au-delà des collines d’Hollywood par le Pasteur humaniste s’écrouler lourdement sur le balcon d’un motel anonyme du Tennessee (pas de vidéo de l’incident).
Une à une, les cibles du programme CointelPro (pour Counter Intelligence Program) du Bureau Fédéral d’Enquête, ont disparu plus ou moins anonymement du paysage médiatique à coup de méthodes barbouzardes d’une efficacité redoutable (relire Ellroy). Martin Luther, Malcom X, Huey P. Newton et leurs supporters ont eu droit au meilleur des techniques de contre-insurrection réservées aux ennemis de la nation (et plus particulièrement aux ennemis de J.Edgar Hoover) et ont été victimes de chantage, discrédités, écoutés, camés, retournés, traqués et si besoin refroidis.
Sur les ruines encore fumantes du Mouvement des Droits Civiques et du Parti des Panthères Noires, dont les fantômes militants hantaient encore les esprits, les enfants des Black Panthers, exclus des Boys Scouts of America et du rêve américain ont commencé à se regrouper en « clubs » qui se sont révélés vecteurs d’une nouvelle identité moins victimaire – mais d’autant plus victimisante pour les clubs adverses. Le processus de dégradation progressive qui fait qu’on est vite passé des poings aux armes de poing, puis aux fusils d’assaut, n’aura fait que s’accélérer après l’apparition du crack et de ses ravages à mesure que les territoires des factions bleues et rouges morcelaient l’inner-city plus sûrement que des barbelés sur la prairie. La politique d’incarcération massive et privatisée entamée sous Bush Sr., et poursuivie sous Clinton, a achevé de briser ce qui restait de normalité dans le paysage apocalyptique de guérilla urbaine qui est le quotidien des soldats urbains, et a définitivement tué le suburbian dream des membres des anciens « clubs » pour lesquels la contestation politique n’est depuis bien longtemps plus à l’ordre du jour, les promesses de rénovation urbaine faites au sortir des émeutes de 92 s’étant rapidement révélées illusoires.
Les émeutes « Rodney King » de 1992 ont poussé la logique insurectionnello- révolutionnaire de Watts 1967 à un paroxysme que d’aucun pourraient qualifier de « progressiste » en propageant pour la première fois le feu de la contestation jusqu’aux portes des quartiers résidentiels. Le progrès était net depuis St Louis 1917 et les émeutiers offrirent pendant plusieurs jours une résistance prometteuse aux cadets de la garde nationale perdus dans la ville noire. Cela étant dit, on devrait à mon sens s’efforcer de considérer avec une bienveillance toute positive le fait que les jeunes peuplant nos cités hexagonales aient l’intelligence, dans leur combat contre les forces de l’ordre, de recourir à des tactiques de guérilla plus évoluées que les marches silencieuses ou les randonnées militantes en mobylette à travers la France (souvenons nous de la Marche des Beurs) et se soient récemment mis aux embuscades concertées et au tir à l’arme de guerre (bien qu’avec parcimonie, leur usage étant plus adapté aux braquages qu’aux luttes d’émancipation prolétaro-immigrées.)
Raoul Duke
( Pour en finir avec le jeune de banlieue , extrait)
Gonzo banlieue Ep 1 : faut-il encore vouloir de l’Г©galitГ© des chances ? 12 novembre, 2009
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Force est de constater qu’une appropriation approximative des concepts Г©thГ©rГ©s (ГЄtre et avoir – combienВ ?) infusГ©s dans nos Г©coles aux petits Nicolas et Farid, du cours moyen jusqu’aux classes prГ©paratoires, est l’un des signes discriminants permettant l’écrГ©mage social Г tous les Г©tages du processus de la centrifugeuse Г©tatique, etВ pratiquГ© avec la caution de l’évaluation scientifique (« d’essence rГ©publicaine » diront certains).
Les chances sont Г©gales, mais pour transposer le fameux mot d’Orwell dans la France de 2009В : dans la ferme hexagonale, certains sont plus Г©gaux que d’autres ! Au-dessus du marigot social des couches prГ©cipitГ©es de la France d’en Bas, c’est entendu, ne resteront que les meilleurs du lot. Les sigles Г©sotГ©riques pour le profane gravГ©s sous leurs enluminures dans le bottin mondain, parlent d’eux-mГЄmes aux initiГ©s et garantissent une conformitГ© ISO-Г©ducative parfaite aux attentes du clan dominant. X (dГ©clinГ© en Ponts, Mines et autres / ENA / Sciences Po – Paris). Cette triplette d’établissements de renom, avec son quarteron deВ spГ©cialitГ©s Г la carte, offre un nombre quasi infini de combinaisons possibles, toutes Г©galement synonymes de rГ©ussite. EloignГ©s des plus grands prГ©dateurs que sont la pauvretГ©, l’exclusion et leur Г -cГґtГ©s usuels (systГЁme D – criminalitГ© en col bleu), le jeune de centre-ville (nous l’appellerons ainsi par opposition au jeune de banlieue) est – statistiquement – assurГ© de traverser sans encombre le fleuve d’une vie aussi lisse que l’ocГ©an circulaire et pГ©trifiГ© des bassins du jardin du Luxembourg, signes d’un ordre ayant mieux rГ©sistГ© au temps que le Reich millГ©nariste d’un funeste caporal autrichien.
Là où le gamin des faubourgs rêverait de laisser filer le dernier modèle de vedette télécommandée, on constate que les enfants de ce microcosme doré prennent un plaisir tout snob à s’inscrire dans la tradition de leurs aïeux en recyclant un modèle réduit de voilier aux lignes épurées hérité de génération en génération. Eh bien oui, vous dirais-je, quand on peut aller naviguer des îles anglo-normandes au Cap Nègre sur un vrai voilier, que n’a-t-on à faire de l’esbroufe ! Il en va de même des adeptes de « tunning » qui, gageons-le, s’ils pouvaient se payer une Bentley, ne verraient pas l’utilité d’y rajouter des néons bleus (quoique, me direz-vous).
