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Dans Ma Mère , Dans Paris , Les Chansons d’Amour et La Belle Personne , quatre films de Christophe Honoré à qui cette lettre est également dédiée, il est question, chez vous, d’attitude naturelle, de regard sombre et intrigant, mais aussi d’insouciance, de décontraction et d’humour pince sans rire. C’est tout cela que vous montrez à la caméra. On peut ajouter que la belle personne, c’est autant vous que Léa Seydoux, mais passons à l’essentiel : la modernité des films d’Honoré dans lesquels vous jouez.
Une sorte de nouvelle Nouvelle vague qui s’inspire des classiques Rohmer ou Truffaut (votre lien avec Honoré n’est pas sans rappeler le lien entre Truffaut et Léaud), dans l’interprétation notamment (attachement au texte, dialogue de la vie), et qui reconnaît ses fondements, donc. Mais surtout une vague qui illustre l’idée que le cinéma français, aujourd’hui, désire autre et façonne autre, à la manière des cinéastes classiques en leur temps : en se libérant des codes pour imaginer un univers singulier et bourré de sensibilité poétique.
Cela soulage, par les temps qui courent. Cela inspire. Cela va mieux. Cela réconforte, aussi, lorsqu’on pense à la loi Hadopi, contre laquelle on vous trouve. J’aime bien Tavernier, j’adore Gavras (les autres, bon), mais la lettre ouverte aux députés de ces cinéastes qui défendent la loi anti-piratage ( http://www.jaimelesartistes.fr/presse/lettre.pdf ), j’aime moins. Il apparaît logique, d’une certaine manière, de vous voir aux côtés de Christophe Honoré, en désaccord avec cette loi : votre position sur Hadopi, on la devine dans l’univers développé au sein des 4 films cités plus haut.
Car ces manières d’interpréter et de réaliser, très libres, on ne peut que les rapprocher de la volonté de penser un nouveau dispositif de financement de la création, par le développement d’un système de licence global, par exemple, ou d’une plate-forme de téléchargement des œuvres ( http://www.ecrans.fr/Lettre-ouverte-aux-spectateurs,6877.html ). Ces volontés qui laissent indifférent un Ministère de la culture qui paraît n’y connaître rien en matière d’innovation, malgré les propositions sérieuses qui ont été avancées en ce sens (cf les travaux de Philippe Aigrain : http://www.liberation.fr/medias/0101565688-un-droit-d-auteur-pas-si-malmene ).
C’est tellement plus simple, il faut dire, de ne rien vouloir changer. C’est tellement facile de penser, et de laisser penser, que technologie rime avec « mort de notre diversité culturelle ». C’est tellement facile de se rassurer avec des « cadres réglementaires », des « mails d’avertissement » ou de pointer du doigt ces « comportements illicites ». Et tout cela alors que le mot « téléchargement » est déjà obsolète pour les internautes qui voient les films en ligne.
Cet été, on attendra donc avec impatience le prochain Non, ma fille, tu n’iras pas danser de Christophe Honoré, pour ressentir, dans une France qui ronronne quelque peu, cette nouvelle vague de fraîcheur à laquelle, Cher Louis Garrel, vous nous avez si bien habitués.
Gabriel F.
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Elle est usée, fatiguée, vieillie. Aidons la à mourir dans la dignité. Un enterrement de première classe avec tous les honneurs qu’elle mérite, car elle a été belle, combattante et aimante. Cette vieille dame dont je parle est l’expression : « cinéma d’auteur ».
Cette expression doit nous quitter car elle attaque ce qu’elle est censée défendre. Le « cinéma d’auteur » est aujourd’hui synonyme de films ennuyeux et tristes. Quelle confusion ! Mais c’est ainsi, abandonnons-la.
Feuilletons une dernière fois l’album de famille avant de le refermer. L’expression « cinéma d’auteur » est née au cœur de la douceur des années 60. Une petite bande de jeunes cinéphiles lui ont donné naissance. La bande des Cahiers , entre autres combats, avait celui de reconnaître au réalisateur le statut d’auteur. À l’instar d’un écrivain, d’un peintre ou d’un musicien, ils ne supportaient plus qu’un Alfred Hitchcock soit considéré comme un employé et que le film soit sous la bannière désincarnée d’un Studio. Ils ont donc imposé l’idée que certains films étaient l’œuvre d’auteurs. Des auteurs qui à travers leurs films dessinent une œuvre, impriment un style, une pensée.
Cette expression inclut, mais exclut également. D’où le combat : qui aura droit au Label Rouge , à l’ A.O.C « cinéma d’auteur » ? D’où la dérive : qui sera le plus pur, le plus intransigeant, qui pactisera le moins avec les forces obscures du marché ? D’où la trahison actuelle : l’expression a été vidée de son sens jusqu’à devenir négative, un défaut.
