« Intouchables », raciste ?


« Laisse pisser le mouton, personne ne lit Variety« . Ce fut ma première réaction. La suivante a été de rentrer dans le chou de Jay Weissberg, son auteur. Il a mangé de l’insulte. Et puis, vaillant, son article est resté debout. Il a dû viser plus juste que prévu. Je lui concède ce point.

L’article de Jay Weissberg a un propos simple : Intouchables est un film raciste. Ce court papier voit dans Driss joué par Omar Sy « un rôle qui se détache à peine de l’époque de l’esclavage, dans lequel il divertit le maître blanc, en endossant tous les stéréotypes raciaux, et de classe », puis « un racisme digne de la Case de l’Oncle Tom, que nous avions espéré ne plus jamais revoir sur les écrans américains ». Violent et radical, donc.

Je ne vais m’amuser à répondre point par point  pour prouver que ce film n’est pas raciste. Il ne l’est pas, point. Reste qu’il est impossible de se sortir d’une telle attaque. Cette accusation est une tâche indélébile. S’en défendre violemment semble cacher un malaise. Ne rien dire, c’est donner raison. C’est un piège.

Impossible non plus de ne pas reconnaître que les Etats-Unis sont en avance sur nous. Barack Obama est là depuis 2008. France 2012, une vingtaine de candidats à l’élection et pas un seul arabe, noir ou autre. Tous bien blancs. 2017 est déjà en ligne de mire pour beaucoup de politiques et pas la moindre surprise à attendre. Ca nous emmène à 2022 pour imaginer autre chose. 2022, ça sonne comme le titre d’un film de SF… Ce n’est pas le scénario d’Intouchables qui pose problème, mais la France. Trop de jeunes arabes et noirs galèrent pendant que des héritiers se transmettent leurs fortunes de génération en génération. Nakache et Toledano ont filmé leur pays, à leur époque.

Je ne dirai rien de plus que Intouchables n’est pas du tout raciste. Les spectateurs qui ont ri n’ont aucun relent de xénophobie… Par contre, je suis nettement plus inquiet pour notre ami Jay Wessberg. Comment a-t-il pu voir dans Driss un « singe de compagnie » ? Quel cerveau bizarre a-t-il pour ne voir en Omar qu’un noir et en Cluzet qu’un blanc ? Pourquoi une telle focalisation ? L’amitié, le handicap, ça Jay, ça ne l’intéresse pas… Il y a de la névrose là-dedans. Il mate ses propres pulsions négatives en se donnant le visage d’un juge.

« traité comme un singe de compagnie, qui apprend au blanc coincé à s’amuser, en remplaçant Vivaldi par Boogie Wonderland, et en lui montrant comment on bouge sur la piste de danse »

Son anti-racisme relève en fait d’un racisme « évolué ». Jay Weissberg n’est pas dans le rejet qui caractérise le racisme primaire. Il préconise une assimilation aux codes blancs. Jay Weissberg est terrorisé de voir Driss ne pas adhérer à la musique de Vivaldi ou à l’art contemporain. En résumé : dans l’esprit de Jay, les noirs doivent ressembler à des blancs. C’est une nouvelle version du racisme. Il est pire. Jay ne reconnaît même pas aux non-blancs une identité propre, des différences. Nous ne sommes pas loin des missionnaires qui venaient expliquer aux bons sauvages que leurs rites, c’est de la merde et qu’il faut prier le Christ maintenant.

Entre Eddy Murphy (physique et extraverti) des années 80 et Denzel Washington (austère et sérieux) aujourd’hui, sont-ils devenus plus ou moins racistes ? Who knows ?

Augustin B.

Le lien de l’article publié dans Variety : http://www.variety.com/review/VE1117946269

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Un commentaire pour « Intouchables », raciste ?

  1. Serge ULESKI dit :

    Intouchables : pourquoi fallait-il un noir en face de ce blanc tétraplégique ?

    _______

    Une vraie dynamique, quelques idées de cinéma, d’aucuns parleront de « bon boulot » à propos du film « Intouchables ».

    Mais… si les réalisateurs ont su le plus souvent éviter les pièges tendus par un scénario à haut risque – ceux, entre autres, du pathos, des larmes et des stéréotypes raciaux et de classes -, contrairement à ce qui a pu être écrit ici et là, pas de bien-pensante dans ce film pour la simple raison qu’on n’y trouvera aucune pensée, et c’est déjà ça de gagner ou de sauver s’empressera-t-on d’ajouter car, le travail passé des scénaristes-réalisateurs est là pour l’attester, si par malheur ces derniers avaient souhaité y prétendre… c’est bien avec une catastrophe qu’on aurait eu rendez-vous.

    Dans « Intouchables » sans doute pourra-t-on y voir en toute bonne foi, outre le souci de se remplir les poches, le désir sincère de raconter avec honnêteté une histoire… vraie.

    Conte de fée sans morale (1) – référence au fait qu’il n’y a pas de pensée -, on pourra quand même regretter que les réalisateurs Toledano et Nakache aient pour les blacks de banlieue (2) qu’un seul projet : qu’ils torchent, lavent et essuient le cul des blancs…

    Parce que ça, c’est quand même pas très nouveau !

    Sans oublier l’incontournable : « Touche pas à la femme blanche ! » – même sous le prétexte qu’elle puisse être lesbienne.

    Quant à aborder la réalité du handicap et ses implications économique et sociale – conditions de vie, ou bien plutôt… conditions de non vie (3) -, les réalisateurs s’y sont refusés en mettant en scène un handicapé millionnaire.

    Mais alors… à quoi et à qui sert ce film qui n’aborde pas non plus les conditions de vie et perspectives d’avenir d’un français issu de l’immigration d’Afrique noire – hormi le commerce du shit ?

    ***

    Certes, pour l’adaptation au cinéma de La case de l’oncle Tom, les volontaires n’ont jamais manqué à l’appel, et Omar Sy (4) semble fin prêt pour une nouvelle adaptation du roman de l’écrivain américaine Harriet Beecher Stowe dont les premières feuilles ont été publiées en 1852…

    Mais qu’en 2011 un acteur prête son concours à un tel projet, c’est déjà en soi une belle déception car enfin… difficile de ne pas se poser la question suivante : pourquoi fallait-il un noir en face de ce blanc tétraplégique et millionnaire de surcroît ?

    ——————————————————————————–

    1 – Personne ne sortira « meilleur » de la projection de ce film. On peut sans doute, et tout juste, affirmer que les spectateurs ont été heureux de s’être laissés porter ( balader ?) par un conte pour adultes certainement pas, et de loin, aussi naïf que ces mêmes clients-spectateurs.

    Le cinéma, et la fiction, ce grand sommeil, nous console de la réalité.

    Aussi s’est-il très certainement agi d’une naïveté relative… comme concédée, pour un temps seulement : le temps du film.

    2 – Banlieue dont on ne sait pas quoi faire et que l’on commence à peine à savoir filmer… semble-t-il !

    3 – Une pension de 670 euros par mois, loin des millionnaires qui ont tout le loisir de s’équiper de fauteuils high-tech, sans oublier des soins à domicile 24h/24, entourés d’une flopée de larbins – des femmes en l’occurence ; le film en regorge.

    4 – Canal+ oblige : génération grandes gueules et petites têtes avec un Omar Sy au sourire banania ! (banania -oncle Tom : tout se tient !) Sans aucun doute, le gendre dont nombre de parents rêveront pour peu qu’ils soient contraints d’accepter qu’il soit noir.

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