Le « jeuneВ В» de banlieue – qui sera vieux avant que l’on ait fini de l’appeler ainsi – n’aura lui qu’une chance rГ©siduelle de s’affranchir des obstacles qui l’attendent au travers des rouages du moloch Г©ducatifВ (que d’aucun ont qualifiГ© de Mammouth – l’image Г©tant, il est vrai, plus accommodante pour les syndicats d’enseignants qui vivent – littГ©ralement – sur la bГЄte) et de son gymkhana intellectuel pour bГЄtes Г concours. Sans conscience Г©co-Г©ducative particuliГЁre, et en dГ©pit d’un zonage acadГ©mique prГ©cisГ©ment pensГ© pour favoriser la mixitГ© sociale – mais auquel il est aussi facile de se soustraire que d’acheter une barrette de « shitВ В» Г la Courneuve – l’éducation nationale rejette de son mГ©canisme de tri infernal et saisonnier, les items mal calibrГ©s, et, sauf exceptions confirmant utilementВ la rГЁgle, s’oppose mГ©caniquement Г toute rГ©gularisation ex-post dans le cirque social.В
Certains portent la marque ENA ou HEC en bandouillère, les autres portent les stigmates des SES et de leur ZUP et ZAC en cartouchière, se les appropriant pour en faire autant de signes de leur rejet de l’ordre ségrégatoire qui les confine aux aléas de la pression périphérique et préserve la stratification jurassique du grand corps social malade. J’en veux pour preuve exemple la multiplication des panoplies communautaristes associant t-shirt « truand 2 la galère » et casquette « reuf de tess ». Notre jeune Français (qu’il y mette des guillemets ou non) aura compris, aussi sûrement qu’un cadet de notre future élite en math-sup à Louis le Grand, que la vie est une lutte, une compétition. Il en constate plus que d’autres dans son quartier, sa cité, sa banlieue, son ghetto, l’amère réalité.
To be continued…
Raoul Duke
Le temps qui passe 28 octobre, 2009
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Photo de Gilbert Garcin
De simples échanges avec des personnes issues de tous horizons (chauffeurs de taxi, enseignants, commerciaux, employés de bureau etc.) suffisent pour réaliser à quel point l’actualité nous affecte quotidiennement. L’actualité politique, surtout, à en juger par ces quelques exemples cités en vrac : querelles éternelles au sein du PS, fils de « mon Papa » Sarkozy catapulté au conseil d’administration de l’EPAD, affaire Dominique de Villepin, affaires Frédéric et Jean-Christophe Mitterrand, quotas de sans papiers à expulser, racisme non dissimulé de dirigeants UMP, débat sur l’identité nationale, bassesses à gauche comme à droite comme partout, calculs, déclarations mesquines, manipulations, tentatives de déstabilisation. Bref, rien qui soit en mesure d’assouvir le désir d’authenticité que recherchent les français. Rien qui soit en mesure de leur faire gober que leurs préoccupations sont entendues. Et rien qui soit en mesure d’éviter de se poser cette question : mais par qui sont élus ces dirigeants responsables d’une actualité si délétère pour le moral ?
La manière dont l’information circule doit-elle être incriminée ? Certainement. Nous vivons une ère où l’on en est arrivé à penser que tout, absolument tout, était question de communication. Une ère, donc, où nous ne sommes plus que l’image de nous mêmes. Il suffit de voir Jean Sarkozy, jeune homme de 23 ans au discours et à l’attitude formatés, s’exprimer au journal de vingt heures face à un David Pujadas avide de scoop, pour faire le constat que rien, absolument rien, n’est véritable  dans cet entretien. Rien n’est vrai. Et rien du discours de Jean qui ne soit pas de Nico. Sarko père, Sarko fils, mêmes mots, mêmes expressions, mêmes mimiques. Des clones au service d’une politique sans relief. Un discours de sitcom, larmoyant, et des réponses, toujours les mêmes, qui font tout sauf répondre franchement aux questions.
Une ГЁre, aussi, oГ№ l’individu se dГ©finit en tant qu’entitГ© numГ©rique (qui n’est pas dГ©tenteur de comptes Facebook, Twitter, Myspace et d’un I-Phone a du souci Г se faire pour l’avenir) et dont les capacitГ©s de rГ©action sont censГ©es suivre la cadence infernale du web. La notion de temps est bouleversГ©e. Rien n’a plus d’importance sur le long terme. Tout s’exprime en phrases courtes et tout s’envisage dans la perspective de l’évГ©nement Г suivre. A entendre Martine Aubry dГ©clarer qu’elle ne s’abaissera Г ces « petites phrasesВ В» qui font l’actualitГ© d’aujourd’hui, l’on comprend mieux les dГ©boires que connaГ®t actuellement le PS. En somme, si l’on ne joue pas le jeu de l’actu inconsistante, on n’a aucune chance de se faire entendre.
On aurait tort de mettre ce mal-ГЄtre sur le dos de la « sociГ©tГ© qui va trop viteВ В». La sociГ©tГ©, c’est nous. Nous faisons l’actualitГ©. Nous dГ©cidons de la vitesse Г laquelle elle va. Nous dГ©laissons l’essentiel pour privilГ©gier le futile. Nous faГ§onnons cette information instantanГ©e, au reste trГЁs attirante, mais qui dans le mГЄme temps nous mine.
Alors que faireВ ? AgirВ ? Sans aucun doute. Cependant, il faut rГ©flГ©chir Г une forme d’action qui ne s’apparente Г celle « vendueВ В» par les mГ©dias, principaux relais du pouvoir en place. Agir, tout d’abord, n’induit pas forcГ©ment un rГ©sultat immГ©diat. Agir, Г§a n’est pas non plus se contenter de faire la promotion de l’action face aux camГ©ras (« j’agirai jusqu’au bout de mon mandatВ !В В» vas-y petit…). Enfin, il ne s’agit pas de se borner Г fixer des objectifs chiffrГ©sВ : les salariГ©s de l’entreprise moderne en font quotidiennement les frais. Dans le systГЁme individualiste des sociГ©tГ©s occidentales, il devient aujourd’hui vital, avant d’agir, de considГ©rer et d’apprГ©cier le temps qui passe. Dans la culture de l’instant, il faut nuancer l’instant. La crise Г©conomique tГ©moigne de l’obsolescence de certaines valeursВ : urgence de l’information Г connaГ®tre, urgence du rГ©sultat Г atteindre. Celles-ci doivent laisser la place Г d’autres valeurs, basГ©es sur le dialogue et l’écoute, etВ au temps qu’ils requiГЁrent. Ce sont ces valeurs qu’il est urgent de retenir dans notre quГЄte obsessionnelle de rentabilitГ©.
Matthieu Z.
