« Le Nom des gens ou comment entrer en résistance | «CinéThinkTank

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Enfin un film français sur la résistance ! Enfin un film d’engagement contre l’injustice de la société, un film qui décrit un monde que les personnages veulent changer sans se contenter de le dénoncer « sans pitié ». Le Nom des gens de Michel Leclerc (2010) est une invitation à la dignité recouvrée, une célébration des principes humanistes, généreux et amoureux, de la sensualité et de la vie contre les forces de haine, de bêtise et de mort. C’est bien simple -et même si Michel Leclerc se réclame de Woody Allen-, Le Nom des gens est la version française et contemporaine de Casablanca de Michael Curtiz (1942).

Parfaitement!

D’abord parce que, dans ces deux films, tout est possible. Un juif coincé et jospiniste peut aimer une jeune moitié beurette complètement délurée et militante comme un ex-combattant américain désabusé de la Guerre d’Espagne devenait frère d’arme dans la Résistance avec un flic français corrompu et lubrique.

Ensuite parce que chaque personnage a sa chance et peut prouver qu’il est porteur de valeurs supérieures à celles défendues par ceux qui ne rêvent que de pureté et passent leur temps à assigner à origine, à culture, à résidence, chacun dans sa case. Chez Michel Leclerc, l’homme révèle son désir en rhabillant la femme ; chez Michael Curtiz, l’entraîneuse reprenait La Marseillaise à la guitare. Baya Kasmi, co-scénariste du Nom des gens , résume leur démarche dans le dossier de presse: « On avait envie de réagir à tout un discours déterministe autour de l’identité et des communautés que l’on trouve insupportable et dans lequel on ne se reconnaît pas » et « Ce n’est pas parce que l’on se mélange que l’on va nécessairement disparaître -bien au contraire. Pour nous, l’idée forte que l’on voulait défendre dans le film, c’est que les bâtards sont l’avenir de l’humanité « .

La ressemblance avec Casablanca va encore plus loin puisque, comme dans le film de Michael Curtiz, les héros de Michel Leclerc fonctionnent sur la base d’une somme impressionnante d’archétypes. C’est ainsi que le personnage interprété par Jacques Gamblin s’appelle Arthur Martin -il a échappé de peu à « Jacques »-, juif d’origine grecque, ses parents croient au progrès technique et accumulent les dernières inventions, quant à sa mère, elle se terre dans le silence sur ses souvenirs de la Déportation. Le personnage interprété par Sara Forrestier s’appelle Bahia Benmahmoud, franco-algérienne, sa mère milite pour les sans-papiers et son père préfère toujours rendre service plutôt que d’évoquer les massacres de la Guerre d’Algérie. Ce qu’écrivait Umberto Eco sur Casablanca dans La Guerre du faux (1985) s’applique au Nom des gens : « Quand tous les archétypes déferlent sans aucune décence, on atteint les profondeurs homériques. Deux clichés font rire. Cent clichés émeuvent ».

Le Nom des gens témoigne d’une façon de penser bien étrangère à ceux qui nous gouvernent puisque, toujours selon Baya Kasmi, le film montre que « Ne pas aimer la France, c’est souvent être très français , ce qui évidemment n’est pas raccord avec la politique menée sur ce thème. Être français, c’est aussi couper la tête des rois, se révolter, et détester le nationalisme ».

A un an des élections présidentielles et alors que les projecteurs sont complaisamment braqués sur la pensée rabougrie du Front national, le film de Michel Leclerc donne à voir une autre voie et incarne une alternative. Puisse ce film jouer le même rôle que Marius et Jeannette de Robert Guédiguian en 1997 et ainsi participer à ce que la France retrouve le goût de s’inspirer d’un langage, d’une dynamique et de plaisirs faits de solidarité, de poésie et d’humour.

Marc Gauchée

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Cahiers Du Cinéclub SciencesPo dit : 12 avril, 2011 à 6:01 Le cinéma de la résistance ca serait plutot « Hadewhichj » de Dumont que « Le nom des gens » film bien-pensant et tristement peu ancré dans le réel … Répondre

Le cinéma de la résistance ca serait plutot « Hadewhichj » de Dumont que « Le nom des gens » film bien-pensant et tristement peu ancré dans le réel …

Marc Gauchée dit : 12 avril, 2011 à 6:14 Il y a plusieurs façons de « s’ancrer dans le réel », le conte en est un. « Le nom des gens » est un conte. Comme « Casablanca ». Cela signifie qu’il ne cherche pas à représenter une voie moyenne ou un compromis inévitable comme dans ces mauvaises comédies où le « juste milieu » l’emporte, où la bataille se fait au centre. Il suit des logiques et les suit jusqu’au bout et, en plus, sur un ton léger, ce qui ne nuit pas au plaisir du spectacle. (Sinon « Hadewhichj » est un film de Bruno Dumont que je n’ai pas vu). Répondre

Il y a plusieurs façons de « s’ancrer dans le réel », le conte en est un. « Le nom des gens » est un conte. Comme « Casablanca ». Cela signifie qu’il ne cherche pas à représenter une voie moyenne ou un compromis inévitable comme dans ces mauvaises comédies où le « juste milieu » l’emporte, où la bataille se fait au centre. Il suit des logiques et les suit jusqu’au bout et, en plus, sur un ton léger, ce qui ne nuit pas au plaisir du spectacle. (Sinon « Hadewhichj » est un film de Bruno Dumont que je n’ai pas vu).

Marc Gauchée dit : 12 avril, 2011 à 6:17 Et il y a cette critique de film « bien-pensant ». Mais bien-pensant pour qui? (Comme « résistant » pour qui d’ailleurs, j’en conviens). Répondre

Et il y a cette critique de film « bien-pensant ». Mais bien-pensant pour qui? (Comme « résistant » pour qui d’ailleurs, j’en conviens).

Marc Gauchée dit : 12 avril, 2011 à 6:19 En passant, lire l’article dans le dernier numéro du tigre « La Privatisation du web » (sur FaceBook) http://www.le-tigre.net/ On est toujours le bien-pensant d’un autre Répondre

En passant, lire l’article dans le dernier numéro du tigre « La Privatisation du web » (sur FaceBook)

http://www.le-tigre.net/

On est toujours le bien-pensant d’un autre

Christophe Diaz dit : 13 avril, 2011 à 9:50 C’est dur le dialogue en solo… Tiens bon, Marc ! Répondre

C’est dur le dialogue en solo… Tiens bon, Marc !

Marc Gauchée dit : 13 avril, 2011 à 9:52 C’est mon esprit en escalier (c’est comme ça qu’on dit?) qui me fait dire en 3 commentaires ce que j’aurai pu écrire dans 1 seul. Répondre

C’est mon esprit en escalier (c’est comme ça qu’on dit?) qui me fait dire en 3 commentaires ce que j’aurai pu écrire dans 1 seul.

Christophe Diaz dit : 14 avril, 2011 à 8:35 A trop avoir « l’esprit d’escalier », on finit sur l’échafaud, disait le vieux Louis. Unless you can see for Miles? ;) Répondre

A trop avoir « l’esprit d’escalier », on finit sur l’échafaud, disait le vieux Louis. Unless you can see for Miles? ;)

CINETHINKTANK dit : 14 avril, 2011 à 1:07 Ca devient technique comme débat, de quoi nous rendre complètement (Mile)stones! Matthieu Z. Répondre

Ca devient technique comme débat, de quoi nous rendre complètement (Mile)stones! Matthieu Z.

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