Shame on YouPorn


Il y a autant de sexualités que d’humains. Chacun trouvant, à tâtons, sa propre recette. On s’arrange comme on peut en fonction des limites que nous mettons ou pas, de nos barrières morales ou pas, de nos envies d’expériences ou pas (« les soirées sucrées-salées de Pascal et Corinne »). Cet arrangement devant ensuite s’accorder avec l’arrangement de l’autre. Le tout devant aboutir à un plaisir optimal. Simple, non ?

La Konsommandantur nous martèle son mot d’ordre, le sexe c’est : jouissance, plaisir, bonheur, épanouissement. Côté jardin, tout va bien merci. Côté cour par contre, le bonheur sexuel universel est, à la lumière de la réalité, en petite forme. Extension du domaine de la lutte a prédit le prophète.

La vie de chacun ne nous épargnera pas des périodes (au choix) : de non-sexe, d’envie-permanente-de-sexe, de manque-de-sexe, de trop-de-sexe de l’autre, de mauvais-sexe, de lassitude-du-sexe ; de l’envie-de-voir-d’autres-sexes. Le sexe épanouissant se cherche, se trouve, s’échappe, se retrouve. Pourquoi le nier ? Les très rares confidences entre amis permettent de prendre la mesure de ce tabou. « On s’est quitté car on ne s’entendait plus ». Derrière cette phrase banale lâchée entre deux gorgées de café, on devine les semaines, les mois à essayer sans plus y parvenir vraiment.

J’ai été récemment le réceptacle d’une double confidence à propos d’une même nuit. L’un « putain ce qu’elle a pris », l’autre « bien maladroit le garçon ». Pas raccord.

Le sexe dont nous ne parlons en fait jamais vraiment. Honte d’en parler simplement. Shame, donc.

Shame est le titre du beau film de Steve McQueen. Puissant, beau et intelligent. Dans Shame, le sexe y est filmé avec une réelle audace. Brandon, joué par Michael Fassbender, est accro à la dérouille, au porno, à la jute en série. Il est beau, il est brillant, il baise bien mais il ne sait pas aimer. Il en a honte. Il se déteste de ne pas être capable d’être là pour sa sœur. Aimer, voilà son handicap. La seule fois du film où il tombe amoureux, il n’arrive pas à lui faire l’amour. Et pourtant, il l’aime. Il se découvre même des pudeurs d’adolescent. Mais il n’est plus dans la mécanique. Le voilà dans les sentiments dont il a si peur. Il se masturbe du soir au matin mais ne sait plus faire l’amour.

La métaphore de Shame est un peu appuyée. Nous serions tous des Brandon. La Société a fait de nous des jouisseurs incapables de laisser naître lentement les sentiments et le désir.

Brandon s’est flingué à coup de vidéos Youporn, de putes en ligne et de sites de rencontre. Ces millions de vidéos porno, catégorisées, notées, classées sont à disposition, par million, en illimité et sans effort. Je ne suis ni pour ni contre le porno, mais ça n’est pas sans impact. Comment se construit-on sexuellement aujourd’hui ? D’abord on regarde beaucoup de porno. Ca peut durer de quelques mois à plusieurs années et puis, on passe à la pratique. Et là, ça ne colle pas tout à fait à ce qu’on a vu : découverte du décalage entre la théorie et la pratique…

Ceux qui y résistent s’appellent Brandon.

Augustin B.

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