« Dans la Jungle, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problГЁmes », scГ©nario de France aujourd’hui 22 septembre, 2009
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ExtГ©rieur nuit / Plan large
Il fait froid et le vent souffle depuis la côte. Un sifflement perpétuel entre les arbres sous lesquels se situe le campement. Quelques tentes éparses faites de bric et de broc, un sol jonché de détritus. Quelques braseros dispensent une chaleur qui semble bien insuffisante aux hommes affaiblis qui l’entourent, jeunes pour la plupart. L’ombre des flammes éclaire à peine les habits, les corps meurtris et les visages sombres déjà irrémédiablement marqués par une vie de souffrance. Des bribes de dialogues inintelligibles, quelques longs soupirs et des cris au loin dont personne ne se soucie habitent la nuit, portés deçà delà par le vent.
Travelling avant
La caméra suit le dos d’un homme qui quitte la chaleur des flammes pour l’une des tentes informes. Lorsqu’il y pénètre, l’odeur ne traverse pas l’image mais l’homme marque un mouvement de recul dont on perçoit clairement la cause. Au fond, on distingue à peine une forme enfouie sous les couvertures sales, à même le sol. L’homme s’adresse à la forme en Afghan : « Comment te sens-tu ? ».
La forme d’abord immobile s’anime quelque peu et une tête au teint olivâtre, les cheveux en bataille, émerge après quelques instants du fatras de couvertures et de vêtements.
« Mal » répond-il dans la même langue.
« J’ai de la fièvre » ajoute-t-il d’une voix à peine plus assurée.
« Je vais te faire chauffer un peu d’eau, tu iras mieux » dit le premier homme, farfouillant dans un sac de supermarché à la recherche d’une tasse qu’il finit par trouver.
Noir
IntГ©rieur tente quelques instants aprГЁs
L’homme est accroupi, une tasse fumante à la main qu’il tend à l’autre homme allongé. Un bras tremblant sort des couvertures pour s’en emparer.
« Merci »
« On m’a prêté du thé, tu vas voir comme c’est bon » tente t-il d’une voix faussement enjouée où perce la fatigue des batailles insignifiantes mille fois répétées.
« Merci » répète l’autre.
Un long silence s’installe entre les deux hommes, seulement rythmé par les voix atténuées du dehors et les aspirations maladroites du malade pour avaler le liquide brûlant.
Une question brise soudain ce silence: « Que fais-tu demain ? »
« Demain ? » répond le malade.
« Oui demain. Ils ont dit qu’ils allaient nous faire partir »
« Partir où ? »
« On est déjà nulle part »
« Alors ? »
« Je pense pas à demain. Parce que demain c’est loin »*
Noir
ExtГ©rieur jour / Plan large sur un paysage bucolique
On perçoit d’abord le toit des multiples tentes blanches immaculées, puis l’agitation qui règne au dessous. Le tintement des verres qui s’entrechoquent, le bruit de la musique et les éclats de voix et de rires qui meublent l’espace baignent cette douce après-midi de fin d’été.
Travelling avant en plongГ©e
Sous les tentes, les hommes et les femmes « bien comme il faut » en tenue décontractée et bras de chemise se saluent et s’embrassent, échangent sourires et clins-d’œil. L’atmosphère est décidément à la fête aujourd’hui. La journée a été longue. Sous l’influence de la bonne chère et des boissons, et grâce à la réconfortante certitude d’être entre amis, les langues se délient. On cogite, on ingurgite, on s’agite. On parle fort, on a le verbe haut, soudain. On est tellement bien entre nous.
Plan rapproché sur un homme au crâne luisant et l’œil torve
Il a l’air important. Un cercle de personnes l’entoure et suit le moindre de ses mouvements, s’attache au moindre de ses pas. La ronde des courtisans. Car c’est du ministre de l’Intérieur qu’il s’agit. Ce n’est quand même pas n’importe qui. C’est la république ! Alors on l’encercle, on le marque à la trace, on cherche un regard, une complicité, on guette une approbation, on assaille d’amabilité. La caméra suit cette sarabande effrénée.
On le félicite : « Objectif tenu ! »
« Rendez-vous compte ! 24000 ! Ca fait beaucoup »
« 24000 ? Vous êtes sûr ? »
« C’est dire s’ils sont nombreux »
« Heureusement que vous êtes là  »
La camГ©ra tourne autour du cercle en plan amГ©ricain, saisissant les visages et le langage des corps
« M. le ministre, laissez nous vous présenter quelqu’un » demande un courtisan.
« Ah ça, Amin, c’est l’intégration » entonne un autre.
« Il est beaucoup plus grand que nous en plus » [à propos du jeune homme] s’étonne le Ministre.
« Lui, il parle arabe » dit encore un participant.
(Rires de l’assemblée)
« Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés » répond l’ami du Ministre au jeune homme.
« Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière » dit une participante, toute fière de sa trouvaille.
« Il ne correspond pas du tout au prototype » rajoute le Ministre, encore surpris.
(A nouveau rires de l’assemblée)
« C’est notre petit arabe… » rajoute la participante.
« Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Allez, bon courage…» salue le Ministre.
Noir
Mathieu V.
*Petit emprunt à l’album L’Ecole du Micro d’Argent (1996) d’IAM
Petite leГ§on de souverainetГ© par Slavoj Zizek & Noam Chomsky 25 juin, 2009
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Open letter of support to the demonstrators in Iran
Friday 19 June 2009
This morning Ayatollah Ali Khamenei demanded an end to the massive and forceful demonstrations protesting the controversial result of last week’s election. He argued that to make concessions to popular demands and ‘illegal’ pressure would amount to a form of ‘dictatorship’, and he warned the protestors that they, rather than the police, would be held responsible for any further violence.
Khamenei’s argument sounds familiar to anyone interested in the politics of collective action, since it appears to draw on the logic used by state authorities to oppose most of the great popular mobilisations of modern times, from 1789 in France to 1979 in Iran itself. These mobilisations took shape through a struggle to assert the principle that sovereignty rests with the people themselves, rather than with the state or its representatives. ‘No government can justly claim authority’, as South Africa’s ANC militants put it in their Freedom Charter of 1955, ‘unless it is based on the will of all the people.’