On pourrait vouloir revenir à l’idée originelle et adopter la posture du gardien du temple qui « lui n’a pas trahit ». Mais pourquoi ne pas abandonner purement et simplement toute idée de classement entre les films ? Nous pourrions simplement nous poser 3 questions : ai-je pris du plaisir ? Etait-ce sincère ? Quelles lignes ont bougé dans ma tête ?
Et puis, juste avant de refermer le caveau, aidons aussi la cousine « art et essai » à rejoindre « cinéma d’auteur » pour les laisser toutes les deux reposer en paix.
Augustin B.
« Le cinéma est plus fort que la vie » (courant tout le long de l’œuvre de Truffaut, cette phrase lui sera arbitrairement attribuée).
Avant même d’aborder le sens de cette phrase, le plus frappant est qu’un jour, quelqu’un de tout à fait respectable et sensé a émis cette idée ou plus exactement a posé cette question, obligeant toute une génération de cinéphiles à prendre le pouls de leur amour du cinéma.
« Je pourrai quitter un mec pour un film mais je ne quitterai jamais un film pour un mec » : Nathalie Baye dans le rôle de l’assistante réalisateur dans la Nuit américaine de Truffaut.
Ce fut donc une époque. Epoque de la Cinémathèque et de la Nouvelle vague… Il n’y a pas lieu à la nostalgie, cette époque a sans doute été excitante mais très mythifiée et réduite à quelques arrondissements parisiens. La France entière ne se précipitait pas pour voir le dernier Godard… Mais, il faut bien reconnaître que cette phrase qui a été prise (trop?) au sérieux à une époque, ferait (trop?) rire tout le monde aujourd’hui…
Que reste-t-il de cette affirmation…
La vie marche mieux au cinéma ou la magie du montage.
La vie de chacun est faite de moments d’attentes, de perte de temps, de fausses pistes, d’ennuis… Grâce au montage, le cinéma saute, comme des haies, les ratures de la vie. Un exemple simple: un homme décide de prendre sa voiture pour aller voir quelqu’un. Dans la vie : il cherche sa clé, ouvre la porte, s’installe, il démarre, tombe sur un embouteillage, attend, un feux, un autre, il attend…. Il arrive enfin, cherche à se garer, fait son créneau, coupe le contact, marche, sonne, et là, la rencontre peut commencer. Même idée au cinéma: plan sur la personne en train de claquer la porte -cut- plan sur la voiture qui démarre en trombe –cut- plan sur le doigt sur la sonnette… Et là en 3 plans et autant de secondes, la rencontre peut commencer… La vie fonctionne mieux au cinéma que dans la réalité.
« La vie privée est boiteuse pour tout le monde, les films sont plus harmonieux que la vie, il n’ y a pas d’embouteillage, il n’y a pas de temps morts, les films avancent comme des trains dans la nuit »: François Truffaut jouant son propre rôle de réalisateur dans la Nuit américaine.
Bigger than life.
On peut s’éloigner un peu de Truffaut pour se rapprocher de Vincente Minelli et plus globalement de la vision Hollywoodienne du cinéma. Pour résumer, le modèle Hollywoodien considère que la vie au cinéma c’est la vie en mieux ou du moins en plus fort. Les hommes ont de l’humour, sont beaux et élégants; les femmes sont belles, charmeuses et intelligentes. Le livre Le royaume de leurs rêves de N. Gabler explique très bien, à travers l’histoire des fondateurs de Hollyood, la naissance du « bigger than life » et de son corolaire comme modèle de société : « l’American way of life ».
Les courants réalistes, néo-réalistes (de Rosselini à Pialat en passant par Scorsese et Fassbinder) ont salutairement réveillé un cinéma Hollywoodien qui était en train de sombrer dans une chimère surannée et avilissante. Le choc du réel frappa la conscience des spectateurs de l’époque (Nouvelle vague – Nouvel Hollywood).
Reste que fondamentalement, le cinéma se situera toujours un cran au dessus de la réalité.
Plusieurs vies dans une vie.
Je reste toujours fasciné par le côté magique du cinéma. Assis dans le noir, le cinéma nous transporte dans le temps, dans les lieux, dans les sentiments… Lorsque le film est réussi, en quelques secondes on devient une femme, un juif, un chauffeur de taxi à New York… Tout cela nous rend riche d’expériences certes non vécues, mais réellement ressenties.
Cette dernière idée qui finit par donner raison à l’ami Truffaut… C’est de toute façon toujours un plaisir, Cher Monsieur, de vous donner raison…
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