Bilan cinéma 2010 & espoirs 2011


Chers amis cinéphiles, il est temps désormais de faire le point sur cette année 2010. On se gardera bien de décerner palmes et coups de bâtons, faute d’une quelconque légitimité. En revanche, les chiffres récemment publiés par la BVA (British Video Association) et le CNC (Centre National de la Cinématographie) nous en apprennent beaucoup. Avant de replonger dans la pellicule, autant savoir où nous en sommes.

Le point névralgique du marché tourne bien évidemment autour de la VOD et de son essor. L’accroissement du nombre de smartphones, tablettes tactiles, et plus simplement la modification culturelle des usages (tout, partout, tout le temps) désormais menée par les digital natives dont nous avons déjà parlé ici (https://cinethinktank.com/2009/08/12/du-reseau-social-ou-lart-de-ne-pas-etre-soi-meme/), devait normalement augurer de bons résultats. Que l’on se rassure, 2010 est une année record qui confirme la montée en puissance de la VOD, ce qui donne les chiffres suivants sur le marché anglais, traditionnellement beaucoup plus solide que notre marché hexagonal. Sur un gâteau vidéo de £2.6 milliards de livres, la VOD « achat » double de £35 à £78 millions et la VOD « location » atteint les £205 millions. Le digital, encore embryonnaire il y a deux ans atteint désormais les 11% de parts de marché. C’est peu, me direz-vous. Mais un marché de £300 millions ne semble négligeable pour personne en ces temps difficiles. Beaucoup de distributeurs vidéo ont du rogner sur leurs marges (astronomiques, il est vrai, au départ) pour conserver leur position. La chute des prix et des volumes de ventes de la distribution physique n’est pas encore aujourd’hui compensée par l’essor du digital. Il n’en reste pas moins qu’un doublement en valeur sur un an augure d’un retournement un peu plus rapide que prévu. Au delà des chiffres, quel est donc leur intérêt pour les petits acteurs que nous sommes ?

Tout d’abord, l’essor de la VOD permet la réédition de nombreux titres pour lesquels personne n’aurait pris le risque d’une ressortie DVD. Les coûts de numérisation sont infiniment moindres que ceux du DVD et du Blue-Ray (fabrication, logistique, mise en rayon…). Saluons donc la réapparition de quelques trésors. Studio Canal, par exemple, poursuit notamment une politique délibérée de restauration et de numérisation des œuvres pour le portail VOD de Canal+ : Canalplay. En sus de ces œuvres patrimoniales, la VOD ouvre des débouchés certains et auparavant totalement inexistants pour les producteurs indépendants de petit rayonnement, ou encore les productions autofinancées. Il y a fort à parier que certains titres sortiront très prochainement exclusivement en VOD, et non plus en DVD au regard de leur potentiel. Il ne manque plus qu’une véritable plateforme VOD dédiée aux indépendants qui saurait adopter un positionnement intermédiaire entre le tout gratuit et l’inutilement payant. Cela permettrait d’apporter un complément de financement de projets indépendants. On pourrait également songer à une politique de soutien du CNC sur ce mode de distribution pour les films se situant en dessous d’un certain budget.

La VOD n’a, en outre, pas fini de nous surprendre : 6 des plus gros studios hollywoodiens (dont Fox, Paramount, Sony…) viennent d’annoncer leur soutien au projet Ultraviolet qui permettra l’accès à un contenu disponible en « cloud »  via une douzaine d’appareils pour un seul utilisateur. Le film que vous achèterez sera disponible simultanément sur votre TV, mobile, ordinateur, celui de votre belle-mère, etc. (http://www.deadline.com/2011/01/studios-take-shine-to-ultraviolet/). Si ce type de projet ne concerne aujourd’hui que les acteurs importants du secteur, on pense aussitôt à ceux de moindre envergure qui pourraient bien trouver là un moyen de court-circuiter leurs distributeurs traditionnels (et leur commission) et assurer une distribution plus directe de leurs œuvres. Bref, autant de possibilités alléchantes pour l’avenir qui préfigure d’une bonne santé du cinéma dans son ensemble et du cinéma indépendant en particulier.

Quant à la fréquentation des salles de cinéma, que l’on se rassure, la machine à rêves n’a jamais aussi bien tourné qu’en 2010, avec plus de 206 millions de tickets vendus en France. Record battu, comme chaque année. Reste à définir le type de rêve auquel vous voulez participer (et non, ceci n’est pas un remake d’Inception). Je vous souhaite un très bon cinéma en 2011, chez vous ou ailleurs, un cinéma  engagé, plein d’émotion, d’empathie et d’amour !

Mathieu V.

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