Needless to say it is up to the people of Iran to determine their own political course. Foreign observers inspired by the courage of those demonstrating in Iran this past week are nevertheless entitled to point out that a government which claims to represent the will of its people can only do so if it respects the most basic preconditions for the determination of such a will: the freedom of the people to assemble, unhindered, as an inclusive collective force; the capacity of the people, without restrictions on debate or access to information, to deliberate, decide and implement a shared course of action. Years of foreign-sponsored ‘democracy promotion’ in various parts of the world have helped to spread a well-founded scepticism about civic movements which claim some sort of direct democratic legitimacy. But the principle itself remains as clear as ever: only the people themselves can determine the value of such claims. We the undersigned call on the government of Iran to take no action that might discourage such determination.
Peter Hallward Middlesex University, UK. Alberto Toscano Goldsmiths College, UK. This letter is also signed by: Alenka Zupancic, Institute of Philosophy of the Slovenian Academy of Sciences and Arts Alexander Garcia Duttmann, Goldsmiths College Etienne Balibar, Paris X, Nanterre, and University of California, Irvine Eyal Weizman, Director, Centre for Research Architecture, Dept. of Visual Cultures Goldsmiths, University of London Judith Butler, University of California, Berkeley Noam Chomsky, Institute Professor (retired), MIT, Cambridge MA USA Philip Pettit, University Center for Human Values, Princeton University Rada Ivekovic, Prof., CollГЁge international de philosophie, Paris. Slavoj ЕЅiЕѕek, University of Ljubljana, Slovenia and the European Graduate School
Droito-Gaucho : NO ! EURO-ECO ! 9 juin, 2009
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Au lendemain des Г©lections europГ©ennes, les commentaires fusent sur la vГ©ritable « vague bleueВ В» qui dГ©ferle sur l’Europe. On peut tout d’abord s’interroger sur les raisons de ce succГЁs des programmes libГ©raux et conservateurs.
Le premier Г©lГ©ment de rГ©ponse, dont on a dГ©jГ tant parlГ© surВ CINETHINKTANK (« Obama : le retour du sensВ В» ou encore « Le noir constat et l’espoir de l’autreВ В»), c’est avant tout le rГ©flexe de crispation en pГ©riode d’incertitude et le repli vers les valeurs conservatrices, qui apparaissent comme des Г©lГ©ments rassurants face aux alГ©as de l’avenir.В Dans la mГЄme optique, l’Europe Г©tant dГ©jГ majoritairement bleue, la nГ©cessitГ© de la continuitГ© et la peur du changementВ ont Г©galement pu jouer.
Le deuxiГЁme Г©lГ©ment est qu’il n’y a en revanche aucune unitГ© (hors ce rГ©flexe automatique) dans la victoire des diverses droites en Europe, qui obГ©issent quasiment chacune Г des ressorts purement internes (faiblesse du parti socialiste et dispersion de l’Г©lectorat en France, demi-victoire en Italie, condamnation de la politique de Gordon Brown en Angleterre…). Il s’agit donc moins d’un plГ©biscite idГ©ologique et d’un vГ©ritable choix de sociГ©tГ© pour l’avenir qu’un vote conjoncturel sur la pГ©riode Г venir.
Mais c’est peut-ГЄtre pourtant sur ce point que le bГўt blesse. Comment en effet ne pas penser qu’une chance unique s’est envolГ©e de faire Г©merger au plus au niveau des institutions une autre approche de la politique ; et ce d’autant plus que ces institutions europГ©ennes concentrent dГ©sormais un pouvoir supГ©rieur dans bien des domaines et qui s’impose au niveau national ? Force est de constater que l’Europe demeure incomprise et froide, c’est Г dire apprГ©hendГ©e non pas comme un vГ©ritable organe de pouvoir sur lequel peut peser en toute lГ©gitimitГ© le citoyen europГ©en, mais un organisme tentaculaire et technocratique qui grignote Г petit feu notre souverainetГ© nationale et devant lequel nous restons passifs.
Pour preuve, notons le taux d’abstention record proche des 60%, qui, soit dit en passant, relativise la victoire des droites et met en lumiГЁre l’absence d’alternatives rГ©ellement crГ©dibles de l’opposition. En toute logique, ce taux faramineux suffirait en lui mГЄme Г invalider toute Г©lection dans un systГЁme peut ГЄtre plus respectueux des citoyens et oblige Г constater l’absence de consensus, tant au niveau europГ©en que national, d’une part sur la nГ©cessaire comprГ©hension et correction des erreurs passГ©es en dГ©pit des discours faussement novateurs « du changementВ В» servis aujourd’hui, et d’autre part sur une volontГ© claire et innovante dans la direction Г prendre pour l’avenir. Certains ont mis en cause les mГ©dias, accusГ©s de ne pas nous faire vivre l’Europe, souvent prГ©sentГ©e comme source de dГ©sagrГ©ments plutГґt que comme une vГ©ritable aventure historique. D’autres ont critiquГ© les politiques et leur discours populistes, se servant de l’Europe comme Г©xutoire de toutes les frustrations nationales.
Dans cette mélasse confuse et illisible émerge cependant quelque espoir. Le score historique des partis verts (quasiment au niveau du parti socialiste) peut être vu comme une amorce de changement, une concrétisation des valeurs par le vote. Le vote vert est passé en une décennie d’une lubie de quelques isolés à une alternative solide et crédible portée par des hommes capables de la réaliser. On a souvent parlé dans ces pages de la problématique du sens et de l’attente immense qui anime aujourd’hui l’homme moderne face à la chute des idéologies. Englués dans une politique « structurellement » conjoncturelle, les partis du centre, de gauche et de droite se sont coupés de la transcendance historique qui caractérisait leur origine (qu’on pense par exemple au Front Populaire en 1936, pas si lointain !). En France depuis 1981, seules les extrêmes, avec les néo-communistes/anticapitalistes à gauche, et avec les réactionnaires/nationalistes à droite sont encore porteurs d’un « idéal » au sens premier du terme. Las, ces idéologies dont la nocivité n’est plus à prouver (de par leurs tentatives sanglantes et désastreuses d’expérimentation historiques, de par leur extrémisme même) ne sont pas capables d’apporter une vision, un futur fédérateur, capable de mobiliser les énergies et dépasser les clivages des hommes.
Ce qui est infiniment porteur d’espoir dans ce rГ©sultat, mГЄme s’il demeure encore une rГ©alitГ© lointaine, est que pour la premiГЁre fois depuis la chute des grandes idГ©ologies extrГ©mistes, apparaГ®t une formation politique soutenant une vГ©ritable projet de sociГ©tГ©, pour aujourd’hui et pour demain, respectueuse des hommes et des choses, soucieuse des Г©quilibres Г©conomiques et humains Г l’échelle du monde, et qui prend d’autant plus de sens que notre situation apparaГ®t de plus en plus dГ©sespГ©rГ©e et que les modГЁles passГ©s ont objectivement prouvГ© leur inefficacitГ© Г nous conduire vers un monde meilleur. Alors ne serait-ce que pour cela, il faut se rГ©jouir de ce rendez-vous ratГ© avec l’Europe. Mais le temps presse…
Mathieu V.
De Revolutionibus / Pour le pГЁre 27 mars, 2009
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"The revolution will not be televised"
« La crise…la crise !В В» comme un leitmotiv lancinant, une omniprГ©sence mГ©diatique, une rГ©alitГ© qui touche, frappe, suinte et s’infiltre dans les cЕ“urs. Une rГ©alitГ© qui marque les corps. Bien sГ»r on lit et on dit (avec raison comme on en a dГ©jГ parlГ©) que tout cela Г©tait prГ©visible, que la situation « à termeВ В» (!) n’Г©tait pas tenable. Notons au passage le silence Г©crasant de culpabilitГ© ou la volte-face mesquine et contingente des anciens tenants de la doxa libГ©rale, dirigeants actuels en tГЄte. Chacun d’entre nous est saisi aujourd’hui, Г plus ou moindre Г©chelle, par le fait que cette crise n’est pas simplement une crise Г©conomique mais une crise de sociГ©tГ©, non pas une crise mondiale mais une crise universelle. Surtout, en vГ©ritГ©, une crise non pas des institutions, mais une crise des valeurs qui ont gГ©nГ©rГ© ces institutions ou parfois leur coupable absence.
Aussi, il est aujourd’hui facile de dГ©signer un bouc Г©missaire, suivant la thГ©orie exposГ©e par RenГ© Girard, et dont le mГ©canisme mis en lumiГЁre par ce dernier (notamment dans son livre Le Bouc Emissaire (1982)) permet ainsi la rГ©gulation sociale (sommairement dans cet ordreВ : crise – dГ©signation arbitraire du coupable – exГ©cution symbolique ou rГ©elle du coupable – expulsion de la tension sociale – retour Г la normale). Mais si les abus de certains dirigeants et cadres de la finance, Г©videmment condamnables, monopolisent actuellement l’attention (on voit bien toute la tension autour de l’obligation ou non d’encadrer la rГ©munГ©ration des dirigeants), il n’en reste pas moins que la solution apportГ©e Г cette question, qu’elle soit politique, morale ou juridique, n’a pas vocation Г rГ©soudre fondamentalement les problГЁmes soulevГ©s par la situation actuelle.
Cet exemple du patronat, vu comme une institution, nous oblige Г questionner les valeurs qui ont autorisГ© voire encouragГ© son comportement dГ©viant, coupable et responsable, oui. Bouc-Г©missaire, certainement pas. On ne peut donc plus penser la sociГ©tГ© et son Г©volution en termes « relatifsВ В» comme c’est le cas aujourd’hui. On entend systГ©matiquement, par les plus grandes instances, l’annonce « du dГ©but de la repriseВ В» pour 2010… ce qui signifie le redГ©marrage du systГЁme Г l’identique hormis quelques corrections considГ©rГ©es comme inГ©vitables (parce que dГ©sormais lГ©gitimes, ironie du discours!)В mais tellement trop modestes. C’est comme si votre PC avait attrapГ© un virus qui l’empГЄche de fonctionner et que vous vous contentiez de rallumer votre ordinateur en changeant le mot de passe… ridicule non ?
Car la situation exige une remise en cause bien plus radicale du point de vue de la posture intellectuelle. J’ai lu il y a peu dans un grand hebdomadaire FranГ§ais que les Г©conomistes (et oui… on redГ©couvre que l’Г©conomie n’est pas une science !) et autres penseurs technocratiques Г©taient aujourd’hui Г©trangement absents des dГ©bats, car les outils qui leur permettaient si sГ»rement et sereinement de prГ©voir le fonctionnement du systГЁme Г©taient dГ©sormais caduques, faisant apparaГ®tre de maniГЁre Г©clatante leur incapacitГ© d’en crГ©er de nouveauxВ capables d’apprГ©hender la situation actuelle.
Nos politiques, Г gauche comme Г droite Г©galement, s’agitent dans le court-termisme, eux qui ont oubliГ© la question du sens et de la finalitГ© depuis bien trop longtemps. Effectivement, chacun en conviendra, il faut avant tout Г©viter que la situation dГ©jГ catastrophique ne devienne irrГ©mГ©diable. Mais en mГЄme temps, pourquoi ? On constate dans quasiment toute l’histoire de l’humanitГ© (de la chute de Rome Г la crГ©ation des Etats-Unis) que les puissances gouvernantes n’ont rГ©ussi Г Г©voluer qu’au travers de crises majeures qui ont menacГ© jusqu’Г leur survie. Pour polГ©miquer quelque peu, ne devient-il pas alors souhaitable de dГ©sirer une chute Г la hauteur de la prise de conscience et des actions qu’elle gГ©nГ©rera ensuite ?
Celle que nous vivons est-elle « suffisanteВ В» pour permettre un retour des valeurs (et donc des institutions et des comportements) qui accordent Г l’homme la premiГЁre place (et non Г l’Г©conomie, avec toutes les consГ©quences que cela implique en matiГЁre de rГ©partition des richesses, de protection sociale et d’Г©quitГ©) ? Celles Г©galement qui placent le sort des gГ©nГ©rations futures (et non le credo individualo-hГ©doniste des 40 derniГЁres annГ©es) comme prioritaire ? Celles qui placent l’harmonie de l’homme et de son environnement (et non l’exploitation irrГ©flГ©chie de ressources limitГ©es)В au premier plan ?
Chacun constate que cette prise de conscience tarde Г se manifester, et que l’on ne se dГ©fait pas aussi facilement de valeurs si bien inculquГ©es par de si puissantes instances (la publicitГ©, le politique etc..) et ce depuis si longtemps. A tel point qu’il est largement possible de douter de la possibilitГ© du changement espГ©rГ©, tantВ l’inertie et le laisser-faire qui ont conduit Г la situation actuelle perdurent, tant les tenants du pouvoir en place s’y accrochent au nom d’une lГ©gitimitГ© qui n’en a plus que le nom.В Cependant, ce refus Г©goГЇste, ou cette absence de remise en cause ne passent pas inaperГ§us aux yeux des « gens du commun » que nous sommes, ce qui se traduitВ donc en pratique par la montГ©e des tensions sociales (de la sГ©questration des dirigeants d’entreprises par les salariГ©s Г l’augmentation spectaculaire de la participation aux diverses manifestations publiques…). La lГ©gitimitГ© des institutionsВ se transfГЁre aujourd’hui, maintenant, au profit de la lГ©gitimitГ© duВ ressenti populaire. Il ne s’agit pas de populisme cette fois, surfant sur le mal-ГЄtre du corps social, mais bien de la priseВ enВ compte de la vГ©ritГ© du vГ©cu et de la perception du monde. On parle mГЄme de la grande peur au sommet d’une agrГ©gation des revendications qui pourrait mener Г … Ah, Histoire… quand tu te rГ©pГЁtes sans que jamais les hommes ne tirent la leГ§on. Faudra t-il que l’on meure encore une fois pour comprendre ?
Alors Г nous de se battre, Г nous d’aider Г imposer ces questions primordiales dans l’ordre du jour de notre sociГ©tГ©, Г nous de leur faire retrouver le rang qu’elles n’auraient jamais du quitter, Г nous encore de se battre pour nous car personne d’autre ne le fera, mais surtout pour les autres, pour tous ceux qui ne le peuvent pas pour tant de raisons, Г nous d’utiliser nos mots, nos bras, nos tГЄtes, nos corps et nos tripes. A nous de se battre encore, encore plus, pour pouvoir dire un jour aux gГ©nГ©rations futures : « Vois, nous te laissons un monde meilleur.В В»
Mathieu V.
Cinéma d’évasion contre tourment d’information 17 janvier, 2009
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L’apaisement Г©prouvГ© durant la pГ©riode des fГЄtes, au cours desquelles certains auront cherchГ© Г se dГ©faire du flux envahissant de l’information, n’aura pas durГ© bien longtemps. DГЁs la rentrГ©e, en effet, la nГ©cessitГ© de se tenir Г la page de l’actualitГ© aura vite repris le dessus. Tout comme la fatigue consГ©cutive Г la quantitГ© d’informations dГ©primantes Г digГ©rer. Tout comme l’irritation ressentie face aux annonces d’un gouvernement qui, loin d’ГЄtre le prГ©curseur qu’il dГ©sire incarner, colle bГЄtement Г l’Г©poque d’une insupportable compГ©tition entre les hommes.
Mais ce qui irrite d’avantage, c’est que cette compГ©tition est vendue par le pouvoir en place, avec ses opportunitГ©s, ses promotions, ses carriГЁres, ses ambitions, comme une sorte de Graal Г dГ©crocher, tant il tient pour acquis que l’unique prГ©occupation du citoyen moyen, dorГ©navant, est la recherche du « plus haut niveauВ В», sans le moindre Г©gard pour des collaborateurs perГ§us comme de simples concurrents. Des rivaux, en somme, pour une conception bien peu Г©voluГ©e de la vie en sociГ©tГ©. On assiste Г un dГ©placement du systГЁme de l’entreprise en politique comme dans les autres secteurs de l’Г©conomie ou les milieux universitaires, et l’on est en droit de soupГ§onner que les ententes du gouvernement avec le patronat, qu’il n’a d’ailleurs jamais cherchГ© Г dissimuler, contribuent Г cet Г©tat de fait.
La compГ©titivitГ© largement rГ©pandue aujourd’hui en France va de pair avec une forte pression exercГ©e sur les concitoyens face Г l’urgence d’un mal Г rГ©soudre. C’est Г ce niveau que les mГ©dias interviennent, multipliant les annonces autour de mesurettes lancГ©es Г tout va, dans la prГ©cipitation, et qui heurtent l’indГ©pendance des institutions dans tous les domaines (Г©conomie, justice, Г©ducation, audiovisuel, culture… en 15 jours Г peineВ !). Et tout cela afin de rГ©soudre une crise dont on subit, certes, les effets, mais que le climat d’anxiГ©tГ© gГ©nГ©rГ© par l’information Г outrance ne fait qu’aggraver. Bref, il ne s’agit que de communication dirigГ©e, celle-ci mГЄme qui conduit les masses Г Г©prouver un sentiment d’insГ©curitГ©. Et qui les pousse Г se sentir redevables d’acquis pour lesquels elles se sont battues, tout en leur faisant croire Г la nГ©cessitГ© de rГ©former pour qu’elles puissent en conserver une partie des bГ©nГ©fices.
Ce constat m’amГЁne Г me poser la question suivanteВ : l’homme, Г force d’ГЄtre sans cesse dГ©rangГ© par une information nouvelle, ne met-il pas en danger sa capacitГ© de rГ©flexion, Г long terme, sur un sujet donné ? Je pense en tout cas que cette rГ©alitГ© exige d’une part une rГ©elle prise de conscience et la dГ©nonciation qui s’ensuit, tout comme elle exige au quotidien un rГґle actif d’isolement, par quelque moyen que ce soit. Le cinГ©ma, dans cette perspective, joue un rГґle essentiel.
Je pense au dernier film d’AgnГЁs Varda qui, sans le vouloir, Г©voque la nostalgie d’une pГ©riode oГ№ l’on prenait le temps.В Je recommande vivement d’aller voir Les Plages d’AgnГЁs car le film fait la promotion, sans le vouloir encore, de l’Г©tonnement de la nature humaine, de la naГЇvetГ©, de l’authenticitГ©, contre la mГ©chancetГ©, valeurs basiques qui paraissent aujourd’hui, Г tort, dГ©passГ©es voire mГ©prisables. La sensibilitГ© de la cinГ©aste est une poche d’oxygГЁne dans un monde de la compГ©titivitГ© et de la rГ©ussite Г tout prixВ : c’est une valeur qui Г tendance Г se perdre, Г l’image de celles du monde agricole que dГ©crit La Vie moderne , le dernier film de Raymond Depardon. Et dire qu’il ne tient qu’Г nous que de tels bijoux tiennent la dragГ©e haute, au box-office, aux productions formatГ©es, made-in TF1, qui mettent en scГЁne le couple nausГ©abond Boon-Marceau… Mais d’abord faudrait-il reconnaГ®tre que si le cinГ©ma est un art, la tГ©lГ©vision, elle, n’est, pour l’heure, guГЁre davantage qu’un meuble.
Matthieu Z.
Le flux et le reflux / information et manipulation 14 janvier, 2009
Posted by CINETHINKTANK in Philosophons , Politique & SociГ©tГ© .Tags: ActualitГ© , PolГ©mique , Politique , Slavoj Zizek
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Nous sommes aujourd’hui submergГ©s par un flux d’informations bien trop vaste pour ГЄtre correctement apprГ©hendГ© par un seul homme, qui, y passerait-il tout son temps, que cela ne lui permettrait en rien d’y voir plus clair. Mais la difficultГ© se pose aussi bien du point de vue du volume que de celui du contenu. N’importe quel В« fait В» ou В« Г©vГ©nement В» (parfois mГЄme un non-Г©vГ©nement) peut faire l’objet d’interprГ©tations diamГ©tralement opposГ©es en fonction du but recherchГ©. L’essor des technologies numГ©riques dans une sociГ©tГ© libГ©rale met ce volume et cette diversitГ© Г la portГ©e de quiconque et achГЁve de plonger dans le brouillard le pauvre candidat Г la vГ©ritГ©.
Si l’on peut se rГ©jouir de l’Г©mergence d’une telle diversitГ© (encore que cela doive ГЄtre relativisГ© Г l’image de l’accГЁs Г internet en Chine) qui favoriserait le postulat selon lequel plus d’information = plus de rГ©flexion = plus de libertГ©, on occulte pour autant une des consГ©quences les plus dramatiques de cette prolifГ©ration : le relativisme. Le premier et naturel rГ©flexe de l’esprit saturГ© face Г une somme d’information qu’il ne peut analyser en mГЄme temps est en effet de les mettre toutes Г Г©gale distance afin de se protГ©ger. Dans ce processus, vГ©ritГ©s et mensonges, informations authentiques et propagande se retrouvent mГЄlГ©s sur un pied d’Г©galitГ©, tenues en respect Г la mГЄme distance du cerveau qu’elles cherchent Г atteindre.
Slavoj Zizek s’interrogeait d’ailleurs sur le cГґtГ© dГ©mocratique d’une telle approche. Est-ce en effet dГ©mocratique d’accorder la mГЄme valeur d’expression Г un groupuscule d’extreme droite qu’Г un parti rГ©publicain par exemple ? … et de poser la contradiction entre libГ©ralisme et dГ©mocratie. AprГЁs cette mise Г distance, la recherche du vrai impose ensuite un travail de re-hiГ©rarchisation des informations extrГЄmement difficile oГ№ les probabilitГ©s d’erreur sont multipliГ©es.
Le temps que nous pouvons raisonnablement consacrer Г cette tГўche Г©tant le plus souvent limitГ©, il se produit que nous ne parvenons pas la plupart du temps Г une interprГ©tation des faits comme fruit de notre analyse, mais bien Г une opinion aussi inverifiГ©e et instable que celle que nous combattons dans nos discussions.
Alors aujourd’hui, Г l’exemple du conflit israГ©lo-palestinien, c’est un vГ©ritable cri d’indignation et de colГЁre contre ceux qui font leur miel de ce relativisme, qui sciemment le promeuvent (ne parlons mГЄme pas des imbГ©ciles qui reprennent les arguments tous faits !), qui s’acharnent encore Г diminuer la portГ©e de ces actes barbares que nous voyons (et encore si peu !) chaque jour Г la tГ©lГ©vision. Une colГЁre contre ceux qui, devant les morts enterrГ©s deux par deux faute de place, devant la proportion inhumaine de femmes et d’enfants touchГ©s, devant le manque de soins dans cette prison Г ciel ouvert, ne pensent qu’a dire В« c’est la faute du Hamas, ils mettent les enfants en premiГЁre ligne В», ou encore В« et qui pense aux israГ©liens victimes de roquettes ? В».
Ont-ils oubliГ©s qu’ils sont humains eux aussi ? Est-ce le petit Г©cran qui rend leur massacre supportable, voire pour certains, justifiГ©s ? Je suis scandalisГ© des commentaires que l’on peut trouver sur les titres des plus grands quotidiens franГ§ais et internationaux comme Le Monde par exemple. Ces lecteurs n’ont de lecteurs que le nom et dissimulent leur vГ©ritables identitГ©s sous des pseudos trompeurs, masques derriГЁre lesquels ils peuvent assГ©ner les contre-veritГ©s les plus inhumaines sous le coup d’une feinte indignation de В« gens du commun В».
Je voudrais demander de maniГЁre gГ©nГ©rale la publication des identitГ©s de ceux qui se cachent derriГЁre ces pseudos. De la mГЄme maniГЁre qu’un journaliste signe son article, qu’ils aient le courage de leur propagande. Peut-ГЄtre l’intervention d’un modГ©rateur plus efficace sur ces commentaires est Г©galement souhaitable.
De la mГЄme maniГЁre que la puce s’accroche Г son hГґte de maniГЁre illГ©gitime, le commentateur s’accroche Г l’article sur lequel se greffe sa rГ©flexion sommaire et biaisГ©e, lui pompant toute Г©nergie et toute force. Tout le travail de recherche et de construction du journaliste ou de l’Г©crivain se trouve aujourd’hui rГ©duit Г nГ©ant par le commentaire propagandiste des aveugles au sort de cette population civile (CIVILE !) qui meurt Г petit feu de notre indiffГ©rence savamment entretenue.
Comme le disait aujourd’hui dans un article magnifique (et non encore polluГ©) Nomika Zion, israГ©lienne et membre de l’association Kol-Aher (Une autre voix) : В« Une tonne de plomb durci me pГЁse sur le cЕ“ur, et cela, il ne peut le contenir В».
Mathieu V.
En direct du Forum des images 13 dГ©cembre, 2008
Posted by CINETHINKTANK in L'Envers du dГ©cor .Tags: ActualitГ© , Forum des images , Sociologie
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Salle de visionnage du Forum des images
Le week-end dernier avait lieu la rГ©ouverture, aprГЁs 4 ans de travaux, d’une institution Г mon sens peu connue, le Forum des Images . 3 jours portes ouvertes qui sont un petit Г©vГ©nement dans la vie des cinГ©philes parisiens. L’occasion de se croiser, se toiser, se renifler. Le cinГ©phile, vivant dans le noir, a rarement l’opportunitГ© de rencontrer ses semblables. Les journГ©es portes ouvertes du Forum des Images en Г©taient une. Le Forum des images , si j’ai bien tout compris, a deux objectifs principaux. Le premier est de rГ©fГ©rencer toutes les images, films, documentaires faisant allusions de prГЁs ou de loin Г la ville de Paris. Le deuxiГЁme est de promouvoir le cinГ©ma de maniГЁre plus gГ©nГ©rale Г travers des cycles ( New York pour le premier, le dГ©sir pour le second, je crois), mais Г©galement, chose intГ©ressante, avec l’ AcadГ©mie dite universitГ© populaire Г travers des confГ©rences, des discussions, des cours de cinГ©ma, de dГ©bat… En clair, du grain Г moudre. Un programme allГ©chant Г suivre sur www. forumdesimages .fr .
Le Forum des images est touchant par ses problГЁmes d’identitГ©, c’est une institution mal dans sa peau donc attachante. Dans la description mГЄme de sa raison d’ГЄtre, on ressent sa difficultГ© de positionnement qui oscille entre la cinГ©mathГЁque, le cinГ©-club, l’universitГ© et les salles d’arts et essais du quartier Latin. L’autre difficultГ© de positionnement est gГ©ographique. C’est pour moi l’aspect le plus idГ©aliste du Forum des images mais peut ГЄtre aussi son Г©chec. Le Forum des images est situГ© en plein cЕ“ur des Halles. L’idГ©e a dГ» ГЄtre double : mettre du culturel dans le marchand et mettre de la culture dans la banlieue, les Halles Г©tant le point d’entrГ©e principal dans Paris pour toutes les banlieues. Je crois qu’il y avait une vraie volontГ© de brassage social. Malheureusement, la rГ©alitГ© peut parfois briser les plus belles idГ©es. Le public prГ©sent dans le Forum des Images Г©tait blanc et grisonnant, le public des galeries marchandes Г©tait colorГ© et jeune. La distance sociologique de ces deux mondes, malgrГ© la toute proximitГ© gГ©ographique, Г©tait frappante. Ce n’est qu’une impression d’un visiteur d’un jour. Aucune conclusion dГ©finitive.
Je crois que les lieux, l’architecture, influencent l’humeur des gens, leurs dispositions psychologiques. Les Halles sont un lieu bruyant, inesthГ©tique, dense, vulgaire, mais aussi vivant et moderne. L’envie de cinГ©ma peut-elle ГЄtre stimulГ©e par ce lieu ? Et si oui, quel cinГ©ma ?
A noter dГ©jГ : le rendez-vous une fois tous les 2 mois avec Tavernier (conteur de gГ©nie !) avec une heure et demi d’anecdotes, de rГ©cits de rencontres d’extraits de ses dvd personnels et une rencontre le 13 dГ©cembre (aujourd’hui !) avec James Gray… Miam Miam.
Augustin B.
Odetta : straight to paradise 8 dГ©cembre, 2008
Posted by CINETHINKTANK in Gros son .Tags: ActualitГ© , Musique , USA
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Odetta nous a quittГ©e, et au delГ de l’artiste, de la personne, c’est un peu de notre histoire qui s’est envolГ©. Quand on parle d’Odetta, c’est un peu Г l’image d’une relation amoureuse. La premiГЁre fois qu’on s’est rencontrГ©s, c’Г©tait sur la compilation SOUL GOSPEL , de Souljazz Records ( http://www.souljazzrecords.co.uk/releases/?id=219 ). D’abord c’Г©tait toi, ce visage illuminГ© sur la pochette, Mona Lisa des temps modernes, la guitare Г la main, Г©nigmatique, souriante, si proche et si lointaine Г la fois, comme si dГ©jГ , tu n’avais qu’un pied en ce monde, que tu ne lui appartenais pas vraiment, que tu n’Г©tais lГ que pour nous В« dire В». Ensuite, aprГЁs avoir succombГ© au charme de ton visage, j’ai entendu ta voix. Une explosion de sentiments, une avalanche d’Г©motions, un flux dГ©bordant et rocailleux qui emporte tout sur son passage. D’ailleurs, la plupart de ceux qui t’Г©coutent pour la premiГЁre fois pensent que tu es un homme, tant la force de ton chant dГ©passe celle de ta nature. Je me suis senti petit, tout petit.
Car si c’Г©tait bien toi qui chantais, indubitablement, tu n’Г©tais pas seule. Il y a avec toi la peine et la souffrance de tous ceux qui sont morts avant toi, dans ce Sud esclavagiste, rugueux et dur comme ta voix, un pays mort pour l’homme et pour le coeur, mais qui n’est pas parvenu Г briser l’espoir que tu nous restitues (pour se passer de mots, Г©couter avant tout le monumental TIN ANGEL chez Original Blues Classics). MГ©dium d’une histoire dГ©sormais connue mais trop vaste pour ГЄtre racontГ©e, tu en dГ©gages l’essence. Une parcelle de ta voix et de tes paroles ramГЁne l’auditeur Г sa totalitГ©. C’est un pont que tu bГўtis pour nous et que nous traversons avec toi pour rencontrer l’histoire.
La tienne se confond avec celle de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis tout d’abord, puis avec celle de la guerre au Vietnam Г laquelle tu t’opposas tant. A la fin de ta carriГЁre, en fauteuil roulant, tu donnais encore de toi et de cette force qui te possГ©dait, une force presque surnaturelle, Г tel point qu’on se demandait si tu n’Г©tais pas tout simplement immortelle. Mais la vie t’a rattrapГ©, enfin. Nul doute que tu reposes dГ©sormais lГ ou dorment ceux qui ont accompli pleinement leur destin. Le New-York Times te consacre un documentaire magnifique que je vous invite Г regarder ici et maintenant Г travers CINETHINKTANK comme un dernier hommage. Ton corps a cessГ© d’ГЄtre, mais ton esprit sera toujours avec nous chaque fois que nous t’Г©couterons. Odetta mГ©rite tout l’amour du monde, bien maigre retour de celui qu’elle aura donnГ©.
http://video.nytimes.com/video/2008/12/02/arts/music/1194832844841/last-word-odetta.html
Mathieu V.